VERSAILLES DEVIENT LE SIÈGE DU GOUVERNEMENT
Ce fut le 6 mai 468S que Louis XIY fixa sa résidence à Versailles, et que le château, à l'agrandissement et à Tembellissement duquel on travaillait depuis tant d'années, devint le siège du gouvernement de la France. C'est Saint-Simon qu'il faut lire, si l'on veut connaître les causes qui décidèrent Louis XIY à abandonner Saint-Germain et Paris, et les raisons qui lui firent bâtir Versailles.
« Plusieurs choses contribuèrent à tirer pour toujours la Cour hors de Paris, et à la tenir sans interruption à la campagne. Les troubles de la minorité, dont cette ville fut le grand théâtre, en avoient imprimé au Roi de l'aversion, et la persuasion encore que son séjour y étoit dangereux, et que la résidence de la Cour ailleurs rendroit à Paris les cabales moins aisées par la distance des lieux, quelque peu éloignés qu'ils fussent, et en même temps plus difficiles à cacher par les absences si aisées à remarquer. Il ne pouvoit pardonner à Paris sa sortie fugitive de cette ville la veille des Rois (4649), ' ni de l'avoir rendue, malgré lui, témoin de ses larmes, à la première retraite de M"'* de la Vallière. L'embarras des maltresses, et le danger de pousser de grands scandales au milieu
d'une capitale si peuplée, et si remplie de tant de différens esprits, n'eut pas peu de part à l'en éloigner. Il s'y trouvoit importuné de la foule du peuple à chaque fois qu'il sortoit, qu'il rentroit, qu'il paroissoit dans les rues ; il ne Tétoit jmls moins d'une autre sorte de foule de gens de la ville, et qui n'étoit pas pour l'aller chercher assidûment plus loin. Des inquiétudes aussi, qui ne furent pas plus tôt aperçues que les plus familiers de ceux qui étoient commis à sa garde, le vieux Noailles, M. de Lauzun, et quelques suhaltemes, firent leur cour de leur vigilance, et furent accusés de multiplier exprès de faux avis, qu'ils se faisoient donner pour avoir occasion de se faire valoir et d'avoir plus souvent des particuliers avec le Roi ; le goût de la promenade et de la chasse, bien plus commodes à la campagne qu'à Paris, éloigné des forêts et stérile en lieux de promenades ; celui des bâtimens qui vint après, et peu à peu toujours croissant, ne lui en pennettoit pas l'amusement dans une ville où il n'auroit pu éviter d'y être continuellement en spectacle ; enfin l'idée de se rendre plus vénérable en se dérobant aux yeux de la multitude, et à l'habitude d'en être vu tous les jours : toutes ces cônsidéràtions fixèrent le Roi à Saint-Germain bientôt après la mort de la Reine sa mère.
» Ce fut là où 11 commença à attirer le monde par les fêtes et les galanteries, et à faire sentir qu'il vouloit être vu souvent.
» L'amour de M°»« de la Vallière, qui fut d'abord un mystère, donna lieu à de fréquentes promenades à Versailles, petit château de cartes alors, bâti par Louis XIII...
» Ces petites parties de Louis XIV y firent naître peu à peu ces bâtimens immenses qu'il y a faits ; et leur commodité pour une nombreuse Cour, si différente des logemens de Saint-Germain, y transporta tout à fait sa demeure peu da temps avant la mort de la Reine. Il y fit des logemens infinis, qu'on lui faisoit sa cour de lui demander, au lieu qu'à Saint-Germain, presque tout le monde a voit l'incommodité d'être à la ville, et le peu qui étoit logé au château y étoit étrangement à l'étroit.
» Les fêtes fréquentes, les promenades particulières à Versailles, les voyages furent des moyens que le Roi saisit pour