‹ Le château des PyrénéesChapitre 6 sur 8 · TII · texte numérisé non relu

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Comme cet événement se passait dans un lieu fort écarté, il est possible que d'Auterive fût demeure long-temps abandonné à celte place ; mais il fut lii'é de s©n évanouissement

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par un bruit de voix qui criaient près de lui. Il se sentit enlevé et transporté sur les bras de quelques personnes , et il put distinguer , au milieu de son accablement, les cris : Au feu ! au feu ! qui retentissaient d'un bout de la rue à l'autre. Ayant ouvert les yeux , il reconnut que la maison qu'il venait d'abandonner était en proie aux flammes.

L'incendie était si considérable et avait envahi cette maison avec une telle violence, qu'il était certain que non seulement le feu avait été allumé avec intention , mais aussi qu'on avait tout arrangé pour le propager avec une intensité et une rapidité qui devaient rendre tout secours inutile.

Ces images, ce bruit, cette pensée passèrent devant lui comme des fantômes , puis il retomba dans son évanouissement.

:] Lorsqu'il revint tout à fait à lui, il reconnut la pièce où il se trouvait pour un boudoir où il avait souvent été admis , et dépendant d'une petite maison qui n'était qu'à peu de distance de l'endroit où il avait été blessé. Une femme qu'il connaissait également bien se trouvait au pied de son lit.

— Gomment suis-je ici? dit-il en regardant attentivement pour voir s'il ne se trompait point.

—Silence, monsieur d' Auterive ! lui dit cette

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femme. Par prudence pour voire santé , ne faites pas de vains efforts pour ^iarler. Et si \ous m'en croyez , ajouta-t-elle à voix très basse , si vous n'avez pas envie de voir achever l'œuvre du passant qui vous a renversé il y a quelques heures, faites le moribond.

La pitié des femmes et surtout la pitié de madame la duchesse est d'une nature capricieuse ; elle a pu avoir h/^eur de voir le sang de son amant , lorsqu'il était étendu dans la rue , abandonné de tous, quelle que fût d'ailleurs sa colère contre l'infidélité dont il a essayé de se rendre coupable ; mais si elle le retrouvait bien portant et avec la mine de vouloir faire le galant, elle pourrait bien permet-

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ire à cerlaines gens de la débarrasser dun indiscret.

— Parbleu ! ma mie Rosine , dit le chevalier, je crois que la maîtresse n'aura pas besoin d'y revenir à deux fois, et autant que je m'y connais pour avoir déjà attrapé quelque chose de semblable de i'épée d'un gentilhomme espagnol , mon affaire est faite. Sois donc bonne fille et bonne chrétienne ; donnemoi un peu de papier et d'encre pour que je mette ordre à mes affaires, et va me chercher un prêtre pour mettre ordre à ma conscience.

— Silence, silence donc, monsieur ! car j'ai ordre d'avertir ceux qui sont ici près, dès que

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vous donnerez un signe d'existence, et il y a parmi eux un homme qui a l'air de ne vouloir vous accorder les secours de la religion pas plus que ceux de la faculté.

— Tu peux me dire au moins comment j'ai été transporté ici.

— Eh ! mon Dieu ! rien n'est plus simple. Quand vous êtes resté étendu dans la rue, madame la duchesse, qui se rendait furtivement en cette maison , vous a vu sur la terre , si pâle, si effrayant, que son cœur s'en est ému , et qu'elle m'a envoyée pour vous faire relever et vous faire transporter chez moi. De là on vous a introduit par la petite porte du fond du jardin, et on vous a mis dans cette maison.

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qui, VOUS le savez mieux que moi, passe pour être inhabitée.

— Ah ! ah ! dit d' Auterive en se soulevant péniblement sur son lit , la duchesse se rendait chez toi, Rosine, chez la tisserande si habile à faire des trames d'amour? Elle ne m'y avait cependant pas donné rendez-vous ! Elle y venait donc pour un autre?

La femme à qui s'adressait cette question parut foit einbarrassée et répondit :

— Monsieur le chevalier , une femme comme madame la duchesse a plus d'un mystère à cacher. Taisez-vous et ne m'interrogez pas. Mais , je vous le répète , ne faites pas le

lier et no la biavez pas ; je ne l'ai jamais vue en par<eil état.

Comme Kosiue achevait ces paroles, une femme de trente-huit à quarante ans , d'une taille magnifique, d'une beauté souveraine et d'une physionomie passionnée et farouche, entr' ouvrait doucement une porte et dit d'un ton inquiet ;

— Eh bien ! est-il revenu à lui ?

«— Pas encore, madame, répartit Rosine.

— Pariaitement . dit d'Auterive en élevant h vois , et fort curieux de sortir d'ici , .si je

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(lois jamais en sortir , ou bien d'en tinii* tout de suite, si je dois y rester.

La daniL à qui d'Auterive s'adressait ainsi d'un ton léger, s'avança jusqu'au bord du lit et fit un signe à Rosine. Celle-ci sortit et la duchesse de N... resta seule avec d'Auterive.

— Gaston, lui dit-elle en s' asseyant en face de lui, vous m'avez indignement trompée î

— Je demandais tout à l'heure un confesseur, Léonore, dit d'Auterive, et je ne vois pas qu'on soit disposé à m'en' accorder. Je vous ferai donc ma confession en vous priant de la redire a un prêtre qui m'absoudra pr" grâce posthume, je res[)ère,

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— Vous plaisantez, d'Âuterive, et vous avez tort ; ce que j'ai à vous dire est grave , plus grave que vous ne pensez peut-être.

— Qu'y a-t-il donc de plus grave que la mort, à laquelle je pense, comme vous voyez?

— Vous ne mourrez point de votre blessure, Gaston; le médecin qui l'a pansée a reconnu qu'elle n'avait point de gravité.

— Est-ce une bonne nouvelle que vous me donnez , Léonore ? dit dAutarive qui ne put déguiser la satisfacticn quil éprouvait.

— Cette nouvelle sera ce que vous voudrez. C'est selon ce que vous à\\ez me répondre.

— Et comme je vous répondrai selon que vous me questionnerez, je pense que vous devez savoir ce qui en est.

— Gaston , reprit la dtichesse , vous tenez dans vos mains mon honneur, mon existence, et peut-être Thonneur et la vie de vingt des plus illustres familles de la France.

Quant h voire honneur, Léonore, je sais que j'en suis le maître . et il serait en SLirelé dans mon sein s'il n'y avait de par le monde une bande de sorciers qui savent tout ce qui est, et qui m'ont paru faire allusion à un amour ({ue je croyais inconnu du monde entier.

'— Je sais ce que vous voulez dire, Gaston ;

j'étais tout à l'heure dans la maison où vous avez été interrogé ; j'ai entendu dire ce qui vous a été reproché.

— En ce cas, vous en savez autant que moi, Léonore , sur mes trahisons de toute espèce. Quant à moi, je désirerais savoir à qui je suis redevable du coup de poignard qui m'a jeté par terre.

— Gaston, reprit la duchesse de N..., vous méritiez la mort pour avoir trahi le secret des hommes qui , depuis plusieurs années , vous ont donné plus d'or quil n'en eût fallu pour enrichir un prince. Cependant on voulait vous faire grâce ; le plus grand nombre a été de cet avis ; mais il s'est trouvé quelqu'un qui a eu

peur que celui qui laissait si facilement éventer le secret de sa fortune, ne laissât échapper avec la même facilité le secret de ses amours, et cette personne a ordonné que la loi vous fût appliquée.

— La loi ! dit d'Auteri ve avec une moquerie cruelle ; c'est-à-dire une lame de six pouces de long ! Et je devine l'àme charitable qui m'a si justement condamné. Merci, Léonore !

— D'Auterive ! d'Auterive ! reprit la duchesse avec un accent de dédain, ce coup, parti de ma main, eût été juste \ irais un autre a pris soin de me venger,

— Un succoiibeurtdit le chevulitir.

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— Ah! Gaston, reprit la duchesse avec un mouvement d'effroi, nous sommes sur les bords d'un abîme où il faudra périr! D'Aulerive, vous ne comprenez donc pas que tout est découvert !

— Ma foi ! Léonore, dit le chevalier, depuis ce matin je vis dans uxi monde d'illusions, de mystère, de folie auquel je ne comprends rien. Je vous réponds comme si rien ne devait me sui'prcndre dans ce que vous venez de me dire. El cependant vous étiez dans cette maison où on m'a interrogé tout à l'heur^ et où (juelqu'iui m'a condamné à subir la loi de cette mystérieuse congrégation à laquelle j'ai été affilié bien mî^liTi'' î^ioi ! Vous en êtes donc?

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— Si VOUS m' écoutiez mieux , d'Auterive, dit la duchesse en rougissant, vous auriez entendu que je vous disais que vous teniez daus vos mains, non seulement mon honneur, mais celui de vingt des plus nobles familles de France.

— Oui, oui, dit le chevalier en pâlissant ^ je me rappelle que vous m'avez dit quelque chose de semblable, mais... j'avoue que tout cela me semble si confus...

Il poussa un profond soupir, ses yeux se voilèrent et il murmura :

— Je vous le disais bien, Léonore, que votre dernier message d'amour était mortel î

— Gaston ! Gaston ! fil la duchesse, en se penchant vers lui.

Il était tombé dans un nouvel évanouissement. Elle appela^ et Rosine parut. Trois hommes la suivaient , l'homme en habit de laquais, celui qu'on avait appelé monsieur le comte, et un troisième tout vêtu dé noir. Ce fut ce dernier qui prit la parole.

— Eh bien ! qu'avez- vous appris ?

— Rien. Vous voyez, dit la duchesse, avec un singuher mélange de douleur et de colère.

L'homme habillé de noir s'approcha, et

après avoir tâté le pouls du chevalier, il secoua la tête.

— Je vous ai dit qu on pouvait le sauver, mais ce n est qu'à la coiiditToii de le laisser dans le plus profond repos. La blessure semble n'avoir rien de grave , mais Fëmolion a élé si grande, qu'il peut mourir dans un nouvel évanouissement qu'appellerai t une nouvelle émotion.

— Qu'importe un moment de repos pour le condamné ! il faut que le chevalier parle, dit l'homme habillé en laquais. Voyons, docteur, vous devez avoir quelques moyens puissans de faire revenir cet homme à lui-même. Ren-

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(lez-lui une demi-heure de force, et puis il crèvera.

— Mon frère, dit la duchesse en s'adressant à cet homme, vous êtes cruel !

Et de grosses larmes s'échappèrent de ses yeux, tancUs qu'elle considérait d'Auterive, dont la respiration commençait à reprenjre son cours.

Le faux laquais ne fit point attention à la douleur de la duchesse, et dit vivement au médecin :

— Le voilà qui revient à lui, docteur: usez de toute votre science, et i"endez-lui un peu de

vie, une heure, dix minutes s'il le faut; mais tout est là.

Le docteur tira un flacon de sa poche et se mit en devoir d'en faire prendre quelques gouttes au malade.

■^ C'est votre faute, monseigneur, dit le comte à l'homme en habit de laquais; c'est vous qui avez ordonné de frapper le chevalier.

— Il l'avait mérité, monsieur, et d'ailleurs, pensez- vous que j eusse voulu laisser l'honiieur de ma sœur ù la disposition dun freluquet de cette sorte ?

Le comte haussa les épaules, et celui qu'il

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