‹ Le chateau des AtridesChapitre 5 sur 7 · I.anulade dislraitcmcnt. J'ai besoin trair · texte numérisé non relu

I.anulade dislraitcmcnt. J'ai besoin trair

— Avec cela, Monsieur, que la matinée est assez fraîche, continua le domestique qui n'avait pas envie de laisser tomber la conversation.

— Ah! c'est vous, mon ami Joseph? dit M. de Langlade en faisant un effort sur luimême pour cacher le trouble et la colère qui l'agitait encore. J'arrive trop malin peutêtre? M. le comte et sa fille sont-ils levés?...

— Oui, Monsieur, certainement. D'ailleurs n'ètes-vous pas toujours le très bienvenu? On ne serait pas levé, qu'importe?

— Je puis attendre, mon garçon, dit M. de Langlade qui paraissait avoir retrouvé toute son égalité d'humeur. Mais, dites-moi, mademoiselle Marie comment se porte-t-elle?

— A merveille, Monsieur. Elle est ton-

jours d'une fraîcheur qui fait honte au lys et à la rose !

Et Joseph déclama cette phrase pompeuse avec tant de prétention, que M. de Langlade sourit involontairement. Joseph, que ce bienveillant sourire encourageait, poursuivit avec la même emphase :

— J'ai tort peut-être de parler de la rose? La rose n'est pas si fraîche que mademoiselle Marie! Il n'y a certainement pas une aussi charmante personne à vingt lieues à la ronde ! Toutes nos femmes de province sont brûlées par le soleil, tandis que mademoiselle Marie, l'incomparable mademoiselleMarie, est blanche comme une Parisienne! Mais on peut dire qu'elle est aussi boime que belle ! c'est un ange!...

— Oui, c'est un ange, répéla M. de Langlade avec une inlloxion sourde et passionnée. Quel malheur... Mais il ne compléta

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l)oini sa pensée. Joseph, croyanl la deviner parfaitement, l'aclieva bien vite a sa manière.

— Oui, quel malheur! secria-t-il avec un soupir, (jucl malheur que cet ange n'ait pas des millions 1...

— Fi donc! interrompit M. de Langlade.

L'argent n*esl chose utile que pour les

femmes laides.

Puis, n'étant guère disposé à faire durer plus longtemjis l'entretien avec un domestique bavard, il lit quelques pas vers une porte vitrée qui conduisait au jardin. Mais, au mo* ment de sortir, il tressaillit tout à coup ; il venait d'entrevoir, au tournant d'une allée pleine d'arbustes en fleur, une lemme qu'il avait cru reconnaître, et qui s'était presque aussitôt dérobée à ses re^jards sous un massif de léuillago.

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C'est elle! murmura M. de Langlade.

A rinstant même la voix du comte se fit entendre sur Tescalier.

vn.

M. de Langlade regrettait bien de ne pas être allé plus tôt se promener dans le parc, où, selon toute apparence, il aurait ïrouv('' l'occasion d'entretenir à part la belle et gracieuse Marie, qu'il ne voyait jamais (ju'eu

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présonco (îii comlo. Mais une occasion si précieuse était perdue encore ce jour^là : M. de Rosmandas avait sans doute appris l'arrivée de son jeune voisin, et descendait pour le recevoir.

— Eli ! bonjour, mon cher monsieur de Langlade, dit-il en l'apercevant du haut de l'escalier. Je vous en prie, excusez-moi de n'être pas venu plus vite ; j'avais une lettre fort importante à finir.

En parlant ainsi , M. de Rosmandas descendait l'escalier avec précipitation.

— C'est moi [)lutôt (jui dois vous faire mes excuses , monsieur le comte , répondit M. de Langlade en lui tendant la main ; je suis arrivé beaucoup trop tôt. Je devrais savoir pourtant que vous avez l'habitude de travailler toute la matinée, et qu'on vous dérange en venant de si bonne heure... Mais je ue sais comment, je me suis trompé d'une

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manière impardonnable, j'ai pris une heure pour une autre.

— Eh! tant mieux, cher ami, dit le comte en lui donnant une nouvelle poignée de main plus affectueuse. Je voudrais bien que vous commissiez tous les jours de pareilles erreurs. Je vous jure que ce n'est pas moi qui m'en plaindrais.

— Vous êtes mille fois trop bon, monsieur le comte.

— Et d'abord, je vous en conjure, ne m'appelez plus monsieur le comte ; appelezmoi votre ami, ou mon cher comte, tout court. Entre nous, il ne faut pas de cérémonie.

— Je ne demande pas mieux, en vérité.

— Parbleu ! mon cher de Langlade, ne sommes-nous pas deux bons voisins de cam*

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pai^no, lieux vrais amis?... Nous le serons eneore bien plus, j'espère, avant qu'il soit longtemps...

Ces dernières paroles sembler enl produire une très forte impression sur M. de Langlade.

— Obî c'est le plus vif, c'est le plus ardent de mes vœux ! répliqua-t-il avec exaltation.

— Et croyez que je désire autant que vous une chose qui fera notre bonheur à tous.

En prononçant ce mot de bonheur, la voix du comte avait pris un accent triste et mélancolique (jui semblait donner un démenti h ce (ju'il venait de dire. Son visage s'était tout il coup rembruni ; mais ce nuage sombre n'avait fait cpu' |)asser.

— Mon ami, jioursuivil-il en prenant le bras de M. de Lanj^lade, nous avons le tenq)S

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de faire un bon tour de promenade dans le parc avant déjeûner. Si vous^i'^es point fatigué, vous serez bien aimable de m'accompagner un peu : d'ailleurs vous savez que nous avons tous deux quelque chose d'important à nous dire?

— Oh! oui, bien important... pour mon bonheur ! murmura de Langlade ; puis, sans ajouter une parole, il se laissa conduire presque machinalement par M. de Rosmandas.

Comme le soleil était déjà très ardent , le comte se dirigea vers une longue allée de tilleuls qui donnait beaucoup d'ombre, et qui menait, sous une large arcade de feuillage , jusqu'à rentrée du parc. Les rayons se jouaient dans les blanches et formaient sur lesable de capricieuses et vagues silhouettes, de lumineuses décruipures.

Il y avait déjà plusieurs minutes que les deux amis se promenaient ensend>lç, ei ni

l'un ni Taiilro n'avait encore entamé la conversation. 1^()«ÉX>nile paraissait réfléchir profondément, comme nn homme qui va prendre une résohition importante ; M. de Langlade était soucieux, omliarrassé.

Enfin ce dernier rompit le silence.

— Quelle magniliciue journée ! dit-il au hasard sans attacher heaucoup de sens à cette exclamation hanale.

— Oui, magniliquc pour ceux qui ont de la joie au Tond du cœur! répondit le comte d'une voix altérée.

— Mon Dieu ! mais de quel air me ditesvous cela, mon cher comte?... Auriez-vous donc quelques chagrins?

— Des chagrins ! re|Kirlit M. de Rosmandas ave( un sourire j)lein d'amerlume et de tristesse. Qui n^'u a pas?... |>hisou moins.

— C'est vrai ! nous avons chacun les nôtres. Mais pardonnez-moi, cher comte ; il me semble que votre vie n'est pas sans bonheur ; et que, dans les sombres moments , vous avez près de vous un objet doux et chéri, quelque chose de céleste où reposer vos yeux...

M. de Rosmandas regarda fixement le jeune honune, comme pour surprendre sa pensée sur sa piivsionomie.

— Vous voulez parler de ma fdlc, n'esl-co pas? dit-il d'une voix tremblante.

— En doutez-vous, mon .imi? \on, rien n'est aussi pur, aussi gracieux, aussi splendide sous le ciel!... et je ne crois pas qu'on puisse ctre malheureux un instant, lors<[u'on peut contempler à toute heure cette figure d'ange auprès de soi !

M. (h» Laiiglade parlait avec une chaleur, un enthousiasme toujours croissant.

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— Vous avez raison, dil le comte en lui serrant la main d'une l'açon cordiale; oui, vous lui rendez juslice. Ma petite Marie est une ravissante créature... Elle est ma seule consolation sur la terre ! Mais hélas ! tout le monde ne lui ressemble pas dans cette maison... Fernand...

Le comte n'acheva point, et ses sourcils s'abaissèrent avec une expression fatale.

— Oui, son frère ne lui ressemble malheureusement pas, reprit M. de Langlade qui n'avait jamais pu souffrir le caractère de Fernand. C'est un naturel un peu sauvage, un |)eu âpre; et certes il est fâcheux que M. Fernand soit d'une humeur si peu sociable et veuille toujours vivre seul, au milieu des rochers et des ravins , dans les endroits les plus désolés, les plus déserts. Il me semble que ce jeune homme, à qui je recoimais de fortes et précieuses qualités, ferait beau-

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coup mieux d'aller un peu moins à la chasse, et de fréquenter davantage son aimable sœur.

— Sa sœur, lui!... s'écria le comte, dont les yeux flamboyèrent. Non, non !. .. qu'il ne l'approche pas seulement ! ... Il ne la voit que trop !... Le contact de cet homme serait funeste à la pauvre enfant !

Cette exclamation bizarre et mystérieuse devait singulièrement surprendre M. de Langladc. Il regarda le comte en l'interrogeant des yeux.

— Oui, continua M. de Rosmandas d'un ton plus radouci , l'humeur violente et querelleuse de Fcrnand finirait par corrompre peut-être l'inaltérable douceur de ma lille. Je vois avec peine que Marie a déjà beaucoup troj) d'égards pour ce jeune homme sans expérience, qui se mêle parfois de lui donner des conseils, et qui voudrait la roidir

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contre rniilorito paternelle!... Oh! qu'il ne s'en avise pas! ajonta-l-il sourdement. Il pourrait se repentir... et moi, peut-être!

M. de Langlade entendit ces dernières paroles, quoique prononcées d'une voix indistincte ; mais il ne crut pas devoir y faire la moindre allusion, et garda le silence comme s^il ne les avait point comprises.

Ils marchèrent quelque temps l'un cl l'autre en se donnant le brassans dire une parole. Le sable criait sous leurs pieds ; ce bruit seul coupait le silence.

Ils venaient d'entrer dans le parc, et marchaient entre deux rangées de grands arbres séculaires qui répandaient sous un soleil ardent de larges nappes d'ombre : c'était l'endroit du parc le plus verdoyant , le plus sombre, le plus toufl'u.

— Won ami, dif |r (omteen se dirigeant

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vers un banc de pierre, allons nous asseoir un peu ; je me sens fatigué.

En effet, le visage du comte était devenu fort pâle, et révélait un extrême abattement.

— Oui, la chaleur, peut-être?... observa M. deLanglade qui ne doutait point que cette espèce de défaillance ne provînt des accablantes pensées du comte au sujet de son fils.

Ils s'assirent.

— Eh bien? êtcs'vous mieux, cher comte? demanda M. de Langlade avec une inflexion pleine d'intérêt.

— Ce n'est rien , ce n'est rien , mon ami, un léger étourdissement, voilà tout... Mais cela m'arrive assez souvent; il ne faut i)as vous en inquiéter. Voyons, parlons un ])eu de nos affaires, poursuivit-il en s'eU'orçantdi^ sourire. Nous avons l'un et l'autre uik^ ( <>n(i-

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ileiice à nous faire, n'est-ce pas? Vous êtes le plus jeune; commencez donc.

— Unie semble, au contraire, que la priorité doit appartenir à Faîne, répondit M. de Langlade en souriant avec un peu d'embarras.

— Non, non. Je vous en prie, parlez d'abord.

— Eli bien, je vais vous ouvrir mon cœur, cher ami, poursuivit de Langlade qui parut faire sur lui-même un effort pénible. Voilà bien longtemps déjà que j'hésitais à me confier à vous ; mais votre excessive bienveillance m'enhardit; ot de toute manière, que vous accordiez ou non ma demande, j'ai la conviction que vous rendrez pleine justice au sentiment pur et dévoué (jui m'anime.

— Je n'en doute pas, mon ami. Parle/ donc.

— Nous disions tout à Theure rjuc chaque

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liomnie a ses chagrins, ses jours sombres... Je n'en suis pas exempt. . .

— Vous, Langlade, vous jeune et riche!

Bah! vous plaisantez.

— Je ne plaisante pas , je vous jure ; et bien souvent je me sens triste à mourir ! Je suis jeune, dites-vous ; c'est vrai ! mais le bel avantage que la jeunesse, quand on n'a pas le cœur satisfait, quand il faut vivre dans une solitude morne et désolante!... Et comme vous dites aussi, je suis riche... Oui; mais l'argent ne donne pas le bonheur!... Vérité un peu naïve et triviale, ajouta-t-il avecun sourire mélancolique ; mais, hélas, vérité que je me répète à toute heure du jour et de la nuit...

— Quand vous ne dormez pas, interrompit le comte d'un air de badinage.

— Oui, sans doute; et cela m'arrivc Tort souvent. Je trouve qu''on dort assez mal dans un lit de célibataire...

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Le ceftfite ne déiacliail pas ses yeux du visage de M. de Lan^iflade.

— Où veut-il en venir? pensait-il.

— IMon cher comte , poursuivit le jeune homme, puisque j'ai eu le courage de commencer, j'irai jusqu'au bout. Ce que je sais l)0urtant ne devrait guère nVencourager, et quand je pense aux refus nombreux qu'ont essuyés tant de personnes qui valaient mieux que moi sans doute. . .

Il parut hésiter un instant, comme s'il eût cherché ses expressions.

— Aurais-je deviné juste? poursuivit le comte mentalement. Puis il dit à haute voix :

— Je ne sais pas trop , mon jeune ami , à quelle sorte de refus vous faites allusion ; mais, croyez-moi, vous valez infiniment mieux que vous ne semblez le croire daus voire modestie, cl, certes, il y a beaucoup de

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chances pour que vous obteniez, vous, ce qu'on refuserait aux autres.

— Toujours trop bon , trop bienveillant, repartit de Langlade avec émotion. Cependant, comment se fait-îl que je n*ose vous dire le fond de ma pensée?

— Cest de l'enfantillage, mon ami. Je vous fais donc peur?

— Non , pas du tout. Mais il me semble qu'une parole de plus va me priver à tout jamais d'espoir et do ..onheur! Ecoutez... j'aime votre fille...

— Vous l'aimez? répéta le comte d'une voix sombre.

— Ob! si vous saviez!... c'est un amour dévorant, un amour que je ne puis vaincre!... D'un seul mol de votre bouche dépend toute ma félicité dans ce monde!...

— Monsieur de Langlade, répondit le

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comlo d'un ton grave et très sérieux, ce mot, je ne demande pas mieux que de le prononcer ; mais il ne sulïit pas de mon vouloir... il faut encore le consentement d'une autre personne... Ce consentement, dites, ètes-vous sûr de l'obtenir?

— Siir... je n'ose raiïirmer, r(''[)liqua de Langlade avec une vivacité singulière ; mais enfin, si je prends la liberté de vous faire un pareil aveu , il faut que j'aie quelque espérance...

— Bien , je vous comprends. Vous croyez que Marie vous aime?

El la voix du comte était profondément émue ; ses lèvres frissonnaient convulsivement.

— Je ne suis pas assez l'ai pour assuier une pareille chose, poursuivit de Lani^lade, dont les joues se colorèrent d un léger iiuuirnat. Mais enfin si j'avais un jour le bonheur

de ne point déplaire à mademoiselle votre nile...

— Serait-il possible ? interrompit le comte avec une inflexion profonde et sourde. Ses yeux lançaient des éclairs ; les muscles de son visage étaient violemment agités ; et tout dans ses gestes, dans sa personne, accusait une grande perturbation intérieure.

M. de Langlade n'vait pas tardé à s'apercevoir d'une semblable métamorphose ; mais il ne savait à quel motif l'attribuer; il crut donc tout naturellement que l'aveu qui venait de s'épancher de son âme n'agréait point au comte de Rosmandas, et il se repentit amèrement de n'avoir pas attendu encore pour faire la déclaration de ses sentiments.

— J'en étais sur, dit-il en secouant la tète d'un air afiligé, ma demande vous a déj>lu...

— El pourquoi donc, mon digne ami ? répliqua M. de Uosmandîjs qui parut fout a

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