‹ Le château de Versailles; histoire et descriptionChapitre 42 sur 54 · IV · texte numérisé non relu

IV

' M. d*Agéoois.

3tii\ LE CEATEAU UE VERSAILLES

Elle et sa sœur passonl la jaurnëe dans un fButeuil : et bors sa g«maioe, quand M™* de Lauraguais BorI, c'est aouveut pour la premièn; fois ù huit ou neuf heurea du soir. M™" de ta Toumelle sort encore moins ; elle dlDO tous tes Jours cbex clic. Daus les commencemeiu. cite soupoit quolquerois dehors, quand il n'y avoit point do c*liinels ; prtseatemenl ello soupe toujours seule avec sa sœur; ethorf quelques jours de gnmd conTort, où le Roi descend, après souper, un quart-d'beure ou une demi-ticure chez M""' la comtesM de Toulouse, qui vient ici exprëa pour cela, le Roi remonte dans se9 csbiueiB et de là chez M'"" de la Tournelle ' tout le plut-lI qu'il lui est possible,

M"" do U Toumelle a peu. ou point d'humeur ; son caraclère nalurel serait assez tourné à te raillerie, mais elle parle si peu pr«sentL-nicnl que l'on s'en aperçoit moins.

Pour M"'" de Lauraguais, elle est bruaque et parle beaucoup, mais elle ne cberebe qu'b se divertir i il y a peu d'événemeDi qui l'affectent, hors certainea gens & qui elle prend un intérdl paiticutier. Je ne la Tois pas souvent ; mais je crois qu'elle a quelquefois des momens d'humeur, fort passagers, parce que le fond de son caractère est la gaieté et de s'embarrasser peu de tous les 6v6iiemcDS. Beaucoup de paresse, un bon fauteuil, na réjouir de l<iul, même aux. dépens des autres, sans être mëcbante, c'est A peu près

Noua avons raconté précédemment ta maladie du Goi à Metz, l'exil de M"'*- de Chùteauroux et de Lauraguais, leur rappel et la mort, le 8 décembre 1744, à Paris, de M"^^ de Ghâteaurous. 11 suffit d'ajouter ici cette phrase du duc de Luynec » M""' la duchesse de Châteauroux fut enterrée bier matin ', de très-bonne heure ; ou a cru qu'il seroit prudent de faire cet enterrement à une heure où il y a peu de monde dans les rues, à cause du dëcbalnemeat de la populace. • Ces explosions brutales de la conscience publique soulevée contre de pareils désordres auraient dû avertir Louis XT de l'état de l'opinioQ publique.

Le Roi fut Irës-afQigé de la mort de la Duchesse ; il se retira à la Meutte avec MM. d'Ayen, de Luxembourg, de GoDtaut, de la Vallière et de Soubise, amis de M"»" de ChSteauroux. Quelques jours après, il alla à Trianon, où il admit,

' Ceci indique eisctemeut la Eilualioa de l'appErtemeol de M'"" de Ii Toumelle, au-deaaus des cabinets du Roij dans l'eppaileaisnt da M"' Du-

* Le 10 décembre.

M"^* de Modène, de Boufflers et de Bellefonds, amies de la défunte, et ne revint à Versailles que le 14 décembre.

Les femmes qui se donnaient ou se vendaient au Roi, à coup sûr, sont coupables. Que dire de celles qui favorisaient ses amours et servaient de chaperons à ces scandales pu* blics, prêtant leur appartement, tenant compagnie aux maitresses, assistant aux soupers, aux chasses et aux promenades, pour en diminuer Tindécence. Les principales de ces femmes sont pourtant des princesses du sang : la comtesse de Toulouse, M'"^ de Modène, M*''* de Glermont et de la Rocbe-sur-Yon, et surtout M^'® de Gharolais, le type du genre.

Mais il est temps de clore ce chapitre et de passer à un autre sujet.

Ul R£INE

Il y avait alors à Versailles, au milieu de la cour officielle, deux sociétés particulières fort distinctes, celle du Roi et celle de la Reine. La société de Marie Leczinska était peu nombreuse ; elle se composait de la duchesse de Luynes, sa dame d*honneur, du duc de Luynes, l'auteur du journal que nous avons cité si souvent, de son frère Tévèque de Bayeux depuis cardinal de Luynes, de la duchesse de Vlllars, dame d*atours, qui avait infiniment d*esprit, du président Hénault, Thomme aimable par excellence, de M. de Montcrif, lecteur de la Reine, du P. GrifTet, savant jésuite et excellent historien, de M. de Nangis, ami très-dévoué de la Reine.

Si Ton veut juger de Tennui profond qui régnait à Versailles, ennui dont nous avons déjà dit quelques mots, on en trouve un aveu des plus formels dans une lettre de la Reine adressée en 4732 au cardinal Fleury. Nous en extrayons le passage suivant : « La solitude de Versailles est afireuse. J*aimeroi8 quasi mieux être dans un couvent Si je n*a-

LE CEATEàU DE VERSAILLES

vois mes livres et mon ouvrage, je n'y pourrols pas tenir '. ■

Le jour, la Reine restait chez elle, voyait ses enfants, iieait, peigDail, jouait du clavecin, de la guitare, de la vielle; le soir, elle allait chez le duc de Lnynes, soupait fréquemmeut chez lui *, mais passait toutes ses soirées dans le cabinet de la Duchesse, assise u dans le délicieux fauteuil près de la cheminée* u. Le bon chien Tintamarre était admis dans ce cercle ; il y ronflait souvent, ce qui arrivait aussi quelquefois au cardinal de Luynes, qui « faisait duo avec lui « ..

L'appartement du duc de ics était au premier étagede l'aile du midi, !e long de la cour des Princes, entre «lie cour et celle de la Bouche. On y entrait par le palier de l'escalier des Princes. C'est le seul des appartements des ailes du château qui n'ait pas été déln t par Louis-Philippe '. Deux pièces ont encore conser\'é leurs boiseries sculptées do temps de Louis XV,

La Reine allait quelquefois à Bampierre, dans le château des Luynes '. Quand elle était séparée d'eux, elle leur écrivait sans cesse'.

Le duc de Luynes a donné un portrait fidèle de Marie Leczinslta, que nous mettons sous les yetix de nos lecteurs :

11 n'y a point d'humeor dans le caractère de la Reine. BUet quelquefoEs des momens de viTacité, mais ils sont passagers ; elle eu est fSchéc le moment d'après, et, quand elle croit avoir bit peine à quelqu'un, elle est impatiente de le consoler par quelques marques de bonté. La Reine devrolt savoir beaucoup, car elle a beaucoup lu, et mdme des livres difficiles à entendre, par exemple les ouvrages du P. Maltebranclie ; elle les lit avec plaisir ; cependant quelques gens croient qu'elle peut bien ne pas les entendre. Ses principales lectures, aprts celles de piâté, sont des liite« d'histoire. MalheureuBement elle n'a pas le talent de bien conter, el

' Caflogut de Ciaraoay, l" mue tSSO, d? SS.

* En IT47, U Reiae soupi ISS Tois cliez le duc as Lujnes.

* Lettre d« Marie Leczmske à la ducbesse de Lujnes.

' LUTNBB, I, iS.

3 Parce qu'il l'avait habita Boaa Louia XVI.

* LCTKBS, I, 39.

' Cette corretpaudance eat couBervée à Damplerre.

elle le sent fbrt bien ; cependant il est aisé de toIt qu'elle est instruite. D^ailleors elle entend avec finesse, et a des saillies et des réparties extrômement vives. Elle passe facilement, dans la conversation, d*an sujet à un autre ; les dissertations et longues conversations sur le môme sujet paroissent l'ennuyer, et ce sentiment, eo effet, est assez ordinaire.

Elle aime la musique et joue de plusieurs instrumens, médiocrement à la vérité, mais assez pour s*amuser ; elle a la voix fort petite, mais fort douce. Quoiqu'elle ne soit pas grande et qu'elle n*ait pas ce qu'on appelle une figure fort noble, elle a un visage qui plaît et a beaucoup de grâce *. Sa grande piété et sa vertu, qui viennent du tempérament et de l'éducation, l'ont mise à portée de Jouir d'une liberté que jamais reine n'avait eue jusqu'à présent. Elle a au moins deux heures de temps à être dans ses cabinets le matin, et trois ou quatre les après-dîners, les jours qu'elle ne va point raprës-dtner à l'église. Dans ses heures particulières, elle voit qui elle veut, hommes et femmes à son choix. Mais quoiqu'elle aime le ton de galanterie accompagné d'esprit et de prudence, et qu'elle entende parfaitement ce langage, elle n'a nulle idée du mal, elle n'en a que de l'horreur.

M. de Tressan, exempt des Gardes du corps, tint un jour un propos assez osé, que nous rapportons d*après d'Argenson*, afin de faire connaître le ton de la conversation galante des cabinets de la Reine, t On disoit que les boussards feroient des courses ; la Reine dit : t Mais si j'en rencontrois une troupe et que ma garde me défendit mal ? — Eh bien, Madame, dit quelqu*un, ils houssarderoient votre Majesté. — Et que feriez-vous, M. de Tressan, dit la Reine. — Madame, répondit-il, ce qui arrive dans la fable intitulée : le ekien qui défend le dîner de son maître ; après ravoir défendu de son mieux, ce chien se mit à le manger comme les autres. » Joli et galant propos, si Ton veut, d'égal à égale ; mais, de Tressan à la Reine, il me semble que cela est à jeter par les fenêtres, » ajoute d*Argenson.

La petite cour de la Reine était, autant que la chose était possible, un foyer d*opposition à Louis XY, à ses maîtresses, et le centre du parti dévot à la Cour, parti qui comptait le Dauphin parmi ses principaux membres. On y soutenait

' • La Heine fait trèe-bonne mine, dit Voltaire, quoique sa mine ne soit point du tout jolie. • Ltttrt du 47 tiptembr$ 47 MS, « IV. 79. 1743.

LE CHATEAU DE \'EîtSAnjjES vivement les Jésuites contre leurs nombreux ennemis. U- Dauptiin d'un c6lë, Mesdames de l'autre, avaient aus&i de petites cours sans importance, où les commérages jousieui un assez grand rôle.

La Beine, à l'époque où nous sommes, n*avait plus avec Louis XV que les relations officielles exigées par l'âiiquetle. Quand le Roi était à Versailles, d'où la Reine ne sortait t[\ie pour les grands voyages annuels de Marly, Compiëgne et Fontainebleau, elle allait tous les matins au petit lever du Roi ; mais elle s'y trouvait avec les courtisans et ne pouvaiL jamais lui parler en particulier. Elle soupait avec lui quand il y avait grand couvert.

Louis XV était d'une extrême dureté envers la Reine, qui k' craignait beaucoup ; il manquait même d'égards et de convenance envers clic, et ses familiers suivaient son exemple. M"' de Pompadour eut au moins le bon goût de forcer le Roi et les autres à ôtre polis. Aussi la Reine disait souvent, que puisqu'il y avait une maîtresse, elle aimait mieux H" de Pompadour qu'aucune autre '.

Les concerts étaient le divertissement le plus ordinaire que la Reine offrait aux courtisans , avec le jeu, le dimanche.

Dès l'année (735, Marie Leczinska donna très- fréquemment des concerts dans le laloK de la Paix, qui dépendait de ses grands appartements. Elle désignait à MM. de Blamont et Destoucbes, surintendants de la Musique du Roi, les ceuvres lyriques qu'elle désirait entendre, et ces messieurs surveillaient les répétitions et l'exécution. À dater de 1736, Rebel, compositeur d'opéras et surintendant de la Musique du Roi en survivance de Destoucbes, dirigea également les concerts du salon de la Paix.

On y exécutait des symphonies, des cantates, des morceaui de musique religieuse, mais principalement des opéras et des ballets. Les opéras qui furent le plus souvent représentés dans le salon de la Paix sont ceux de Lully, particulièrement .^2cm/0, Thésée, Atys, Bellérophon, Jnnû^e ,- puis quelques œuvres moins connues, dues à des compositeurs dt

l'époque, telles qu'Achille eê Déidamie^ de Danchet et de Campra, Hfpermnestre d*Antier, Tarsis et Zélie de Rebel et Francœur. Enfin souvent la Reine priait Destouches ou Blâment de faire exécuter quelques-unes de leurs compositions. Ce fut ainsi que Destouches fit entendre à la Cour son opéra de Télémague^ son Amodie de Orice; Biamont, son Alcione, son Retour des Dieux, son Impromptu du LaJfyrinthe de Versailles^ et diverses cantates et symphonies. Parmi les hallets qui plaisaient le plus à la Reine, citons les Eléments et VBu^ rope galante.

Les chanteurs et les cantatrices attachés à la Musique du Roi, et les choristes de TAcadémie royale de Musique étaient les seuls qui fussent admis à chanter dans les concerts de la Reine. Les artistes les plus goûtés étaient M*i«* Antier, Dangeville, Lenner, Duclos, Erremens, et le sieur CSiassé.

Les opéras étaient chantés, soit par fragments, soit en entier. L'exécution entière d'un opéra occupait ordinairement trois concerts. Dans un premier concert, on donnait le prologue et lel^i* acte; le concert suivant était consacré au 2® acte et au 3*; le troisième concert, aux derniers actes. A la fin de chaque concert, on servait une collation ; puis les compositeurs qui avaient eu la faveur d'une audition, ou les chanteurs et les cantatrices qui avaient été le plus applaudis, étaient présentés à la Reine par Blamont ou Destouches, et étaient complimentés par elle.

Les concerts du salon de la Paix étaient souvent interrompus par les voyages de la Cour ; mais des chanteurs et des musiciens attachés à ces concerts suivaient la Reine à Trianon, à Marly, à Fontainehleau, pour y interpréter de nouveau les œuvres qui avaient ohtenu le plus de succès à Versailles ^

* Tout ce qui est relatif inz concerts du Salon de la Paùe est extrtit de le collection du Mtrcurt de FrêHce et m'a été obligeamment communiqué per M. Rodouan.

LE rnATEMI DE VERSAILLES

LA MARUnSE HE POMPAUOUB - )74S

Louis XV avait remplacé M"' de Chûteauroux par sa sœur, M"* de Lauraguais, qui, à son tour, dc larda pad à Mre supplonlée par uue M""" d'EtioUes, dont parlait tout Paris pour ïb beouté.ses grâces el son talent de chanteuse et de comédienae, et qu'on proclamait Lautement être « un morceau de roi ».

Dès I7iî, le président Ilénaull écrivait à M"» du DeCbot. au sortir d'un souper chez M. de Monligny ; « Je rvAConini là une des plus jolies femmes que j'aie jamais vues; c'est M"" d'EtioUes ; elle sait la musique parfaitement, elle chante avec toute la gaieté et tout le goût possible, elle sait cent chansons, joue la comédie à Etiotles sur un Ibëalre aussi beau que celui do l'Opéra, oii il y a des machines et des cbaogemens. >

Un lieutenant des chasses du parc de VerBailles, Ch. Le Roy, a laissé dc la nouvelle déesse un charmant portrait.

La marquise de Pompadour, dit-il, Ëtoit d'une taïUe i de l'ordinaire, STclte, aisée, souple, Clégente ; aon visage étoit tnea assorti à sa taille, ud ovale parfait, de beaux cheveux, pluldt dk»tain-clair que bloads, des yeux assez grands, ornés de beaux sooi^ cils de la même couleur, le nez parraitement bien formé, la bouche charmante, les dents très-belles et le plus délicieux sourire ; la plus belle peau du monde donnoil k loua ses traits le plus grand éclat. Ses yeux avoient un charme particulier, qu'ils dévoient pent-fitK i l'incertitude de leur couleur ; ils n'avoient point le vif éclat des jeu noirs, la langueur tendre des ;cux bleus, la finesse particolibre loi jeux gris ; leur couleur indéterminée sembloit les rendre propret t tous les genres do séduction et k exprimer successivement toutes les impressions d'une âme très-mobile ; aussi le Jeu de la pbjrsionomle de la marquise de Pompadour éloit-il infiniment varié, suis jamais on n'aperçut de discordance entre les traits de son visa^; tous conspiroient au même but, ce qui suppose une Sme asseï maîtresse d'elle-même. Ses mouvemens étoient d'accord avec le lesle, et l'ensemble de sa personne sembloit faire la nuance entre le dernier degré de l'élégance et le premier de la noblesse.

LA Marquise de pompadour 387

D*Argeiison est moins enthousiaste. Il reconnaît (qu'elle est blonde et blanche, mais sans traits ; il dit qu'elle est douée de grâces et de talents, mais qu'elle est assez mal faite ^ Le beau pastel de Latour donne raison à Le Roy.

M°>« d*Etiolles était la fille d'un sieur Poisson, commis des frères Pfiris, qui avait été condamné à être pendu pour malyersation, homme cynique et entaché d'ivrognerie ; ce qui n'empêchera pas Louis XY d'anoblir ce grossier personnage en 1746 '. La mère de M""* d*Etiolles, très-belle femme, plus jolie <iue sa fille, eut plusieurs amants, ministres, ambassadeurs, fermiers généraux. M. Le Normand de Tournehem *, fermier général, passait pour être le père de M°^* d'Etiolles et de son frère, qui fut plus tard le marquis de Marigny. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il fit élever les deux enfants avec beaucoup de soin. Antoinette Poisson devint musicienne excellente, grâce aux leçons de Jélyotte ; elle chantait et jouait du clavecin ; elle dansait à ravir; elle montait à cheval ; elle gravait à l'eau forte et sur pierres fines ; Grébillon lui avait appris à réciter les vers. Aussi fut-elle très-recherchée dans le monde, et ses succès y furent-ils très-brillants. Bientôt le nevea de M. de Tournehem, M. d'Etiolles, en devint éperdument amoureux et l'épousa en 4744; elle avait vingt ans. M"* d'Etiolles n'aimait pas son mari; elle avait d'autres Yisées; elle voulait devenir la maîtresse du Roi et fit tous ses eflTorts pour réussir.

Quand le Roi chassait dans la forêt de Sénart, M°*« d'Etiolles sortait de chez elle^, vêtue de rose ou de bleu, montée dans un phaëton bleu ou rose, et attirait les regards de Louis XV. La duchesse de Ghâteauroux, qui n'entendait pas être évincée par une « grisette i, fit défendre à « la petite d'Etiolles » d'assister aux chasses du Roi. A la mort de M^® de Ghâteauroux, qui arriva fort à propos, M°*® d'Etiolles se fit voir de nouveau. Ce fut au bal masqué donné le 28 février 4745, à l'Hôtel de Ville de Paris, à l'occasion du mariage du Dauphin avec l'Infante d'Espagne, que M*"* d'Etiolles fit la

* T. IV, p. 179.

* Lumifl, IX, 211.

* Oo proDODçait alors Tournehan.

^ EUoIlM Mt à c(Mé de la forêt de Séoart.

conquête de Louis XV. Elle lutina loDglemps le Roi et le charma par son esprit ; et quand elle conseolil à 6t«r son masque , il recooaut ta jolie chasseresse de la TorËt de Sénart.

Binet, valel de chambre de Louis XV et pareat de M"" d'HtioUes, lui fut d'un grand secours ; il l'amena à Versailles. Le jeudi % avril, il y eut comédie italienne au château; le Roi y assistait, et M"» d'EiiolIes aussi, très en vue de la loge grillâe de S. M. Elle était fort bien mise et Tort jolie '. Le 10, Louis XV soupail seul daas ses cabinets avec M"" d'Eliolles, dont tout le monde parlait à la Cour, o mais sans oser en parler publiquement' ». Le samedi saint, )7 avril, second souper, auquel assiste M"" de Lauraguais. Le 23, troisième souper ; M"" de Lauraguais, cette fois, est à Paris, mais MM. de Luxembourg et do Bcllefonds sont les commensaux de S. M., qui ne se coucha qu'à cinq heures. Le 23, M"" d'EUolles dloe avec le Roi '. Dès lors elle a un logement à Versailles. « On ne sait pas précisi^ment où elle loge, dit le duc de Luynes, mais je crois cependant qne c'est dans un petit apparleraeot qu'avait M"" de Mailly et qui joint les petits cabinets ; elle De demeure point ici de suite, elle va et vient à Paris, et s'y en retourne ce soir *. »

« J'appris hier, écrit encore le duc de Luynes le 28 avril, que M. d'EtioUes, qui vient d'arriver de province et qui aroil compté, en arrivant, trouver sa femme, qu'il aime beaucoap, a été fort étonné quand U. Le Normant, fermier général, son parent et son ami, lui est venu dire qu'il ne comptât plas su sa femme, qu'elle avoit un goût si violent qu'elle n'avoil pa lui résister, et que pour lui il n'avoit d'autre parti à prendre que de songer à s'en séparer. M. d'Eliolles tomba évanoui à cette nouvelle. Depuis il a été obligé de consentir à la séparation, et le Roi achète pour M'"" d'Eliolles le marquisat de Pompadour, dont elle portera le nom.... C'est Uontmarlel gui fournit l'argent'. »

' LuTNBi, VI, 382.

' LUYHB«, VI. Ï9fl, tï3.

' LUVNIS, VI, (îl.

' l.i;YNEa,23 avril 1715. VI, (SI.

' LOINBB, VI, H3.

M^ d*Etiolles créée marquise et installée à Versailles, Louis XV i>artit pour la Flandre le mois suivant, et assista à la bataille de Fontenoj qae le maréchal de Saxe gagna sous les yeux de S. M. Louis XV alla ensuite faire le siège de Toumay.

Pendant son absence, M°*« de Pompadour demeura à la campagne près de Paris, où elle ne voyait que peu de monde, Voltaire entre autres ; elle ne voulut jamais accompagner le Roi à Tarmée. Louis XV lui envoyait des courriers plusieurs fois par jour ; à la date du 9 juillet, il lui avait déjà écrit j^ns de quatre-vingts lettres ^

On profita de l'absence de la marquise pour travailler à Tappartement des maîtresses, que devait occuper M*"* de Pompadour à son retour *.

Le Roi revint de Flandre le 7 septembre ; il fit un court séjour à Paris, logea aux Tuileries, assista, le 8, avec toute la Ck>ur, kuR Te Deum à Notre-Dame et à une grande fête à l*Hôtel de Ville. « M"** de Pompadour étoit incognito dans une chambre en haut à l'Hôtel de Ville. On lui servit un trèsgrand et très-bon souper ; elle avoit avec elle M°^<^ de Sasse* nage et d'Estrades. Elle avoit en hommes son frère et son oncle M. de Tournehem; M. de Richelieu y monta, M. de Gesvres, M. de Bouillon ; et M. le Prévôt des marchands y alla deux fois. Elle y resta jusqu'à onze heures et demie, et le Roi n'y monta pas '. »

Louis XV revint à Versailles le 40. Dès le 42, M^n^ de Gler* mcmt d'O, présentait au Roi M™^' d'Estrades, cousine germaine de M°^ de Pompadour. C'était une petite femme jeune, assez grasse, ayant de fort grosses joues ^. Le 44, la princesse de Gonty présenta M*"* de Pompadour.

• M"* de Pompadour, dit le duc de Luynes ', fut présentée au Roi sur les six heures. Il y avoit un monde prodigieux dans Tantichambre et la chambre du Roi *, mais assez peu

* LUTKM, VI. 492 ; VII, 5.

' LuTHM, VI, 492. — C'est rappartement dit de U^^ Dobarry.

* Lunm, VII, 55.

* LUTNSf , VII, 59.

» VII. eo.

* C'est 11 chambre de Lonii XV.

3911 LE CHATEAU DE \'ERSAlLLES

dans la cabinet. La conversation tut Tort courte, cl l'embarras très-grand de part et d'autre.... 11 n'y avoil pas motos de monde à la prêsentatioa chez la Reine, et tout Paris étoit (orl occupé de savoir ce que la Reine diroit à U™" de Pompadour. On avoit conclu qu'elle ne pourroit lui parler que de son habit, ce qui est un sujet de conversation fort ordinaire sui dames quand elles n'ont rien à dire. La Reine, instruite que Paris avoil déjà orrangiS sa coavursation , crut, par cette raison-là même, devoir lui parler d'autre chose. Elle savoil qu'elle connoissoit beaucoup M""' de Sessac. La Reine lui dii qu'elle avoit vu M"" de Sessac â Paria et qu'elle avoil été tort aise de faire connoissacce avec elle. Je ne sais si H"" de Pompadour entendit ce qu'elle lui disoit, car la Reine parle assez bas; mais elle profita de ce moment pour assurer la Beine de son respect et du désir qu'elle avoit de lui plaire, La Reine parut assez contente du discours de U""= de Pompadour, et le public, allontif jusqu'aux moindres circonstances de cet entre tien, a prétendu qu'il avoit été fort long et qu'il avoit été de douze phrases. M. le Dauphin parla à M" de Pompadour de son habit. »

La marquise était déjà en possession du logement de U"*" de Châteauroux, où l'on avait fait quelques changements, mais dont ou avait conservé le meuble. Le Roi y avait soupi le 13, en très-petite compagnie'. U°>' de Pompadoor occupa cet appartement, que le duc de Luynes appelle t le bel appartement au haut du chfileau près des cabinets >, jusqu'en 1752, époque à laquelle elle alla demeurer au ret-dechaussée du corps principal du château, dans une partie de l'ancien appartement des Bains.

Le soir même de la présentation, le Roi partît pour Chois; avec M™» de Pompadour, de Saint-Germain, de Bellefondsel de Lauraguais, qui se prêtait, comme on le voit, à tous les rôles *. A ce voyage, Louis XV se trouva incommodé d'une fluxion avec une fièvre assez forte ; on le saigna. Il proposa à la Reine de venir le voir à Choisy ; Marie Leczioska s'j rendit le 1 9 et fut trës-bien reçue ; elle dîna avec M"* de Pom-

padour et les autres dames du voyage, et visita la maison après le diner ^

La Cour partit en octobre pour Fontainebleau. M*"* de Pompadour y eut Tappartement de M»* de Ghâleauroux, et suivit les chasses à cheval.

Il parott, dit le duc de Luynes ', que tout le monde trouve M°^* de Pompadour extrêmement polie. Non-seulement elle n*est pas méchante et ne dit de mal do personne, mais elle ne souffre pas môme que Ton en dise chez elle. Elle est gaie et parle volontiers. Bien éloignée, ju8qu*à présent, d*avoir de la hauteur, elle nomme continuellement ses parens, môme en présence du Roi ; peut-ôtre môme répëte-t-elle trop souvent ce sujet de conversation. D'ailleurs, ne pouvant avoir eu une extrême habitude du langage usité dans les compagnies avec lesquelles elle n*avoit pas coutume de vivre, elle se sert souvent de termes et expressions qui paroissent extraordinaires dans ce pays-ci. Il y a quelques jours qu'elle parloit de l'un de ses cousins qui est religieux et que Ton a fait revenir dans une maison de son ordre pour être à portée de tenir compagnie à M. Poisson, qui habite dans ce lieu depuis quelque temps. M"** de Pompadour a eu la curiosité de voir ce religieux, à dessein de lui tendre service; elle n'en Ait pas contente; elle lui trouva peu d'esprit, et dit à quelqu'un qui l'alla voir : « C'est un plaisant outil que mon cousin ; que peut-on faire d'un engin comme celui-là ?» 11 y a lien de croire que le Roi est souvent embarrassé de ces termes et de ces détails de famille.

Louis XV s'occupa pendant ce voyage à réconcilier M^ de Pompadour avec M°^® de Lauraguais qui, avec raison, n*était pas contente de son changement de position.

Contrairement à M°^* de Ghâteaurouz, lâ."^^ de Pompadour s'efforçait en toutes circonstances d'être respectueuse envers la Reine. Nous avons déjà dit qu'elle amena le Roi à avoir plus d'égards pour Marie Leczinska, et même à être aimable avec elle. En 4746, elle décida le Roi à payer 40,000 écus de dettes que la Reine avait faites *. Il nous reste maintenant à faire connaître les revenus et les propriétés de la marquise.

Le duc de Luynes^ nous apprend qu'en octobre 4745

* LUTHIS, VII, «3.

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