X. II
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avait a[>pelô inonseiojnoni' roprit avpr, plus de violence :
— D'ailleurs, n'étiez-vous pas certain que les papiers avaient é!ô repris diez Rarati?
— Vergues s'en élail chargé, monsieur, et lui seul coniîaissait assez les êtres de la maison de Barati pour pouvoir les retirer. D'ailleurs, monsieur, vous faisiez partie de l'expédition, vous avez vu Vergues entrer dans lapparte- MicnL
— Oui, monsieur, je î'ai vu y pénétrer pendant iiire nous enlevions le président: mais c'est vous, monsieur, qui nous avez répondu de cel liomnje.
— Demandez compte de sa fidélité à madame la duchesse, répartit le comte, car c'est sur son ordre qu'il est revenu avec moi du château de la Roque pour faire celte expédition.
— Vous êtes sûre de cet homme, Léonore ?
— Ou il est arrêté, ou il est mort, ou bien il a fait ce qu'il a promis, répondit la duchesse.
— Il fallait brûler la maison de Barati, comme nous avons brûlé colle de nos réunions ordinaires. Celait mon avis, monsieur ; tout so serait abîm(' dans cel incendie.
^ — Kn plein joui' ! et comment ?
— Mais vous n'aviez donc l'œil à rien ! reprit le faux laquais. Comment ! on a pu dénoncer l'association , on a pu en délibérer dans une chambre du parlement où siège un des nôtres, et vous n'avez pas eu le temps de prendre les précautions nécessaires à notre salut ! Comment. . .
— Monseigneur, Bélissane vous fera le récit de ce qui est arrivé, et vous comprendrez que nous avons fait tout ce qu'il était possible de faire.
— Mais Bélissane non plus ne paraît point.
— Le parlement est toujours en séance , monseiçjneur.
— Il faut l'attendre, car le chevalier ne peut rien nous apprendre.
— Il est demeuré après nous chez le conseiller, et il sait peut-être ce qu'est devenu ce Vergues.
— Il ne, le connaissait pas.
— Il le connaissait du moins pour un des nôtres, puisqu'il lui a permis dépasser. Monsieur le comte, c'est vous qui avez organisé toute cette aiïairc, et elle me semble bien louche.
— Monseigneur, reprit le comte, un pareil soupçon envers un homme comme moi ne finit
2^2 ,, ht CHATEAU
pas par un coup de poignard comme avec le chevalier, et c'est une injure dont vous me rendriez compte sans le caractère qui vous [)rotége !
— Mon frère!.. Monsieur de Prias !.. dit la duchesse, est-ce lorsque nous sommes tous en danger de descendre sur la sellette des derniers criminels, qu'il s'agit d'écouter les susceptibiliés de l'honneur !
— Mais nous ne pouvons cependant rester plus long-temps dans cette incertitude, dit le frère de la duchesse. Cette maison elle-même est-elle bien siîre?
— Je l'espère, dit la duchesse d'un air alarme.
»ËS fVRKNÉliiii. ^^
— Nous avons tous perdu la lèle, dit le Irère. On a vu porter le chevalier blessé dans le taudis de la Vergues, et si le parlement veut s'assurer de lui, il apprendra de façon ou d'autre où il est, et en le trouvant pas dans la maison contiguë, on le chercheia , et on découvrira peut-être le passage secret qni mène à celle-ci.
— Monseigneur, dit à ce moment le médecin, voilà le chevalier qui reprend connaissance.
— Ebbien ! Léonore, interrogez-le, elfaitesle parler ; il faut que vos folies nous servent du moins h quelque chose. Au diable soient les
264 LK CHATEAU DfiS PYRÉNÉES.
femmes et leurs amours ! Ce sont elles qui perdent tout.
La duchesse fit un signe de consentement. Tout l'orgueil qui, d'ordinaire, devait siéger sur ce visage, était passé dans une anxiété terrible. D'un nouveau signe, elle éloigna Ie& autres personnages de cette scène, qui se retirèrent dans un coin de la pièce.
vm
Le chevaliei' rouvrit les yeux et aperçut la duchesse encore debout au pied de son lit.
— Vous ne m'avez pas quitté, Léonore, lui dit-il ; c'est bien, je vous en remercie.
— Gaston, lui dit la duchesse, je voudrais vous sauver, car je vous aime.
208 LE CHATEAr
— Laissons cela, Léonore ; je touche à un moment où l'on ne se rappelle ces folies que pour en demander pardon à Dieu. Mais vous avez dit que je ne tenais dans mes mains l'honneur de votre nom, celui des plus nobles familles... Sur mon salut, je ne vous comprends pas... Expliquez-moi cela clairement, posément; je lâcherai de bien saisir ce que vous direz. ^*
— D'Auterive, dit la duchesse, connaissezvous l'homme qui a organisé l'association h laquelle vous appartenez ?
— Je IIP connais que celui qu'on a appelé lout à l'heure devant moi M. le comte; je connais BélissMun. le <]ocleur Lambert et le gros
financier Lavardière qui me remettait des fonds au besoin. Vous savez mieux que personne que j'ignorais que vous fussiez mêlée dans tout cela.
— C'est impossible, d'Auterive, car vous avez été chargé aujourd'hui même d'une mission étrange dans votre position. Ecoutez-moi
bien : la fille de Langiois, la plus belle fille de Toulouse, si vous l'aimez mieux, a été chargée
par le président FourvièreS; dont cîle est la
maîtresse...
— Vous croyez ? dit le chevalier avec dépit.
— J'en suis sûre, chevalier. Elle a été chargée, ai-je dit, par le président de savoir si vous
n'aviez pas quelque accointance avec une société qu'on recherche activement depuis une semaine.
Comme on vous l'a dit, ce sont vos folles dépenses qui ont attiré sur vous l'attention, et c'est la manière dont vous poursuiviez la Langlois de vos œillades quia déterminé le président de Fourvières à vous tendre ce piège. Or, ce n'a pas été pour lui un mince renseignement, avec les soupçons qu'il avait déjà , que vos imprudentes paroles sur la fabrique de taffetas et dediamansqui existe au château de la Roque.
— Je vous comprends, Léonore ; mais du dlalile si j'aurais jamais pensé qu'on pfiî sesr-r-
DKS PVRIiNÉES. 271
vir d'une belle fille et d'un caprice de gentilhomme pour faire le sot nié lier despiomiage !
La duchesse sourit avec amertume et regardad'Auteriveavecune pitié et une tendresse singulières.
— Pauvre Gaston ! dit-elle. Que vous êtes onfanl ! Mais n'importe ! Toujours est-il que M. de Fourvières cherchait un moyen de pousser plus loin ce qu il savait . lorsque se présenta au parlement lattaire des bergers de la montagne contre votre oncle le baron de la Roque. Le président n'avait encore agi qu'en secret pour se garder T honneur de cette importante découverte, de façon que lorsqu'il tut décidé qu'on enverrait un membre du parlement au château pour informer sur cet le afl'aire, Barati
272 LB CBATIAC
s'ofirit sans se douter de rien, et Bélissane l'appuya sans que Barali pût comprendre la raison de cet appui.
Il serait trop long de vous en expliquer les causes, mais je puis vous dire simplement que nous avions le moyen de faire dire àBarati ce qui nous conviendrait, dans le cas oij il découvrirait quelque chose.
Par un calcul de la haine invétérée qu'il a vouée à Barati. M. «le Fourvières soutint aussi ce choix, mais il fit adjoindre à Barati son âme damnée, maître Langlois, avec mission secrète de surveiller son ennemi.
Voici comment le président s'en est expli-
que avec Bélissane après le dépari du conseiller, dont les acquisitions en terres dépassent de beaucoup la fortune connue, et dont l'empressement à aller à la Roque, venu du seul désir de se distinguer, parut suspect au président. Ou il est de connivence avec la société de la Roque, pensa M. Fourvières, et s'il en est ainsi, il ne révélera rien; ou bien il ne la connaît pas, et alors il n'apercevra rien.
Dans le premier cas, je trouve à la mission l'avantage de le perdre sûrement, car étant parmi ses complices, il se laissera aller à quelques entretiens, à quelques actes dont Langlois me rendra compte. Dans le second cas, j'ai la chance de le perdre encore, en montrant son
silence comme une complicité si nul autre acte T. n. 18
ïiè vîèhl l'acduSei*. Et après tont il ne pourra 'échâpiîier tiu re^fyrodhe d'incapacité, lorsqu'il fUtk VMté '<îè sa pè^sô^ne le "Slegè de eètîè 'Mf^aPTe îtàsocifïtion Sâri^ Y Aén'ô^coiiyi'ff.
-^Cè ^ont ÎDien là les tîôrnbina'isons (Viih X^ôlti-on, dit d' Auterive ; mais comment avesTvdirs en cela?
— Parce que le matin même du départ de Barati, M. de Fourvières fit part à la chambre qu'il préside de ses soupçons sur l'existence de la société de la Roque et sur Barati, sans toutefois parier de vous, attendu qu'il eût fallu dire par quel moyen on vous aA ait fait jaser.
— Mais il a dû dire d'où lui étaient venus
DtS PtRBNÊES.
les premiers renseignemens, puisque enfin il a pensé à me faire jaser, ôomme vous dites.
•^ Voilà ce' qùî ifoéâ éclikppèy et voila ce que vous pouvez peut-être nous aider à dé- ©otivrir.
— - Je n'y vois point de chances, dit d'Auterive. ]N' importe, continuez, Léonore.
iè' chevalier (k^è^a utf profond soupiî" ér ajôula :
— Âpprô'cii(?z-voùs denloipourquejè vous entéîiïïé riiiëux, car je souffre beaucoup.
tîhe fàtirr^vîht aux yeux dé la dùChesse;
elle s'assit sur le lit et se penchant vers d'Auterive, elle lui dit à Yoix basse et rapide :
— Ce n'est pas moi, Gaston, je vous le jure !
Et en même temps elle posa son doigt sur ses lèvres en jetant un regard qui devait montrer à d'Auterive qu'on l'entendait.
— Je continue, reprit vivement la duchesse. Bélissane, en apprenant cette terrible révélalion, parut des plus ravis, et combattit l'opinion générale de la chambre, qui trouvait que le président avait agi autrement qu'il n'eût dû. Il le soutint de toute son éloquence, qui passe pour très puissante, et ce fut par là qu'il obtint la confiance de M. de Fourvières qui, après
la séance, lui raconta comment il vous avait pris au pie'ge.
Xa duchesse regarda Gaston avec plus de tendresse, et lui dit :
— A cet intant, si quelqu'un n'eût pris votre défense, vous étiez un homme perdu, et cependant la personne qui vous a défendu avait plus qu'un autre le droit de se venger.
Un regard de remerciement fut la seule réponse du chevalier. La duchesse continua, en tenant une des mains du malade dans les siennes :
— Bélissanc, averti de cela et craignant ce
que le hasard pouvait amener de révélations à Barati, expédia un courrier au comte, qui était alors à la Roque dans les immenses souterrains qui en dépendent, et le chargea de s'arranger de manière à faire taire le conseiller, s'il découvrait ou soupçonnait la moindre des choses. C'eût été l'affaire la plus facile du monde sans l'extravagance de votre oncle.
— Et qu'a-t-il donc fait? dit d'Auterive.
La duchesse lui raconta succinctement ce qui s'était passé au château et ce que savent nos lecteurs, puis elle ajouta :
— Si Barati avait été placé dans une chambre convenable, on fût aisément arrivé à lui, et
DES PXBÉNB£S. ^Sf^
sans fausses apparitions, sans appared, on l'eût averti qu'il eût à se taire, non plus sur ce qu'il avait découvert, puisqu'il ne pouvait plus rien découvrir, mais sur la conduite du bara^ qui, en forçant le parlement à venger son injure, pouvait appeler un envahissement de son château. Dans cette impossibilité, il fallut avoir recours à une espèce de scène de reve-^ nans qui amena entre votive oncle et Barati une explication où Langlois s'imagina qu'ils s'étaient entendus sur le meilleur moyen de protéger l'association.
Le tort du comte fut de ménager ce Langlois que Bélissane lui avait dénoncé comme l'espion de Barati. 11 craignit que sa disparition n'appelât une investigation plus sévère.
280 tE CHATEAU
On le laissa vivre. Mais ce misérable ne fut pas plus tôt arrivé à Toulouse qu'il alla raconter à M. de Fourvières tout ce qui s'était passé au château de votre oncle i
Il était assez naturel que le président vît dans la révolte du baron, puis dans sa soumission, dans la facilité avec laquelle Barati oubliait l'injure qu'il avait reçue comme membre du parlement, dans le silence qu'il avait semblé exiger de Langlois, la connivence de deux complices qui s'étaient reconnus.
— Léonore, dit d' Auterive en souriant, vous parlez d'affaires comme un bonnet carré, [et j'admire quêtant de lucidité dans vos paroles survive aux alarmes que vous éprouviez.
— Gaston, il y va, je vous Tai dit, de tout ce qu'une noble maison peut subir d'infamie, et je ne périrai et ne laisserai périr l'honneur de mon nom, qu'après m'être défendue par tous les moyens.
— Continuez, lui dit d'Auterive, vous m'apprenez là une singulière histoire, et qui vaut bien que je vous raconte la mienne.
— Eh bien ! donc, reprit la duchesse, à peine M. de Fourvières fut-il instruit de ce qui s'éfait passé au château de la Roque, qu'il convoqua la chambre des enquêtes en toute hâte. On a, comme vous le pensez, donné toute croyance au rapport do Langlois, quand on a vu se passer l'heure sans que Barati sortît de
282 CE CHATEAO
chez lui. Alors et séance tenante, on a décidé qu'on enven-ait chezie conseiller pour l'interroger et faire chezlui une recherche de papiers. BéHssane nous en a doinié avis, et m'a mandé que je fisse en sorte de faire désigner un des nôtres pour commander l'escorte.
Pendant ce temps, le comte, qui avait quitté la Roque et qui était arrivé presque en même temps que Barati, se présentait chez lui, mais il ne put le voir. H lui fit remettre un billet, mais comme il se retirait, il vit arriver la voiture de M. de Fourvières, se douta que Barati n'aurait pas le temps de faire disparaître la fatale cassette, et il s'occupa aussitôt à orga-» niser, à force d'argent, l'émotion populaire
dont VOUS avez été témoin, tandis que mon frère préparait l'enlèvement du président.
— Votre frère? s'écria d'Auterive; monseigneur de C...?
La duchesse ; emportée par la rapidité de son récit, pâlit et se troubla à cette interruption. Un regard désespéré avertit d'Auterive de l'imprudence qu'elle venait de commettre en lui nommant son frère, et de la plus grande imprudence qu'il avait commise lui-même en s'en apercevant.
C'était le personnage habillé en laquais, et que celui qu'on nommait M. le comte avait déjà appelé monseigneur.
— Je n'ai point dit mon frère, re[)rit la duchesse. Eeoutez-moi, je vous prie, sans m'interrompre.
.l'avais donc reçu l'avis qu'il fallait que ce fût un des nôtres qui commandât l'escorte du président, et certes, sachant quel piège il vous avait tendu, je n'aurais pas pensé à vous, lorsque le comte vint me dire qu'il n'était plus temps, que M. de Fourvières était déjà chez Barati. J'expédiai un de nos affidés pour savoir quel était lofiicier désigné^, et, jugez de «otre surprise en apprenant que c'était vous; comment se fail-il que 31. Fourvières vous ait accGplc, je rigoore, à moins qu'il n'eût es})éré Yons prendre dans le même filet de Barali?
DES PYRÉ>ÉES. 285
Mais eiitin vous étiez là, vous savez comment celui que vous connaissez maintenant sous le titre de M. le comte, vous donna avis, par r intermédiaire de Pierre Couteau, de ce qui allait se passer: vous avez vu enlever le président, vous avez vu Vergues, le mari de Rosine, s'introduire chez Barali, vous pouvez maintenant nous donner quelques renseignemens qui nous amèneiont à savoir ce qu'est devenu le dépôt qu'il était chargé de découvrir.
D'Autcrive se souleva assez lentement sur son Ht et reprit d'une voix ferme :
— Oui, de par Dieu! et je lai vu ailleurs, murmura-t-il. Je commence à comprendre.
— Que faites- VOUS? dit Léonoréen voulant l'arrêter.
— Par la morbleu ! duchesse, votre médecin n'est qu'un âne, et je n'ai pas envie de mourir de ma blessure! Seulement je voulais me faire croire à peu près mort pour qu'on ne se donnât pas la peine de m'achever, et je sais fort bien tout ce qui s'est dit ici pendant mon feint évanouissement.
Vous pouvez sortir de derrière le rideau , monseigneur de C..., quoique l'habit de laquais vous aille moins bien que la soutane d'éveque , et vous aussi , monsieur le comte de Frias , que mon oncle croit endornii du
«ommeil étemel datis le caveau où îl vous a jeté , nous avons à causer sérieusement.
Les personnes à qui d'Auterive s'adressait se montrèrent aussitôt, et le chevalier continua ;
— D'abord, veuillez m'expliquer à quoi était bon l'enlèvement de M. de Fourvières , et ce qu'allait chercher dans la maison de Barati, rindividuqui s'y était glissé.
— = M . de Fourvières a été enlevé , dit à'uh ton brusque M. de C..., l'évêque, attendu qu'il devait rester après vous chez le conseiller pour y faire une perquisition à l'effet d'y trouver, si c'était possible, les tra-
ces de lu connivence du conseiller avec nous.
— Diable! raonseigeur , reprit d'Auterive^ vous êtes d'une très grande précaution. Que pouviez-vous craindre de cette perquisition, puisque Barati n'était pas des vôtres, ou des nôtres?
— C'est que , sans qu'il s'en doutât , il possédait dans sa maison des papiers qui pouvaient nous perdre.
— Et ce sont ces papiers que l'honnête mari de la brave Rosine s'est chargé de retrouver ?
— Oui , monsieur.
— Et quels sont ces papiers , je vous prie ?
— Il n'y a aucun inconvénient h vous le dire , monsieur. C'est l'acte de notre association.
— L'acte de votre association! s'écria le chevalier avec le dernier étonnement.
— Acte que vous avez signé , monsieur, dit l'évêque.
— Quoi ! s'écria d' Auterive , ce registre sur lequel on a fait apposer ma signature à la page 121 , je me rappelle le numéro, par Dieu ! on me l'a assez recommadé! Ce registre... *
ta: CHATBAÏT
— Renferme également Fes signatures de chacun cîes membres de l'association. Chaque folio est replié et cacheté de façon quà l'exception de ceux qui reçoivent et de ceux qui sont reçus, chacun no connaît guère que trois ou quatre des personnes qui sont nos associées.
— Et c'est ce registre qui n'a p:r3 été re- XjiQVLxé l dit. d'Âuterive.
— C'est ceUii-îh, Gaston, dit la duchesse. Ygir^j'Uiom^ celiii de mon frère, le nom. de ^s messieiU'S: s'y trouvent , et combien que ûuus. ignorons comme vous ignoriez les nôtres.
•^Mais, reprit d'Auterive, en quoi puis-je vous éclairer sur ladeslince de ce registre?
^r-: H y a à Toulouse d'autres personnages que nous, fit lëvèque; qui ont intérêt à ce que cet acte disparaisse. Si nous en avions eu le temps , nous aurions choisi un officier des nôtres pour accompagner le président. Vous avez été désigné ; donc , celui qui vous a désigné a ea le même intérêt que nous ; donc il est des noires ; donc , si vous le nommiez , nous pourrions avoir de nouveaux renseignemens. Quelqu^un vous a-t-il désigné expressémeiil ?
— Et qu:\nd cola serait? dit d'Auterive, celai-i:i doit être dans les mêmes transes
302 LE CHATEAV
que vous , puisque "Vergues n'a pas retrouvé l'acte précieux.
— Vergues est entré dans la maison de Barati, ditl'évêque de C... , lui ou l'un des nôtres, car il a monté les degrés avec nous, en nous disant le mot sacramentel ; cet homme a quitté la maison, car je l'ai rencontré pendant que notre carrosse tournait dans la rue déserte qui longe le jardin de Barati , dont il venait de franchir le mur. C'était Vergues, n est-ce pas , ma sœur ? Sans doute il avait enlevé les papiers , mais nous ne savons pas ce qu'il est devenu.
— ^'V'ous ne savez ce qu'il est devenu? s'é-
cria d'Auterive d'un ton indigné. C'est impossible.
— Sur l'honneur, ditLéonore.
D'Auterive réfléchit un moment et reprit d'un ton dégagé :
— Vous, c'est possible, Léonore; mais comment diable voulez-vous que je vous en dise plus que vous n'en savez alors ?
— C'est que Vergues, qui a connaissance d'un plus grand nombre d'associés que nous , est allé peut-être remettre les papiers aux mains de quelque autre , aux mains de celui qui vous a désigné pour accompagner M. de
29h LE C1IATEAV
Fourvières, et il nous suflii'ait de le connaître pour être plus tranquilles.
Le chevalier, qui n'avait point vu passer l'homme qui avait renversé Barali , pensa que celui qu'on avait chargé de la mission d'enlever ces papiers n'avait pu l'accomplir ; il se persuada que Clémence avait dû s'en emparer^ et il reprit, après un nouveau silence:
— Répondez=moi franchement et sans détour , peut-être pourrai-je vous rassurer plus complètement. Comment se fait-il que ces papiers se trouvassent chez Barati ?
— Ils y ont été déposés il y a cinq ans, à ce qu'il paraît ; par qui ? nous l'ignorons ; pour^
quoi? nous n'en savons pas davanlage. Ce n'est que d'hier qu'on nous a fait dire qu'il fallait les en arracher d'une façon oa d'^ne autre. Du reste, le rehseignéûVent était précis ^ on nous a dit l'endroit où ils se li-ôûvaié^t i?t la forme de h petite cassette où ils etàiéût renfermés.
— Une cassette couverte en peau de chagrin, n'est-ce pas?
— Oui, s'écrièrent ensemble le comte et monseigneur de C...
— Placée sur le dernier rayon de labibliothèçTue de Baraii?
■—Oui.
D' Auterive laissa échapper une sorte d'exclamation , mais on eût dit qu'un dernier doute l'agitait encore. Il se contenta donc de répondre :
— Et bien! soyez tranquilles, je sais que cette cassette a été emportée par une personne qui n'était ni Yergnes ni aucun de ceux que vous connaissez.
— Et avez-vous quelque idée de celte personne ?
— Oui , vraiment , mais je ne puis vous la désigner , et il faudrait que je pusse la retrou-
ver moi-même, fit d'Auterive, qui ne voulut point nommer Clémence.
— La croyez-vous du moins à l'abri de toute recherche?
D'Auterive parut soucieux et répartit :
— Je ne crois pas possible quon la soupçonne , et elle sera assez prudente pour mettre celte cassette à l'abri de toute perquisition.
— Cela est probable , car pour avoir été chargée d'une pareille mission, elle doit savoir ce que renCerment ces papiers, dit le comte ; et comme sans doule il y va de sa vie comme de la nôtre , elle l'aura détruite , si elle n'a pas pensé pouvoir la cacher suPusamment.
— Dieu le veuille ! dit la duchesse.
— Pour être des nôtres , je ne crois pas , dit d'Autcrive ; mais pour être incapable d'une trahison , j'oserais en répondre, quoique jene la connaisse que d'aujourd'hui.
— Vous la connaissez donc? lui dit l>rutalement l'évèque. Je donnerais la moitié de ma fortune pour ravoir cet acte et savoir celui qui nous lient ainsi dans sa main.
— Ma foi, dit d'Auterive qu'une préoccupation nouvelle agitait et qui eût voulu quitter à tout prix cette maison , je crois que vous pouvez dormir sur les deux, oreilles, comme
DES PTBÉAÉES. 869
je voudrais pouvoir le faire, si j'étais chez moi) attendu que je ne le ferai pas iei.
— Vous êtes trop faible pour rentrer dans votre maison^ dit le docteur Lambert, qui avait écouté toutes ces explications sans montrer en aucune façon l'anxiété dont les autres étaient dévorés.
— D'ailleurs, dit la duchesse, vous êtes ici sous ma garde ; vous n'avez plus rien à craindre de personne.
— J'aurais pourtant bien voulu savoir plus positivement où en sont nos affaires, dit d' Auterive, car jusqu'à présent il n'y a guère que
SOO LE CHATEAtJ
moi dont le nom ait été prononcé dans tout ceci^ ajouta-t-il en se levant sur le lit.
— Votre nom n'est connu que de M. de FourvièreSj qui se taira, dit l'évêque. et de J Bélissaue, qui est des nôtres.
— Diable ! lit d'Auterive, vous avez, à ce
qu'il parait, des moyens extraordinaires pour I
faire taire tout le monde ?
— Quel est l'homme, dit l'évêque, qui n'a pas dans l'histoire de sa vie une action qu'il veut garder cachée, et dont il est facile de l'épouvanter quand on la sait?
— Vous n'en savez donc pas quelqu'une
sur mon compte, monseigneur, que vous ayez pris le moyen d'un coup de couteau pour me faire taire ? Car ce n'est pas la faute de Vergues s'il ne m'a pas tué net.
— Vergues, dites-vous, monsieur? Ce n'est pas Vergues qui vous a frappé.
— C'est lui, je vous ie jure, et je l'ai bien reconnu.
— Ce n'est pas possible, monsieur, ou ])ien il faudrait... Jean ! cnal'évêque.
Un homme en habit de mannier de la Garonne entra.
903 Ù CHATIA»
-^ Qu'est-ce qui s'est passé quand je vous ai envoyé à la poursuite du chevalier?
— Quand je suis an'ivé, monsieur, la besogne était faite, et je l'ai crue si bien faite que je me suis félicité de ne pas être obligé d'y mettre la main.
Tout le monde se regarda d'un air stupéfait, et d'Auterive parut consterné comme s'il venait de découvrir quelque chose d'effroyable. Cependant il se tut en regardant la duchesse avec un effroi et une pitié étranges, pendant que monseigneur de G... disait :
— Un autre a donc ordonné le châtiment?
— Lcoîlore, dit le chevalior, je suis un homme de trop peu d'iuiportance pour que l'on n'hésite point à se débarrasser de moi. Mais pardieu ! je ne mourrai pas ainsi sans assurer ma vengeance et votre sûreté \
— Mais si la duchesse est en danger, dit Tévêque, le même péril nous doit menacer, et il faut que vous parliez devant nous tous.
— Vous n'avez probablement rien à cmindre, messieurs, répartit d'Auterive, et si ]e pouvais vous nommer celui que je soupçonne, celui qui a autant d'intérêt que nous à ri^iéanlissement de ces papiers, vous comprendriez aisément qu'excepté moi et madame la du^ chesse, il n'y a personne d'exposé ici.
30/i l'B CHATEAU
— Gaston, s'écria la duchesse comme illuminée par ces paroles, il se pourrait...
La même pensée sembla venir à tout le monde, car chacun sécria :
Lui! monsieur...
Mais chacun s'arrêta au moment de prononcer le nom ou le titre du chef inconnu de l'association; et l'on se regardait comme pour se comprendre, se demander si chacun avait bien le même soupçon, lorsque tout à coup l'homme qu'on nommait Vergues entra brusquement , suivi d'un autre homme de cinquante ans, de haute taille, d'un visage dur, hautain et menaçant; il était enveloppé d'un
long manteau qu'il jeta vivement en arrière, pendant que Vergues disait à haute voix :
— Voici le gîte, monseigneur !