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\\vn an hil( rtiiral ci qui scniblaienl on quclvfvic sorle réunies ot jointes par la baguelle (]*un oncliantour sans i^oûl, sans élégance. Cependant celte vaste et incohérente bâtisse enfermait [)lusieurs morceaux de vieille architecture qui eussent fait les délices des amaliuirs du moyen-Agi^ et du mervclK Jeux. On voyait encore, d'espace en espace, des tourelles gothiques, aux lucarnes grillées, au vitrail peint, qui, par leur configuration sinistre et leurs étranges formes, éveillaient le drame et les effrayantes légendes dans l'esprit du voyageur. Des fossés en ruines, obstrués de j)ierres et de broussailles, environnaient le château comme une verte ceinture, et dans le fond de ces antiques fossés croupissait une eau marécageuse , dont les vapeurs méphitiques rendaient presque inhabitable en été la jïIus grande partie de celte demeure. Plusieurs domesti(|Ucs avaient déjà succombé aux lièvres pernicieuses que
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développaient dans les chaleurs ces exhalaisons malsaines ; la première femme du comte, et peut-être aussi la seconde, en étaient mortes victimes : on l'assurait du moins , quoique des bruits d'une nature plus tragique eussent suivi la mort presque foudroyante de la seconde femme de M. de Rosmandas; et pourtant celui-ci, malgré les supplications et les conseils de tous ceux qui rapprochaient, n'avait jamais voulu faire combler ces cloaques fangeux et inutiles. Vne espèce de terreur vague et superstitieuse régnait aux alentours du château , et les gens du pays assuraient que sous ces noires et maesives murailles s'enfonçaient de tortueux souterrains, qui jadis avaient enfermé de nombreuses victimes, dont on pourrait encore letrouver les squelettes ciiarj^és déchaînes. Mais les pei^onnes instruites et les es[)rils forts traitaient d'absurdes chimères toutes ces iradi-»
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lions, et roiivoyaienl, en riant, les conteurs à riiisloire de Barl)C-Bleue.
La fortune de M. de Ilosniandas, autrefois énorme, avait été presque toute anéantie dans les orages de la révolution ; et ce qui restait au comte n'était qu'un faible débris d'un patrimoine immense. Le comte n'entretenait qu'un petit nombre de domestiques, qui suffisaient bien au service de la maison, mais ([ui ne pouvaient avoir soin des vastes salles inhabitées , où l'on n'entrait presque jamais. Aussi, dans ces grands appartements, les tenluros et les tapisseries tombaientelles en land)eaux ; on voyait pendre aux murailles de grosses toiles d'araignées comme des haillons , et l'herbe croissait entre les dalles ; (hnis les teraj)s d'orage, la pluie et le vent pénétraient par les fenêtres disjointes , et achevaient la ruine de ces vieilles tapisseries, qui représentaient de fantastiques per-
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soiinagcs, des scènes de chasse et de festins. Cependant, si une partie du château était comme abandonnée aux intempéries de l'air, celle que le comte habitait avec sa fille paraissait fort bien entretenue, et rien n'y manquait de cette propreté, de ce luxe nécessaire au bien - être. L'appartement du jeune vicomte se trouvait dans une autre aile isolée, et jamais M. de Rosmandas ne mettait le pied chez Fernand ; le père et le fils , (jui semblaient divisés par de profondes antipathies , ne se voyaient guère qu'une fois par jour a l'heure du souper, quand Fernand revenait de la chasse. De temps à autre, M. de Langlade venait s'asseoir à la table du comte, qui lui témoignait une considération toute particulière ; mais cette bienveillance à l'égard de M. de Langlade, Fernand était bien loin de la partager : au conlraiie m^me, il manifestait pour cet aimable gentilhomme une répugnance invincible , et je-
tait sur lui par luomcuts dos regards pleins de haine et de fureur.
Mais il est temps de finir celte digression un peu longue , bien qu'indispensable à l'inlelligence des évènemenls qui vont suivre. On n'a pas oublié sans doute Tentrée subite cl mystérieuse du comte, dans la salle où Jose[)h et Marianne dégustaient si Iraternellement le nectar du vin muscat. La vieille fdle se préparait justement à conter sa terrible histoire , sous le sceau du secret, quand la porte, en s'ouvranl, lui coupa la parole.
Néanmoins, le plus eiïrayé, ce fut encore Joseph , soit que le vin eût trop exalté son imagination, soit qu'il crût voir encore la formidable espingole dans les mains du comte.
M. de Uosmandas fit trois j)as en avant , sans rien dire , mais en regardant , avec une attention exlremr, de toutes parts, comme
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s'il eut craint qu'une autre personne que les deux domestiques ne pût l'observer.
Marianne, qui par bonheur jouissait encore de quelque présence d'esprit, se hâta de profiter d'un moment où le comte avait les yeux tournés, pour faire disparaître les bouteilles et les verres ; mais , dans sa précipitation maladroite , elle envoya bondir contre la muraille l'une des bouteilles qui se brisa en mille i>ièces avec fracas.
Le comte tressaillit et porta la main h son front comme s'il venait de recevoir (pielque rude choc. Joseph, a moitié uioi l de frayeur, poussa un cri lamentable.
— Eh bien ! que faites-vous donc à cette !ure ? demanda gravement das en fionvant les sourcils.
heure ? demanda gravement M. de Rosman-
— iMonsieur le comte, nous attendons...
vos ordres, ball>ulla Marianne en baissani
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les yeux, pour éviter le regard perçant et scrutateur de son maître.
— Mes ordres, à pareille heure, Mariaune? Vous êtes bien attentive, en vérité. Je n'ai pourtant point l'habitude de réclamer le service de mes gens pendant la nuit.
— Monsieur le comte avait Tair très souffrant ce soir, répondit Marianne d'une voix tremblante. Mademoiselle Marie semblait elle-même un peu malade, et nous avons cru prudent...
— Vous avez eu tort ! interrom[>it le comte avec une inllexion sévère. Je n'aime pas les gens qui font plus qu'on ne leur demande... entendez - vous , mademoiselle Marianne? Retirez- vous dans votre chambre ; allez dormir.
Et comme Marianne se dirigeait vers la porte, saus atteudi-e uncî nouvelle injonction, le comte lui lit sii^ue de revenir.
— Un mot d'abord, Marianne; et vous aussi, Joseph, qui avez Tair de dormir et qui m'entendez bien. Allons, drôle, allons, relevez donc la tète et regardez-moi en f.ice.
Joseph se redressa tout à coup, comme si sa tête eût obéi à l'impulsion d'un ressort caché. Mais il n osa jamais regarder en face le comte de Rosmandas.
— Soyez francs l'un et l'autre, dit-il en attachant sur eux un regard profond, n'avez-vous rien aperçu d'extraordinaire cette nuit?
— D'extraordinaire? répéta Joseph en bégayant.
— Oui, poursuivit le comte. Répondez, vous, Marianne , c'est vous que j'interroge.
— Monsieur le comte...
— Eh bien ?
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— Mais j'ai poul-elre mal vu, conlinua Marianne, qui n'osait ni se (aire, ni parler.
— Qn'avez-vousMi? repartit le comte avec vivacité.
— Oh ! je ne vous mens pas, monsieur le comte!... Demandez plutôt à Joseph, il Ta bien vu comme moi...
— Mais parlez donc! reprit le comte avec un geste d'impatience. Parlez, je vous l'ordonne : qu'avez-vous vu?
— Monsieur le comte, il y a de cela une bonne heure au moins... Nous étions, Joseph et moi, dans cette salle... nous allions prendre chacun notre flambeau, car moi j'avais d'abord Tintention de m'aller coucher... Joseph avait aussi ])assablement sommeil, et je vous jure bien, monsieur le comte, cpie sans le zèle exlrAme que nous avons pour le service de monsiour le ronite...
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— Oh! voilà qui passe les bornes! interrompit M. de Rosmandas en frappant du pied. Maudite langue, aurez-vous bientôt fini cet insupportable bavardage? Allons, vite, je ne plaisante pas!... Qu'avez-vous vu?
— Monsieur le comte, une ombre... répondit Marianne d'une voix presque éteinte.
— Pas de folie, Marianne, pas de mensonge ! . . .
— Je suis peut-être folle, dit la pauvre fille dont les idées s'embrouillaient à force d'émotion; mais, certes, je ne mens pas!... Non, que le bon Dieu me refuse l'entrée dans son paradis au jour de ma mort, que M. le curé me refuse l'absolution, si je ne dis pas l'exacte vérité!... Au sur^dus, Joseph est h'i, qu'il parle!...
-- Oui, une ombre, monsieur le comte... dit Joseph d'une voix altérée; un spectre, un fanlônn', une vision...
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— Et qu'il l'ail cette vision? demanda le comte.
— Elle a traversé en courant cette salle, continua Marianne ; et Ton n'entendait pas le bruit de ses pieds. Elle était vêtue de blanc 'comme les morts couchés dans leur bière...
— Et vous n'avez reconnu personne?...
dit le comte avec une expression sinistre, en plongeant son regard dans les yeux de Marianne.
— Non, personne, répondit-elle.
— Jurez-le moi!... sur votre ame!... par votre salut î
Marianne baissa la tête sans répondre.
— Vous avez reconnu quehpi'un? insista le comie avec un accent qui (il courir de la glace dans les veines de la pauvre Marianne. Qui était-ce? je vous ordonne de me le dire.
Joseph écoutait, pâle et tremblant.
— Monsieur le comte, balbutia Marianne, il m'a semblé...
— Quoi donc?
— Mais c'est probablement une idée
Peut-être cette ombre-là n'est-elle pas une ombre, mais la femme du jardinier qui couche tout près d'ici...
— 11 ne s'agit pas de la femme du jardinier, Marianne, dit vivement M. de Rosmandas. Ce n'est pas elle que vous avez vue!... Je veux savoir qui vous avez cru reconnaître... Était-ce un homme ou une femme?
— Une femme, monsieur le comte ; n^estce pas, Joseph?
— Oui, oui, une fennne! répondit au iiasard le domcstiijue.
— Et cette femme , monsieur le comte,
ressemblait à (eu nnulamo la comtesse...
— 0"^ (lilos-vons? imorrompitM. de Rosmandas avec un éclair dans les yeux.
— La vérité, monsieur le comte... c'est vous qui m'ordonnez de la dire!
— Soit! achevez. Vous dites donc que cette l'emme ressemblait a madame la comtesse de Rosmandas... Mais, à laquelle, Marianne? car vous en avez connu deux.
— Oui, deux, monsieur le comte, poursuivit Marianne (\m pouvait à peine parler, tant sa respiration était rauquc et haletante. Mais ce que j'ai vu ressemblait à la dernière comtesse de Rosmandas, à la mère de mademoiselle Marie...
— Taisez- vous! s'écria le comte dont la physionomie devint sombre et terrible. Non, malheureuse, tu mens ! ... ce n'est pas vrai ! . . . ce n'est pas elle!... ce n*est pas Marie! Ohl
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prcnds-y garde ! poursuivit-il avec un geste menaçant, ne va jamais dire une pareille chose!... tu t'en repentirais!... Je te répète que tu mens d'ailleurs!... Cette femme que tu as vue, ou que tu as cru voir, ce n'est point Marie, ce n'est point ma fille!...
Et dans le langage de M. de Rosmandas, comme dans ses traits, dans son regard, il y avait une fureur pleine d'égarement et voisine de la folie, \
— Vous m'avez mal comprise, monsieur le comte... dit Marianne trouvant assez de courage pour se disculper. Je ne parle pas de mademoiselle votre fille , mais de sa mère... C'est feu madame la comtesse qu'il m'a semblé voir...
— Oui, tuas raison!... C'était elle! c'était son ombre peut-être! ajouta le comte d'une voix sourde. Dis que les morts revienueut :
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je te le pennels. .. D aiikurs cela s'est vu î... Mais, oli! ne va pas dire que lu as vu ma fille cette nuit!... ou bien malheur à toi !...
— Je vous jure de ne pas dire cela, monsieur le comte! bégaya Marianne qui, dans son é[)Ouvante, connnençait à croire que son maître venait d'être atteint de folie.
— Vous Ter ez l)ien, Marianne, vous ferez bien d'être discrète, quoi qu'il arrive! poursuivit le comte d'un ton solennel. Maintenant laissez-nous : montez à votre chambre, et surtout ne vous avisez plus de veiller h l'heure où l'on doit dormir... Vous pourriez voir quelque nuit une apparition plus effrayante que celle dont vous parlez... je vous en préviens. Laissez-nous.
Marianne, j)his moite (pie vive, prit un llambeau et s'empiessa de gaf^nier hi porte. Joseph, qui ne demaiioail pas mieux que
d'en faire autant, prit un autre flambeau et salua jusqu'à terre M. de Rosmandas? Mais le comte le saisit vivement par le bras, et lui dit . Restez.