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LA FIN DE LOUIS XIV

Louis XIV était à Marly au mois de janvier 1715, quand un soir, à son coucher, il se plaignit d'avoir ressenti, à sa promenade, la rigueur du froid comme jamais il ne l'avait éprouvée. Depuis quelque temps, sa santé diminuait à vue d'œil, dit Saint-Simun, quoiqu'il ne changeât rien à sa manière ordinaire de vivre. Le 9 du mois d'août de la même année, à Marly, il avait suivi la chasse en calèche, lorsque le lendemain il dut revenir à Versailles. Il avait une jambe enflée et la gangrène sénile s'y mettait. Mais écoutons ici Dangeau :

Sur le? 10 heures, on a pansé la jambe du Roi, dans laquelle on lui a donné plusieurs coups de lancette et fait des incisions jusqu'à l'os, et comme on a trouvé que la gangrène gagnoit jusque-là, il

n'y a plus eu lieu de douter, même à ceux qui auroient le plusvoulu se flatter, qu'elle vient du dedans et qu'on ne peut y apporter aucun remède. Mme de Maintenon étoit seule dans la chambre et à genoux aux pieds du lit pendant qu'on pansoit Sa Majesté, qui l'a priée d'en sortir et de n'y plus revenir, parce que sa présence l'attendrissoit trop. Elle n'a pas laissé d'y revenir après la messe; mais après ce pansement, le Roi lui a dit que. puisqu'il n'y avoit plus de remède, il demandoit au moins qu'on le laissât mourir en repos.

A midi. Sa Majesté a fait entrer le petit Dauphin dans sa chambre, et après l'avoir embrassé, il lui a dit : « Mignon, vous allez être un grand Roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. 11 faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre r c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela; j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité. Ne m'imitez pas, mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets. Profitez de la bonne éducation que Mme la duchesse de Ventadour vous donne, obéissez-lui, et suivez aussi, pour bien servir Dieu, les conseils du P. Le Tellier, que je vous donne pour confesseur. »

« Pour vous, Madame, dit-il à Mme de Ventadour, j'ai bien des remerciements à vous faire du soin avec lequel vous élevez cet enfant et de la tendre amitié que vous avez pour lui; je vous prie de la lui continuer, et je l'exhorte à vous donner toutes les marques possibles de sa reconnoissance. » Après quoi, il a encore embrassé le Dauphin par deux fois, et en fondant en larmes il lui a donné sa bénédiction. Le petit prince, mené par la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, en est sorti en pleurant, et ce tendre spectacle nous a tiré des larmes à tous.

Un moment après, le Roi a envoyé quérir le duc du Maine et le comte de Toulouse, et leur a parlé la porte fermée. Il a fait la même chose avec le duc d'Orléans, qu'on a été quérir dans son appartement, où il étoit retourné; et dans le moment que ce prince sorloit de sa chambre, Sa Majesté l'a appelé jusqu'à deux fois.

A midi et demi, le Roi a entendu la messe dans sa chambre avec la même attention qu'il a accoutumé de l'entendre le jour qu'il a pris médecine, les yeux toujours ouverts, en priant Dieu avec une ferveur surprenante. Dans l'instant qu'elle alloit commencer, Sa Majesté a appelé le marquis de Torcy, ministre d'Etat des affairesétrangères, et lui a dit un mot. La messe finie, il a fait approcher de lui le cardinal de Rohan et le cardinal de Bissy, auxquels il a parlé pendant une minute, et en finissant de leur parler il a adressé la parole à haute voix à tout ce que nous étions de ses officiers dans la ruelle et auprès de son balustre. Nous avons tous approché de son lit, et il nous a dit : « Messieurs, je suis content de vos services ; vous m'avez fidèlement servi et avec envie de me plaire. Je

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suis fâché de ne vous avoir pas mieux récompensés que j'ai fait ; les derniers temps ne l'ont pas permis. Je vous quitte avec regret; servez le Dauphin avec la même affection que vous m'avez servi : c'est un enfant de cinq ans, qui peut essuyer bien des traverses, car je me souviens d'en avoir beaucoup essuyé pendant mon jeune âge. Je m'en vais, mais l'Etat demeurera toujours; soyez-y fidèlement attachés, et que votre exemple en soit un pour tous mes autres sujets; soyez tous unis et d'accord : c'est l'union et la force d'un Etat; et suivez les ordres que mon neveu vous donnera. Il va gouverner le Royaume; j'espère qu'il le fera bien. J'espère aussi que vous ferez votre devoir, et que vous vous souviendrez quelquefois de moi. »

A ces dernières paroles, nous sommes tous fondus en larmes, et rien ne peut exprimer les sanglots, l'affliction et le désespoir de tout ce que nous étions. Sa voix n'étoit point entrecoupée, et seulement beaucoup plus foible qu'à l'ordinaire.

Après la messe, le Roi a encore envoyé quérir le duc d'Orléans, qui a dit à ceux qui se sont trouvés auprès de lui au sortir de la chambre, du nombre desquels j'élois, que c'étoit pour lui recommander Mme de Maintenon; et dans l'instant Sa Majesté a fait entrer dans sa chambre Madame et toutes les princesses, qui ont été suivies de leurs dames d'honneur. Elles n'y ont été qu'un moment, et je ne comprends pas comme le Roi a pu résister à leurs lamentations et aux cris qu'elles ont toutes faits.

Il faut avoir vu les derniers moments de ce Grand Roi pour croire la fermeté chrétienne et héroïque avec laquelle il a soutenu les approches d'une mort qu'il savoit prochaine et inévitable. Il n'y a eu aucun moment, depuis hier au soir 8 heures, où il n'ait fait quelque action illustre, pieuse et héroïque, non point comme ces anciens Romains qui ont affecté de braver la mort, mais avec une manière naturelle et simple comme les actions qu'il avoit le plus accoutumé de faire, ne parlant a chacun que des choses dont il convenoit de lui parler, et avec une éloquence juste et précise qu'il a eue toute sa vie. et qui semble s'être encore augmentée dans ses derniers moments. Enfin, quelque grand qu'il ait été dans le cours glorieux d'un règne de soixante-douze ans, il s'est encore fait voir plus grand dans sa mort. Son bon esprit et sa fermeté ne l'ont pas abandonné un moment, et en parlant avec douceur et bonté à tous ceux à qui il a bien voulu parler, il a conservé toute sa grandeur et sa majesté jusqu'au dernier soupir. Je défie les prédicateurs les plus pathétiques de trouver, dans les exagérations de l'éloquence, rien de plus touchant que tout ce qu'il a fait depuis hier au soir, ni d'expressions qui puissent mettre dans tout leur jour les marques qu'il a données d'un véritable chrétien, d'un véritable héros et d'un héros-Roi.

Sur les 2 heures, Mma de Maintenon étant seule dans la chambre du Roi, Sa Majesté a fait venir M. le Chancelier, et lui a fait ouvrir des cassettes dont il a fait brûler par le chancelier partie des papiers et lui a donné ses ordres sur les autres, avec la même présence et la

même tranquillité d'esprit qu'il avoit accoutumé de les lui donner dans ses conseils. Ce travail dura environ deux heures. Il a fait encore venir sur les 6 heures M. le Chancelier, Mme de Maintenon présente, et a travaillé environ une demi-heure avec lui. Le reste de la journée, Mme de Maintenon y a été seule, et le P. Le Tellier, son confesseur, a eu de temps en temps des conférences de piété avec lui, comme il les a eues ce matin, et le dimanche, n'ayant pas été depuis sa confession une heure sans parler de piété à son confesseur ou à Mme de Maintenon.

A 10 heures du soir, on a pansé la jambe de Sa Majesté, et on a trouvé non seulement que la gangrène n'a fait aucun progrès depuis ce matin, mais qu'en tout la jambe est mieux, et comme les forces de Sa Majesté sont un peu revenues pendant l'après-dînée, cela donne une lueur d'espérance à ceux qui aiment à se flatter; mais ceux qui n'écoutent que la raison n'en ont guère.

Le mardi au soir, 27e. — L'état du Roi a été toute la journée presque semblable à celui d'hier. Sa Majesté s'affoiblissant de plus en plus et ayant même eu, quelques moments, des convulsions et quelque légère absence d'esprit ; mais la gangrène n'a fait aucun progrès, et quand on l'a pansé le soir à 10 heures, elle étoit encore comme hier au-dessous de la marque que l'habitude qu'il a eue de porter toujours une jarretière a faite autour de sa jambe.

Pendant la nuit et le jour, il a fait entrer à vingt reprises le P. Le Tellier dans sa chambre pour lui parler de Dieu Mme de Maintenon y a presque toujours été), et y a fait quelquefois entrer M. le Chancelier. Les premiers gentilshommes de la Chambre n'y sont entrés, comme hier, que dans les temps qu'il a pris des bouillons. Il a entendu la messe à midi; mais il a ordonné qu'il n'y eût que le premier aumônier et deux aumôniers de quartier qui entrassent dans sa chambre.

L'après-dinée, il a fait appeler sur le soir, par le P. Le Tellier, le comte de Pontchartrain, secrétaire d'Etat de sa maison et de Paris, qui étoit dans le cabinet, et lui dit : « Aussitôt que je serai mort, vous expédierez un brevet pour faire porter mon cœur à la maison professe des Jésuites et l'y faire placer de la même manière que celui du feu Roi mon père. Je ne veux pas qu'on y fasse plus de dépense. » 11 lui donna cet ordre avec la même tranquillité qu'il ordonnoit, en santé, une fontaine pour Versailles ou pour Marly.

Il avoit ordonné dès avant-hier qu'on menât le Dauphin à Yincennes aussitôt qu'il seroit expiré, et il s'est souvenu aujourd'hui que le grand maréchal des logis n'avoit jamais fait le logement dans ce château, où il y a plus de cinquante ans que la Cour n'a logé, et a ordonné qu'on allât prendre un plan qu'il avoit de ce château dans un endroit qu'il a indiqué, et qu'on le portât au grand maréchal des logis pour lui faciliter le logement qu'il doit faire.

Il a dit le soir à Mme de Maintenon : « J'ai toujours ouï dire qu'il est difficile de mourir; pour moi, qui suis sur le point de ce moment si redoutable aux hommes, je ne trouve pas que cela soit dif-

licile. » Il n'y a certainement point d'exemple qu'aucun homme ait envisagé la mort pendant un long temps avec un sang-froid et une fermeté semblables.

Mercredi 2Se, au soir. — La nuit du Roi a été semblable aux précédentes; mais comme, sur les 7 heures du matin, il a envoyé quérir le P. LeTellier, qui ne faisoit que sortir du cabinet où il avoit couché, on a cru qu'il étoit à l'extrémité, et cela a fait un si grand mouvement dans le Château, que tout le monde crut qu'il expiroit. Il a dans ce moment perça dans ses miroirs deux de ses garçons de la Chambre qui pleuroient au pied de son lit; il leur a dit : « Pourquoi pleurez-vous? Est-ce que vous m'avez cru immortel? Pour moi, je ne l'ai jamais cru être, et vous avez dû vous préparer depuis longtemps à me perdre dans l'âge où je suis. »

Sur les 11 heures, il s'est présenté un Provençal, appelé Brun, inconnu de tout le monde, qui, venant de Marseille à Paris et ayant ouï dire sur le chemin l'état où est le Koi, a pris la poste et a apporté un élixir qu'il prétend être infaillible pour la gangrène, même qui tient du dedans. On l'a fait parler aux médecins, et, après qu'il leur a dit de quoi sa drogue est composée, on en a fait prendre, à midi, dix gouttes au Roi dans trois cuillerées de vin d'Alicante. Sa Majesté, en prenant ce breuvage, qui sent fort mauvais, a dit : « Je ne le prends ni dans l'espérance, ni avec désir de guérir, mais je sais qu'en l'état où je suis, je dois obéir aux médecins. » Cette drogue est un élixir fait avec le corps d'un animal, de la même manière à peu près qu'on fait les gouttes d'Angleterre avec les crânes d'hommes. Brun en a pris avant qu'on en ait donné au Roi, qui, une heure après, s'est senti un peu plus fort, effet des remèdes fort spiritueux ; mais peu de temps après, Sa Majesté est tombée dans la foiblesse, et on a trouvé son pouls plus mauvais, ce qui a fait que, sur les 4 heures, il y a eu une si grande dispute entre les médecins et les courtisans pour savoir si on continueroit ou non à donner ce remède, que M. le duc d'Orléans a été appelé pour en décider. Il a fait entrer cette espèce de charlatan dans la chambre du Roi et lui a fait tâter son pouls; après quoi, il a été résolu que, puisqu'il n'y avoit plus d'espérance de sauver le Roi, on donneroit encore cet élixir pour le soutenir quelques heures de plus. Il en a pris à 8 heures du soir, et sa jambe a été pansée à 10, à l'ordinaire. On a trouvé, comme hier au soir, que la gangrène n'a fait aucun progrès, mais le pouls a été tout le jour très mauvais, l'assoupissement assez continuel, et la tète par intervalles embarrassée; en sorte que de la journée il n'a presque parlé qu'à son confesseur. Mme de Maintenon n'est venue dans sa chambre que l'apres-dinée, même assez tard, et l'ayant trouvé fort assoupi, elle en est sortie sans lui parler et est allée sur les 7 heures du soir coucher à Saint-Cyr pour y faire ses dévotions demain matin et revenir si la vie du Roi se soutient.

Jeudi 29e, à minuit. — On a continué, la nuit dernière, et tout aujourd'hui, à donner au Roi, de huit heures en huit heures, le

remède de Brun, et on l'a même fait entrer dans la chambre du Roi comme les autres médecins, toutes les fois que Sa Majesté l'a pris. Il a paru ce matin que cet élixir spiritueux ranimoit le Roi et lui donnoit plus de force qu'il n'en avoit eu la veille; et comme la plupart des gens sont extrêmes en tout, et surtout les dames, elles vouloient que Brun fût une espèce d'ange envoyé du Ciel pour guérir le Roi, et qu'on jetât tous les médecins de la Cour et de la ville dans la rivière. Enfin, il passoit pour si constant que le Roi alloit guérir, que ceux qui avec plus de raison disoient que le pouls du Roi étant toujours détestable, il ne falloit regarder l'effet de l'élixir que comme un peu d'huile qu'on remet dans une lampe qui s'éteint et qui s'éteindra entièrement dans peu de moments; il sembloit que ceux qui parloient ainsi ne souhaitoient pas la guérison du Roi, parce qu'ils parloient plus sagement que ceux qui s'abandonnoient à une espérance frivole.

Le Roi a ce matin entendu la messe, qu'il n'avoit pu entendre hier, et Sa Majesté a mangé, entre 6 et 7 heures du soir, deux biscuits dans du vin avec beaucoup d'appétit; elle a encore pris à 8 heures du soir de l'élixir de Brun. Il a paru, quand elle l'a pris, que la tête commençoit à être fort embarrassée, et Sa Majesté a dit elle-même qu'elle nJen pouvoit plus. Enfin, sur les 10 heures et demie du soir, on a levé l'appareil de la jambe pour la panser, et on a trouvé malheureusement que la gangrène est dans tout le pied, qu'elle a gagné le genou et que la cuisse est enflée. Le Roi, luimême, quoique sa connoissance ne soit presque plus que machinale, a dit qu'il s'anéantissoit. Mme de Maiutenon et son confesseur ont été presque tout le jour dans sa chambre, et il a encore, cette après-dînée, fait des actes de piété avec la résignation d'un vrai saint aux volontés de Dieu.

Vendredi, à minuit, 30 août. — Le Roi a été toute la journée dans un assoupissement presque continuel et n'ayant quasi plus que la connoissance animale. Son confesseur, qui ne l'a point quitté, n'en a pu rien tirer de toute l'après-dînée. On a levé ce soir l'appareil, à l'heure ordinaire; on a trouvé la jambe aussi pourrie que s'il y avoit six mois qu'il fût mort, et l'enflure de la gangrène au genou et dans toute la cuisse. Cependant ce prince est né avec une constitution si bonne et un tempérament si fort, qu'il combat encore contre la mort. Il prend de la gelée et boit de temps en tempsde l'eau pure, car il repousse la boisson dès qu'il y sent du vin. Il dit en buvant quelques paroles, mais tout cela machinalement et sans connoissance distincte. Mme de Maintenon s'en est allée à :; heures à Saint-Cyr pour n'en revenir jamais, et avant de partir elle a distribué dans son domestique le peu de meubles qu'elle avoit et son équipage. Elle a dit adieu à ses nièces pour ne les revoir jamais, car elle a déclaré qu'elle ne veut que qui que ce soit au monde l'aille voir à Saint-Cyr.

Samedi au soir, 31 août. — Le Roi a été sans connoissance toute la journée, les moments lucides ayant été fort courts, et plutôt une

connoissance machinale que de raison. Dans" le peu de chose qu'il a dit, il a paru qu'il s'impatiente de ne pas voir la tin d'une si longue agonie. La gangrène a continué à faire du progrès, et cependant la mort ne sauroit venir à bout d'achever de le détruire, tant la force de sa constitution étoit prodigieuse.

Dimanche, 1er septembre 1745. — Le Roi est mort ce matin, à 8 heures un quart et demi, et il a rendu l'âme sans aucun effort. comme une chandelle qui s'éteint. Lanuits'étoit passée sans aucun*connoissance. Aussitôt qu'il a expiré, le duc d'Orléans est allé avec tous les princes du sang saluer le jeune Roi, et dès que cet enfant a entendu le traiter de Sire et de Majesté, il a fondu en larmes et en sanglots, sans qu'on lui eût dit que le Roi fût mort.

Louis XIV mourait en la soixante-dix-septième année de son âge et dans la soixante-treizième de son règne.

M de Maintenon avait passé cinq nuits en prières, dans la ruelle du lit du Roi. Elle ne le quitta que le 30, à cinq heures, quand il fut entre en agonie. Elle se retira, pour ne plus en sortir, dans son cher Saint-Gyr, où elle devait rester jusqu'à sa mort (17 août 1719 .

La Gazette de France donne de longs détails sur les préparatifs funèbres. Le corps du Roi fut embaumé, et le cercueil exposé dans la chambre où il était mort. Des messes furent dites et on psalmodia le jour et la nuit, selon la coutume, jusqu'au transport du corps à Saint-Denis, le 9 septembre au soir. sur un char d'armes couvert d'un poêle croisé de moire d'argent. Le service solennel eut lieu le 23 octobre et la messe fut dite par le cardinal de Rohan, grand aumônier de France. Le duc d'Orléans était le premier prince du deuil. L'évèque de Castres prononça l'oraison funèbre.

- La messe dite, les gardes du corps, habillés de deuil, transportèrent le corps au caveau, après qu'on eût ùté de dessus le cercueil les honneurs, qui furent présentés aux ducqui devaient les porter. Les quatre coins du poêle étaient tenus par le premier président du Parlement et par trois présidents à mortier. Le roi d'armes approcha du caveau, où, après que le corps eût été descendu, il jeta sa cotte d'armes et son chaperon, puis il appela ceux qui devaient porter les pièces d'honneur. Ces pièces, consistant en enseignes, bannières, cottes d'armes, sceptres, main de justice, couronne royale, etc., furent portées sur le cercueil. Puis, le duc de la Trémouille, faisant fonction de grand maître de France,

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mit son bâton dans le caveau et les maîtres d'hôtel rompirent les leurs. Ensuite, le duc de la Trémouille cria : « Le Roi est « mort!... » et le roi d'armes répéta par trois fois : « Le Roi est « mort!... prions tous Dieu pour le repos de son âme. » On fit ensuite une prière. Enfin, le roi d'armes cria trois fois : « Vive le roi Louis XV ! » aux acclamations de toute l'assemblée, et les trompettes sonnèrent dans la nef. »

1 Extrait de la Gazette de France (Heuzé, La Cour intime de Louis XI V). — Plus lard, dans un service à la Sainte-Chapelle, Massillon prononçant l'oraison funèbre du Grand Roi, jeta à son auditoire cette antithèse éloquente : « Dieu seul est Grand, mes frères! »

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