XVII
' C'éuil \a stsiue da U'"' de Pompadour, eiécuUe en 1753 par Pijnll'' Le marquis d'Herford en ■ oiïert un moulage bu niU94e lii» Versiille*. C«U* elatae (1836 tii) est pièces tu veelibuls de l'Opéi* [Bâ). au premier iltfi-
' D'Ahornbon, VI, 398. — Lutkbb. X, lïî. — Cette mJuoo lut epp«lâe depuis BrimboriOD.
THÉÂTRE DES PETITS APPARTEBfENTS 403
Hnbert, dans la forêt de Rambouillet; il y allait assez souvent souper après la chasse ^ Enfin le Bol allait aussi à Grécy chez M»'* de Pompadour; en 4749, il y séjourna avant de 86 rendre au Havre voir la mer; en 4754, il y passa ({uinze jours; en 1757, il y retourna, et les ministres Ty suivirent pour travailler*.
De tous les moyens employés par M™» de Pompadour pour distraire Louis XV et maintenir sa faveur, le seul honnête fut le Théâtre des petits appartements, ou, comme on rappelait familièrement, le Théâtre des petits cabinets, « Déjà, à Tépoque de la semaine sainte, elle avait donné dans son appartement des concerts spirituels, où Ton avait exécuté devant Louis XY émerveillé le Miserere de Lalande, le Juhilate Deo omnis terra, le Venite escultemus et le Magnus Dominus de Mondonville. Elle-même, M™ de l'Hôpital, M°»« Marchais, M»™» Trusson, M. d*Ayen, M. de Clermont-Tonnerre, M. de la Salle et le vicomte de Rohan y avaient chanté ou joué leur partie, soutenus par les belles voix de M"®> Demetz et Fel, et par le chant magistral de Jélyotte, de TOpéra. Mais ce n'était pas encore assez, et M"''* de Pompadour résolut de faire construire un petit théâtre dans le palais de Versailles et d'y jouer elle-même la comédie devant le Roi et un petit cercle d'intimes *. »
Les mémoires du duc de Luynes, complétés avec les quatre
' Baubibii, VI, 533; VII, 71; VIII. 44.
" D'ÀROSicsoif, VI, 34. — Bâbbhr, VI, 28. — Lurifss, XVI, 2M. * CAMPAiiDOif , M^ de Pompadour et la cour dt Louis XV, in-^'', 1867. p. 78.
4Ul LE CHATEAU DK VEHSAILLE?
volumes du Thtâlrt despelits apparltmenW . quelques po^s de LaujoQ*et les documents provenant des papiers du duc de la Valliôre ', permettent de faire l'histoire de ce théâtre, d'apprécier le talent des acteurs et de se rendre compte du charme de ces représeatalions, qui ontété le principal divertissemeoi de la Cour de Louis XY, mais divertissemeat réservé à un très-petit nombre de familiers.
Ce fui pendant l'hiver de 1716-1747 que se réunirent les acteurs qui composèrent la troupe a jalouse de produire ses talents sous les yeux du Roi>.
Louis SV, dit Laujon, avait cnlcodu ciler très-souvent, el toujours uvec éloge, les talents de M™" la marquise de Porcpsdoat pour la comédie, pour le clianl, el qui s'était rendue célèbre i BUoUes '. Bur le théûlre de M. de Tournehem, son onde, el sni celui du M""* de Villemur (dont elle était l'amie particulière' à Chaiilemerle. Plusieurs des courliBaHB de S. M., cl enl» auirei M. le duc do Richelieu, y aTaîent assistiî ; M. le duc de Nirernois nt U. le duc do Duras y avaient 616 acteurs ; il n'en Mlait pu dBTSiitaKe ]iour exciter la curiosité du Roi et pour seconder M"* # Pompadour dans lu diisir qu'elle avail de développer h ses yiVi tous ses moyens de plaire ; dâsir que partageaient avec elle les deux acteurs que je viens do citer.
Le Ihéàlre fut établi dans la Petite-Galerie'. Le Roi j entrait par Icsaloa Ovale (131).
M™= de Pompadour choisit les acteurs de la troupe. Les premiers admis furent : les ducs d'Ayen, de Nivemois, de Dun^. de la Vallière, de Luxembourg, MM, de Meuse, de Croissyel
' Ces qaalre volumes, imprimés sur vélin et couverts do saperbra rdi» res ea maroijuia rou^s aux armes et au chiffre du Roi, sont ont do richebSBB de la liibliulliâ^uc do li villo de Versailliis.
* Laujou mourut en 1SI1, flgé de quatre-vingt-quatre aes. Il fut an in auttura qui travaiUèrpiit pour le Ihéfllre daa petits Bpparteuienls, nitiJ s» Bousenirf, rédifrés dans son eitr6niB viaillcssB, Boni plains d'ineiacUiuiliî
* Cea documents causetvês ■ la bibliotbâque de l'ArseDal ont ét^ publin par M. Ju1b3 Cousin [La Coiaédie à la cour di LouU XV, dans l'Etlm» do I8fi0), par M. Ad. JulUea [Hiiloirt du t/Wâlri di M"" dt PomptÂw' " par M. Carapard.in (.V"" de Pompadour el ta cour dt Lonii SV).
* C'était dana U Bociélé de gens de lettres et d'artistes distincts, V raaseinblait à Etiolles M. de Taurnchem. riche et passionné ponr lu uo. que aa nièce, en furmaut son goOt, apprit à simer les tslenls.
* Luv-vgs, VU, 91. — Los Goraptoi des Bàtîmeats de l'tg «ppelleoll' théilre: TUâtr» de la Pititt-Galirie.
de Gontaut ; M. de Gourtenvaux, pour la danse; M°*® de Pompadour, la belle duchesse de Brancas, douairière mais encore jeune, M™" de Pons, de Livry et de Sassenage. On verra bientôt la troupe s*augmenter peu à peu et compter un nombre assez considérable de nouveaux sociétaires.
Dans la première assemblée, on choisit pour directeur M. le duc de la Yallière, pour secrétaire et souffleur Tabbé de la Garde, secrétaire et bibliothécaire de M°*^ de Pompadour. Ensuite on s'occupa des statuts, qne nous reproduisons d'après Laujon.
1*', relatif à radmission. Pour être admis dans la troupe, comme sociétaire, il faudra prouver que ce D*est pas la première fois que Ton a joué la comédie, pour ne pas faire son Doviciat dans cette troupe ;
2*. Chacun y désignera son emploi ;
3*. On ne pourra, sans avoir obtenu le consentement de tous les sociétaires, prendre un emploi différent de celui pour lequel on a été agréé ;
4*. On ne pourra, en cas d'absence, se choisir un double : droit expressément réservé à la société, qui le nommera à la majorité absolue ;
5*. A son retour, le remplacé reprendra son même emploi ;
6*. Chaque sociétaire ne pourra refuser un rôle affecté à son emploi, sous prétexte que le rôle est peu favorable à son jeu, ou qu*il est trop fatigant.
(Ces six premiers articles sont communs aux actrices comme aux acteurs. — Voici les articles réservés uniquement aux actrices] :
7*. Les actrices seules jouiront du droit de choisir les ouvrages que la troupe doit représenter ;
8*. Elles auront pareillement le droit d'indiquer le jour de la représentation, de fixer le nombre des répétitions, et d'en désigner le jour et l'heure ;
9*. Chaque acteur sera tenu de se trouver à l'heure très-précise désignée pour la répétition, sous peine d'une amende que les actrices seules fixeront entre elles ;
10*. L'on accorde aux actrices seules la demi-heure de grflcc, passé laquelle l'amende qu'elles auront encourue sera décidée par elles seules.
Copie de ces statuts sera donnée à chaque sociétaire, ainsi qu'au directeur et au secrétaire, qui sera tenu de les apporter à chaque répétition.
Les affiches étaient imprimées en or.
Le 46 janvier 4747, le théâtre des petits appartements fut
lot LE CilATE.'VD DE VERSAILLES
inaug par la représenlation de Tartufe, Od avait fait plusieurs repétitious à Versailles et à Chotsy ', et la pièce fut fort bii jouée, si l'on en croit le duc do Luyoes.
Les 1 Ices éloioot, dit-il, M"" de Pompûdour, M"" de Sasscnage. M"' la auchcaae de Brancas et M™ de Poca. Lea acteurs : U. de NiTcntoîs, M. d'Ajreo, M. de Meuse, M. de la Valliëre, H. de Croiasy, qui joua oiSme fort bien ; jecroiaque j'en onblie quelquesuns. U y uvott fort peu do spectateurs : le Rui, U^^ d'Estrades. W^" du Rourc et M. le maréchal de Saxe, et js crois M. de Tournehom. M. do Vandiërea, Champcenotï et son S!a, quelques autres domestiques du Hoi ; en tout il n'; avolt que quatorze persoaiies.
Il n'y avoit poin seulemcul M. de Chaulnei ia
leurs domestiques qui soi..
pierre, gentilhomme des P
U. le maréclial de Noaille!
ter au petit spectacle ; il a aussi refusé. M. le comte l mSme grâce sans l'obtenir, et, il dit au Hoi qu'après un auss.
prit le parti d'aller à Paris cber répondit en badinant qu'il foroii.
procession à l'orchea aurcbes, avec quelques-uiu de uns, et outre cela U. de Dun-
avec iastaaoe à as»»isé. M. le prince de Conty a été lllea a extrâmement aollicilé la ne il avoit envie d'aller i Pari«.
id dégoût il falloit bien qu'il à calmer sa douleur. Le Koi lui
Le 23, ou joua le Préjugé à node, comédie de la Chaussée, et pour la petite pièce VBsprii de contradiction, comédie de Dufresny.
Ces deux pièces furent fort bien exécutées, et M*" de Pompadour joua il merreille, k ce que l'on dit. M. le duc de Duras Joue aussi très-bien et M. de Croisay. M"" de Brancas, M™" de Poos, M. de Goulaut y jouent médiocrement ; M. de Nivcraois tout au mieux. M. de Grimbergheu fut admis au nombre des spectateurs ; M°" de Pompadour l'aime beaucoup.
Après le souper, il y eut un petit bal ; M"* de Pompadour daosi un moment avec M. de Clermout-d'Amboise \ cusuite il y eut des contredanses où le Roi danaa '.
Les comédies se cootÎDuëreDt pendant le mois de février. Le lundi, à cette époque, était consacré aux représenu lions des petits cabinets. Le 20 février, le Roi y fit venir le Daupliin'.
' LuVNES, VIII, 78.
' LUTNKB, VHI, B6.
' LUTNBB, VEII, fil.
' LUTMBB, VIII. 131.
Le S7 on joua les Trais Cousines, de Dancourt, et un acte d*an opéra de Bourgeois, qui n*eut aucun succès.
Les acteurs de la comédie étoient M. de la Valliëre, qui faisoit le BaiUi, le duc de Villeroy, qui faisoit M, de Lorme et qui joua parfaitement bien ; M. le duc de Duras, qui faisoit Biaise et qui Joua bien aussi. M. de Luxembourg est aussi un des acteurs. Les actrices étoient : VP^ de Brancas, qui faisoit la Meunière et qui joua assez bien, un peu froidement cependant ; M™® de Pompadour joua Cotettêf tout au mieux ; M°*^ de Livry et do Pons faisoient les deux fBUs de la meunière. Les danseurs dans les diyertissemens étoient : M. de Clermont-d*Amboise, qui a fait les danses ; M. de Gourten- Tanz, M. de Luxembourg, M. de Villeroy. La comédie et Tacte d'opéra furent exécutés à merveille. M°"* de Pompadour, qui a une Jolie Toix, cbanta très-bien. Il n*7 a de femmes qu*elle et W^ de Brancas dans cet acte. Le duc d^Ajen y joua, et cbanta aussi avec applaudissemens '.
Le 43 mars, on représenta une seconde fois les Trais CoU" sines^ et ensuite un petit opéra, Eriçone, dont les paroles étaient de La Bruère, la musique de Mondonville, et les danses de Dehesse. La décoration du théâtre, peinte par Pérot, représentait un bocage avec une demeure champêtre élégamment ornée.
Cet opéra est extrêmement joli, dit le duc de Luynes ; tout fût ièfli bien exécuté. Il n*y a d*acteurs que M"** la duchesse de Brancas, M"^ de Pompadour et M. le duc d*Ayen. Je vis deux aetears nouTeaux à la Comédie, M. le duc de Chartres et M. d*Argenson, le fils. Les meilleurs acteurs sont sans contredit M. le duc de Villeroy pour les rôles de paysans, M. le duc de Duras et de Pompadour '.
Le 48 mars, la Reine, accompagnée de M. de la Mothe, assista à la représentation, qui se composa du Préjugé à la wsode^ et de Topera à*Sriçone.
Les acteurs étoient, dit le duc de Luynes, Tun des invités *, M"^ de Pompadour, qui faisoit Consiance, rôle très-difficile et qu^elle Jooa parfaitement bien. M. le duc de Duras faisoit Durval, rôle encore plus difficile à jouer que celui de Constance ; il l'exécuta supérieurement. Le comte de Maillebois faisoit Damon ; il joua fort
* LoTifis. VIII, 135.
* LuTKES, VIII, 143. ^ SrigoM fut jouée è POpéra en 1758.
* Lamas, VIII, 143.
bien. M. d'Acgcnsoa le fils [VojcO el M. do Coigtij, le flls, f»iaaieut ailandrt et Damii. M. de Croiasy foisoit Ari/aai; Û joue bien, mais d'une manière un peu Imp forcée. M"* de Pooa faisoil Sophie; W" de Livrj joua Irès-bien le rOlo do Florine, el le marquis de Gonlaut celui de Henri.
Aprba la comédie on joua le pelit opéra de Mondonville. Il n'j ■ que Iroia acteurs. M""* de Porapadour chanta tout au mieux ; elle n'a pas un grand corps de roix. mais un sou fort agréabU:, de l'étendue mâme dans la voix ; elle sait bien la musique, el chanta avec beaucoup de goût -, elle fait Srigone. U"" de Braocas, qoî bit Ant'HOl, joue assez bien ; elle a une grande vois, mais elle ne cbaute pas avec la même gr9ce que M"" de Pompadour, el en lool sa voix n'est pas flexible. M. d'Ayen faisoil Bacckus. Sa voii e«l son ouvrage ; il s'est Forme une basse-taille asseï étendue, mail déparée parce qu'il parle gras el que ses cadences ne son! pas agréables ; outre cela quelquefois sa voii baisse un peu en cbaO' tant ; d'ailleurs il cbacle avec poûl cl en musicien.
Les danses qui sont faites par Debcsse, du la Comédie italioiM, Bont fort joliea. Il n'y a de femme qui danse que M"* de Pompadour. Les hommes sont M. le duc de Chartres, U. le duc de ViUe- Toy, M. de Luxembourg, M. de Coigny, le flts, M. do GDcrcby, Cbampceuetï, le fHn, M. de Clennout-d'Amboise, le p&re, et U. da Courtenvaus ; ces deux derniers pour les danses hautes et le: entrées. M. do Courtenvaux, qui est grand musicien, danse avec une légèreté, une justesse el une précision admirables.
M*"' la Daupbine, qui étoil enrhumée, ne puL pas venir k ee pelit speclacle ; ainsi il n'y avoil ipii? le Uoi. la Reine, M. le Dauphin et Mesdames, maia sana aucune rcpréaenlalion ; le Roi et U Bolne sur des chaises & dos ; M. le Dauphin et Mesdames sur ie» pliants. Il n'y avoil ni olficiers des Gardes, ni capitaine des Gardes derrière. M. le maréchal de Noailles y étoit comme amateur, U. 1« comte de Noailles, M. le maréchal de Saie, M. de Orimberghen et moi, M. et M"'* de Bachi ; d'ailleurs M"** de Luynes, 11. deU Molhe, M"" la maréchale de Duras, M. d'Aumont.
Les comédies recommencèreiit en décembre 1747. « Le théâtre, dit le duc de Luynes', est toujours dans la Pelite-Galeria; on y a seulement fait quelques changemens. La partie de U Petite -Galerie qui est du côté de l'appartement du Roi, et où le Roi se place, ainsi que tous les spectateurs, formoit un trop petit espace, parce qu'on avoit pris surcette partie un retran-
chement pour placer Forchestre ; ce retranchement même étoit trop petit, et les musiciens y étoient fort mal à leur aise. On a donc 6té ce retranchement; ainsi l'emplacement pour les spectateurs est présentement assez grand. On a placé Torchesire en avant des spectateurs ; et on lui a donné un emplacement suffisant. Le théâtre est par delà Torchestre, ce qjii fait qu'il est un peu éloigné des spectateurs, et que les acteurs et actrices qui ont la voix foihle se font entendre difficilement. Derrière le théâtre, on a construit un retranchement avec des planches dans lequel deux dames peuvent s*hahiller; et plus loin, sur le palier de Tescalier de marhre, près la porte de la Petite-Oalerie, on a fait un autre retranchement volant avec des planches, qui est assez grand, avec des poêles, pour que les hommes puissent sliahiller et se déshabiller sans se refroidir. On fait usage aussi, pour les acteurs moins considérables, du cabinet qu'on appelle des Médailles, où elles ne sont plus, mais qui en porte toujours le nom. »
Ainsi le théâtre occupait les salles 432 (spectateurs), 433 (orchestre et théâtre), 434 (scène et retranchement ou loge pour les actrices), 137 (loge pour les acteurs secondaires) et 436 (partie du palier de Tescalier des Ambassadeurs, où se trouvaient les loges et les poêles pour les acteurs).
On avait adjoint à M. de la Yallière un sous-directeur, M. de Moncrif ^ L*orchestre comptait 28 musiciens : M. Ferrand, parent de M°** de Pompadour, compositeur de musique, tenait le clavecin. Il y avait 3 bassons, parmi lequels le prince de Dombes, 2 flûtes, 40 violons, 7 violoncelles, 2 violes (M. de Dampierre et le marquis de Sourches), 2 hautbois et 1 trompette.
Les chœurs se composaient d'abord de douze exécutants, mais leur nombre s'éleva promptement à vingt-six, dont six femmes ; ils étaient placés sous la direction de M. de Bury, surintendant de la Musique du Roi. La danse ne devait comprendre que quelques jeunes garçons et quelques jeunes filles, âgés de dix à quinze ans ; ils étaient dirigés par leur maître de ballets, Dehesse, célèbre acteur de la Comédie italienne et non moins célèbre chorégraphe. Passé douze ou quinze ans,
' LOYKMM, VIU, 416.
tes danseurs OU danseuses ne restaient plus dans la Intupe, et ils GDtraleot sans début à l'Opéra ou daas les corps de ballets de la Comédie française ou de la Comédie ilalieone, L'UQ de ces eufonts, Caillot, devint l'un des premiers cIiid- [eurs de la Comédie italienne ; uu autre, la petite Marquise, entra dans le corps de ballets du mètoe théâtre et devint la maîtresse du duc d'Orléans, qui ea lit M"" de Villeaionbt& Les deux principales danseuses de la troupe étaient U"* Pdvigoé, qui devint la maîtresse du duc de la Valli^re, et U"° Camille ; les personnages dansants étaient UU. do Cour tenvaux et de Langerou.
Les choristes, les danseurs et les acteurs avaient de riches costumes exécuiés sur les dessins de Péronnel. Le théâtre possédait en lTi9 ' : cent cinquaute-trois habits de femmes, deux cent deux habits d'hommes, soixante-sept culottes, deux cent quarante- trois coiffures, quantité de corps, paniers. hanches de balelae pour M""" de Pompadour, de Brancha, Uarchais et Trusson, dos ustensiles de toutes sortes: danls, houlettes, baguetics de fée, tridents, fleurs, flambeaux, chaloes, lyres, cors de chasse, armes, carquois, flèches, arcs, massues, serpents à ressorts, tambours de basque, etc.
La troupe avait pour eoilîeur NolrelJe, le plus célèbre perruquier de Paris, qui Qt un jour cette prodigieuse réclame :
Le sieur Notrelle, perruquiCT dea Menu s -Plaisirs du Roi cl ii tous les spectacles, place du Carrousel, a épuisé les ressources de son art pour imiter les perruques des dieux, des démons, des héns, dos bergers, des tritons, des cyclopes, des naïades, des furies, etc- Quoiquc ces êtres, tact fictifs que vrais, n'en aient pas connu l'usage, la force de son imagination lui a fait deviner quel eût été leur goût â cet Égard, si la mode d'en porter eût été de leur temps. A ces perruques sublimes il a joint udc collection de barbes et de moustaches de toutes couleurs et de toutes formes, tant ancienDed que modernes'.
Les décors, variés et tort beaux, étaient peints par Pérol. Les répétitions, toujours nombreuses et sérieuses, se (ai-
' L'iaventairei été publia par M. Cimpardoii, d'aprfcs les papiers du
c de U Vallière coascrvés k la bibliotbiique ila l'ArsCDsl.
' Cité par Adolphe Jullien, Hisloiri du lUtln A jtf""> A Fomftdat,
saient quelquefois sous la direction de M"<* Gaussin et Dumesnil, de la Comédie française, qui donnaient d*utiles con- Mils aux actrices de la troupe.
Les invités sont toujours peu nombreux, et les inritatioDS sont faites par le Roi seul. Cependant M"* de Pompadour fit accorder aux auteurs dont on avait joué les pièces le droit d'entrer au théâtre. Les acteurs qui ne jouaient pas avaient aussi le droit d*assister à la représentation. Les femmes, à FexceptiondeM"^* de Mlrepoix, amie de W^^ de Pompadour, ne furent point invitées pendant les deux premières années.
Mais il faut revenir à Thistoire du théâtre.
c Pendant Thiver de 4746 à 4747, le Roi s*étoit amusé à voir des comédies représentées dans l'intérieur de ses appartemens; ces pièces avoient bientôt été suivies de quelques actes de ballets chantés et dansés par les acteurs mêmes qui remplissoient les rôles de la comédie.
» Au mois de décembre dernier (4747), ces amusemens ont recommencé. On avoit préparé plusieurs ballets nouveaux, dont les danses dévoient être formées par des enfans d'une figure agréable et ayant du talent ; singularité qui sur ce théâtre a paru d*un grand agrément.
» Comme on étoit précisément à la veille de la première représentation, on s'aperçut que contre toute bienséance théâtrale on alloit rouvrir la scène sans aucune annonce. Dans cette extrémité la troupe honora de son choix M. de Moncrif pour réparer cette irrégularité. Il composa précipitamment l'espèce de prologue qui fut joué par M. le duc de la Yallière et par M. le duc de Nivernois*. »
La réouverlure du théâtre eut lieu le 20 décembre 4747, et, à la suite du duc de Luynes nous allons pénétrer dans la salle.
' Tkéâtrê dit petit» appartement, 1747-48, T. 1, intitulé Recueil des corné" dies et ballets représentas sur le Théâtre des petits appartemens pendant l'ki- 9€r de 4747 à 4748. — C'est le duc de la Yallière lui-même qui, dans son livre : Ballets, opéras et autres ouvrages lyriques par ordre chronologique, eU.f Paris, 17(M), pet. in-8®, donne aux deux recueils des pièces jouées dent les petits appartements (1747-48. 1 vol., et 1748-49, 3 vol.) le titre de Théâtre des petits appartemens en 4 volumes. Ces quatre volumes contien- Deot. avec le* texte des pièces représentées, de nombreux et précieux rensrignements.
412 LE CilATEAU DE lUESâlLLES
Le Bol était revenu exprès de boDoe heure de la cbasse ; aussi la représentation commença à cinq heures et demie. U toile levée, l'orchestre se mit à jouer une ouverture, Aussilôt M. de Nivernoia arrêta les musiciens pour jouer avec U. de la Vallière le prologue de Moncrif :
M- DB NrvSRSOIS, à L'orchtslre.
Un momenl, s'il tous plaît. Monsieur lu directoor I
{A t'ofcheUre qui amlinue.) Messieurs, arrête» donc... Monsieur de la Vallière I
M. DB LA Vallièbr, derrière le théâtre. Eb bien !
M. DB NlVERNOIS.
Hé ! veoeï donc.
M. SB LA Vallibbg, tout eaouffU.
QuQ foulex-VDUs, MoDSicutt
M. DE NtVEBNOIS.
Ce que je veux î Question singuliÈre 1 U. DK LA Valuèhe, Mais expliquez-vous donc.
M. as NivBHNOis.
Jcn Pour un grand directeur la faute e
M. D Quelle faute î
9 pas;
Parlez, Monsieur,
! NCVERNOIS.
ous le dire tout bas.
LA Vallière.
; je meurs d'impatience.
M. deNivernois.
devenu votre auguste prudence ' M. DE LA Vallièrs.
Vous oubliez.,..
[. DE NlVEBNOIS.
13 sert ce mainlieu effaré?
M. DB NiVERNOIS.
Soyez désespéré.
M. DE LA VALLlkaS.
Pourquoi ?
M. DB NiVBRNOIS.
Vous oubliez.... distraction funeste I
M. DE LA VaLLIÀRE.
J'oublie.... Eh bien ! j'oublie....
M. DE NiVERNOIS.
Un devoir manifeste.
M. DE LA VALLlàBB.
Moi!
(Successivement tous les acteurs viennent être spectateurs de cette scène entre M. le duc de la Vallière et If. le duc de NivernoisJ.
M. DE NiVERNOIS.
Rouvrant un théâtre, on doit premièrement Signaler ce grand jour par un beau compliment ; Toujours, le directeur chargé de la harangue.... Pensez, imaginez, déployez votre langue.
M. DE LA Vallière.
Que dirois-je. Seigneur ? mon tort est avéré.
M. DE NiVERNOIS.
Commencez donc I
M. DE LA Vallière.
Hé quoi I sans être préparé !
M. DE NiVERNOIS.
N'importe, il faut du moins signaler votre zèle.
M. DE LA Vallière f après un silence et de grandes révérences à
rassemblée).
Essayons..., car....
M. DE NiVERNOIS.
Fort bien !
M. DE LA Vallière.
Ma frayeur est mortelle.
M. DE NiVERNOIS.
La troupe attend de vous un discours enchanteur.
«4 LR CHATEAU HE VBSSkttLBS
M. DB LA. Vah-ibsb (i'airettant au Soi!. La désir de briller d'« rico qui nous inspire ;
Ici, nous pouvons tous le dire, Leièlo ot les talena sont l'ouvrago du cœur. (M. de la Valliire et le reile de la troape font la téBérenc» tt It prologue finit*.)
On joua ensuite le Mariage fait et rompu, comédie de Dufresny, en trois actes et en vers, qui fut très-bien exéculée, quoique M"" de Pompadour n'y eût pas de rôle. M. de Nivarnois, qui TaissiL le gascon Glacignac, enleva les applaudissements de la salle.
0 Après que la comédie fut finie, dit le duc de Luynes, l'orcheslre joua quelque temps, pendant lequel M"" de Pompadour, qui u'avoit été que spectatrice, alla se préparer pour être actrice, n
La pièce qu'on allait jouer était la pastorale dVjm^fw", dans laquelle M""" de Pompadour faisait le rôle d'/sméiie. Son habit de taiïetas bleu, doublé de soie blanche et garni de gazes brochées, valait 476 livres '. Quand Ismène fut habillée, la toile se leva.
On exécuta un acte dont la musique eal composée par Rebel » Fraucœiir, uL Ws paroles par M. de Moncrif. Cel acle ■.■si une paîlorale eilrSracmcnt jolie. M"" de Pompadour j chanlc el y joue t merveille. Il ne dovoit y avoir d'actrice avec elle que M"" de Brancas la douairiëro; mais, comme elle est ccrhuméc et hors d'éiatde chanter, on a substitua à sa place, sculemcol pour le temps qu'elle sera malade, M"" Trusson, femme de chamhre de M*"" la Dauphine, qui a uue jolie figure, uoe petite voix, mais fort agréable. En homme, il n'y a d'autre acteur que M. le duc d'Ajen, qui jouetoK
La pastorale se nomme Ismène, qui est le nom de la principale actrice. Les danses, toujours composées par Dehesse, sont exlrâmement jolies. 11 a'y a de gens de ce pays-ci qui dansent que U. de Courlenvaui, qui a beaucoup de légÈreid et do justesse. Les autres danses sont exécutées par quatre fils et quatre filles de maîtres t danser de Paris, qui ont de dix. douze à quinze ans, qui danseal 1 st qui fout beaucoup mieux sur le tbâ&trc parce qu'ils
' LUTHBS, VIII, 417.
' Qui fui repréasnlée i l'Opéra ' Cjuipaboon.
« Le souvenir agréable que M™® de Pompadour ayait conservé des auteurs dont la célébrité répandait tant d'éclat dans la société de M. de Tournehem, était encore trop récent pour 6tre elTacé de sa mémoire. Son orgueil avait été flatté d*y compter tour à tour pour habitués, Voltaire, Grébillon S et presque toujours Gresset, alors dans toute la force de son talent. La nièce n'était pas moins impatiente que l'oncle de leur prouver sa reconnaissance ; Grébillon, leur ami, fut le premier qui s'en ressentit. M™® de Pompadour obtint de faire imprimer aux dépens du Roi, par l'imprimerie royale, les œuvres de Grébillon. Voltaire était devenu plus difficile à obliger ; il avait contre lui toute la famille royale ; la lutte était dangereuse pour M"^« de Pompadour, mais elle osa la tenter*. »
llnM de Pompadour fit jouer la comédie de Voltaire appelée VBnfant prodigue^ et obtint pour son auteur les entrées du théâtre.
Le 30 décembre, il y ent comédie dans les cabinets, dit le duc de Laynes*. On joua V Enfant prodigue de Voltaire^. M. le duc de Chartres faisoit le rôle de Rondon et joua parfaitement bien. W^^ de Pompadour faisoit Lise; M. de Croissy Fierenfat; M. delà Valliëre Bupkémon le père; M. de Nivernois Suphémon le fils, qui est un rôle difficile et qu*il joua supérieurement. Le marquis de Gontaut joua très-bien le rôle de Jasmin. M*"® de Brancas fit le personnage do la baronne de CroupiUac, Toute la pièce fut exécutée à merveille. Il"» de Livry faisoit Marthe,
Après cette comédie on joua une petite pièce en un acte intitulée Zénéide^; elle est de M. de Cahusac, secrétaire de M. le comte de Clennont. 11 n*y a que quatre personnages : la Fée, que M™° de Brancas joua fort bien; M°"° de Pompadour faisoit Zénéide; on ne peut pas avoir plus de talens et plus de grâces qu'elle en a. M'"^ do Livry joua le personnage de Guidie; M. de Nivernois celui d'Olgnde; il joua aussi bien dans cette seconde pièce que dans la première. A. la fin de cette pièce, il y eut des danses fort jolies. Il n*y a point d'autres danseurs que les petits enfants dont j*ai parlé, et M. de Courtenvaux, qui dansa encore mieux qu'à la première fois. Cependant M. de Langeron parut sur le théâtre, et dansa fort bien.
* On avait le soin d'éviter qu'ils se trouvassent eosemble.
* Laujon.
^ Bd cinq actes et en vers.
* Comédie en aa acte et en vers.
4IG LE CHATEAn DE TEBSAILLES
Ealrc lea deux pièces, U. le marquis de la Salle, fila dn mallK de la Garde-robe et qui a une charge dans les geadarmea. ehmlt un prologue des EUmeni'. Il a une basse-laille assez beUc. Il joooit l'année passée chœt M"' de la Mark, où il avoit fort bien réussi. C'étoil son début sur le Ibéaire des cabinets,
EncbaDté du succès de sa pièce, Voltaire adressa à la marquise les vers suivants :
Ainsi donc tous nSunisaei
Tous les arts, tous les dons de plaire,
Pompaduur! Vous embellissez
La Cour, le Parnasse cl Cjlhhre.
Cbarmo de tous les ycui, trésor d'un seul mortel î
Que Tolre amour soil éternel 1 Que tous vos jours soient marqués par des Wles ! Que de nouveaux succès marqrueiil ceux de Louis !
yiveï loua deux sans ennemis,
Bt gardez tous deux vos conquStes 1
Si Ton en croit Laujou, ces vers, assez médiocres, valurcul il Voltaire, outre l'approbation de M"" de Pompadour, un redoutlemeat de haiue de la part des dévots de la Cour.
M™° de Pompadour y gagna aussi plus d'une insulte. Le recueil Maurepas renfermo plusieurs couplets improvisés, diL-OD, dans un soupor chez M. de MuurL'pas. On jugera di' la platitude de ces vers par les suivants :
La contenance éventée, La peau Jaune et truitée, Et chaque denl tacbctéc, Les yeux fades, le col long; Sans esprit, sans caractère.
L'âme vile et mercenaire.
Le propos d'une commère.
Tout est bas chez la Poisson.
Le 10 janvier ITIS, la troupe joua Tartufe et le ballet d'isméne.
La comédie commença à cinq heures trois quarts, ensuite on e\iicuta le ballet ; le tout dura jusqu'à près de neuf heures. Ces di-
' Ballet joué à l'Opéra en I7Î5 ; paroles de Roj, musique de Lalindeft Destoucbes. danses de Balon. Louis XV, avec de jeanea aeigneun de It Cour, l'avait deosé aux Tuileries eo 1721.
Tertissemens ne dérangent rien des spectacles ordinaires de la Cour. Le ballet est le môme qu^on exécuta la dernière fois. M"^ Trua> son 7 chanta beaucoup mieux ; sa voix est jolie et agréable. La comédie étoit le Tartufe de Molière. Voici le nom des acteurs et leurs rôles :
M™^ Pbrnellb, W^ de Sassenage.
Orqon, m. de Croissy.
M™® Oroon, 1^* la duchesse de Brancas.
Blmirb, M^ de Brancas.
Damis, m. le comte de MaiUebois.
Marianne, M™® la comtesse de Pons.
Yalerb, m. le duc de Duras.
Cléantb, m. de Gontaut.
Tartufe, M. de la Yallière.
DoRiNE, suivante de Marianne, M°^* de Pompadour^
M. Loyal, sergent, M. de Meuse.
Un EXEMPT, M. le marquis de Voyer.
Flipotte, une femme de chambre *.
On peut lire dans les mémoires de M'"^' Duhausset, femme de chambre de M°^ de Pompadour, comment M. le marquis de Voyer, fils du comte d*Argenson, ministre de la guerre, obtint rinsigne faveur d*ètre chargé du rôle de VBxempL M">* Duhausset désirait obtenir du comte d'Argenson un petit commandement pour un ancien officier. M. d'Argenson, qui détestait U^ de Pompadour, rejeta la demande de M"»* Duhausset ; son fils vint la trouver et lui proposa, en échange du commandement qu*elle demandait, d'obtenir de M°^« de Pompadour qu'il fût admis à jouer le rôle de Texempt de police dans le Tartufe. Ce qui fut^ accordé, ainsi que le commandement.
Le 43 janvier, on joua les Dehors trompeurs ou VBomme du jour, très-bonne comédie de M. de Boissy, en cinq actes et en yers, et le ballet d'Bçié, pastorale héroïque, dont les paroles sont de Laujon, la musique de Lagarde, jeune compositeur à peine âgé de vingt ans ; les danses de Dehesse. Le décor du ballet représentait une forêt, au fond de laquelle on voyait
* Le duc de Laynes ne donne aucun détail sur cette représentation du Tartufe, à laquelle probablement il n'assista pas. Mais on peut se figurer la jolie fomme du pastel de Latour Jouant Doiine avec le talent que U.^^ de Pompadour mettait à tous ses rôles.
* LOTHM, VIII, 4M.
LE CBATEAn DE TEBSAILLES le templô de la ForLune. Les rôles de la comédie forenl ainsi distribués :
Lb bakon, m. le duc do Duras.
Lb itiRQuis, M. le duc de Nivemois,
M. DU FoBLis, M. le duc de Chartres.
LuciLE, M"' de Pompadour.
Cêliante, sœur du baron, M™' de Pom.
La comtbssb, M"" la duchesse de Brancaa douairibre.
Lisette, M"" de Livry.
G1U.1IPAOHB, M. de Gontaul.
Ds 1.AOUA.IS, M, de ClermoDl-d'Amboiso, M. do Duraa, M. de Nlvcmoia cl M"" de Pompadour joufereal supérieurement, dit lu duc de Luynes. M. le duc de Chartres * dw sou jeu une aisance et un naturel qui plaisent beaucoup.
Apr^ la comédie il y eut un petit dÎTerliBsetneiit ou un nctv. C'est une pastorale qui s'appelle Bglé... 11 n'y a dans cette pi*« que Iroia personnages : EgU, c'est M'™ de Pompadour ; la Fartmu. M""" la ducbcsae de Brancas, cl Apollon, 3oua la figure de J(«u, M. le duc d'Ayen. Ce divertissemonl est accompagna de diiurt. loujours composées par Dehease, qui sont eitrémemenl jolicJuM'^'d'' Pompadour y chante et joue b, merveitle. U. de Courlcnxnui et U. de Langerou y dansèrent fort bien, chacun dans leur gcai«.
Après Voltaire, M"" de Pompadour s'occupa de Or«sset. Comme elle ne donnait jamais deux fois de suite le roémf spectacle au Roi, elle fit suivre l'Bnfant prodigué àaUéekant.
Le lundi 5 février 1748, on représenta : le Btéchant, comédie en cinq actes et en vers, par Gressel, joué pour la première fois au Théâtre français le (5 avril \til, — l' Orâc/e, cbarmanie comédie en un acte et eu prose par M. de Saint-Foix, donnée pour le première fois à la Comédie française en 1740, et dans laquelle M"» Gaussin avait joué la rôle de Lucindê avecua grand succès, — et le Pédant, ballet pantomime composé par Debesse; la musique était de Biaise. Les décorations de théâtre, qui représentait une école, avaient été peintes par Pérot.
Les acteurs du Méchant furent :
H. le duc de Duraa, qui taiaoit Cléon;
U. le duc du Chartres, OérotUe;
U"" la ducbcBse de Brancas douairière, Florite;
M"» de Pona, CM;
M. de llaillebois, Âriste;
M. le duc de Niveraois, VaUre ;
M"* de Pompadour, Lisette;
M. de Gonlaut, FrorUin ;
M. de ClennoDt-d*Amboise, le laquais,
Laujon nous apprend q[ue le Méchant eut le succès le plus complet. « M. le duc de Nivernois, dit-il, excella dans le rôle de Valère; dans sa première scène, qui avoit pour objet d'annoncer l'adresse habituelle du léchant, toujours occupé de séduire, le ton ingénu que M. deNlvernois prôtoit à Valère, sa promptitude à céder sans réflexion à Thomme dont Tesprit lui paroissoit bien supérieur au sien, Torgueil de se rapprocher de lui, présenté avec une franchise faite pour rendre Yalère Intéressant, en offrant en lui plus de foiblesse que de penchant pour le vice; voilà ce qui avoit échappé à Facteur qoi, le premier, avoit joué ce rôle sur le Théâtre françois. L*efiet que produisit cet ouvrage sur le petit théâtre fut tel, que M** de Pompadour, occupée d*obliger Gresset, obtint du Roi de foire venir à la seconde représentation Roseli \ qui, surpris de voir tout le parti que tiroit de ce rôle M. de NivernoiSy en profita, et se modela si bien sur lui, qu*à Paris roavrage dut à cet heureux changement tout le succès qu*on adepuiscessédelui disputer. » Il est bon d'ajouter que le MMant avait demandé deux mois de répétitions et d*études à la troupe des cabinets.
UOraele n*avait que trois acteurs : M"'^' de Brancas, qui faisait la Fée; M. deNivernois,il/tn^or ou Charmant, fils de la Fée, et M"'* de Pompadour, Zucinde.
Cette pièce, ajoute le duc de Luynes', fut accompagnée de beaucoup de divertissemens. On joua en troisième lieu une pantomime, qui représente un maître de pension avec les enfants qui sont chez loi et qui s'amusent à le tourmenter. L'invention est plaisante et fkit fort bien exécutée. M. de Courtcnvaux faisoil le maître de pension. Les enfants éloicnt les enfants des maîtres à danser dont j'ai parlé ci-dessus.
* • 4'étais à cùU de Rofeli, ai Je fus témoin et de la Joie de Gb«etet de Toir son idée si Ueii rendue, et de la surprise que causait è Roseli le caractère noble et alteadriasant que M. de Nivernoiii donnait i ce rOle. •
• Vlll, 443.
«U LE CK-ITEAL- DE VEIISAILLE3
Lo *5 février, on joua le J^aiiafft faii et romfV.deïnfresDj, qui fut au moins aussi bien exécuté qu'il l'avait été la première fois, et le ballet A'Egli. Les acteurs de la comédie furent :
M. DB Maillebois, le pri^sidcnl.
U™* DB Branca^ DOUAiBiBRB. U prdaîdeiila.
W"' DE Sassbkaoe, la tanli:.
M"" DK Pons, la veuve, nièce de la i^ale.
M. d'Ahobnson FiLS^ Valôre.
H. DB Croisst, Ligournois, frère do la présidente
U"" DB POMPA-Doua, L'haiease.
U. DB Duras, le faux Damis.
U. DB NiVERNOiS, Glacignac.
M- DB CLBaMOST-D'AuBOiSB, le notaire.
U™* de Pompadour, écrit notre reuillelonJato ordinaire', est seule femme qui joue Irès-bien. M. de Maillebois ioaa Ibrl bl«o. M. de Nivumois et M. de Duras sont toujours supérieur» iUium genre, La comédie ovoit commencé à six heures, et dura nu peu moins d'une Leure et demie. Il y oui un intervalle assez Iod; eoir^ eiïltu piL'CC et le petit acte d'o'përa ; ce temps fut rempli par la mu-
On commença à huit heures l'acte d'opéra qui s'appt^e SjU. U. d'Ajen ne pouvant pas Jouer lo réle do MùU, A canae delà mort do sa tante, M'^la maréubale do Gramont, M. de la SaUett rtiiiiilaça. Il a une assez tn'Ui' bo.s^p-lailie et est acteur. U"" de Pompadour, qui fait Sglé, cbanta et joua supérieurement. 11"* de Brancas douairière, jouoît le rfile de la Fortune. M. de CourtenTam ne put danser, aussi à cause de ta mort de M™' la maréchale de Oramont, dont il avoit épouse la pctite-Sile. Ce ftit une des filles des maîtres à danser qui dansa à sa place. Les danses sont fort jolies. Tout tut fini avant huit heures trois quarts.
M. d'Amen n'étoit que spectateur. M. le président Hénanlt cl M. le président Ogicr ont pennission d'assister à cea spectacles ; on leur a donné des places dans t'orchestre. L'usage est que l'espace pour l'orchestre, quoique assez grand, étant fort rempli de tabourets trës-has, pour qu'ils n'empSchent pas les spectateurs de voir, sur chaque tabouret est une carte avec le nom de celui qai doit s'y asseoir... Les spectateurs ordinaires sont : premièrement, les acteurs et actrices lorsqu'ils ne jouent point; M. le duc deQurtrès ; M. le maréchal de Saxe ; M. lo maréchal de Duras ; tous les secrétaires d'Etat; quelquefois l'abhé de Bcrnis, de l'Académie. J'j ai vu aussi M. le maréchal de NoaiUes, mais non pas celte aoiiée. M. le maréchal de Coign; j vient aussi \ M. de Grimbergben j vieol
■ LniHES, Vlll, ISO.
tov^oors lorsque sa santé lui permet. Le Roi n*y est pas dans un ikuteuily mais seulement sur une chaise à dos, et il paroit s*y amuser. Après le spectacle, il va donner Tordre et tout de suite souper dans ses cabinets.
On distribua avant Topera des exemplaires dudit opérh.
Le lundi gras, 26 février, on joua les Dehors trompeurs et le ballet diAlmasis^ paroles de Moncrif, musique de Royer ^ Les Dehors trompeurs furent très-bien joués. U.^^ Marchais * avait remplacé M°^ de Pons, qui jouait médiocrement son rôle de déliante. M. le duc de Chartres, subitement incommodé, fut aussi remplacé par M. de Maillebois, qui joua très-bien le rôle de Forlis^ mais le papier à la main, n*ayant pas eu le temps d*apprendre ce rôle par cœur.
Le ballet à'Almasis fut très-bien exécuté et accompagné de danses charmantes. M'"« de Pompadour faisait Almasis. Son costume, qui avait coûté 664 livres, était à TAsiatique, « la jupe de taffetas rose, brodée en découpures d*argent ; le devant do la jupe de taffetas blanc brodé en découpures de taffetas rose, liseré argent; le corset de canevas, couvert de taffetas rose, garni de réseaux argent ; un large réseau argent festonné sur la jupe ; la draperie du corps et de la jupe, et la mante sur la hanche et sur Tépaule de taffetas blanc imprimé d'argent, garnies de réseaux argent et de fleurs de taffetas découpé de différentes couleurs et façons*. »
Les autres acteurs étalent le duc d'Ayen (Zamnis) ; M"*^' Trus- 8on iVordansiatrice des fêtes) ; M. de la Salle (un Indien), M. de Langeron dansa, ainsi que les enfants du corps de ballet^.
Le lendemain, mardi gras, 27 février, on donna une seconde représentation du ballet d'Almasis^ et on joua pour la première fois le ballet comique des Amours de Ragonde, paroles de Malézieux*, musique de Mouret, composé pour les grandes nuits de Sceaux en 1706, et joué à TOpéra en 4742. Les trois actes portaient des noms particuliers : la Soirée de village, les
* Ce ballet fut dansé à l'Opéra le 28 août 1748.
' Belle-ftUe de Binet, premier valet de chambre du Dauphin. Marchais ezOTCait cette charge conjointement avec son beau-père.
* GAlfPABOOIf, 438.
* Lunns, VIII, 457.
* Le due de Loynee dit qu'elles sont de Destouches (18 février 1749).
LE CHiTEAt! DE VERSAILLES
Lutins, la Noce et le Ciaritari. Le sujet de la pièce est une
vieille fermière, Saffonde.qul parvieDt.à l'aide de mille nises,
à épouser Colin, jeune berger.donl elle raffole. C'est uneTisifl farce de caruavat, Irès-gaie, accompagnée d'uQe musique pleine de verve ; le tout terminé par un fort charivari. M" de Pompadour, qui l'aisail Colin, abordait pour la première fois les rôles ipi'oa appelle au théâtre les travestit. M. de Sourches avait quille l'orchestre et la viole pour jouer Raponde, el sa grosse vois convenait trës-bieu à sou râle.
Les autres acteurs étaient : M"" Marchais [Colette), M. de la Salle [Lvcas), M. le vicomte de Bohan (/( maffister TMi«»it), H"" Trussoa {Malhurine), et M. de Langerou {,Blaist\.
A pciue peut-on croire, après l'avoir ïuc, dît le duc de Lujaea", que celle pièce ail été aussi bien eiécutéc qu'elle le fut. Q n'ai étoit pas quostioi) samedi. Ce fut co jouM6, en soupaat, qm M«" de Pompadour imagina ce diverlissemenl pour le mardi; elle ôcrÎTit aur-le-champ à M. de la Vallière ; on lui envoya un «marier qui arriva à qualro heures du malin. Il a Qillu préparer les b»bilkoiens, eppreudre les râles, tant pour les acteurs que pour lis danseurs, et faire trois ou quatre rëpëlilions. Tout a été tïU et a «isai bien réussi que si l'on btoïI eu huit jours pour s'j prépueCi U. de Sourches, qui n'avoit jamaiB monté sur le Lbéfltra, jjoua t morvcille; il a peu do voix, mais ello eal juste, et il est musicien. M"" (lu Pompudourétûil babilléc ou lioiimic.uiais comme les damot te sont quand elles montent à cheval ; c'étoit un habillemeDl Irisdécent.
Elle avait un chapeau de taffetas blanc garni de déconpures rosea ; la veste était de taBetas rose garnie de découpuKS blanches; desdeux jupes, l'une était en taffetas blanc avM découpures roses, l'autre eu taffetas rose avec découpnies blanches. Un collier de ruban rose à pente complétait la costume '.
Le lundi 4 mars, on devait jouer V Enfant prodigue. La mort de M. de Ooigny tué eu duel, au Point-du-jour, par le prinu de Dombes, qu'il avait insulté, empêcha la représentation. M. de Coiguy était un ami d'enfance du Roi, qui l'aimait beaucoup.
Les divertissements des petits cabinets recommencèrent le 4 4 mars. On donna les ballets-opéras d*Almasis et d'Ismine. On devait jouer, avec Almasis^ le Méchant^ afin que, suivant l^sage, il y eût une comédie et un acte d*opéra ; mais M. de Kivemois, s*étant trouvé incommodé, on remplaça la comédie par le ballet d'Ismine^ dans lequel M. de la Salle chanta à la place du duc d*Ayeny qui était très-enrhumé K
Le 16 mars, une migraine de M>°" de Pompadour empêcha le spectacle d*avoir lieu^ On devait jouer le Méchant et le Fat puni de Pont de Veyle.
Le 20 mars, M"»® de Pompadour étant enrouée, le théâtre fut encore fermé. Le 24, quoique toujours souffrante, la marquise ae détermina à jouer. La troupe donna Zénéide et Topera d'Briganê. M">* de Pompadour put jouer Zénéide^ mais il ne lui fut pas possible de chanter son rôle d'Erigone. Elle fut remplacée par un jeune homme, nommé Le Camus, ancien page de la Musique, qui avait une jolie voix de dessus, et qui chanta è le papier à la main '. »
Le 26 mars, on joua le prologue des Fêtes grecques et romaineSj Tacle de Cléqpâtre de ce même ballet, et la pantomime du Pédant, L*opéra-ballet des Fêles grecques et romaines avait été donné à TOpéra en 1723; les paroles étaient de Fuselier, la musique de Colin de Blamont^. Dehesse fit les danses, et Pérot les décors. Au prologue, le théâtre représentait le temple de Mémoire orné de statues de grands hommes et uoe grande place décorée dans le même goût. Pour Tacte de Cléopâtre, Pérot avait peint une vue du camp des Romains sur les bords du Cydnus. A la deuxième scène, on vit de loin, sur le Cydnus, Cléopâtre arriver sur une barque magnifique, couverte d'un pavillon de pourpre tissu d*or. Malgré sa petitesse, le théâtre des cabinets ne négligeait pas les effets scéniques. Les acteurs du prologue furent : M. de la Salle [Apollon), W^ Trusson {Clio), M"« Marchais (Brato) et M^® Pu vigne, l'une des danseuses [Terpsichore]. Dans Tacte de Cléopâtre, le duc d*Ayen jouait Antoine; le vi-
* LuTifU, VIII, 471.
' Loncst, VIII, A73.
» LoTifWi, VIII, 477.
^ Surintendant de U moeique du Roi.
comle de Bobau, Sros; la duchesse de Braocas douairière, Cléopâlre; M"» TnissoD,wne Egj/ptitnne.
Le 28 mars, la troupe donna au Boi le ballet d'Brigotu. le prologue des Fêles grecquei et romaines, et l'acle de la rtodu ballet des Sens. Le ballel des Sens avait été joué à l'Opéra en 1733; les paroles étaient de Boy, la musique do Mouret. Dehesse et Pérot flrenl les danses el les décors pour les Pelils- Gabinets. Le théâtre représentait une vaste campagne bornée par des coteaux fleuris. Les acteurs étalent : M"'= de Pompadour(rj»iour), M'"» Marchais (Z/;;Ai>e), M""" Trusson [frii) el M. do la SaUe [Aquilon], a On ne peut assez admirer, dit le duc de Luynes ',1a précision, la justesse et le goût avecletpiel tous ces différons divertissemens furent exécutés. M"" de Pompadourjouaet chanta avec une perfection, en touspohtu, que l'on ne peut imaginer. >
A la fia de l'acle de la Vue, un des suivants de Flore chaoïa la cantalille suivante* adressée à M""" de Pompadour :
O TOUS, qui d'une aile légers, Parcourez cent climats divers.
Parlez, aymphe aux cent voix, voles, feudez les airs ; Que le Dieu qui rëgue à Cythëre Soit chanté dans tout l'univers.
Quand Psyché lui rendit les ormes, Ce n'étoit qu'un essai du pouvoir de l'Amotir ; Avoit-il rassemblé, commedaus ce beau jour
Tant de taleas et tant de chamtes?
O vous, qui d'une aile légère, etc.
Hier (29 mars), il y eut répétition des trois actes d'opért qae t'en doit représenter aujourd'hui, écrit le dnc de Luynes ', qui sont : l'acte de Lagarde, Bgié, l'acte de CUopâtre et l'acte de la Vue. Celle répétition fut une vraie représentatioii avec les machinca et les lubits. M^* de Pompadour voulut donner cet amusement à quelques dames de ses amies de Paris et k quelques hommes de ce pays-ci, qui n'ont pas permission d'y entrer quand le Roi y est.
Le 30 mars, on joua les trois actes c[a'oa avait répétés la
* Paroles ds Roy, masiqua de M. de Blâmant.
' VIII, 4B5. tus, 30 mars.
veille, avec deux petits morceaux détachés, dont Tun était un compliment au Roi, qui fut chanté par M. de la Salle.
On ne peut rien ajouter, lisons-nous dans le duc de Luynes ^ à la perfection du Jeu, du goût et de la voix de M™® de Pompadour. M*"* Marchais a une petite voix, mais jolie. M°^* Trusson en a une plus grande et plus agréable. Les décorations sont charmantes. Le vaisseau de Qéopâtre est beaucoup mieux qu*à TOpéra ; et dans Facte de la Vue, Tarc-en-ciel dlris est parfaitement bien représenté.
Ce lût la dernière représentation de ces petits spectacles. Aussi ditr-on en badinant que c*est pour la capitation, comme c'est réellement Tusage à TOpéra. D n*y aura plus de ces sortes de divertissemens qu'au mois de décembre prochain.
Le lendemain 31 mars, M™® de Pompadour distribua les présens que le Roi (ait à tous ceux qui composent Torchestre. M. de Dampierre, H. Ferrand et M. Duport * ont eu chacun une tabatière avec le portrait du Roi ; les autres, qui ne sont pas musiciens de profession, ont eu une montre ou une tabatière. Les musiciens du Roi qui sont à l'orchestre et sur le théâtre sont payés en argent, 25 ou 90 louis chacun. M. de Moncrif, comme auteur, a eu une montre à répétition *.
Le théâtre fut rouvert le 27 novembre 4 748, au retour de Fontainebleau ; mais il n*occupait plus le même emplacement. Le duc de Luynes^ nous apprend qu*on Tavait dressé dans la cage de Tescalier des Ambassadeurs, en prenant toutes les précautions pour ne pas en gâter les marbres ou les peintures, ff On défera ce théâtre, ajoute notre chroniqueur, pour toutes les occasions de cérémonies où il sera nécessaire, eonune par exemple, pour les cérémonies de TOrdre. On compte qu'il faut quatorze heures pour le défaire et vingtquatre pour le remettre en place. On a défait celui de la Petite-Galerie, à laquelle on n'a rien trouvé d'endommagé. » Le nouveau théâtre était beaucoup plus grand; on put lyouler à Torchestre un assez grand nombre de musiciens de la chambre du Roi.
' IX. î.
* VioloDcelHsta.
* D'ArgmiBon croit qne Dehesse eut 2000 écut de gratification (V, 78).
i VERSAILLES
Les dépenses occasiomiéos par le LhéStre des Cabinets étaicat assez co nsidérables. « M. de la Vallière, qui a la surintendance de tous ces speclecles des cabinets, disoit, il y a quelques jours', que la dépense du Ih^âire, des habits, dèe* rations, etc., y compris même les graLifîcations données ea bijoux ou en argent pour ks musiciens, n'avoit pas èU l'année passée à 100,000 écus. II est vrai que l'on a fait usage de beaucoup do choses qui étoient dans le magasin des Menus- Plaisirs ; mais, malgré cela, il est assez difficile de croire que cette dépense ne soit pas plus considérable. ■ En effet, tes Menus-Plaisirs, qui Taisaient leur service avec iOO,OOQ Lvres par an sous Louis XIV, recevaient en 1749 S. 700 ,000 livres",
A rouverlure de la nouvelle salle des pelils appartements. on joua les Surprises de l'Amour, ballet-opéra dont la musique était de Rameau et les paroles de Bernard'. Le ballet se composait d'un prologue appelé le Retour d'Àsirée, et de trois actes séparés : V Enlèvement d'Adonis, la Lyre enchantée el Anaeréen. Le dernier acte ne fut pas joué. M""* de Pompadour représenta Urattie dans l'acte de la Lyre et Ténu! dans l'acte d'Jiioais,joua et chanta avec son talent ordinaire *.
Après avoir parlé du spectacle, le duc de Luynes donae quelques diiiails sur la nouvelle salle. " H. de Iq Vallière, dit-il, a beaucoup d'honneur à l'arrangement du théâtre. 0 est beaucoup plus grand que celui de la Petite-Galerie; les décorations sont faites avec beaucoup de goût. La place odle Boi se mit avec M. le Dauphin, M^"' la Dauphine et Mesdames est assez grande pour contenir environ vingt-cinq personnes. Des deux côtés de la place du Roi en allant au théâtre, il 7 a deux balcons, dont chacun peut tenir douze ou quinze pei^ sonnes. Au dessous du Roi, en face du théâtre, il y a des gradins où éloient M. le président Hénault, M. le président Ogier, en tout trente ou quarante personnes. Entre ces gradins et le théâtre est l'orchestre, qui est plus grand que celui de la Petite-Galerie, et contient environ quarante
' LuTNES. 8 (lécambre 17(8, t. X, p. 167. ' LUTNES. X, <iw.
* Ce ballet fut joui à l'Opéra en 1757.
* LUTHM, IX, IJÎ.
THÉiLTRE BES PETITS APPAETEHENTS 427
places. Les musiciens et les spectateurs sont fort à leur aise, et Ton entend, de partout, facilement la voix des acteurs. Le mouvement des décorations et des machines se fait avec beaucoup de facilité et de promptitude. »
Le 3 décembre, on joua pour la seconde fois, et mieux encore, les Surprises de V Amour. Le chevalier de Glermont, fils de M. de Glermont-d*Amboise, joua, dans le prologue, le rôle de VuUain^ q[ue lui avait cédé le duc d*Ayen. M. de Glermont avait une belle voix de basse-taille et était bon acteur ; il va bientôt faire merveille dans Tancride ^
Le 10 décembre, il y eut opéra dans les Cabinets : on y joua Tancride j tragédie en musique, paroles de Danchet, musique de Gampra. Get opéra, Tun des plus beaux de Tancienne scène lyrique, avait été représenté pour la première fois en 4702 et repris quatre fois; en 4750, il reparut encore à FOpéra. M. de la Yallière monta la pièce avec luxe ; les costumes étaient très-riches. M"^<» de Pompadour (Eerminie) avait un habit oriental, une grande robe en doliment de satin cerise, corset pareil, le tout garni d*hermine découpée, appliquée en dessin de broderie, la jupe en satin bleu peinte en broderie d*or avec paillettes et firisé d'or, bordée d'un mille-raies d'or. M""^' de Brancas (Clarinde) avait un corset de moire acier brodé d'or, lambrequins, brassards et amadis galonnés et écaillés d'or, grandes basques de brillant argent brodées d'or, bordées de réseau d'or ; la mante en taffetas bleu imprimée en bouquets d*or, bordée de réseau d'or *.
On ne Joua, écrit le duc de Luynes ', que Touyerture, et on passa le prologue ; on exécuta ensuite les cinq actes. M. lo duc d'Ayen fàisoit Tancrède; M°« de Brancas Clorinde; M™« de Pompadour Eerminie; M. de la Salle Argan; M. le chevalier de Glermont Ismenar, enchanteur. Us chantèrent ensemble im duo, qui fût exécuté parfaitement, tant pour la musique que pour le jeu du théâtre. M""* Marchais fit deux rôles, celui d*une Guerrière et celui d*une Nymphe. M. le vicomte de Rohan devait faire celui d*un Guerrier, d'un Silvain et celui de la Vengeance ; mais dans les endroits où sa voix ne pouvoit aller, il étoit aidé par le nonmié Ba-
* LuTint, IX, 140.
* Campardon, 475.
EÎre, baute-coDlre de la Musique du Roi. L^> spectacle ètoil fort beau. La voix de M. le chevalier de Ciermonl est basse-Uille. ei cello de M'^'dePompadoitr cbI sans contredit ce qu'il 7 a demieu. Us sont trës-boDS acteurs l'un Cl l'autre. Les rOlcs les plus dUBcil» sont eiéculés par M""' de Pempadour avec une perrectioD qni m laisse rien à dËaîrer, M. le duc d'Ayeo u'a pas une voix aussi âclttante que M. le chevalier de Clermoat, mais il chante bi«D et »I aussi fort bon aclenr-
Le 14 décembre, le théâtre des Cabinets donna la Min coquette, comédie en cinq actes de Quînault, et un ballet-pantomime appelés VOpirateaT chinois, par Dehesse, musîtpie de Ouille main.
U'"° do Pompadonr (aisoit le rlUe de la suivante, nommée £aarette; M. de Goataut faisoil le râle de Champagne, qui est le valel du chambre ; U. de Duras, celui de l'amoureux, qui s'appelle ÂcaïUe. M. le marquis de Meuse jouoit le rAle du Tieillard ptte d'Acaolc; il se nomme Crémante. M"" de Livry faisoit le rûle d'/»btUe, qui est la perseane aimée d'Acautc et qui désire l'épouser. H. de Croiss; tiaisoit le marquis ridicule ; U"'° Marchais jouait le rOle d'Itmène, mère d'Isabelle ; enfin, U. le chevalier de CIcnnoDl fit le page du marquis; c'est un rôle qui n'esl pas difficile.
Le spectacle étoit fort agréable, et la pièce fut jouée à merveille, BUiiout les rflles do M'" de Pampadour et de M. de Duras.
IiamédiBl«mtul après, on exécuta une panlomime dont la musique est de Guillemain, Tiolon de la Musique du Roi, et les danses de Dehesse ; mais U est vraisemblable que M. de Courtenvanx ■ beaucoup contribué à la composition de cette pièce. Le thëfltre représente une espèce de foire chinoise'.
La pantomime était bien en effet un« foire chinoise, avec daoses et farces, par exemple celle où l'opérateur arrache à un Dîais une dent gigantesque. Mais il ne fatil pas interrompre plus longtemps le duc de Luj'nes.
Les habillemens sont très-agréables, les danses fort vives et fort diversifiées. On fut assez étoniié de voir arriver deux cbsises i porteurs sOr le théâtre ; dans l'unp étoit Dehesse Ini-mâme, et daas l'autre une des petites danseuses de ces ballets qu'on appelle Ci-
' M. Julhen ertiH svm raiwo que le tableau de Boudui appelé 1* Balltt lepréieote la iciae de l'Opfrateur ciiitaii, et qu'il aura reprodiiit ci ttblean le dfcor qu'il avait peint pour le Ibfltre ds H"" de Pompadonr. U. JuIUen a publié dam son bistoïre de ce tbtfttre une eau-forta reprfseotant ce tableau, qui est maintenant à Saint-Péter»b«arg (Jiillisn, p. 3>).
mille. Ils dansèrent tout au mieux Tun et Tautrc. M. de Courten- Taux dansa beaucoup et fut fort applaudi, avec raison.
Le Dauphin, la Dauphine, Mesdames surtout assistaient aux représentations des cabinets. La Reine vit jouer, le 47 décembre, Topera de Tancrède^ qu'on exécuta de nouveau. La musique en est fort belle, mais Louis XY trouvait qu*il y avait trop de monologues ; peut-être avait-il raison, car il y en a huit ^
Le 23 décembre, il y eut opéra chez le Roi. Cette fois la troupe donna plusieurs fragments des Eliments *. La troupe joua le prologue et les actes appelés le Feu, VAir^ et BawAs et Philémon. La soirée fut complétée par rentrée du ballet de la Paix '. Le décor de Tacte du Feu représentait le temple de Yesta ; le décor de Tacte de TAir, le palais de Junon.
If me de Pompadour joua trois rôles : Emilie, dans le prologue, BauciSy dans Tacte deBauciset Philémon, et, dans la Pais^ Pamane. Le rôle de Jupiter, qui ne paraît que pour foudroyer Ixion, fut chanté par un musicien du Roi. Le duc de Luynes trouva ce spectacle plus agréable que celui de Tancrêde, « Le sujet, dit-il, est moins triste, et celui-ci finit par des danses ^. i
Le S4 décembre, on commença à défaire le théâtre, afin que le grand escalier fût libre pour le jour de Tan. Il y eut un ouvrier de tué et deux de blessés pendant ce travail', qui ne demanda que dix-sept heures*.
A ce moment le duc de Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre, prit son quartier. Ennemi de M°^« de Pompadour, il n'hésita pas à entrer en lutte avec elle, à propos du théâtre des Cabinets : il invoqua les privilèges de sa charge et dis-
* LtmfBS, IX, 157.
' MM. de GoDCoort possèdent une aquarelle de Cochin représentant le ballet des SUrnuUt joué sur le théfttre de Versailles, dit le Catalogne des dessins de maîtres anciens exposés à l'yole des Beaux-Arts en 1879, n* S4S. Il est probable que ce théfttre de Versaillefl était celai des Cabinets.
' Paroles de Roy, musique de Rebel et Francœur. Dehesse STait composé tontes les danses.
" lim, p. 168.
* Idêm, p. 165.
pulu au duc de la Vatlière le droit de régler le détail des »présentations, le droit de donner des ordres au musiciens du Roi, etc. Il poussa les choses si loin, que le Roi finit par se (âcber et lui demanda un jour, à sou débotté : ■ Combien de fois avez- vous été à la Bastille? — Trois fois. Sire, > répondit M. de Richelieu, qui se le tint pour dit. Bu mime temps, la marquise Ct donner le cordon bleu à M. de la Val- U6re, et la querelle arriva enfin à son terme '.
Le théâtre était replacé dès le 9 janvier <719. Le 9 et le (S, on joua les Tragmenis des EUmenls et de la Paix. A la reprèseotation du 15, on remplaça l'acte du Feu, par celui de la Terre'. Le décor représentait les Vergers de Pomone, donl le rôle était tenu par M"'" de Pompadour. Son costume se compossit : d'une jupe de tafTelas blanc peinte en grandes guirlandes de fleurs et fruits ; la mante en tafTutas blanc garnie et chamarrée de grand réseau argent chenille vert recouvert do boufTcttes de satin cerise ; des basques de taffetas blaac avec groupes de fruiLs peints, garnies en plein de grand réseau argent chenille vert, recouvert de boufTettes de gaze rayée verle et argent ; la mante et les basquea doublées de taSelas cerise *.
La Reiae assista à ce spectacle ; elle alla aussi, le 16 jacvier, voir jouer la Mire cogaelte et l'Opérateur ehinoit^.
Le 23 janvier, il y eut opéra chez le Bol. La troupe représenta la pastorale héroïque d'Acis et Oatatée, opéra en trois actes, précédé d'un prologue qui porte le titre de Pkaiton. Les paroles du prologue sont de Quînault ; celles de la pastorale, de Campistron. La musique est de Lully. C'est là qu'il plaça avec art et succès un sifflet de chaudronnier dont on avait parié qu'il ne ferait jamais usage. Âcis et Galatée fut représenté pour la première fois en 1686 ; à la reprise de 1719, les râles furent ainsi distribués : dans le prologue : Astrét, M""» de Brancas ; Saturne, le duc d'Ayen ; — dans la pastorale : Acit, le vicomte de Bohan ; Oalatée, W* de Pompadour,
' D'ABOBiieoN, V, 17t. 350, 35B, ÎSI. 37S. 3SÏ, ÎM. — LuiitM. X. », W.
' LUTNBS, IX, Î8T.
' LuTNBa, IX, Ï87.
THÉÂTRE BES PETITS APPARTEMENTS i'M
qui joua et chanta parfaitement ce rôle très-long et difficile ; Polypkéme^ M. de la Salle ; Tireis^ au premier acte, et Neptune, au troisième, le chevalier de Clermont ; Aminte, W^^ Marchais ; le grand prêtre de Junan^ Bazire, musicien du Roi K
Au prologue, le théâtre représentait les jardins du palais de la déesse Astrée ; au premier acte d'Ads^ le rivage de la mer de Sicile ; au second acte, une forêt ; au troisième, TEtna et la mer.
Le costume de M°^* de Pompadour se composait d*une grande jupe de taffetas blanc peinte en roseaux, coquillages et jets d*eau, avec broderie de frisé d'argent bordée d'un réseau chenille vert ; corset de taffetas rose tendre ; grande ôrapeTie drapée de gaze d*eau argent et vert à petites raies, avec armures d*une autre gaze d'eau ; bracelets et ornements du corps de la même gaze d'eau, garnis de réseau argent chenille vert. La mante de gaze verte et argent à petites raies, bordée de bouffettes d'une autre gaze d'eau ; la mante et la draperie doublées en plein de taffetas blanc. Tout le vêtement était orné de glands et barrière de perles « dont partie avoit été prise à loyer •. •
Une charmante gouache de Gochin fils nous permet de voir lfm« (le Pompadour jouant il cf^ et Oalatée.
« On y reconnaît U^^ de Pompadour jouant devant toute la Cour, et Cochin a signé et daté de 4749 cette perle de son talent, dans laquelle il est facile de voir qu'il a travaillé pour la favorite. Jamais il n'a donné à ses figurines de spectateurs des gestes, des attitudes, des physionomies plus justes, plus vives, plus variées, plus spirituelles ; c'est la Cour et toutes les petites mines de ses courtisaneries, rendues avec infiniment d'art et de tact, par un homme qui connaît à fond le personnel et les convenances des menus-plaisirs du Roi ». »
Le possesseur de ce précieux dessin, provenant de la collection du marquis de Ménars, est M. le comte de la Béraudière.
■ Lonm, IX, 293.
* Caxpardon. 480.
' X«f dtuint de mattrtt anciêni exposât à VB(oU det BeattoArU en 4i79f étude ptr la marquii de ChenneTières. 1880, gr. in^, p. liO.
Le 10 février, on donna une seconde représentation d'icif et Qaîatii, mais sans le prologue. On y chantait en effet:
Il colmo l'univers, le ciel le tovorlso ;
Son augnate saag s'éternise ; Il voit combler ses tcbui par un héros naissant ; Tout doit 6lro Bcnalble au plaisir qu'il ressent.
Or, la Dauphine venait de faire une fausse-couclie, et cee paroles n'étaient plus de circonstance '.
Le 13 février, la troupe donna un spectacle nouveaa, composé de trois ouvrages différents. Le premier était J\tplier et Europe, opéra en un acte, paroles de Fuselier, maeique de Dugué, musicien du Roi, et de Duport, huissier de la Chambre du Roi. • Le sieur Duporl, dit le duc de Luynes, est grand musicien; il joue fort bien du clavecin et du violoncelle ; mais comme il n'est pas de la profession, il n'a pas voulu que son nom parAt dans les imprimés que l'on a distribués. •> Le décor montrait un bocage sur le bord de la mer, /Kptiec était représenté par M. de la Salie; Europe, par M" de Pompadour; Palis, déesse des bergers, par M"'" Trusson.
y M. As Conrtenvaux, continue le duc de LuTnea*. détail figura dans ce divcrtisseinent ; il ne le put pas. s'ëtant donDiS un effort. Il veilli:, b la rc?i)(îliIion. Il u'j eut gut! M. di; Lungoron ijui dansa, cl les entants des maîtres à danser.
Les danses des trois actes furent charmantes et dans un goQl nouveau, quoique cela paroisse difficile k croire ; mais Dehesse ■ un gânie surprenant. Cet acte fut parfaitement bien exécuté.
Le second est intitulé les Saturnales' ; c'est un acte des FlUt grecques et romaines, où M*"' la duchesse de Brancaa laisoit le râle de Délie ; M™* Marchais, celui de la suivante Plauline ; et U. le cbevalier de Clermont, celui do Tibulte. Ce rôle, dans l'opéra, est noe baute-^ontre ; M. de Blamont l'a changé et en a taïl une bassetaille, pour que l'on eût plus de lacilité à lo faire exécuter. Oo Bvoit fait outre cula quelques cbangemens et additions.
La troisième pièce fut le nouveau ballet opéra de Zilit, paroles de M. de Cury, intendant des Menus, musique de Ferrand, qui tenait le clavecin à l'orcbestre. Le décor repié-
- Le dfcoT repr^Dtùt les Jardio* di U tHU de U
. une forêt. M.^^ de Pompadour faisait Zélie, nymphe de Son costume se composait : d'une jupe de taffetas leinte en feuillage et argent avec campane de mosaïque itnre et paillettes; d*un corset de taffetas blanc garni de argent, chenille vert, et bouffettes de gaze rayée verte Ht ; d'une grande draperie de taffetas tigré avec armure itant de gaze rayée verte et argent pincée en bouffettes isette^A chenille verte et argent, doublée de taffetas La mante, de taffetas tigré doublée de taffetas chaire ; d'Ayen faisait le rôle de Limphée, Sylvain, et M"'" Marleprésentait VAmowr. La décoration du char de TAmour t belle et bien exécutée.
7 février, on donna le môme spectacle. M'"^' de Pompait trèa-applaudie^ c et avec raison, • ajoute le duc de a.
endemain 48, on reprit les Amours de Ragonde. M"** de idour était habillée en homme, mais avec une jupe. Les ide Dehesse étaient charmantes, comme à l'ordinaire. Senta ensuite une pantomime de Chasseurs et de Yenara, composée de pas de danse. On y admira un dan- B cinq ans, le petit Yicentini, dont la grâce, la force et de théâtre émerveillèrent l'assemblée. Les bouffonnean festin amusèrent beaucoup les spectateurs *. 6 février et le 5 mars, la troupe joua Silvie^ pastolar Laujon, musique de Lagarde, danses par Debesse. paroles sont fort jolies, et la musique charmante, dit le I Luynes % C'est un des plus jolis divertissemens que it joués jusqu'à présent dans les Cabinets. » M"*» de idour faisait le rôle de Silvie^ nymphe do Diane. Le représentait l'antre de Vulcain, à qui l'Amour vient ider de nouvelles flèches.
Omars, on joua l'entrée de la Terre, du ballet des EUles Saturnales ou Tibulle, acte des FSUs grecques et ror, et ZilU \ *opo8 de cette représentation, le duc de Luynes nous
■PARDON, 48Î. TNM, IX, 336.
miM, IX, 393.
apprend qu'on admettait aui nombreuses répétitions des opéras des Cabinets beaucoup de monde de la Cour et de Is ville, et même le» étraugers. par exemple les princes de Wurtemberg, l'envoyé de Danemark, M. de Berastorf, homme d'esprit et de goût, très-ami de M""" de Pompadour. qui assistait même aux représentations, caché dans une des petites loges d'en haut, donnant sur le théâtre et dans lesquelles on n'était pas vu'.
Le 13 mars, le théâtre des petits cabinets joua le Prixce de Noisy, ballet héroïque en trois actes, dont le sujet est lire d'un conte d'HamîIton appelé le Bélier. Les paroles sont de La BruiTe, la musique de Bebel et Francœur, les danses de Dehesse. Le décor représentait une forêt avec le ebéne sacrii des Druides et divers monuments antiques. ÎI" de Pompadour faisait le prince de Noisy, r61o long, difficile, mais brillant, qu'elle joua avec le plus grand succès. Aussi a>'aiiellc un costume pour satisfaire sa coquetterie: habit à 11 grecque en long de brillant d'argent peint en dessin coursai, ermure de gaze d'or bouiilonnée garnie de plumes auées. manches et pl6ce de dessous de moire d'Angleterre argent avec agréments d'or; manta de gaze d'or chamarrée et bordé; de ri''seou argent, doublée de lalTL'las vert d'eau ; écharpe en ceinture (le môme talTclas, garnie en réseau d'argent et fraoges à graine d'épinard '.
Le duc de Luynes donne une analyse de la pièce, trop liMiguepour être reproduite, et à laquelle nous renvoyons lelKleur curieux d'en lire les détails'.
Lp 19 et le 2î mars, on joua encore le Prince de Noisf.il^ théâtre fut fermé jusqu'en novembre.
1,3 réouverture se fit le 26 novembre 1749 par la pastoral héroïque à'Issé, paroles de La Motte, musique de Destoucb». joué pour la première fois en 1697 et remis à la scène plu*
' LUTNEB, X, W
* IX, î5(-336.
sieurs fois depuis cette époque. M'"*' de Pompadour faisait la nymphe hsi. Il y eut deux nouveaux danseurs, le marquis de Beuvron et M. de Melfort. « Il paroit, dit le duc de Luynes*, que les décorations et les illuminations ont été trouvées trèsbelles, surtout un soleil éclairé de 4300 bougies. •
Le 1er décembre 4749, toute la famille royale assista à la représentation du Philosophe marié, comédie de Destouches, et de la pantomime de V Opérateur chinois. Les rôles de la comédie forent ainsi distribués :
Aristb, le duc de Duras ;
Damon, m. de Maillebois ;
FiNBTTB, M"*® de Livpy ;
IfÉLiTB, M°** Marchais ;
Céliante, M"^** de Pompadour ;
GéaONTE, le duc de Chartres ;
Lb marquis Dulaurbt, le chevalier de Pons, qui jouait
pour la première fois ; LisiMON, M. de Gontaut ; PiGART, le chevalier de Glermont.
La pièce Ait parfaitement exécutée, dit le duc de Luynes * ; M. de Duras surtout et M*"* de Pompadour jouèrent supérieurement. lf°>* de Liviy et M°^ Marchais jouèrent très-bien aussi. Geoz qui sont dans Tusage des spectacles conviennent qu'il seroit diiBcile que des comédiens de profession jouassent mieux et avec plus d'intelligence.
Le 44 décembre, la troupe rejoua le Philosophe marié et termina la soirée par un ballet-pantomime composé par Dehesse et appelé les Qualre âges en récréation*. On avait ajouté au théfltre un nouveau balcon, peint et doré conune le reste de la salle, et qui s'étendait des deux côtés au-dessus des deux galeries. Ce balcon donnait un grand nombre de places fort commodes ^.
Le 16 et le 22 décembre 4749, on joua Jssé'^; le 7 janvier 475O9 les Dehors trompeurs ou rhomme du jour^ comédie en cinq actes de Boissy, et un ballet-pantomime de Dehesse. Un
* X,55et56.
lïd LE CttATEAO DE VERSAILLES
nouvel acteur, le comte de Frise, neveu du marËcbal de Saxe, débuta dans le rôle de Champagne, vaiel du baroo. M. de Duras, la duc de Chartres et M"'" de Pompadour déplojèreni leur talent ordinaire '.
Le U janvier cl le %t, la troupe donna le ballet-opéra des Pitei de ThéUs. en deux actes avec un prologue. Les paroles étaient de Roy ; la musique du prologue et du premier arte était de M. de Biaraont, celle du deuxième acte, de Bury. M"" de Pompadour remplissait le rôle à'Egine au premier acte, et celui de l'Aurore, au second. L'ariette qu'elle chanlâ i la fin fut très-appla udie. Les décorations étaient de la plus grande beauté, mais la musique de Blamont fut trouvée trop uniforme, et l'opéra trop long. M™ Marchais était si enrhumée, qu'à peine l'entendail-ou '.
Le 28 janvier, on reprit le Préjugé à la mode, comédie de La Cliaussée. M"'" de Pompadour joua le rôle de Constance '.
Le sujet do cette comtSdie est un mari amoureux de sa femme, 1 mais qui n'ose taito paroîlre sas soalimoaa, parce que l'amoiii | conjugal est devenu un ridicule dans le monde. M. de RiclicdieB, d'aujourd'hui, qui étott le hâros de son temps pour la galantoit; est en quelque manibre le premier qui ait donna occasion k et comédie. Sa première femme (M'" de Sanaac) n'éloit rien rao que jolie ; elle l'aimoit, mais il ne pouvoit la souffrir, et de I s'étoit établi dnas la jeunesse brillaule, que c'éloît un ridicule d'aimer sa femme. U. de Melim peusoit difcremmeut que M. ib Richelieu -, il avoit uuc femme qui avoil nue figure agréable qui il étoit attaché ; mais prévenu par l'opinion publique, i Touloit pas se donner le ridicule de paroltre l'aimer, ni que l'c^ eùl qu'il vivoit avec elle -, ainsi il no la vojroit qu'eu bonne fo^ tune- Nous avons vu depuis M. de la Trémoille se conduire di mâme avec sa femme, qu'il aimoït passionoémcnt. Tous ces i tèrcs diïërens ont été vraisemblahlcnicul le modèle de ceu La Chaussée a peints dans cette comédie.
Le ridicule que l'on y voit donner k l'araour conjugal a failaalt» quelques réfleiious sur la présence de la Reine k un spectacle ni i^mB ^Q Pompadour joue avec toutes les grSces et l'espressioa qw l'on peut désirer '.
' LuïNES, X, 185.
' LtTÏNBS, X, 187.
' LoiNEs, X, leo. — Le Préjuge avait élé Joué au Théâtre Irtop'
Le 3 février, la représentation se composa d'Erigone et de ZélieK
Le mardi gras, 10 février, on joua une comédie de Palaprat, le Secret dévoilé^ la foire de Saint-Oermain de Dancourt et le ballet-pantomime de Mignoneite^ œuvre de Dehesse, où Ton applaudit surtout une danse appelée le ballet des Chiens. Le petit Yicentini faisait Tamant de la princesse Mignonette.
Le 48 février, on rejoua Briçone et Zélie. Le 25 février, la troupe donna la Journée galante^ ballet-opéra en trois actes, par Laujon et La Garde. Le premier acte est intitulé la ToileiU de Vénus; le second, les Amusements du soir ou la MMiigue^ et encore Bglé ' ; le troisième s'appelle la Nuit ou Uamdre et Héro.
Ilmt de Pompadour fit Vénus au premier acte, et Héro au troisième. Les paroles et la musique plurent à tout le monde '.
La troupe des petits cabinets avait joué avec succès Topera, les ballets, la pantomime, la comédie; elle se décida à aborder la tragédie, et elle y obtint les mômes applaudissements. On prit cependant une précaution, en cas d'échec, ce fut de jouer la première fois presque en particulier. On avait choisi Alzire de Voltaire. Le 28 février, on représenta cette tragédie, qui fut parllaitement exécutée, surtout par M°^« de Pompadour et M. de Duras. Les rôles étaient ainsi distribués ^ :
Don ÀLVAa^, le chevalier de Pons ;
Don Gusman, M. de Maillebois ;
IfONTkzB, M. de la Salle ;
Zajiobs, m. de Duras ;
Un AiftaiGAiN, le chevalier de Clcrmont ;
Bmihb, )
Céphanb I ^°** Marchais, qui fit les deux rôles ;
Alonzb, le comte de Frise ; Alzirb, yi^^ de Pompadour.
Le spectacle se termina par la pantomime des Sabotiers «zécutée par le petit Yicentini et M"* Foulquier.
^ Limm, X, 107.
^ * L'acte à' Bglé tTait déjà été joué en 1748. • Lcrmu, X. 21».
^ LuTNBff, X, 222, 224.
m LE CHATE.\0 DE VERSAILLES
Voltaire alla le lendemain à la toilette de la marquise, apn-s lui avoir adressé cet impromptu, dans lequel il rappelait le succès qu'elle avait obtenu la veille :
Celle américaine parreile Trop dii larmias a fait couler.
Ne pouiraia-je me consoler EL voir Vénus à sa toilette ?
Le i mars, la Journée galante fut représentée pour ta seconde fois'. Le 6 mars, on donna la seconde représentauoa à.'Alïire, qui fui suivie du ballet des Marmoiles ou des Siwyariiî'. Voltaire assistait au spectacle et dut être satisfait de la façon dont sa pièce fut exécutée. Comme il venait de faire Ore$te,\a Roi dit tout haut qu'il était étonnant que l'auteur dMIîire put être le même qui avait fait Oresle'. On se prépara à rejouer le Méchant, mais un gros rhume de M"* de Pompadour et une maladie de M*"' de Braocas empëchèreoi les représentations qui devaient avoir lieu les 10, <1 et U mars; enfin, le 18 avril, on put jouer leJUéc&ant. Le ctiev*lier de Pons faisait Arùte, à la place de M. de Mailleboi»; U. de Monaco, Valér$. au lieu de ii. de Nivemois ; M. de Uail- | lebois, Frontin, à la place de M, de Gontaut; M"" MarcliBis. Ctoé, au lieu de W"" de Pons ; M'"" de Livry, Florise, au lieu de la duchesse de Brancas. Les autres râles furent joaéi par les acteurs qui les avaient déjà remplis le 5 février
Après cette comédie, MM. de Courlenvaus, de Langeroo. de Beuvron et de Melfort, et M""' Puvigné et Camille dansèrent un pas de six. Ensuite il y eut médianoche dans les cebincts V
Ce fut la dernière représentation des petits appartements le théâtre fut fermé et remplacé dès lors par le théâtre il' Bellevue'. i Bellevuc, un endroit délicieux, écrit M"° dr
' Ldïnkh, X, "Lik.
' Joai a la Comédie IulieaD« le 3U aoQt 1740. M°"> Favs.
■ LUYKBH, X, m.
' LUTKB3, X, Î4*.
' LuYSBB. I7iu, 2J oovambro. — D'Abobkbon, VI, 3SS. iiloiri du Ikiâirt dt il"'" 4e Pompadour.
SUITE DU RÈGNE DE BiADAME DE POMPADOUR^ 439
Pompadour à la comtesse de Lutzelbourg*. La maison, quoique pas bien grande, est commode et charmante, sans nulle espèce de magnificence. Nous y jouerons quelques comédies*; les spectacles de Versailles n'ont pas recommencé. Le Roi veut diminuer sa dépense dans toutes les parties; quoique celle-là soit peu considérable, le public croyant qu'elle Test, j*ai voulu en ménager Topinion et montrer l'exemple. •
D faut revenir aux détails de l'histoire du château de Versailles pendant cette période.
En 4745, le mariage du Dauphin avec Tlnfante d'Espagne anima un peu la triste et abandonnée résidence de Louis XIV. Le 20 février, Louis XV était allé à Etampes au devant de la Daupbine ; la Reine la reçut au château de Sceaux, et toute la cour revint à Versailles, le 23, vers dix heures. La Daupbine s*habilla, et sa toilette dura jusqu'à une heure.
9 La Daupbine n'est pas grande, dit le duc de Luynes ', mais elle n'est pas petite ; elle est bien faite et a l'air noble ; elle est fort blanche et extrêmement blonde jusqu'aux sourcils mêmes ; elle a les yeux vifs. Ce qui la dépare le plus est BOA nex, qui est grand et peu agréable, et qui paroit tenir à son front sans qu'il ait ce qui s'appelle la racine du nez. Tous ceux qui la connoissent disent qu'elle a de l'esprit et fort envie de plaire. »
On alla à la chapelle au milieu d'une foule de courtisans. La Dauphine était vôtue toute en brocart d'argent, avec beaucoup de perles. Le Dauphin, qui lui donnait la main,
' La 3 janTÎer 1751. Cette lettre a été publiée par M. Honoré Boahomme. (La S0eiéîé galamU et littéraire au xviii® iiècU^ p. 144). * L'inauguration du théâtre eut lieu le 27 janvier 1751. » VI, ».
440 LE CILYTEAB DE VEIlSAiLLES
avait un habit el uo manteau d'étofîe d'or, garnis de diamants. La bénédiction nuptiale fut donnée par le cardinal de Robao, au milieu d'un grand concours de cardinaus, d'srcberôques et d'évâques'. A.pi'ès le dîner on alla au manège de la Grande-Ecurie, où l'on avait construit une salle de spectacle, dans laquelle eurent lieu les Tètes célébrées ea l'honneur do ce mariage et qui avaient été organisées par les frères Slodtz ».
Après le souper, le cardinal de ttohan fit la cérémonie de bénir le lit ; le Roi donna la chemise au Dauphin, la Reine à la Dauphine.
Le 2i, il y eut bal paré au Maoége. Le 15, il y eut appartement dans la Grande-Galerie à six heures.
Le Roi, dit le duc du Lujnes, U. le Dauphin. M*"' la Dauphine el Mesdames jouèrent au lansqueDCt^la table étoil dans lo milieu delà Galerie. La Relata jouoit k OBvegnoto du cdté de sou appartement. 11 y avoil d'autres tables rondes qui ne furent pas rompUes. esccpt« une où jilusiours dames jouërcDt à caTagDolc. D'ailleurs beaucoup d'autres tables do jeu el un monde prodigieux. Le coup-d'œil de la
Galerie éloit admirable Daus le salon de ta Guerre âtoit ont
grande table, longue el étroite, derrière laquelle ètoieat rangfa une cinquantaine d'inslruineiiB d-ea plua bru^acs, trompettes, tiaibaln, taiiiboiirÎQs, etc. Rcbol, mullre de musique on quartier, éloit monls BUT la table pour battre la mesure. A neuf heures, le Roi alla souper au grand couvert.
Le bal en masques commença à minuit. On n'y entroit que pu le salon d'Hercule, d'un cOté, et de l'autre, par la salle des Gardei et l'Œil-de-Bœuf. Dans chaque compagnie une personne se dèmasquoit b la porte ; un huissier écrivoit son nom et le nombn des masques qu'il menolt avec lui. Cet ordre fut observé qnelqae temps ; mais il devint insoutenable par la longueur excessiv; ds temps que l'on ëtoit obligé d'attendre. La foule s'augmentoit ; dk étoil excessive dans la Galerie du cOlé de la chapelle, encore plu de ce cClé-ci daus l'antichamhre du Bol ; dans rCEtl-de-6<euf il 7 avoit peut-Stre 5 ou 600 masques assis par terre. Ou fut prtl 1 renverser la porté de glaces. Enfin les huissiers firent forcés, ell* foule se trouva ai grande dans la Galerie, qu'on ; étoil porté presque d'un bout à l'autre sans mettre pied à terre. On estime qu'il peut y avoir eu 14 ou 1500 masques dans l'appartement en mime temps. On s'avolt pas donné de billets.
Voir la gTtvure de Cochin, Ckakografiie, n* 3S16.
Voir fi* luKin. riinnitmn.
' Voir 2*p«rtie, Ehapiti
SUITE BU RÈGNE DE BCADAME DE POlfPADOUR 441
Le Roi ne se démasqua point ; il étoit masqué en if, lui et sept autres ^. M. le Daupliin et M™^ la Dauphine étoient en berger et bergère.... La Reine se promena longtemps masquée.
n y avoit trois tables pour les raft'atchissemens.... Tout étoit servi en maigre ; il y avoit une quantité prodigieuse de poisson, des vins de toute espèce, et l'on donnoit à chacun dans le moment tout ce qu*il demandoit. L'indiscrétion des masques Ait extrême. On prétend qu'il y a eu des oranges du bal revendues au marché. On dansoit dans quatre endroits différens. Le principal endroit
étoit dans le salon d*Hercule Le bal dura jusqu'à huit heures
du matin.
Pendant toutes ces fôtes, la façade entière du château et des ailes, les ailes des ministres et les Ecuries furent brillamment illuminées.
Le 5K6, il y eut appartement avec musique dans la salle des deux tribunes ; on y exécuta le ballet des Eléments * devant la Reine. On joua au lansquenet dans la Galerie ; il y eut ensuite souper au grand couvert. Les fêtes se continuèrent en mars. Au Manège, le 4 «i* mars, on exécuta Topera de Thésée^ par Quinault et Lully. Le lendemain 2, 11 y eut appartement et ensuite bal en masques, qui commença à minuit et fut encore servi tout en maigre.
On avait meublé l'appartement de la Dauphine avec beaucoup de luxe. Nous en empruntons la description au duc de Laynes, Texact chroniqueur de l'époque * :
La tapisserie qui est dans la chambre est une ancienne tapisserie du garde-meuble ; celle qui est dans le grand cabinet avant la chambre est faite depuis peu et représente l'histoire d'Esther^ ; elle est très-belle. Le lit de la chambre de M™^ la Dauphine est une étoffe cramoisie avec beaucoup de fleurs d'or ; elle a été faite à Lyon comme celle du meuble de la Reine. Mais comme U n'y en avoit pas assez pour faire le lit, on y a suppléé pour les pentes et les soubassemens avec une étoffe à peu près pareille, qui s'est trouvée dans le garde-meuble. Cette étoffe avoit été faite du temps
* Voir l'estampe gravée par Cochin le père, représentaot ce bal [Chtlah grmpkiêj n® 3610). — Cochin a aussi gravé U jeu du Bot dans la gramdê gmUriê {Chalcographie^ n® 3Ô10). — Le Louvre possède les trois dessina de Cochin représentant le bal paré, la décoration de la salle du Manège et It bal mas^é.
* Paroles de Roy, musique de Lalande et Destouches. » VI, 341.
^ Elle avait été exécutée d'après le tableau de Dttroy.
LE CHATEAU DE VERSàlLlES
de M- de Colbcrt pour le tenilclet ' d'un bSIimeat du canal dc VeraailIcH. Il y avoil des fleurs de lys brodées sur celte étoffe ; on lc3 a ûtâes, ul ou a loîs à la place des dau[ibiiifl brodés en argent. Tour les fauteuils, tabourets, chaises et écraos de la cbaicbrt et du grand cabiucl sont pareils. M. do Fontanîeu, inlcudaut du garde-meuble, m'a dit que ce meuble do la chambre cl du cabinel iroit à euTîroa 45,000 livres. Ce n'est que pour les bois, la brodcne et le» façons, jiuisquo l'étoO'o étoit au garde-meuble. Dana k petit oahiuet particulier de M™" la Daupbîne, qui donne sor la Galerie*, il y a un meuble fort riche, composé d'un canapé, de ftnteuils et labourels ; ce meuble est d'étoffe de Coi]8tantino{He. irec buBuooup de broderies. U. de Foalenicu compte qu'il pourra coûta 15,000 liïres.
En 1 7i6, Louis XV partit lo i " mai pour l'armée de Flandre el revint à Versailles le U juin. Le 31 juillet, la Sauphine d'Espagne mourait après avoir doané le jour à une fille qui mourut l'année suiraQlc. Toute la Cour, après la mort de la Dauphiue, se retira à Cboisy.
Eq ni7, le 9 février, le Dauphin épousa en secondes notes la princesse Morie-Josèpho de Saxe. La Cour partit de Choisj el alla à Gorbeil, le 7, au devant de la nouvelle Daupbiuc a revint dîner à Choisy. La Dauphine, qu'on appelle la Dsuphine de Saxe, resta à Choisy après le départ de la Cour «i ne vint à Versailles que le SI.
On avait fait une liste des dames invitées à Chois;. Le Roi avait décidé qu'on inviterait toutes les femmes, filles el sœurs des principaux officiers de sa Maison. M"" de Pompadour désirait qu'une de ses amies, M*"' de Bachi, fût aussi invitée ; ■ mais on ne savoit pas trop, dit le duc de Luynes', à quel titre elle pouvoit l'âtre; et le Roi même, qui le désiroit pour faire plaisir à M"" de Pompadour, en étoil un peu embarrassé. U'"" de Pompadour dit à M. de Gesvres' que puisque le Roi vouloit inviter les Temmes, filles et sœurs des grands officiers et gens en charge, qu'elles regardoit comme pouvant être admise parmi les grands officiers, et que par conséquent M"" de Bacbi, sa belle-
' Etoffe i l'aide <la lequelle on couvre la poupe d'une gslère. ' La galerîs du rei-de-chauEsée.
• Vin, 10*.
Premier geatilbomme de la Cbamhrp.
soeur', pouYOit être mise sur la liste. M°^« de Pompadour répéta le lendemain matin cette plaisanterie tout haut à sa toilette. Ce fut le Roi qui ajouta de sa main le nom de M"** de Bachi sur la liste. »
Le 9 février, la Dauphine étant arrivée à Versailles, la bénédiction nuptiale fut donnée aux époux, à la chapelle. Le soir, toute la Cour se rendit au bal paré dans la salle du Manège. Le lendemain 40, il y eut appartement, musique et Jeu. Le 14, on représenta, dans la petite salle de spectacle du château, la comédie de La Chaussée, la Gouvernante. Le 42, il y eut appartement. Le 43, on retourna au Manège voir le iMdleide V Annie galante*. Le mardi gras, 44, il y eut bal en masques, auquel le Roi prit part, revêtu d'un domino *.
Nous trouvons, toujours dans les Mémoires du duc de Luynes*, le portrait de la dauphine de Saxe : c Un beau teint, assez blanche, de beaux yeux bleu foncé, un assez ▼ilain nez, des dents qui seront belles quand on y aura travaillé, la taille très-jolie, de beaux cheveux. » Autre part, notre annaliste nous dit que la Dauphine a beaucoup de désir déplaire; qu'elle souhaite passionnément de réussir à la cour de Versailles ; qu'elle a de Tesprit, de la vivacité, et qu'elle sent parfaitement tout son bonheur.
Le 29 mai, Louis XV se rendit à l'armée de Flandre, et M"* de Pompadour à Choisy. A son retour, il reprit son train habituel de voyages, de chasses et de petits soupers. M"»* de Pompadour s'efforçait de varier les plaisirs ou les passe-temps de cette vie uniforme et désœuvrée. En avril 4748, elle donna un concert spirituel chez elle. Mais l'occupation principale des soirées était le souper, à Versailles et ailleurs.
A Versailles, Louis XV soupait dans ses petits appartements. La cour des Cerfs avec ses escaliers, ses quatre étages de cabinets, de cuisines, d'offices, de confitureries, de laveries, de logements de gens de service, de volières, etc., était devenue le centre de la vie de Louis XV à Versailles. Les
* W^ de Bachi était la sœur de M. d'Etiolles. Elle avait été préseou'te l€ 24 janvier 1747.
' Paroles de Roj, musique de Mion. ' Lut:«bs.
* Vlll. 108.
cabinets ont remplacé les appartements; ou dit aioTs U f t cabinets, comme on disait sous LouisXIV il y a apparitmnt, en remarquant que tout le monde allait à l'appartement, et qu'il n'y a que quelques intimes qui sont invités aux cabinets. Dn nombreux personnel était allaché au service des cabinets, duquel était totalement esclu le service officiel de la Bouche et du Gobelet, le Roi, nous le répétons, Toulanl boire et manger à son aise et en liberté. On lit âans \cs Mémoires pour lervir à l'histoire de Peru^ :
Lus plaisira que la mort de M™' Je Vinlimille avoit SMspendui reprirent leur train ordinaire. La chasae, quelques voyages, laotOl cbei le comte de Toulouse, tantôt à d'autres maisons de plaisance peu éloigoées de la capitale, le tondre altochement de M"' de Uaill;. qui suivoit Louis XV partout, l'attenlioD de W" de duolais et de la comtesse de Toulouse â le divertir, et sartoul cm soupers qu'il avoil coutume de Taire dans cet) réduits déliciem accessibles b ses seuls confiduus, lui tlrenl oublier il'"' de Vintimillo. Ces réduits étoicnt l'ouvrage de Louis XV : sans être absolument séparés de son palais, il n'y svoit d« communication que co qu'il en talloit nécessairement pour le service. Une porte seerëte', pratiquée dans l'appartement de Louia XV, lui donnoillE liberté de s'; rendre, quand il le jugeoit à propos, avec ceux qu'il Touloit bien y admettre. Tout y étoit galamment et cotniuodémeni distribué. Pour en dtjnopr une idée assez juste, nous croyons no pouvoir mieux faire que de transcrire ce qu'im auteur du temps, mais peu connu, en a écrit.
« C'étoil, dit-il, un petit temple où l'on célëbroit fréquemment des fâtes nocturnes en l'honneur de Bacchus et do Vénus. Le SopU' en étoit le grand prêtre, Bétima * la grande prdtresse ; le reste de la troupe sacrée étoit composé de femmes aimables et de courtisans galacB. digues d'gtre initiés à ces mystères. Là. par quantité de libations les plus exquises, et par différentes bymnes à la gloire de Baccbus, on tflclioit de se le rendre fovorable auprès de la déesse de Cytbëre, à laquelle ensuite on faisoit de temps en temps de précieuses oSrendcs. Les libetious se faisoicnl avec tes vins les pins rares ; les mets les plus recherchés étaient les victimes : Bouveni même, et c'étoit aux jours les plus solennels, ces mets éloient préparés par les mains du grand-prêtre. Comus étoit l'ordonnateur
' Pir Pecquet, p. 73. J'ii mis id, d'ïprïB la clef, las noms des paraoïinaçes.
C'est la porte «lUot de la chambre de Looia XV id balcoo da la cour des Cerfs.
• URoi.
' U""' de Uailly.
de ces lOtes, Momus y présidoit. Il n^étoit permis à aucun esclave d*oser troubler ces augustes cérémonies, ni d'entrer dans Tintérieur du temple, c[u*au moment que les prêtres et les prêtresses, comblés enfin des foveurs divines, tomboient dans une extase dont la plénitude prouvoit la grandeur de leur zèle et annonçoit la présence des dieux. Alors tout étoit consommé ; on enlevoit avec respect ces favoris des dieux, et on fermoit les portes du temple.
n y avoit certains jours de Tannée qui n'étoient consacrés qu*au dieu Baccbus, et dont les honneurs se faisoient pareillement par CSomos. Ces jours, qu'on peut appeler les petites fêtes ^ étoicnt ceux où le grand-prêtre admettoit dans le temple le comte de Toulouse, M"* de Charolais et la comtesse de Toulouse, aux yeux desquels, comme profanes, on ne célébroit que les petits mystères. En effet, loin de mériter d'être du nombre fortuné à qui les fonctions importantes et essentielles du culte étoient confiés, à peine étoient^-ils dignes du peu dont on vouloit bien leur faire pari.
Si Ton en croit Mouffle d*Angerville, Tauteur de la Vie privée de Louis XV \ ce seraient M'i« de Charolais et la comtesse de Toulouse qui auraient imaginé les petits soupers^ c^est-à-dire ceux que Ton faisait dans les petits cabinets* ^ que Ton rendit aussi commodes, aussi élégants, aussi secrets que Tart raffiné de ce temps pouvait le permettre. Les premiers soupers sont du 26 juin et du 3 juillet 4738'. Les^ invilés furent : le prince de Bombes, MM. du Bordage, de Soubise, de Goigny, de Ghalais, de Meuse, les ducs de Villeroy et d'Ayen, le comte de Noailles, U"*^ de Mailly, M**** de Charolais et de Clermont, U^^ de Beuvron, d*Antin, de Rochechouart, d'Epernon, de Chalais, de Talleyrand, etc. On y buvait du vin de Champagne, et Ton sortait de table à cinq heures du matin \ Le Roi, nous dit Barbier, y gagna plus d'une indigestion. Quelquefois le souper avait lieu en secret, chez la comtesse de Toulouse '.
Avec M°^« de Châteauroux, la c cour des petits cabinets et des voyages > se renouvelle; elle ne compte plus que les amis
* 1781, 4 vol. in- 12. Cet auteur est génértlement très-bien informé.
* Ptr oppoûtion aux soupers officiels qui étaient servis dans les appartements officiels. Bn effet, ces petits soupers étaient de très-grands repas,, en Tins, «n mets et en temps.
* Lurras.
* Loms, II, IT^in.
* Lumu, II, 402.
un LE CHÂTEAU DE YEBSAILLES
de la nouvelle muUresso : ia duc de Richelieu, qui est le principal convive, MM. de Guereliy, de Fitz-James, de CoaUut, d'Aumonl, d"Antiu, M"™ de Charotals, de Clermoul, delà Roche-su r-Y on, M'"' de Lauraguais, gaie et causeuse, et ea conséquence surnommée Madame la Réjouie, Madame de Flavacourl, ou la Poule, M""" de ChàleauMux, appelée Hadame la Princesse'.
Les soupers et les dîners de celte époque sont aussi longs que ceux du temps do M™ de Mailly,mai3 on y boit beaucoup plus de Champagne. < Le Roi même, dit le duc de Luynes *. buvoit assez ; et quoiqu'il n'y parût pas tant qu'à quelquesuns de SCS courtisans, cependant il ne laissoit pas que d'/ peroltre quelquefois. Depuis deux ou trois ans, cet usage est Tort changé; le Roi ne boit plus; les repas sont encore assu longs, maissans excès. ■
En lïi7, les soupers que le Roi donnait â M°" de Pompadour et il ses favoris étuienl devenus une véritable pétaudière, écrit d'Argenson'; oa y était vingl-qualro à Ubie. * Chacun y parle, chacun y glose, ou s'y moque du Roi à sa barhe. » Il n'y avait pas de liste pour ces soupers; le Eoi ■.Invitait ceux qu'il voulait en leur disant à l'oreille : • Vous souperez avec moi'. ■■
Quelquefois M"" de Pompadour invitait le Roi à souper chei elle; elle avait un fort bon cuisinier, et les petits soupers qu'elle offrait à S. M. étaient excellents *.
Pendant ce temps, les chansons, les quatrains, les estampes satiriques contre le Roi pleuvaient de partout. L'uua de ces pièces ne craignait pas de dire :
Parmi ces hiatrions qni régnent avec toi, Qui pourra désormais reconnottre son Roi t Tes trésors sont ouverts à leurs folles dépenses ; Ils pillent tes sujets, épuisent tes finances. Moins pour renouveler tes ennuyeux plaisirs Que pour mieux aasouvir leurs ii
Ton Etat aux abois, Louis, est ton ouvrage ;
Mais crains de voir bientôt sur toi fondre l'orage
Aujourd'hui l'on t'élève en vain une statue ; A ta mort, je la vois parle peuple abattue.
Pendant ce temps aussi, la cour de Versailles était devenue plate, ridicule '. A un concert chez le Roi, Madame Adélaïde jouait du violon*. Le Dauphin vivait très-retiré. Il fumait douze pipes chaque matin' ; il composait du plain-chant ou passait des journées entières avec Tabbé de Saint-Cyr. Lui et la Dauphine, qui souffrait beaucoup de son humeur bourrue, jouaient seuls dans une antichambre noire, disant quelque fois : c Nous sommes morts *, »
Quelques événements venaient de temps en temps rompre la monotonie de la Cour et lui donner un peu d'animation. Madame Infante arriva à Versailles le 34 décembre 1748. La Dauphine accoucha, le 26 août 4750, d'une fille appelée la Petite Madame. Nous voyons déjà à celte naissance tout le monde entrer pôle-môle dans la chambre de la Dauphine', au mépris des convenances les plus respectables. Les usages sévères du temps de Louis XIV disparaissent sur ce point comme sur tous les autres.
Aux jours gras de 4751 , il n'y eut pas le moindre divertissement à la Cour, sauf quelque jeu chez la Reine. Louis XV est à Bellevue, où il s*amuse.
Le 43 septembre 4754, au milieu de la nuit, la Dauphine mit au monde un duc de Bourgogne*. Personne ne s'attendait à un accouchement si prompt, aussi tout le monde était-il absent ou couché, c M. le Dauphin, dit Barbier', a eu la présence d'esprit d'appeler et de faire entrer tous les Gardes du corps, Suisses, et ce qui s'est trouvé, pour ôtre témoins. Il les a fait entrer en culotte seulement, et deux porteurs de chaises qui étoient dans Tantichambre. » On envoya prévenir le Roi
44H LE CHiTEATI DE VEÎtSAILLES
qui Était à Trisnon et qui venait de se coucher après arait soupe avec t ses fidèles t. Les fêles destinées a célfbrerla Dsissaoce du duc de Bourgogne n'eurent lieu qu'en décembre. Le 17, il y eut appartement et jeu dans la Graude-Galerie; le 30, appartement dans la Galerie, feu d'artifice dans le parcU grand souper chez la Reine '.
Eu nsî, Madame Henriette, seconde fille du Roi, mounit le 10 février. On transporta d'atiord le corps aux Tuileries, t\ de là à Saint-Denis le 19. Le convoi fut magnifique. ■ Plusieurs mousquetaires, dit Barbier', ont fait des indécences dans la marche ; ils brûloieut des perruques ou jetoient leur^ flambeaux usés ou allumés au milieu de la foule, surl^ public. D
En nsï, M"* de Pompadour changea d'appartement; elle alla occuper au rez-de-chaussée une partie de l'ancien appartement dû la comtesse de Toulouse (sailcs 56, 57, 58 et 59) ; le reste de l'appartement fat donné à Madame Adélaïde *.
La mSme année, au mois d'août, le Dauphin eut la petite vérole. La Dauphine et le duc de Bouillon s'enferrafirent courageusement avec lui ; leurs soins et ceux de l'habile médecin Dumoulin amenèrent sa guérison, qui fut célébrée, te SO août, par une illumination 9;énérale du château et un fea d'artifice '.
Pendant ce temps, la misère générale gagnait la C!our. D'Argenson" nous apprend qu'à cette époque l'on ne pajrait plus rien dans la Maison du Roi, que les palefreniers ne touchaient plus leurs gages, et que leurs femmes demandaient TaumAne dans les rues.
Le S septembre 1753, la Dauphine accouchait d'an duc d'Aquitaine, mort quelques mois après, et le Î3 août I75i elle mettait au monde le duc de Berry, qui devait élie Louis XVI, Le Roi était encore absent; cette fois il était» Cboisy, et il n'arriva que longtemps après la naissance de l'enfant.
' Barbibr, V, \m. ■ ' V, 16S.
* LoTIfls, XI, 448.
' LlTTNBB, XII, 108.