VII
• LUTNBS, VIII, 304.
* VII. ilO.
M"" de Pompadour avait (80,000 livres de rente, y compris le marquisat, qui valait 827,893 livres, 7 sols et G deniers, et rapportait 19,000 livres de termages '. En mai 1746, Louis SV donna à M'"" de Pompadour 700,000 livres pour acheUr la terre et le château de Crécy près de Dreux ; elle y dépeasa 8,903,267 livres. En 1748, il lui donna la terre d'Aunay joignant Créey et rapportant 9000 li\Tes ; il l'avait payée 110,000 livreii'', en I7i9, elle acheta le château de MaJainvillR, également situé près de Dreux '. En 1 7i8, M"" de Pompadour St bâtir par son architecte Lassurance le château de Bellevue, qui fut complètement achevé en 1750. D'Argenson ' dit qu'on y dépensa plus de G millions. En 1718, Louis SV acheta â son valet de chambre Bachelier le château de la Celle, entre Versailles et Sûint-Cloud ; il le paya 260,000 livres et le donna à la marquise, qui le vendit en 1750, quand BeUevuc fut achève ', En 1750, M"'* de Pompadour acheta la seigneurie de Sèvres avec la verrerie, ce qui lui ajouta 36,000 livres de rente. Bellevue était le cheMieu de ce grand domaine'. Kn 1752, elle se fit 1)9 tir à Versailles un hôtel, rue des Réservoirs'. En 1753, elle Gt l'acquisition, au pris de 730,000 livres, du M hôtel d'Evreux ', qu'elle meuhla avec le plus grand luxe *. En <759, Louis XV lui donna six arpents du petit parc de Versailles '° ; elle s'y fit construire par Lassurance on petit bôlel qu'elle appela l'Srmitage. Elle avait aussi des ermilsges à Fontainebleau et à Gompiëgne. En 1760, M-»* de Pompadour alla â Mênars, qu'elle venait d'acheter. Comme eU«
' Archives nalionelea, Reg. du SecréUritt d'Etat, B 3178 [Rmadgii*' méat commuDÎqué (ai M. Perent de Rosan). — X^ Roi «v»it ic^uis df M. de Choïaeul le marquisat de PoDipedour eo lui donnaat en éehinge li
' D'Ahoebbon, V, tu. — LuTNKs, X, 340. — M"' de PoaipiiJMf ' acheta La Celle pour l'hebiter peedant tes abseacee du Roi, perce qii'«li> ne vauluit pas résilier è Chois; (LtiîNBs).
* D'Abcrnboh. VI, ïtî.
' L'hetel de il'"" de Pompadour est eojounl'hui l'htltel et le rwtanrMi des Réservoirs.
' Aujourd'hui le palais de l'Elysée.
* LUÏNBB, XIII, U3.
" LUYKBS, IX, 25f.
LA BCARQUISE DE POMPASOUR 393
avait passé sur le nouveau pont d'Orléans, construit par Hupeau, on ne man({ua pas Toccasion de dire :
Censeurs, Hupeau est bien vengé ; Reconnaissez votre ignorance.
Son pont hardi a supporté Le plus lourd fardeau de la France*.
Nous voyons plus d'une fois Louis XV donner à sa maltresse de grosses sommes : en 4749^ il lui paye 6 ou 700,000 livres de dettes ; en 4751, encore 400,000 livres pour la même raison *. D*Argenson évalue en 1751 * la fortune de la marquise, en terres, meubles, pierreries et bijoux, à plus de SO millions. En 4753, elle se fit donner 500,000 livres pour le cordon rouge que Duplelx^ gouverneur de rinde française, venait de recevoir *.
Mais, pour pénétrer plus avant dans le détail des finances de M"** de Pompadour, il faut analyser un précieux manuscrit des Archives de Seine-et-Oise, recouvert d*une feuille de papier jaune sur laquelle est écrit : Enorme dépense^. Ce manuscrit contient le relevé détaillé des dépenses et des recettes de M"* * de Pompadour, pendant tout son règne^ comme elle le dit elle-même, n nous apprend qu'elle a dépensé, en dix-neuf ans, 36,924,440 livres, somme énorme en 00*61, et qu*à sa mort elle devait 4 ,700,000 livres.
La première partie du Relevé est consacrée aux bâtiments. Elle dépensa pour ses châteaux, hôtels et maisons de plaisance, à la ville et aux champs, environ 7 millions et demi.
La Umeke de M™® de Pompadour, pendant les dix-neuf ans de règne, a exigé 3 millions et demi. Elle a dépensé 4 millions pour les voyages du Roi, comédies, opéras et fêtes données à son royal amant, en difiérentes maisons, pour Tarracher à sa mélancolie habituelle ; — 4,548,886 livres pour les gages des domestiques et les générosités à eux faites ; — 840,000 livres pour la bougie, les falots et la chandelle ; ^ 4,000,777 livres
* Bârbiir, VII, 284.
* D'Aroinson, VI, 113, 327.
^ I>*ARGBNf01l, VIII, 8.
* II. Le Roi a publié ce manusorit sous le titre de BêUvé dt$ iépum» de M^ d€ Pompadour.
pour lo liDge ; — 66,t72 Unes pour la batterie de cuisine dt ses diverses maisons; — 350,235 livres pour sa garde-roi»', touL compris .
Elle a dépensé en menus plaisirs, li m se saiisfaitant,
(, 338, 867 francs. Avec 100,000 francs de poudre envoyée au
m. uig de MontcaliD, la France eût conservé le Canada ei
stiie mallresse de l'Amérique du Nord ; mais le Trésor
I pas de fonds pour ces sortes de dépenses. Puis, lou-
I ur se satisfaire, sans doute, la marquise acheta
I ËOO livres de vaisselle d'or et d'argent, el de colifi-
\ u. tft^= .-i . 'or ; ( ,783,000 livres de dis-
" I res ux de vieux laque; (50,000
I yui^Kiines ; 460,000 livres do pierres
et données au Boi ; ioo,000
al; GO, 000 livres de tableaui
es de manuscrits el livres;
, voitures, chaises à porteurs,
nt (,300,000 francs à nourrir.
ï haras de Pompadour,
uimpagnaicnt toujours, pour
rariaot les clTets > ; elle pajrs
I par le Famé' livres de médailles d'or el t et autres fantaisies; 12,50G ( ,S00,000 livres en belles jun chevaux de selle, qui lui c( Il est vrai de dire qu'elle
Elle donna aux damea ilîO,000 livres de présent .
100,000 livres de dettes de son père ; elle donna toO.OOO livre* aux pauvres, pendant tout son règne, dit-elle; elle ser\-ait 229,236 livres de pensions à des parents, à des serviteurs, i des gentilshommes, à de vieilles dames nobles, à des pauvres, â des infirmes (au petit sans bras] el surtout à des couvents. Et, pour que rien ne manque à ce prodigieux budget de femme entretenue, on Ut dans l'état des pensions, qu'elle en faisait une de 600 livres à une U'°* I>ebon, tireuse de caries, • pour lui avoir prédit à l'âge de neuf ans qu'elle serait un jour la maltresse de Louis XV ».
Les recettes ne sont pas moins curieuses à étudier que les dépenses. C'était d'abord la pension, puis les étrennes, les cadeaux, les profils du jeu et la vente des bijoux dans les
' Ll Sotiiité des Bibliophiles frgnsais a publié ea 1873 le ZivreJitrut de Laiart Ducaua, marchand bijoutier du Soi [iHS-lS). Ce curieux Joanul contient mois par mois le relsyé des acquisitiouB faites pir U°" i' l'ois padour. conBistant eu porcelaicss, cuirres ciacKs, bijoux, boIlM, mnblas rares, laques, curiosilét aa colifichets de toutes sortes.
moments difficiles. La pension de M™<» de Pompadour est d'abord de 2400 livres par mois, puis de 4000 ; les cadeaux et les gratifications sont énormes et très-variables ; les étrennes sont d'abord de 50,000 livres, mais Tengouement du Roi diminuant, les étrennes disparaissent. Le jeu est une ressource importante ; la marquise est heureuse ; le lansquenet lui rapporte quelquefois 9000 livres, 28,800 livres, 20,592 livres. Dans les dernières années, pendant les désastres de la guerre de Sept-Ans, elle vend des tabatières d'or, des bracelets en perles et divers bijoux ; et cependant le Trésor est encore assez riche pour que le Boi lui donne 6000 francs parce qu'elle avait bien voulu se laisser saigner (juin 1764).
Ce gaspillage des finances de TEtat, qui a contribué pour une si forte part à la ruine de notre marine et à la perte de nos colonies, finit par soulever contre M™* de Pompadour le peuple accablé d'impôts et aux prises avec la cherté du pain, qu'on accusait le Roi d'augmenter encore par ses spéculations sur les blés. En 4750, il y eut une émeute sérieuse à Paris, pendant laquelle le peuple voulut aller à Versailles brûler le chftteau. c On fut obligé de mettre sur le chemin des troupes pour garder le pont de Sèvres et le défilé de Meudon K »
La famille royale n'aimait pas davantage M^^ de Pompadour. Dans ce temps où la crudité du langage n'efiarouchait personne, le Dauphin ne se gênait pas plus que ses sœurs,
Mesdames de France, pour l'appeler Manman , mais je
n*ose écrire le mot. Marie Leczinska avait pour elle une aversion parfaitement motivée, malgré les bons offices que la maltresse s'efibrçait de rendre à la femme légitime auprès de son mari. M^** Gampan raconte dans ses Mémoires une scène fort curieuse qui se passa, en 1755, entre la Reine et la marquise.
Souvent M. de Marigny' faisoit offrir à la Reine par la marquise sa sœur, les fleurs, les ananas, les primeurs les plus rares, venant des jardins de Trianon et de Choisy. Un jour que la marquise étoit entrée chez la Reine, portant une grande corbeille de fleurs qu'elle
* D'Aaoxnson, VI, 213. — La marquise étant allée à Paria fut obligée d'en sorUr au plus vite (ti., VI. 220).
* Frère de U marquise et iorintendant des BAtiments.
396 LE CHATEAU DE VERSAEiES
toDoil avec ses deux beaux brus sans gauts, par signe de respect, la Beioe admira tout hauL la beauté de la mar^ise, et par des éloges détaillés quj auraient conTenu autant à utie production des arts qn'ï an Stre animé, elle aembloit vouloir justifier le goût du Bol. Lq leiut, les joui, les bcaus bras de la ISiTorile, tout avoil 616 le sujel d'ëtnges faits avec le ton de supériorité qui les rend plus offensants que ïlallcurs, lorsque la Reine pria la marquise de chanter dana l'allitude où elle ^toit, désirant entendre cette voix el ce talent dont toute la Cour du Roi avoit été charmée au spectacle des petits appartemens, el réunir à la fois le plaisir des oreïllea à ceux des jeux. La marquise, tenant toujours son énorme corbeille, senloit parfaitement ce que celle invilnUon avoit de désobligeant, et clierchoit à s'excuser sur l'invitation de chanter. La Reine finit par le lui ordouaer ; alors elle fit entendre sa belle voix, en chotsifisaot le monologue d'Amiide : Enfin il est en ma puittanee. Toutes les dames présentes il cette scène eurent & composer leur visage en remarquant l'alléralion de celui de la Reine.
M"" de Pompadour se souciait peu de l'opposition do Paris et de la haiiie de la ramille royale ; elle se mordait les lèvres à certaines itoperfinence s, et ailectait de trôner à Versailles. On allait à sa toilette comme au lever du Roi.
0 La toilette de cette dame, dit d' Argenson ', est une espèce de grande cérémonie aujourd'hui à la Cour; on la compon au fameux rff'CMio/W du cardinal de Fleury. Les soirs, tons les grands y accourent pour se montrer. On a donc cm qu'elle y devait faire cette déclaration publique, qu'elle prononça avant hier ', à haute et intelligible voix : • Qu'est-ce que c'est que l'on dit, que le nouveau théâtre que le Roi vient de faire construire sur le grand escalier lui coûte deux millions ? Je veux bien que l'on sache qu'il ne coûte que 20,000 écus. Je voudrois bien savoir si le Roi ne peut pas mettre cette somme à son plaisir, et il en est ainsi des maisons qu'il bâtit pour moi. » Il ne faut que citer de pareilles paroles, dites par une femme de cette espèce, pour montrer à quel degré d'abaissement était tombée la noblesse française devant la monarchie absolue et ses caprices.
En 1746, elle avait déjà obtenu le droit de monter dans tes carrosses de la Reine. En 4753, le Dauphin s'étant amusé à la
LA ICARQUISE DE POMPADÛUR 397
faire tenir debout très-longtemps, le Roi lui accorda un tabouret. Il lui donna un brevet d*honneur, comme en avait eu un M°^ de Montespan, sans pour cela prendre le titre de duchesse ^ Nous verrons plus loin qu'elle fut nommée dame du palais de la Reine.
Malgré li^^ de Pompadour et tous les moyens de distraction qu'elle imaginait, Louis XY continuait à s'ennuyer. La marquise disait, rapporte d'Argenson*, « qu'elle s'épuisoit en amusemens pour cette Majesté ennuyée, que le Roi bailloit à tout, concerts, soupers, comédies, ballets, etc., qu'elle ne savoit bientôt plus qu'y faire ; que, si le Roi la quittoit, une petite dévotion le saisiroit et qu'il prendroit peut-être quelque autre maîtresse pour s'ennuyer encore davantage, mais qu'elle se vengeroit, etc., car elle est méchante. » Quand elle n'eut plus de ressources pour amuser S. M., elle organisa le Parc-aux-Gerfs et conserva sa place à la Cour.
Le Roi ne fait rien de sérieux. Il chasse à courre et à tir^ mais sans relâche. De 1743 à 4767, il prit 2651 cerfs '. Chaque jour de chasse à tir, il tue 2 ou 300 pièces de gibier. En comptant ceux auxquels le Roi permet de tirer, il y a toujours de 4000 à 4200 pièces de tuées. Le S2 août 4750, Louis XV tue 348 pièces dans le petit parc de Versailles ^.
Bn 1752, sous la direction du duc d'Ayen, il se livre à rétode de la botanique, à Trianon *.
A certains moments, il se plaît dans la société de ses filles, auxquelles il a donné des surnoms d'une vulgarité choquante : Madame Adélaïde s'appelle Lo^ue; Madame Victoire, la plus grasse, est appelée Coche ; Madame Sophie a reçu le surnom de Graille, nom vulgaire de la corneille; Madame Louise est Chife^ la molle.
M"^ du Deffand raconte une bien singulière anecdote '.
* D'Aroknbon, VII, 324. — Ce fut à FonUinebleaa que M"*® de Pomptdour prit son tabouret, présentée encore cette fois par la princesse de CoDtj (D'Aroinbom, VII, 327).
* Barbxrr, VII, 77.
^ LuTlfu, X, 311.
' D'Arobubon, VII, 118.
* Lettre à Walpole du 27 octobre 1767.
LE C!tATE.VtI DE ^-EHSAILUS
Voici rttisloire : elle egt d'environ huit jours. Le Roi, après s<in~ per, va ches Madame Victoire -, il appelle un garçon de la duiobra, lui donne une lettre, en lui disant : a Jacques, portes cette lettre au dtic de Choiseul, el qu'il la remette tout à l'heure k l'évSi[ue d'Or- Wons. » Jacques va chez M. de Choiseul ; on lui dît qu'il est chei M. do PonLhièvre ; il y va ; M. de Choiseul est averti, reçoil ta lettre, trouve BouB sa main Cadet, premier laquais do M'™ de CtioiMul ; il lui ordonne d'aller chercher partout l'évÔque, de lui venir promptement dire oii il eal. Cadet, au bout d'une heure et domie, revient, dit qu'il a d'abord élé cheï Monseigneur, qu'il a lïappé de Umtea ses forces à la porle, que personne n'a répondu ; qu'il a dl^ p«i toute la ville sans trouver ni rien apprendre do Monseigneur. Leduc prend le parti d'aller h l'appartement dudîl évSque ; il monte 138 marches, et doune de si furieux coups à la porte, qu'un ou deux domeatiqueii s'cveilletit et vienneul ouvrir eu cbemise. •• Où est l'Kvâqueï — Il est dans sou lit dejiuis diï heures du soir. — Ouvrez-moi sa porle. » L'EvSque a'èveillc : n Qu'est-ce qui est làî — C'est moi, c'est une lellre du Roi. — Une leltre du Roi '. hé, mon Dieu, quelle heure est-il ? — Deux heures, i 11 prend la Icllte. » Je ne puis lire sans lunullea ! — Oii sont-ellea î — Dans mes cnloltea. » Le ministre va les chercher, et pendant ce tcmps-lâ ils ae disoicnl : « Qu'est-ce que peut contenir celte lettre ? L'archevgque de Pirii eat-'il mort aubilcment 1 Quelque évSquc s'est-il pendu ? » III n'^ toicnt ni l'un ni l'autre sans inquiétudes. L'Evêque prend U leltre ; le ministre oSïe de la lire -, l'EvSque croit plus prudent de la lir« d'abord ; il n'en peut venir à bout, et la rend au ministre qui lui ces mots :
« Monseigneur l'évSque d'Orléans, » Mes filles ont envie d'avoir du colignac'; elles veulent de » Irès-petiles bollea, envojez-en -, si vous n'en avez pas, je vous
Dans cet endroit de la lettre il y avoit une chaise & port«ura dessinée ; au-dessous de ta chaise :
« d'envoyer sur le champ dans votre ville épiscopale en chercher, » el que ce soit de très-petites boites. Sur ce. Monsieur l'évBqite " d'Orléans, Dieu vous ait eu sa sainte garde. Louis. ■
El puis plus bas, eu posl-scriplum :
t La chaise à porteurs uc signifie rien ; elle étoil dessinée par mei » filles sur cette feuille que j'ai trouvée soua ma main. »
Vous jugez de l'étonnemenl des deux ministres. On fit parlir 5ur le champ un courrier ; le cotignac arriva le lendemain ; on ne een
' Marmetada de ernngs pour laquelle la ville d'Orléans Mt «o Hft-
LA BCARQUISE DE POICPADOUR 399
soncioit plus. Le Roi lui-môme a conté rhistoire, dont les ministres n'avoient point voula parler les premiers. Je la fis raconter hier par M. de Choiseol.
Les voyages sont toujours continuels. D'Argenson écrit le 19 novembre 1749 : « Le Roi est à Ghoisy et la Reine à Versailles ; ce sera jeudi que la Cour sera rassemblée à Versailles, mais cène sera pas pour longtemps. Ayant encore dix jours jusqu'à TAvent, on aura quelque nouveau voyage. Le goût des voyages augmente au Roi au lieu de diminuer ; les approches de rbiver n'y font rien ». Louis XV ne passe jamais huit jours de suite à Versailles, « ce qui fait grand tort à toutes les afifaiffes *. > Le duc de Luynes dit la même chose * : « n est rare que hors le temps du Carême, où le Roi voyage moins, à cause des sermons, S. M. demeure quatre ou cinq jours de suite à Versailles ; ordinairement son séjour en ce lieu est de deux à trois jours. » En 4750, Louis XV ne coucha que 52 nuits à Versailles *.
Très-délicate et souvent souffrante ou malade^, M°» de Pompadour était obligée de suivre le Roi dans ses courses continuelles, c Elle est menacée de la poitrine plus que jamais, dit d*Argenson* ; elle a été incommodée dans les formes et a eu des foiblesses ; cependant il faut toujours marcher pour le Roi qui marche tant. On lui faisoit prendre le lait pendant les campagnes du Roi ; il n*y a pas moyen quand le Roi est avec elle ; il faut courir, boire et manger. On prépare pour cet hiver de beaux ballets et opéras dans les cabinets, et elle y chantera. Il faut qu'il y ait dans cette beauté des forces inconnues qui la soutiennent fraîche et belle au milieu de tant de fatigues, et avec une poitrine détruite. Autrefois on eût dit que c'étoit par un sort, un talisman, un anneau constellé. »
Les dépenses occasionnées par les voyages étaient considérables. D*Argenson' dit que chacune de ces courses coûtait
' Barbur, III, 288. VI, 18.