LE CtfATEAU
alors , cela importe peu, pourvu que les cinq cents louis arriveni.
— Eh bieu ! me répondit-elle , je le^ attends.
Je rentrai chez moi, je pris l'argent néçes-
sairc et je retournai chez Mariellc. Un souper y était préparé , et je vous avoue que je fus assez étonné de la liberté qu'avait cette fille
de traitrr un amant dans la maison de son
oxr; , c:> rq zi^li lÛ père. * *
■ — Un amant, dit le faux laquais d'un ton ricaneur, vous nous en contez, monsieur le chevalier! Dites la simple vérité, s il vous filait ; il y vd de la vie ou de la mort. Vous
êtes arrivé, vous avez soupe , vous avez beaucoup bu et vous avez beaucoup parlé.
— Pardieu! reprit d'Auterive, il est alors probable que vous savez beaucoup mieux que moi ce que j'ai dit.
— Vous avez dit , lorsque vous mettiez promesses sur promesses pour fléchir la belle Mariette, qu'elle n'avait qu'à souhaiter et que vous connaissiez de par le monde un château où il y avait fabrique de taffetas, de dentelles et de diamans, où vous pouviez puiser à pleines mains, et comme elle s'étonnait de l'existence de ce château merveilleux , vous lui avez dit que c'était le château de la Roqne.
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— C'est \Tai , (lit d' Auterive , et Diou sa't. ce qui a pu me faire jaser ainsi , car au Iroisicmc verre de vin j'étais tout étourdi.
— Et au sixième vous dormiez comme une borne sur une chaise long je , dit celui qu'en appelait M. le comte.
— C'était donc une traiiison ! dit le chevalier.
— Sans aucun doute, fit le comte , et cela vous prouve, dit-il en s'adressanl au faux laquais, qu'il y a eu délation d'un autre côté. Le rendez-vous de Mariette était un coup préparé. On voulait coufirmer des soupçons qu'on avait déjà.
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— Mais comment se fait-il que les soupçons se soient portes sur le chevalier? dit le faux laquais.
— Comme ils se sont portés surBarali, reprit le comte : en voyant l'uii faire des achats déterre, et l'autre tenir un état de maison au-dessus de leurs ressources cômmr.ncb.
Seulement on s'est trompe en ce qui concerne Barati ; ce n'est pas de chez nous que lui vient cette fortune inconnue.
— Je veux que l'enfer me confonde , reprit le chevalier , si tout ceci ne me paraît pas un jeu de colin-maillard ! Comment se fait-il , je vous prie, messieurs, que si le parlement a des soupçons sur le conseiller Barati , il l'ait
envoyé à la Roque pour découvrir ce qui s'y passait ?
— Je vais vous le dire, reprit Thomme habillé en laquais , car je vois qu'en tout ceci vous n'avez fait que vous compromettre personnellement , et que notre affaire était déjà éventée.
— C'est inutile, ditl^comte ;lechevaliern'en doit pas savoir davantage. Maintenant que les papiers sont sans doute en notre pouvoir, il en arrivera du conseiller ce qui plaira à Dieu.
Quant h vous, chevalier .voici trois mille louis, dix mille autres vous seront remis dans huit jours si c'est possible, et vous le saurez suffi
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samraent par la voix publique. Cachez votre argent pendant quelque temps. Heureusement pour vous, vousavezun vice qui sera votre meilleure défense, et les chances du jeu pourront expliquer vos dépenses excessives. D'ailleurs, la protection de la duchesse vous sauvera.
Il est temps de se séparer. Si vous aviez été un traître , vous ne, seriez pas sorti vivant de cette maison. Vous n avez été qu'imprudent : on vous pardonne. N'oubliez pas cependant que vous nous appartenez encore , et que notre devise est toujours vraie : « La parole est d'argent et le silence est d'or. »
A ces paroles très explicite^, le comte ajouta nn regai-d qui l'était encore plus et qui
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eût alarmé un homme moins brave que h jeune officier. Il prit les trois mille louis et sortit (le la maison sans avoir remarqué qu'un des silencieux personnages de la rc'union l'avait quittée un moment avant lui, sur un signe imperceptible de l'homme habillé en laquais.
D'Autcrive n'avait pas fait vingt pas qu'un homme de grande taille et qui paraissait ne pas le voir, le heurta rudement. Le coup fut si violent que d'Auterive en demeura tout étourdi ; il voulut s'en prendre au brutal qui l'avait frappé et dont il reconnut la tournure , mais cet homme était déjà loin. d'Auterive, sentit alors qu'il avait été frappé et blessé à
la poUriae. Il y porta la main et la ramena ple.nc Ce sang.
Dans la rage qu'il e'prouvait d'avoir éié ainsi frappé en plein jour, il voulut courir après l'homme qui sans doute avait été apposté pour l'assassiner. Mais il avait à peine fait trente pas qu'il tomba par terre. Toutefois , en tombant , il put voir un homme s'approcher de lui et le regarder étendu par terre, en murmurant :
— C'est fait ! on m'a prévenu !
Presque aussitôt d'Auterive perdit enlièrement connaissance.