LE CHATEAU DE LOUIS XIH
Le sieur de Rouilly tient un vol pour pie de 4 oiseaux et d'autant d*hommes.
M. de Palaiseau a encore un vol pour riyiëre, dont il a d*entretenement 400 écus par ans.
Comme le Roi va à la chasse, et à quels jours.
Les jours pour le plaisir de la chasse du Roi sont le lundi, le mercredi et le samedi ; il y va aussi les autres jours, s'il n'y a affaires importans ^ Le dimanche il l'emploie à servir Dieu, pour être S. M. le fils atné de l'Bglise en effet, comme de nom ; et même les jours de chasse il n'y va jamais en hiver qu'il n'ait oui sa messe de grand matin. Puis il dîne, et à dix heures entre dans son carrosse et s'en va, ou vers le bois de Vincennes, ou vers Saint-Cloud ou du côté de Saint-Denis, étant les issues de Paris extrêmement belles et propres aux vols auxquels le Roi se platt le plus.
Il a d'ordinaire, outre M. le baron de la Châtaigneraie, grand fauconnier de France, un bon nombre de seigneurs qui l'accompagnent, et sa compagnie de chevau-légers conduite par M. de la Curée. M. de Luynes, qui avoit les oiseaux du Cabinet, le vol pour milan et les émerillons, où S. M. se plaît grandement, étoit toujours près de lui, comme sont aussi les sieurs de Cadenet et de Brandes, ses frères, étant tous trois des plus accomplis gentilshommes de la Cour et dont S. M. fait beaucoup de cas, tant pour leur mérite en toutes choses que pour être particulièrement trèscapables en cette science. Bt je puis dire que jamais on ne vola si bien en France qu'on fait aujourd'hui. Jamais Roi n'eut tant ni de si bons oiseaux que S. M. a de présent. De toutes parts on les lui apporte, sachant comme il les aime. Les Grecs lui apportent les sacres, les Hollandois, les gerfauts; le présent annuel vient de Malte, duquel S. M. me donna de sa grâce un sacret le mois passé, que je chéris à l'égal de ma vie, le nommant le Real, parce qu'en le me donnant elle l'honora de ce nom et me commanda de le nommer ainsi. Je dis aussi que jamais Roi n'eut de personnes plus propres pour faire bien voler que maintenant, et qu'on regarde depuis le premier vol jusques au dernier, tout y va par ordre.
En cette suite de chasse il fait beau voir tous ces chefs de vol suivis de cent ou six vingts fauconniers portant les oiseaux, et tous vêtus des livrées de S. M. Puis quatre autres portant les ducs pour attirer le milan, les corneilles, la buse, la cresserelle, le corbeau, le fauperdrieu et autres oiseaux qui viennent au duc pour le buffeter*. Ces quatre, aussitôt que le Roi est à demie lieue
* Affaires est alors un nom masculin.
' Donner en passant contre la tête dW plus fort. — - Exciter, tourmenter (Taihronx}.
des faubourgs de Paris et en part ^ oh. Ton puisse commencer à voler, vont deux deçà et deux delà des ailes du chemtaipe S. M. fait ; et faisant voler leurs ducs, ils attirent de toutes m«Hm de ces oiseaux, et aussitôt qu*on les voit venir, on crie pour avertir, milaiit milan, corneille, corneille, corbeau, corbeau ; ainsi des autres. Et 8*il se trouve quelque soupçon d'empêchement, soit de quelque l>oiB, ou maison des champs, ou village trop proche, on Jette un duc à 500 pas de l'autre, et de Tun à Tautre on attire ces oiseaux en lieu où se puisse voler commodément, éloignant par cette ruse, les corneilles ou autres oiseaux de leurs retraites. Alors sortant le Roi de son carrosse il monte à cheval, et incontinent on lui apporta tel oiseau qu'il demande, ou bien le grand fauconnier présente à S. M. l'oiseau le plus propre à ce que Ton prétend de voler ; et à ce point chacun s'arrête pour n'approcher trop le Roi et ne lui donner de l'empêchement à son vol...
Les vols qui se font datis Vendes du Louvre par l'invention du JEM.
Lorsque le temps détourne le Roi d'aller à la chasse. Dieu loi fournit de nouveaux plaisirs dans l'enclos du Louvre ; car aussitôt que S. M. sort pour aller au jardin ou aux Tuileries, les burichons ou roitelets, gorges-rouges, moineaux et autres petits oiseaux se viennent rendre dans les cyprès ou dans les bois des allées, à l'envi l'un de l'autre, comme s'il y avoit entre eux de l'émulation à qui tomberoit le premier entre ses mains. S. M. les vole avec ses piegrièches ou avec des épcrviers, et cela se fait ordinairement en allant aux Feuillans ou aux Capucins. Une invention a été trouvée par S. M., qui est à remarquer: car avec des filets ou araignes qu'il a fait faire expressément, il fait couvrir les allées; puis faisant battre au long des bordures, se tenant au bout avec ses piegrièches, on les lui amène ; et comme ils veulent gagner d'une allée à l'autre, ou d'un cyprès à l'autre, S. M., qui les attend, lâche si à propos ses oiseaux, qu'ils ne faillent jamais de prendre à trois pas de lui. Un jour, l'accompagnant à ce plaisir, après qu'il en eût pris demie douzaine, je lui dis que son plaisir ne seroit pas de durée s'il continuoit d'en prendre telle quantité. Bt lors M. de la Vieuville répartit et lui dit : « Sire, il vous parle en chasseur et vous dit vrai. » Lors S. M. ouvrant sa main montra six têtes de sa prise de cette matin, et cela fait il s'en alla ouir la messe aux Feuillans.
Vol du pigeon cillé*.
S. M. vole aussi dans le jardin des pigeons cillés, avec des tier-
* Lien, endroit.
' Auquel on a cousu les paupières afin qu'il ne Toie goutte et ne se débatte pas.
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celets de faucon qui ont été pincetés des serres, afin qu*ils donnent au pigeoiyii&s pouvoir le lier ^ Ce qui se fait en cette sorte.
Le sieur de Luynes a des pigeons cillés en quantité, qu'il tient préparés pour le plaisir du Roi. Il en prend un, et ayant S. M. fait délonger les trois tiercelets pour jeter, le sieur de Luynes pousse en haut ce pigeon ; lequel étant cillé vole droit vers le ciel ; et quand il est de hauteur telle que S. M. trouve raisonnable, elle commande de jeter. On découvre aussitôt. Lors on voit monter ses tiercelets à qui plus fera de diligence ; et ayant atteint le pigeon, lui donnent tant de coups qu'ils le descendent à bas, ne pouvant le lier. Cette volerie donne beaucoup de plaisir à S. M., et fort souvent elle s*y exerce quand le temps ou les affaires le retiennent d'aller aux champs. S. M. a deux vols exprès pour le pigeon cillé, de 3 tiercelets chacim ; elle y emploie aussi par fbis des émerillons.
Le Potager de Louis XIII, probablement planté par Jacques Boyceau, fut établi entre l'Orangerie de ce temps, Téglise Saint-Julien et la rue du Vieux-Versailles ; la bibliothèque et la caserne qui est à côté' sont bâties sur son emplacement. Dans sa promenade à Versailles, en 4668, M"« de Scudéry ne manqua pas de voir le potager de Louis XIII, fort amélioré d'après les méthodes d'Arnauld d'Andilly, à qui Ton doit les espaliers et les contre-espaliers. Elle admira c ces grands jardins pour les fruits, où, par des espaliers de hauteurs différentes disposés en allées et exposés judicieusement au soleil, on a trouvé Tart d'avoir des fruits qu'on croiroit que le soleil de Provence auroit fait mûrir ». Les fruits de ce potager servaient à faire d'excellentes confitures. Quelques jours avant sa mort, le 25 avril 1643, Louis XIII offrait, dans sa chambre, une collation composée de ses confitures de Versailles, à la Reine, à la princesse de Condé, aux duchesses de Lorraine, de Longueville, de Vendôme et autres dames*.
Louis XIII fit faire aussi dans la partie de la ville appelée aujourd'hui le quartier Saint-Louis un vaste enclos où Ton renfermait des cerfs et des daims destinés à ses chasses. Cet enclos, alors couvert de bois, fut appelé le Parc-aux -Cerfs, nom qui devait avoir plus tard une triste célébrité ^.
* Sans pouvoir le prendre avec ses serres, qui ont été arrachées.
* ÂDciecs hôtels des Affaires Btrangères et de la Guerre.
* Gazette, 1643, p. 348.
^ L'emplacement entre les étangs ÇK)bert et le Potager, et la forme du
Bdûq, pour donner de Teau au château et à ses dépendances, Louis XIII chargea Tingénieur François dA Francine d'amener Teau nécessaire. Francine fit venir à Versailles les eaux de la rivière de Bièvre, qui en est peu éloignée ^ Pour cela il retint les eaux de la Bièvre dans le petit étang du Val, près de la Minière ; puis il établit, le long de la côte du Désert, une série de pompes mues par des moulins & vent', à Taide desquelles Teau était élevée sur le plateau et recueillie dans les bassins de la Martinière * ; enfin, à Taide d'aqueducs^ et de divers réservoirs*, elle arrivait au château.
L*œuvre de Francine servit jusqu'à rachèvement des grands travaux entrepris par Louis XIV.
Pour alimenter les bassins et fontaines du parc, on établit la Pompe ou Tour d'eau*. Là, des pompes puisaient Teau du grand étang de Glagny et rélevaient dans des réservoirs situés sur l'emplacement d'une partie de Taile du Nord du palais actuel, d*où elle était distribuée par des conduites aux divers bassins du parc ^.
Le premier fait important qui se soit passé à Versailles, est la célèbre Journée des Dupes qui, commencée à Paris, se termina au château le 10 novembre 1630.
Depuis longtemps, Marie de Médicis, mère de Louis Xin, était mécontente du cardinal de Richelieu, alors premier ministre; plusieurs fois elle avait essayé de le faire chasser du ministère, mais elle avait toujours échoué dans
Parc-aux'Cerfs de Louis XIII, sont très-exactement indiqués sur une carte des Archives de Seine-et-Oise (Â. 44), intitulée Carte générale des envirota de Versailles, La carte est gravée, mais le contour du Parc-tux-Cerfs wt tracé à Tencre rouge.
' Voir à la biblioth. de Versailles un plan mss. en couleur des bassins et aqueducs de Francine. — Voir aussi aux Archives de Seine-et-Oise la carte A 44.
^ Dont les bases en maçonnerie existent encore.
* Le Service des eaux de Versailles les répare en ce moment (1879).
* Quelques traces eu ont été retrouvées.
^ Dont l'emplacement et la forme se reconnaissent encore dans le bois de Satory, derrière la statue de Curtius.
^ La Pompe était bâtie sur l'emplacement de Tancienne préfecture de Seine-et-Oise, aujourd'hui annexe de Thôtel des Réservoirs (n^ll de la rue des Réservoirs). On la voit sur notre gravure représentant le chftteau de Levau, façade septentrionale.
' Lb Roi, Les Baux de Versailles ^ 1847, in-8^.
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ses tentatives auprès du Roi. Au retour de la campagne dltalie, faite contre le duc de Savoie, Marie de Médicis, appuyée sur le garde des sceaux Michel de Marillac, fit un dernier effort pour faire renvoyer le premier ministre qui lui était devenu odieux. Mais laissons au Cardinal le soin de nous raconter lui-môme cette aventure, de laquelle il sortit tout-puissant :
A Tarrivée de la Reine-mère à Paris, sa dissimulation ne peut durer davantage, rapostume crève, sa mauvaise volonté parott, et à peine a-t-elle loisir de voir le Roi qu'elle lui déclare, le 10 novembre, qu*elle ne veut plus aimer le Cardinal, ni le voir en sa maison, ni aucun de ses parents ou amis, auxquels elle donne incontinent congé, et non seulement à eux mais jusqu'au moindre de ses officiers qui lui avoit été donné de sa main. Bile passe outre, elle refuse au Roi de se trouver dans ses conseils tandis que le Cardinal y assistera, et nulle prière du Roi ne la peut détourner de cette volonté. Le cardinal de Bagny y est employé, mais en vain ; des promesses lui sont faites de sa part par quelques-uns des siens, mais elles furent sans effet. Le P. Suffren, son confesseur, n'y fit pas davantage que les autres. Elle crut que le Roi l'abandonneroit^ et que son autorité particulière de mère, et la piété et l'honneur que le Roi lui rendoit comme son fils, prévaudroient au soin public que comme Roi il doit avoir de son Etat et de son peuple. Les esprits trompeurs qui l'avoient déçu le lui persuadolent ; mais Dieu qui tient en sa main le cœur de ce prince en disposa autrement. S. M. voyant qu'à quelque prix que ce f&t elle vouloit le priver d'un serviteur qu'il avoit éprouvé si utile, se résolut de le défendre contre la malice de ceux qui la portoient à ce mauvais dessein, prend congé d'elle, va à Versailles, commande au Cardinal de le suivre', quelque instance qu'il lui fît de lui per-
* Le Cardinal.
* Richelieu fut logé à Versailles sous la chambre du Roi (Ch. Bernard, Histoire de Louis XIII) ^ k laquelle il pouvait se rendre par un escalier dérobé, en forme de vis, large de 68 centimètres et pratiqué dans l'épaisseur du mur. Cet escalier, qui part de la salle des rois de France, n^ 33, débouche dans l'Œil-de-Bœuf ; il existe encore, mais il est condamné. On a bouché, sous Louis-Philippe, son entrée supérieure par une cloison ; quant à son entrée inférieure, on a muré la porte qui donne sur la salle des rois de France, et on n'a conservé que la porte, déjà ancienne, qui ouvre sur la cour de la Reine. 11 est regrettable qu'une des principales curiosités histori' ques du chflleau soit interdite au public. — Sous Louis XllI, la chambre actuelle de Louis XIV était un salon ; l'Œil-de-Bœuf actuel était divisé en deux pièces : celle du nord, attenante à la chambre de Louis XIV, était la chambre de Louis XIII ; la pièce du sud, celle où débouche Tescalier dérobé était une antichambre.
mettre de se retirer pour ne point déplaire à la Reine sa mèret et mande au garde des sceaux de Marillac de le venir trouver. Le garde des sceaux qui, sur le bruit du grand éclat qu^avoit ûiit la Reine, et la créance qu'il avolt que le Cardinal eût obtenu son congé et s'en alloit coucher à Pontoise, pensoit avoir gagné la partie, 8*en aUa dès le jour môme à Glatigny, proche de Versailles. Le soir, à son coucher, il reçut la désagréable nouvelle que le Cardinal étoit auprès du roi, qui non seulement lui avoit fait bonne chère*, mais l'avoit logé en une chambre au-dessous de la sienne, et le matin à son réveil en reçut une qui lui fût d'autant plus fftcheuse qu'elle étoit plus éloignée de son espérance, qui ftit que S. M. lui envoya faire commandement de lui renvoyer les sceaux et lui donna des gardes pour s'assurer de sa personne '.
Et parce que la cabale qui troubloit l'Etat étoit tramée par lui et le maréchal son ftère, et que ce n'étoit rien d'arrêter l'un si l'autre demeuroit libre, principalement ayant en mains les forces du Roi en Italie, S. M. envoya au maréchal de Schomberg un ordre exprès pour se saisir de sa personne ; ce qu'il fit avec beaucoup de dextérité et non moins de surprise de la part du dit Marillac, qui le soir précédent avoit reçu une dépêche de son frère qui lui donnoit avis de la disgrâce du Cardinal. S. M., sans attendre davantage, donna aussi dès ce même jour, la charge de garde des sceaux au sieur de Châteauneuf, et remplit de la personne du sieur Le Fay celle de premier président du parlement de Paris qui vaquoit depuis longtemps.
Monsieur, à la première nouvelle qu'il eut de ce qui se passa entre le Roi et la Reine-mère à l'hôtel du Luxembourg sur le sujet du Cardinal, alla trouver la Reine sa mère pour l'assurer de son sci^ vice. Mais quand il vit les changements si prompts que cet éclat produisit, et que le Roi prenoit en mains la cause du Cardinal comme la sienne propre, s'estimant plus offensé en la personne du Cardinal que lui-môme, il changea de pensée et alla trouver le Roi, désapprouva le procédé de la Reine sa mère, et protesta de ne se départir jamais des intérêts et des volontés de S. M., qui seroient toujours la règle des siennes. Il promit aussi au Cardinal de l'aimer et de le défendre contre tous ceux qui au préjudice de l'autorité royale, voudroient l'ofifenser; ce qui n'apporta pas peu de contentement à S. M. qui, pour le confirmer en cette résolution, sachant le pouvoir qu'a voient près de lui Puylaurens et Le Coigneux, et que la Reine sa mère les sollicitoit par promesse pour les gagner et attirer leur maître à son parti, donna au premier une somme notable pour
* Figure.
* Les deux frères de Marillac, le garde des sceaux et le maréchal, étaient du nombre des principaux ennemis de Richelieu; ils furent sévèrement punis. Le maréchal fui arrêté, accusé de péculat et eut la tôte coupée ; le garde des sceaux fut emprisonné à Cliftteaudun, où il mourut en 163S peu de temps après son frère.
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acheter le duché d'Anville, et au second une charge de président à mortier, avec promesse de le faire promouvoir au cardinalat à la première occasion.
La Reine, bien qu'étonnée, et des changements faits dans les charges, et de la volonté de Monsieur, qui demeuroit dans le service du Roi, au lieu qu'elle avoit espéré qu'il seroit de son parti, et bien qu'elle vit que le Roi entreprenoit absolument la protection du Cardinal, ne voulut toutefois se laisser vaincre en la résolution déterminée qu'elle avoit prise contre lui, quelques sollicitations que le Roi pût faire au contraire. Toute la Cour fait cabale, l'Espagnol s'en prévaut, les affaires d'Italie en reçoivent dommage, rien ne la peut émouvoir. Et cette année, qui avoit commencé avec une conspiration si sainte de toutes les forces du royaume pour la gloire du Roi S finit par une division déplorable en la maison royale même, par l'ambition démesurée de deux fîrères ' qui avoient partagé en espérance le gouvernement de cet Etat, au préjudice de l'autorité royale qu'ils mcttoient sous le pied pour leur injuste et imaginaire agrandissement*.
Louis XIII résidait souvent à Versailles, qu'il préférait au château de Saint-Germain * ; il y recevait les ambassadeurs étrangers. A l'un d'eux, Milord Fidlin, ambassadeur d'Angleterre, il donna, le 9 novembre 4634, le spectacle d'une grande chasse aux loups, chasse inconnue en Angleterre. Le 42 avril 4637, la reine Anne d'Autriche vint visiter le nouveau château.
La Reine, dit la Gazette de France y vint hier à Versailles, accompagnée de la duchesse de Montbazon et de ses filles. Monsieur ' y est aussi arrivé de Paris en même temps. Sa Majesté est allée au-devant de la Reine, et après lui avoir fait voir la maison, lui a fait une très belle collation, et aux dames de sa suite, près desquelles il y avoit des gentilshommes ordonnés de sa part pour les servir. Après cette collation, la Reine et toutes les dames sont allées à cheval dans le parc, voir chasser le renard aux chiens du Roi, qui ont fort bien chassé ; et comme ce divertissement n'étoit que pour la Reine et les dames, il n'y avoit aussi qu'elles à cheval, le Roi, Monsieur et tous les seigneurs étant à pied près d'elles. Cette chasse finie, Leurs Majestés ont pris la route de Saint-Germain, et
* En Italie.
' MM. de Marillac.
' Mémoires du cardinal de Biehelieu.
^ « Le Roi doit quitter ses belles maisons de Saint-Germain et Fontainebleau, son plaiiir de Versailles, > (Ga^Uê de France^ 1638, p. 442.) ' Gaston, frère du Roi, duc d'Orléans.
ayant eu le plaisir de voir prendre cinq ou six lièvres aux lévriers, un sanglier heureusement rencontré et pris sur leur chemin contribua encore à leur divertissement. Puis le Roi ayant accompagné la Reine jusqu'à Marly, village à une lieue de Saint-Germain, s'est retiré à Versailles.
Bernard, duc de Saxe-Weimar, était Tun des principaux alliés que Louis XIII avait en Allemagne contre la Maison d'Autriche, à laquelle il faisait alors la guerre de Trente-Ans; ses talents militaires le rendaient un des meilleurs généraux de répoque. Bernard vint à Paris en avril 1637, pour se concerter avec Richelieu sur la campagne qui allait s'ouvrir ; le Roi Tinvita à venir à Versailles courre le cerf, et lui donna le plaisir d'une grande chasse, à laquelle la Reine, Mademoiselle et les dames de la Cour assistèrent.
Richelieu s'était fait bâtir à Ruel* un splendide château, avec parc, jardins, fontaines, cascades, grottes, arc de triomphe, orangerie*. De Ruel, le premier ministre venait quelquefois travailler avec le Roi à Versailles, et Louis XIII allait voir le Cardinal à Ruel ; mais tous les visiteurs n'étalent pas des ministres, des généraux ou d'intrépides chasseurs. A l'époque où nous sommes arrivés, Louis XIII offrait a M"« de la Fayette un logement au château de Versailles. La belle et honnête personne refusa la proposition, quitta la Cour et se fit religieuse.
Louis XIII n'aimait pas que la chasse ; il était musicien, jouait du violoncelle, et il composa des chansons, des motets qui furent exécutés par sa chapelle, un office de Ténèbres qu'on entendit à la Cour un Mercredi-Saint, un De Profundis^ qu'on chanta dans sa chambre après sa mort. Il composa aussi plusieurs ballets, un entre autres, le ballet des Impro^ vistes^ qu'il fit à Vereailles et qui fut dansé au Louvre le 12 février 4636. Il aimait à écrire et rédigea plusieurs articles pour la Gazette de France. Il s'occupait aussi à peindre ou à dessiner, et faisait quelquefois des portraits fort ressemblants. Tout en étant très-brave de sa personne, comme il en
* Ruel ou Rueil, village entre Paris et Saint-Germuin, et à 17 kilomètres de Versailles.
* Le château de Ruel a été vendu plusieurs fois, morcelé et enfin détruit dans les premières années de ce siècle.