‹ Le chateau des AtridesChapitre 4 sur 7 · î.ECiiATKii · texte numérisé non relu

î.ECiiATKii

moi!... Il me paierait cher les deux horiibles nuiis qu'il ma faic passeTÎ...

El il se (lit, Oîmine absorbe dans ses rcfloxioDs. Mais un sourd uionologiie retentis sail dans scju cœur, el à ciiaque instant son visage devenait plus sombre.

— Que veut-i! me dire? et quel est ee secret? Mes dénis claqueront d'horreur, assure-l-il... et je ne voudiai pas coucher une seule imit de plus sous ce ^oit maudit ! ... Oui ! je le sais déjà, la maiédilion, le malheur, le criuKî peut-être planent sur celte maison!... Je suis né sous un astre fatal '....C'est un sang réprouvé qui bout dans mes veines ; oh ! c'est du feu!... Misérable! pourquoi n'ai-je donc point la force de fuir! Quel attrait, quelle puissance irrésistible et funeste me relient dans un lieu où je dois être ujalheureux ou coupable?...

VA son front lomba lourdement dans ses

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mains; son cœur battait avec une violence inouïe. Cependant personne encore n'était levé sans doute dans le château 5 aucune fenêtre, aucune porte ne s'ouvrait. Le comte avait pour habitude de ne quitter le lit que fort tard : peut-être se levait-il quelquefois d'assez bonne heure ; mais il ne sortait jamais de sa chambre avant le déjeûner, et personne ne pouvait dire à quelle occupation il employait les premières heures du jour.

Fernand venait de s'asseoir sur le banc de pierre, et Nemrod, qui ne demandait qu'à bondir au milieu des plaines et des ravins, croyant que son nraîtie oubliait la chasse, essayait, par tous les moyens possibles , par toutes sortes d'agaceries folâtres, de le rappeler au souvenir de leur exercice favori. La pauvre bête, inquiète, impatiente, grattait le sable avec ses pattes de devant, puis, après avoir tourne plusieurs fois autour du banc

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de pierre, elle venait appuyer sa tèlc niélan- ( oli(]iie sur les genoux de son maître, et jappait en le regardant avec tristesse.

Dans tout autre moment, le jeune chasseur eût compati sans doute aux douloureuses sollicitations de Nemrod ; mais l'instant était mal choisi : Fernand bouillait d'une sourde colère.

— Laisse-moi, laisse-moi, Nemrod ' dit-il d'une voix brusque en le repoussant avec la crosse de son fusil. Je ne suis pas en humeur de t'écouter!...

L'animal obéissant s'éloigna bien vite, la tète basse, avec une confusion [deine de tristesse, comme s'il eût compiis les paroles de son maître; puis il alla s'accroupir à quelque distance, d'un air morne et résigné.

— Oui, va, mon pauvre ami, continua Fernand d'un ton plus doux; je suis dans une mauvaise disposition, et je te maltraiterais,

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comme un brutal... Ce n'est pouitaut pas la faute, si j'attends, si je souffre, si je suis en proie a mille incertitudes dévorantes! . . . mais, ajouta-t-il en se levant du banc de pierre, décidément il ne vient pas ; il ne viendra pas , cet Ocampo'... C'est pourtant bien aujourdlnii, ce malin, qu'il devait m'accompagner à la chasse... Où donc est il? Voilà deux jours que je ne l'ai vu... Le rustre éviterait-il ma présence? Se repent-il de la promesse qu'il m'a faite?... Allons, allons, maintenant il est trop tard... Ocampo ne se risquerait jamais h quitter le château à pareille heure. N'attendons plus, et partons. Ici, Nemrodî

Le chien, sans attendre un second ap[)el, s'élança d'un bond jusqu'à son maître et se mit à bondir avec des cris de joie.

Mais Fernand ne songeait plus à Nemrod ; une croisée venait de s'ouvrir au dessus de sa tète, et il regardait pâle, immobile.

C*est qu'une main hlancho o! fine avait écarte les persiennes ; une figure d'ange, aux longs cheveux Monds et roulant sur les épaules, était apparue tout h coup; mais elle n'avait fait que se montrer un instant, et la céleste vision s'était évanouie comme une vapeur derrière les rideaux de gaze. Néanmoins, avant de sVnfuir, elle avait jeté ces mots articulés d'une voix douce et chantante : < Bonjour, Fernand! Bonjour, mon beau chasseur ! i>

Fernand, agité d'une émotion [)rofonde, indéfinissable, n'avait pu répondre une seule parole. Un nuage voilait sa vue; son cœur bondissait dans sa poitiine comme pour s'en échapper.

— Oh ! qu'elle est belle ! murmura-l-il ai/in.

Puis, dans l'espérance de v(Mr encore cette blanche et délicieuse aj^parition, il lit quel-

qiies pas en arrière et s'écarta un peu de la fenêtre, afin de mieux pénétrer du regard dans la chambre mystérieuse ; mais les rideaux, qui remuaient encore faiblement, opposaient à l'œil une barrière jalouse.

Fernand , toujours en extase , demeura longtemps dans la même attitude, en face de la fenêtre ; mais plus rien ne se montra.

— Marie ! oh ! je vous en conjure ! s'écriat-il d'une voix faible et tremblante. Douce et bonne sœur, venez encore!... rien qu'un moment!...

Mais la personne qu'il appelait ainsi ne l'entendait pas sans doute, ou n'était plus dans cette chambre.

— Marie , continuait Fernand avec une inflexion suppliante, lépondez-moil... Je vais partir et je ne reviendrai que ce soir, celle nuit peul-êlre !... Oh! laissez-moi donc em-

porter du bonheur pour toute ma journée!.. Chère sœur, ne m' entendez- vous point?

Aucune réponse.

— Je suis l'on ! murmura-t-il avec découragement ; puis il s éloigna de la fenêtre en baissant les yeux vers la terre. Au môme moment, la petite porte basse que le chasseur avait longtemps examinée, s'ouvrit avec un long grincement de ferrures ; un homme en sortit. Fernand tourna vivement la tête ; mais cet homme n'était pas Ocampo.

C était Joseph.

Il tenait à la main un trousseau de clés, comme le portier d'une prison. Sa figure, longue et blafarde, était toute bouleversée : une expression d'égarement stupide se pei-

i^'iiail dans cliaciuc ninsi le i\c sa lac o. Après avoir reloiiné la porte à double tour, il demeura queKpie temps debout dans l'embrasure, connue un saint de pierre dans sa niche. Il n'avait pas encore remarqué Fernand qui le considérait avec attention.

— Eh bien? dit Fernand qui s'apj^rocha de lui, par quel hasard, Joseph, avez- vous les clés de ce passage que je vous croyais interdit? Vous avez donc succédé à votre camarade Ocampo?

Jose[)h releva convulsivement la tète à ce nom (jui sonnait mal à ses oreilles.

— Ocampo! bégaya-t-il.

— Oui, Joseph. Parbleu ! pourriez-vous me dire ce qu il est devenu?

— Je ne sais pas, je ne sais rien... répondit Joseph en se bouchaiil les oreilles.

— Que diantre, êles-vous fou, l'ami? Estce que je vous fais peur? me prenez-vous pour le diable?

— Le diable ! murmura le pauvre domestique qui entendait et comprenait tout de travers. Oui, en vérité, je Tai vu... cette nuit.. .

— Que voulez- vous dire?

— Oh! rien! rien! je suis discret! je suis muet comme la tombe ! D'ailleurs, il y va de ma vie!.. C'est qu'il ne se générait pas du tout... et la meilleure chose qui pourrait m'arriver, c'est encore cinquante bons coups de lanière épinglée sur les épaules!... Mon Dieu! mon Dieu ! que je suis à plaindre!... C'est un affreux métier que le mien, pourtant!... Être bourreau !

Et toutes ces phrases passablement incohérentes, Joseph les i>rononçait d'une voix

iiulislincle et pleine do sanglots. Le pauvre diable oubliait complètement qu'il n'était pas seul , et son monologue se faisait à voix haute.

— En vérité, le drôle est ivre, ou bien il n'a plus sa raison, dit Fernand en haussant les épaules.

Puis il s'éloigna de Joseph, et ses yeux se reportèrent comme parjinstmclsvers la croisée de Marie.

La jeune (ille, en élégant déshabillé du matin, respirait l'air frais et chargé de parfums, un coude appuyé sur le rebord de la fenêtre ; mais des que ses regards rencontrèrent ceux de Fernand, elle se letira derrièi'e les rideaux avec une étrange vivacité.

— Oh ! elle me fuit! pensa Fernand avec une douloureuse amertume. Que je suismalhe 11 roux !

Et soudain ua changement bizarre, inconcevable, s'opéra dans toute sa physionomie ; ses prunelles étincelèrent, chargées d'un feu sombre ; son front se couvrit de rides proondes comme celui d'un vieillard; puis, rentrant avec précipitation dans le château, il en ressortit quelques moments après sans fusil, sans carnassière, avec deux pistolets et un poignard à la ceinture. 11 portait sous le bras un large manteau d'étoffe brune qu'il

jeta sur ses épaules.

Au bout d'un quart d'heure, Fernand s'éloignait à cheval, accompagné de son chien de chasse. Au peine eut-il franchi la grille, qu'il partit au grand galop et disparut bientôt aux regards de Joseph, à travers les sinuosités d'un terrain tout hérissé de broussailles et de rochers.

Cependant les gens de service commençaient a se montrer de côté et d'autre; les

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iem'^tres s'ouvraient siicccssivenicnl , mais celles du comte demeuraieiil encore fermées. Ce jour-là, M. de Langlade devait venir déjeuner au château ; il avait quelque chose de fort important h communiquer à M. de Rosmandas. Le comte se pro|)Osait aussi de faire part à M. de Langlade d'un projet qu'il avait formé.

Déjà Marianne et Joseph mettaient le couvert ; en attendant que Joseph eût quelqu'un pour le remplacer dai» ses anciennes fonctions, il devait continuer le même semce.

IMarianne avait bien remarqué le changement extraordinaire qui s'était opéré si brus- ({uemeutdans la physionomie et les manières de son camarade.

Celui-ci était morne et préoccupé; il ne répondait que distraitement aux questions incessantes delà vieille fille ; par moments il laissait échapper comme im cri de frayeur ,

des iVissous parcouraient ses membres.

— Qu'a-t-il donc? pensait Marianne qui se livrait à mille conjectures. Le pauvre garçon a l'air d'avoir la cervelle un peu dérangée. Est-ce la peur qu'il a eue cette nuit?

— Aie ! aie ! s'écrie tout à coup Joseph en portant une main à son dos et laissant tomber une salière qui se répandit sur la table.

— Mauvais signe! dit Marianne en secouant la tête. Tout à l'heure ¥ous avez déjà croisé deux couteaux sans le vouloir. Cela nous annonce un malheur !

— C'est possible ! murmura Joseph.

— Mais dites-moi, Joseph, que s'est-il donc passé entre vous et M. le comte?...

— Uicn du tout, mademoiselle Marianne...

— Oh! de quel air vous me dites cela ! Joseph, bien certainement il s'est pusse queU

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que chose J'exlraonliiKiirc, et vous ne voulez pas en convenir. Est-ce que par hasard vous n'avez pas confiance en moi?

— Si 1 si, mademoiselle Marianne !

Et Jose[)h regardait tout autour de lui avec inquiétude.

— Oui, vous avez pour de M. le comte, n'est-ce pas? mais soyez tranquille, vous pouvez parler^ il n'est pas descendu encore de sa chambre. Joseph, (qu'est-ce qu'il vous a dit après mon départ, cette nuit?

— Des choses... Vous ne voudriez pas me croire!

— Dites toujours.

— Non! non!... Vous êtes trop curieuse, mademoiselle Marianne, répondit J()se[)h(iui aurait donne' six mois de gages pour avoir la peiinission de parhîi' ; mais il se lappelait la

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défense expresse du comte, el cette défense le faisait frémir jusqu'à la pointe des cheveux.

— Une confidence en vaut une autre pom^tant, Joseph; et si vous étiez moins avare de vos secrets, on pourrait vous en dire un qui vaut bien tous les vôtres, je vous assure...

— Je ne veux rien savoir, non, rien ! dit Joseph avec une expression d'efi'roi.

— Mon Dieu ! vous n'avez pas besoin de vous boucher les oreilles ; on ne vous v fera pas entrer les paroles de force, ajouta Marianne d'un air piqué. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il s'est passé cette nuit au château quelque chose de très singulier. D'abord je suis sûre, moi , d'avoir vu une om!)re, un fantôme couvert d'un drap bhmc, et je pourrais bien dire, si l'on m'y forçait, oui, je pourrais bien dire quel est ce fi\ntome, que

jni (l('Jà vu rôder plusieurs fois dans les galeries... depuis une certaine époque...

— Depuis quelle époque? demanda Joseph dont la curiosité s'éveillait.

— Ah ! c'est là mon secret, monsieur Joseph. Le vôtre d'abord ; le mien ensuite.

— Gardez votre secret, mademoiselle Marianne, repartit d'un air tragique l'honnête Joseph, bien décidé à ne pas articuler une syllabe qui pût le compromettre.

— Eh! vraiment, vous vous en faites accroire, reprit la vieille fdle avec une inllexion pleine d'aigreur. Parce que M. le comte vous attache à sa personne et vous prend à la place de ce monstre d'Ocampo, ce n'est pas une raison pour être si fier et dédaigner des personnes qui vous valent bien.

— Mademoiselle Marianne, je vous en conjure, ne vousnicUrz j>as en colère. Je suis

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très loin de vous dédaiguer ^ nous serons toujours bons amis...

— Ah! ah! ah! fit Marianne avec un éclat de rire amer. J'ai grand besoin de votre amitié ! Non, non ! bonsoir! Je me soucie de vous autant que d'Ocampo. Mais prenez-y garde, ajouta-t-elle en branlant la tête d'un air mystérieux et sinistre ; vous occupez un poste d'honneur assez dangereux... Quant à moi, je ne voudrais pas changer avec vous. En vérité, vous n'auriez pas dû laisser partir Ocampo sans l'interroger un peu... Je me trompe peut-être, mais je crois que de temps h autre les épaules lui cuisaient. N'imporle, c'est votre alfaire ! ça ne me regarde pas. Et puis, comme dit le proverbe : « Chacun pour soi et Dieu pour tous. » Ce qui ne m'empêche pas d'être voire tros-humble servante

En parhml ainsi , elle lit une révérence

1 iO LK ClIATtAU

moqueuse et sortit de la salle à manger. Joseph demeura tout ébahi.

— Oui, je suis un homme mort! pensa Jose})li ; un homme mort, si je reste encore quinze jours dans cette maison ! ... 0 mon bon Dieu ! mais comment en sortir? M. de Rosmandas a la main longue; et n'importe où je me sauve, il me rattrapera bien !

Tandis qu'il faisait de si tristes réflexions, un coup de sonnette retentit à la grille, et les chiens de garde aboyèrent. Quelques instants après, le trot d'un cheval résonna dans la cour. Joseph regarda par une vitre, et reconnut M. de Lauglade qui descendait de cheval.

Joseph aimait beaucoup M. deLanglade, et

ne manquait jamais de s'aller mettre sur son

passage; car ce jeune homme, d'une humeur

facile et charmante, avait toujours quelque

aiV)l; uiîniUlcî à la bouche, (|uclque pièce

DKS ATRIDES. 1 il

d'«irgent à la main, que les domestiques du château, et surtout Joseph, recueillaient avec un extrême plaisir.

Le bon Joseph courut donc au plus vite pour aller souhaiter la bienvenue h M. de Langlade et l'aider à descendre; mais celui-ci avait déjà sauté à bas de sa monture, et sans dire un seul mot à Joseph, sans même avoir Tair de le reconnaître, il lui jeta la bride comme au premier palefrenier venu.

— Eh! bonjour, Monsieur! comment se porte Monsieur? dit Joseph avec force salutations des plus humbles, des plus respectueuses. Mais il ne reçut aucune réponse, pas même un coup d'œil ; et M. de Langlade entra sous le vestibule du château.

Joseph ne pouvait comprendre une pareille taciturnité.

— Serait-il en colère contre moi? pensa le naïf Joseph.

En effet, M. de Langlade, dont la physionomie paraissait toujours si riante, semblait ce jour-là fort sombre et fort irrité. Ses joues, naturellement assez colorées, étaient pâles, et des mouvements convulsifs agitaient ses lèvres. Il tenait d'une main sa cravache qu'il faisait siffler dans Tair, assez mauvaise habitude que, du reste, il n'avait jamais eue. Contre sa coutume aussi, il frappait du pied avec imj)alience, et tout dans sa personne annonçait un violent dépit. Il fallait donc que M. de Langlade eût quelque grave sujet de contrariété, de colère peut-être.

— C'est trop fort! murmurait-il entre ses dents. Quelle insolence! et dire qu'il faut souffrir de pareilles choses!...

M. de Langlade marchait à grands pas sous le vestibule, et les bras croisés, la tète penchée sur la {(oitrinc, comme s'il eût oublié

le motif de sa visite au comle de Rosmandas.

— Mais il ne faut pas cependant que cette espèce de sauvage me pousse trop à bout, continua-t-il en secouant la tête. Un malheur arriverait tôt ou tard... Dieu me pardonne! c'est bien heureux que je n'aie pas eu de pistolets dans mes fontes!

Tandis que M. de Langlade pensait ainsi tout liant, comme s'il eût été seul, Joseph le considérait avec une surprise idiote.

— Monsieur, dit enfin d'une voix timide l'honnête et curieux Joseph qui voulait à tout prix rompre le silence, faut-il introduire Monsieur dans la chambre de M. le comte? Ou bien Monsieur veut-il attendre dans le salon?... Si Monsieur préférait se promener un peu dans le parc en attendant le déjeûner?...

— Oui, oui, dans le parc, répondit M. de

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