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LES PRINCES DU SANG ET LES PRINCIPAUX FAVORIS

Les d'Orléans venaient rarement à la Cour, où ils étaient suspecls. Louis, fils du Régent, s'était retiré depuis 1742 à l'abbaye de Sainte-Geneviève, dans l'étude et la religion. Sa sœur Elisabeth, veuve de Louis Ier d'Espagne, s'était confinée dans la dévotion. Son fils, Louis-Philippe, né en 1725, venait de se distinguer à Dettingen. Il parut honorablement aux armées jusqu'en 1757 '.

Les Bourbon-Gondé vivaient dans le faste et la prodigalité. Nous avons vu que M. le Duc, arrière-petit-fils du Grand Gondé, avait été exilé à Chantilly. Sa disgrâce ne dura pas. Prodigieusement enrichi au temps de Law, il se distingua surtout par la munificence de ses chasses et de ses écuries, que le Roi ne pouvait égaler. Son fils (Louis-Joseph), prince de Condé-, devait faire avec distinction la guerre de Sept ans et partager son temps entre son gouvernement de Bourgogne, l'embellissement de Chantilly et la construction

1 Marié en 1743 avec Henriette de Bourbon-Conti, il eut deux enfants : Louis-Philippe-Joseph (Philippe-Egalité) et une fille qui devint duchesse de Bourbon. Remarié secrètement en 1773, avec Mme de Montesson, il passa les dernières années de sa vie dans sa délicieuse retraite de Bagnolet.

1 11 fut plus tard le général en chef de l'émigration.

l'histoire. — LOUIS XV. 389

du Palais-Bourbon qui lui coûta 12 millions; ami des gens de lettres et du Parlement, mais au fond hostile aux idées nouvelles et à Y Encyclopédie.

Le prince de Conti (Louis-François de Bourbon), plus fougueux encore, se couvrait de gloire à Coni et combattait vaillamment en Flandre. Mme de Pompadour le fera écarter des grands commandements. Dans la suite, après avoir été un moment candidat au trône de Pologne, il dirigera la politique occulte de Louis XV (le Secret du Roi), se mêlera aux querelles du Parlement avec la Cour et se montrera l'adversaire des philosophes1.

Le dernier héritier des princes légitimés, le duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse, vit retiré dans ses résidences de Sceaux et d'Anet, partageant sa vie entre les pratiques de la dévotion et les bonnes œuvres. 11 était très populaire; le poète. Florian fut son ami.

Princes du sang ou légitimés ont peu de faveur près de Louis XV, qui s'appuie sur une certaine catégorie de nobles, nobles de Cour, courtisans, au premier rang desquels se distingua le fameux duc de Bichelieu, premier gentilhomme de la chambre, brave et spirituel, mais sceptique, immoral, profondément dépravé. Il approche de la cinquantaine et ses succès mondains datent de loin ; ses galanteries avec les filles du Bégent, ses duels, ses emprisonnements successifs à la Bastille, son ambassade à Vienne de 1725 à 1728. sa campagne de la Succession de Pologne, et plus que tout, son grand nom, les brillants dehors de sa personne et son talent de séducteur lui ont valu l'intime confiance du Boi. Il l'attirait invinciblement. Il était pour lui « son idéal inconscient : c'était du moins un initiateur expérimenté, un compagnon de plaisir qui lui semblait à peine son aîné2 ». Il va combattre en Flandre, à cùté du maréchal.

Les autres seigneurs bien en Cour sont : le comte d'Argenson, ministre de la Guerre depuis 1742, habile, patient, dissimulé, que Mme de Pompadour fera exiler; le comte de

1 II contribuera au renvoi de Turgot et mourra la même année ;1776). — Son fils, né en 1734, fut le seul prince du sang qui consentit à sanctionner les édits du chancelier Maupeou.

2 P.-M. Masson, M™ de Tencin, 1909.

Maurepas, ministre d'Etat depuis 1738, esprit léger et frivole, intelligence fine et déliée, rompu à toutes les intrigues, capable de toutes les méchancetés, fertile en bons mots souvent redoutables; une épigramme contre la Pompadour le fera disgracier quelques années après1. Noailles, époux, depuis 1G98, de Françoise d'Aubigné, nièce de Mme de Maintenon2; il avait pris part à la guerre de la Succession d'Espagne, présidé le Conseil des finances en 1715; maréchal de France en 1734, il avait fait la guerre de la Succession de Pologne et commandé en chef en Italie. Au début de la guerre de la Succession d'Autriche, il avait livré en Allemagne la malheureuse bataille de Dettingen, où l'un de ses lieutenants compromit les bonnes dispositions qu'il avait prises. Noailles était alors le confident très secret du Roi. Il allait passer en Flandre avec lui et prendre une part active à la bataille de Fontenoy;on le disait très ambitieux, exclusif et peu bienveillant. Citons encore le prince de Beauvau, négociateur du mariage de François de Lorraine avec l'impératrice Marie- Thérèse, orgueilleux et mécontent; et le brillant duc de Nivernois, descendant de Mazarin, qui, tout jeune, avait épousé M,Ie de Ponchartrain, ce qui l'avait fait beau-frère de Maurepas3. Il allait être chargé de trois ambassades successives. C'était un homme d'esprit, lettré, acteur consommé; féru de libéralisme, jusqu'à la suppression des droits féodaux exclusivement4.

Tels sont les favoris du moment5, dont la puissance est toujours à la merci de quelque cabale ourdie par d'autres ambitieux qui « s'agitent, se dépensent en belles paroles et en petits complots ». D'Argenson, Richelieu, Maurepas en feront l'expérience sous Mme de Pompadour, qui succédera à Mme de Château roux.

! En 1749.

2 II portait alors le titre de duc d'Aveu. 11 était né en 1678, et avait alors soixaute-quatre ans.

3 II devait épouser en secondes noces Mmc de Rochefort.

4 En 1793, il était devenu le citoyen Maucini.

5 On voit aussi circuler dans les coulisses de ce théâtre l'abbé de Broglie, « hardi, moqueur et mal vêtu ».

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