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nés. Non seulement il est parvenu à amener ici notre prisonnier, mais encore c'est à son aide que je dois d'avoir pu remonter dans mon carrosse et d'avoir pu échapper aux menaces des assassins qui m'entouraient.
Ceci enchérissait sur les paroles de l'officier, et le conseiller qui avait paru douter de d'Auterive s'empressa de dire :
— La modestie de M. d'Auterive a été si grande, que je \{n ai fait l'injure de croire qu'il n'avait pas convenableincut rempli son devoir. Je lui en fais une excuse sincère.
D'Auterive s'inclina en souriant et demanda la permission de se retirer, qui lui fut accor-
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dée. Les portes du tribunal se refermèrent , et Barali demeura devant ses collègues.
A peine d'Auterive fut-il sorti du Capitole qu'il retourna chez lui. et, après y avoir changé d'habits et s'être vêtu du costum^ moins remarquable d'un écolier de l'Université . il quitta de nouveau sa maison par une issue donnant sur une rue à peu près déserte ; il se dirigea vers le Cours , et à son extrémité il frappa à la porte dune petite maison qui s'ouvrit sans quon vît la personne qui avait tiré le verrou qui la fermait.
D'Auterive entra précipitamment, referma la porte sur lui et monta un escalier étroit et sombre. Une porte s'ouvrit encore comme par
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magie devant lui, et il se trouva dans une pièce où étaient assemblés cinq hommes, dont l'un âgé de soixante ans environ ; les autres étaient plus jeunes. L'un deux portait encore le costume des laquais qui avaient enlevé le président.
A peine d'Auterive fut-il entré qu'il s'écria rapidement :
— Pardieu , messieurs , vous faites singulièrement les choses ! Vous vous chargez d'enlever le président et de le faire disparaître, et voilà que vous le lâchez ! Si moi et Bélissane nous avions manqué de sang-froid, nous étions tous perdus.
— Nous avons lâché le président, répartit le vieillard, mais après lui avoir arraché les dents. Il ne peut plus mordre , et s'il lui prend envie d'aboyer, ce sera vainement , car déjà on a du enlever de chez Barali les papiers qui pouvaient tout perdre.
A cette parole, le chevalier parut frappé d'une singulière surprise ; mais soit qu'il pensât qu'il avait commis une imprudence en chargeant Clémence du soin de faire disparaître la cassette, soit qu'il désirât être seul le maître de l'étrange société dont on voit qu'il faisait partie , il ne fit aucune observation à ce sujet et reprit en riant :
— Ce pauvre conseiller doit se donner au
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diable pour comprendre pourquoi il est à la fois l'objet des accusations du parlement et de notre protection inconnue.
— Sans doute , répondit le vieillard avec sévérité , mais nous devons nous-mêmes nous donner au diable encore plus que lui, pour savoir qui a dénoncé noire association à M. de Fourvières. Pourriez-vous nous fournir quelques renseignemens à ce sujet?
— Moi? dit d'Auterive, où voulez- vous que je les aie }Mis?
— Ciiei'chez dans voire mémoire: cherchez, et peut-èîio les trouverez- vous.
D'Aiîterive sauta en arrière , et se frappant le front , il s'écria avec une naïve franchise :
— Toiiiierre et mort ! Mariette a parlé î
— 11 l'avoue , dit d'un ton bourru l'individu qui était habillé en laquais.
Le vieillard se tourna vers lui ;!vec une sorte de déférence et lui répondit :
— Oui, il l'avoue, et la façon dont il l'avoue est une preuve qu'il a trahi notre secret par étourderie plutôt que par trahison.
— N'importe! le temps nous manque, le
parlement est averti , et le fruit de vingt ans de travaux sera perdu !
— Non, monsieur, dit le vieillard, M. de Fourvières tiendra la parole qu'il nous a donnée , et comme il a été le provocateur de cette poursuite, sa proposition sera adoptée. D'un autre , côté Béiissane est trop intelligent pour ne pas comprendre d'où part la proposition qui sera faife par le président et pour ne pas l'aider à îa faire admettre. Nous avons donc tout le temps nécessaire pour faire le partage.
— 0 a'entendez-vous par là? dit d'Auterive.
— J'entends, reprit le vieillard, que vous serez probablement chargé par le parlement
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de la visite qu'il veut faire faire au château de la Roque, et vous comprenez , ce me semble, que, s'il en est ainsi, le mal fait par votre indiscrétion sera amoindri sinon eiïacé.
— Messieurs, dit d'Auterive , je vous avoue qu'il sera bien difficile de recommencer à jouer la comédie d'aujourd'hui.
D'ailleurs , j'avais ce malin Pierre Couteau pour me venir en aide ; et je veux que le diable m'emporte si je sais comment il s'y e.-l pris pour empêcher nos soldats d'arrêler les plus enragés d'entre voiîs, quand vous hurliez au bas de l'escalier et quand vous êtes montés pour vous emparer du président. Mais, une fois arrivés au château de la Roque, ni lui ni moi
ne pourrons arrêter l'élan de nos braves quand ils sauront qu'il s'agit de gagner quelque riche récompense, car le parlement ne se fera pas faute de promettre une large part du butin aux hommes qu'il enverra à la Roque.
Quant à moi , je préfère perdre ce qui me revient du partage que de risquer d'être pendu comme un manant en essayant de le sauver. Ne comptez donc pas sur moi.
— Chevalier d'Auterive, dit le vieillard qui l'avait interrogé le premier, lorsqu'il y a trois ans vous avez pénétré jusqu'à nous en cherchant à découvrir les rendez-vous nocturnes de madame de la Roque et de (}ûn José , c'est moi qiîi ai détourné l'épée qui allait en finir
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avec vous ; c'est moi qui vous ai proposé d'être des nôtres et qui me suis fié à votre parole de gentilhomme ; alors je vous ai dit les conditions de notre association : la mort à la moindre indiscrétion.
— C'est vrai , monsieur , dit le chevalier ; c'est vrai , je suis à votre merci ; punissez-moi si cela vous va ; j'ai manqué à la foi promise , ma vie est à vous.
— Et il laut en (inir, dit brutalement Fliomme habillé en laquais , en jetant un sombre regard sur d'Âuterive et en faisant un geste significatif aux autres personnages présens , qui entourèrent vivement le jeune homme.
— Arrêtez, messieurs! reprit le vieillard; il ne s'agit pas de punir M. d'Auterive : n'oubliez pas qu'aujourd'hui le moindre événement extraordinaire ( et la disparition de M. d'Auterive en serait un ) exciterait l'attention du parlement. Laissons les choses prendre une tournure décidée. En effet, messieurs, la supposition que je fais d'un envoi de troupes au château de la Roque est la plus défavorable. Il est probable que l'accusation tombera devant la manière dont va parler M. de Fourvières.
— Le parlement est sur la piste de nos opérations, reprit l'iiomme habillé en laquais ; ce sont gens de race cervière que messieurs de la robe ; ils ne lâcheront aucune trace
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qu'ils ne l'aient poussée jusqu'au bout. Je voudrais pour un million savoir ce qui se passe à l'heure qu'il est à la chambre des enquêtes.
— Nous en serons informés par Bélissane aussitôt la séance finie , dit le vieillard.
— A la condition que Bélissane n'est pas soupçonné et qu'il ne sera pas arrêté en pleine séance. Messieurs du parlement ont chassé l'inquisition de Toulouse , mais ils ont hérité de sa façon et de ses surprises. Vous nous perdez avec* toutes vos lenteurs, monsieur le comte.
C'était au vieillard que s'adressait ce titre,
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et c'était le personnage vêtu en laquais qui parlait ainsi.
— J'ai fait appeler M. d'Auterive pour qu'il nous dise ce qui lui a échappé de la vérité , afin que nous sachions ce qui nous reste à faire.
— Ma. foi , messieurs , dit d'Auterive moitié riant , moitié chagrin , voici le fait. Vous connaissez Mariette Langlois, c'est la plus belle fille de Toulouse. Que ce soit la fille de Langlois, le singe le plus laid et le plus mal fagotté de la chrétienté , c'est ce que je ne crois pas. Il a volé cette belle enfant dans quelque noble famille , c'est sûr.
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— Passez, monsieur, passez, répartit le comte; celaest imUile.
— Eh bien! messieiu's . depuis deux mois à peu près je me suis pris d'amour pour Mariette, et je me suis dit que ie geniiiiîomme !e mieux tourné de la ville devait être aimé de la plus jolie fille.
Le comte prit un air sévère et dit en secouant la tête :
— C'était assez , monsieur , de la plus noble et de la plus...
— Monsieur , s'écria le chevalier en pâlissant, que voulez- vous dire?
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— Tout VOUS sera expliqué en temps et lieu , monsieur. Continuez.
D'Auterive se recula et reprit :
— Pas avant que je ne sache à quoi tendent les paroles que vous m'avez dites.
— A ceci , monsieur , reprit l'homme habillé en laquais : à vous avertir que pas un de ceux qui nous appartiennent n'a un secret que nous ne sachions, et cela pour l'attacher par tous les liens possibles, si ceux de son serment ne sont pas assez forts pour le retenir. Donc, nous savons ces amours-là comme ceux de Mariette , mais ce qu'il nous faut savoir exactement, c'est ce que vous avez dit
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il y a trois jours dans le rendez- vous qu'elle vous a donné à la sortie du salut et pendant que vous vous promeniez à neuf heures du soir sur les remparts de la porte de Montauban.
— Peste, messieurs, vous savez les choses qui se font plus exactement que ceux qui en sont accusés !
— Oui , mais nous ne savons pas les paroles, si nous connaissons les actions.
— Eh bien, messieurs, ces paroles les voici. — Comme je faisais à Mariette i'ofTre de mon cœur et de ma fortune , elle me répondit railleusement que, si elle était bien
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informée , je proaictlais au delà de ce que jo pouvais tenir. Je ne \oulus point en avoir lo démenli , et je lui dis que si elle avait besoia de cinq cents louis, je lesluî porterais avant une heure.
— Vous! fit-elle; les cinq cents louîs seraient oubliés en route. D'ailleurs, ajoula-telle , TOUS feriez mieux de payer les dix mille livres que vous avez perdues hier soir chez M. le duc...
— C'est payé, ma belle, dis-je.
— Et il vous reste cinq cents louis?
— Le double même.
•—Vous avez donc une mine d'or à vos ordres?
— A peu près,, ai-je dit en riant.
— Et dans quel pays est-elle située? reprit-elle du même ton.
— Au Pérou.
— Ou plus près , me dit-elle.
La façon dont elle prononça ces paroles avait une telle intention que j'en fus alarmé.
-i* En quelque lieu qu'elle soit, lui dis-je