SCENE IX
l " »>'«.!. DEIAROOIE . OSCAR, ANDRÉ, RARIUEL, M- D’ALBY, M- DK AKlivILLK.
oscar, un lorgnon sur le nés. Pour un roueflcr .de soleil de province, ll est assez bien réussi... Décidément, j’adore la campagne, moi.
chant des oiseaut... le parfum des Heurs... On •«croirait à la fou aut Italiens et ebe* L. T. Pi-
iCLJBTti. Ohl maintenant que voua voilà, ou P*“t se croire au jardin des Plantes, sectiou des perroquets.
dmah. Méchante !
Mmi. A présent, chacun est libre de tuer la
LF, CHATRA U DES TILFEIUS.
temps a sa façon. Dan* ce pavillon, messieurs, voici d**s certes, de* écliccs ci un billard. \ ou», mesdames, voici des journaux de mode*, des albums. Ainsi, c’est bien entendu, liberté pour tous... et, pour vous donner l'exemple, je rri installe a mon métier.
R“* de neuville. Moi, je vais continuer une bourse que j'ai commencée pour mon mari, il y a cinq ans.
Jl lieue, prenant un journal. Moi, je vais aller au spectacle... dans le» feuillclous de lundi.
ANDitii, eu prenant un autre. Et moi, à l'Arndéroie des sciences. (.»/-• d’Alby ouvre une brochure qu'elle parcourt d'un air distrait )
dblarliciik, à Rapharl , avec un sourire ironique.* Soulez-vous jouez au iric-lrac, monsieur le comte?
Raphaël. Non... je ne joue pas au tric-trac.
DELAROCHE. Et AUX éclieis?
n a 1*1 1 at i. . Je ne joue pas aux échecs.
delarociie. Sroipimt? Ab çà ! quel jeu savezvous donc ?
«*" n ai bv. Veuillez l’excuser, monsieur; mon fils ne joue jamais .. il n'aime pas le jeu.
delarociic. Oh ! je parie que monsieur le comte joue au billard.
Raphaël. Oui.
delahociie, à part. Parbleu I
andhé, à pari. Est-ce qu'il se douterait?
Dl. L aroche. Alors, jouons au billard. [Ils entrent dans le pavillon de droite. Madame d’Alby regarde à ta porte.)
Diane, Monsieur Oscar?
oscar. Madame?...
DUNE. Qu'ttUe* que sou* lisez là?
oscar Les nouvelles diverses...
dianc. Que disent-elles?
oscar. Pas grand chose .. Quelques noyés, plu . sieurs pendus... un monsieur qui *'e*t brûlé In cervelle dans son baïu.
Juliette, avec t'inticixon. Dans son bain! il était donc bien chaud ?
oscar, sérieusement. Il faut croire. (On rit.) diane, à Oscar. Il n'y a pas autre chose?...
oscar. Non, màiiame.
Juliette. Mais vous devez savoir des nouvelle» intimes... vous qui recevez, (inique mutin, uni lettre de Paris.
asc au, jouant la discrétion. Des lettres d'affaires, madame,
JULIETTE* Allons donc! sur papier satiné, avec des pattes de mouches.
oscar. Quoi? vous penseriez?
JOLJiirTK. Voyons, avouez que c’est Elle «u.
tous écrit?
oscar. Quoi! vous la connaissez?
Juliette. Vous avouez donc?-..
oscar, minaudant. Abl... vous m’avez tendu un piège... c’est mal.
Juliette. Est-elle jolie?
oscar. Dame... sans cela...
Juliette. Jeune?...
oscar. Vingt-quatre ans...
Juliette. Veuve? mariée? demoiselle?
oscar. Veuve, madame; j’adore les veuves...
Juliette Quelle profession?... -* oscAR.se récriant. Oh! madame!
Juliette. C'eat donc une grande dame?-..
oscar. Pas précisément... pourtant...
Juliette. Ça doit être une baronne.
oscar. Mieux que çal ji i.icTiE. Une duchesse?
oscar. Moins que ça... c'est une marquise., une petite marquise. *
JULIETTE- ht vous né craignez pas qu’en votre absence?... ,
OSCAR. Eh bien!... c’est peut-être foi de ma part... Kh bien! non!... non!.,. (Il passe à droite.)
Ma.îam» de Neuville, Diane, Juliell*, Oscar, Delaroche, Raphaël, madame d'Alby; Aadré s'es! assis à la table du fond.
jvmette, lois h Diane. Je serai» curieuse de la coiinultre, celte marquise-lé DIANE, idem. Comuirnt, tu crois?...
Juliette, idem. C'est-à-dire que je ne crois pas. (Delà roche et Raphaël sortent du pqttllot;. Raphaël ra s’accouder au fauteuil de sa mire. — Ptlaroche s’approche des dames.) diane. Vous ne jouez plus, messieurs?
DELAROCHE. Ma foi, j'y renonce... Monsieur le comte est d une force!...
oscar. Ah ! jo crois bient... Il roule Rerger A la décompte.
dm. a roche. Madame la comtesse a donné à son tils une éducation physique dw (dus complètes... Quant au moral, j'ai eu tout a l'heure, avec monsieur le comte, une conversation dont j'ai été... ravi. Il ni a appris de* chose» étonnantes et dont j étais loin de me douter.
u mr d’alet, d part. Que dit-il?
André, <i part. Il sait taull...
diane. El pourrions-uou» savoir?...
dit. » hociic. Je ne veux pas èter à monsieur la comte le plaisir de vous faire lui-même ses... merveilleux récits.
dune. Vous oubliez que monsieur part domain.
delarochr. Non pas... il reste encore huit jours... c’est convenu.
DIANE, aivc un «Tl de joie Ab! (H» ifAlhu interroge ton fils du regard.) julirtte, bas à Diane, Prends donc garde!. .. aadré, à part, observant Diane. Plus de doute; elfe l'aime!
DELanocni. Qu’avez-vous donc, Diane ?...
di Alt K. Moi? rien... un peu de migraine snns doute.
DC LAROCHE. Ab!... Une las»e de thé vous remettra, i/l tonne; Suzanne entre.) Suzanne, faites Je thé... ill échange avec elle un regard d'tntrlhgence ; rlla sort, il*» d’Alby sort par lc fond avec son fils.)
DELAROCHE, à André qui a repris son journal.
('.‘est une excellente chose que lethe; n’aat-ca pas, docteur? (André ne répond pas. j Docteur?...
amiré. Ah! pardon, je finissais le compterendu d'une séance de magnétisme fort curieuse. (Delaroe.he sort par le pavillon de gauche, sans • ire remarqué.) tous. Qu'est-ce done?
ANDRÉ. Il s'agit d'une jeune fille frappée de fiiie. qui, sous I influence magnétique, parla et raisonna pendant des heures entières, avec une s* grande lucidité, qu'on dut croire au retour de ja raison; mais, hélas t cet espoir devait être de courte durée. A non réveil, on ne retrouva qu'une pauvre insensée: elle n’avait été que l'instrument et l’écho d’une volonté qu'elle subissait.
oscar.’ Ah çà, docteur, est-ce que vous donne* h-dedait», par hasard?... anoré. Ht vous, monsieur?
i*cab. Moi? non seulement, je nie qu'on puisse
faire parler des gens qui dorment, mais je nio qu'on puisse endormir quelqu’un. '
JUitETTR. Comment I vous ne croyez pas au fluide!
oscar. Le fluide?... qu‘e»t-ce que c’est que ça, fo fluide?... en quoi «st-ce fait?... de quelle couleur est-ce?...
Juliette. Pourtant on cite mille exemples, osi, ab. De* canards, madame, des canards...
n est- ce pas. docteur /...
amjré, le regardant fixement. Vous avez bien raison, allez l os cab. Parbleu!...
abdré. Comment voulez-vous admettre qu’avec de simples gestes comme ceux-ci , des passes
comme /dles-la... on fasse dormir quelqu’un nui
ue veut pat dormir?
oscab, bâillant. C'est... est évident... (Il s'assied.)
André, continuant les passes. Ah! si |« *„]*« s y prêtait de bonne grâce...
o*cir, bdi/fant. Ahl oui, si le sujet...
* Madame Je Neuville, Diane, Juliette, Oscar, André.
andré, eonf muant. On pourrait comprendre que la puissance du regard et de U volonté... Mail avec un homme qui doute, qui lutte, qui ne veut pas... ce n’eit pai possible. (Oscar s'est en- 4orm*.y
diank. Que faites-vous, docteur T andré, Je lui donne la foi.
dune. Comment!... il dort? (La soubrette tient enlever le métier à broder .) akdré. Voyez l
dune. Et voui croyei qu’il parlerait, ai on l’interrogeait?
andré. Voua pouvez en faire l'épreuve.
julirtte. Jamais je n’ai eu ai grande envie de l’entendre parler.
andré. Eh bien, madame, prraex-lul la main, parlez-lui, et il voua répondra.
Juliette. Ditea-moi, docteur, lea somnambules peuvent-ils mentir?
a noué. Je ne le crois pas, madame.
julirtte. Noua allons bien voir. (EUe prend la rndin <fOrcar.) Monsieur Oscar.
oscar, «dormi. Madame?...
zourrre. Est-ce qu'on a tort de ne croire h vos récits qu’avec une certaine réserve?....
oscar, hésitant. Mais... madame.
ancré. Parle*, je le veut I oscar. Eh bien! non, on n'a pas lorl.
Juliette. Ainsi, vos grands coups d'épée ?
oscar. Canards, madame.
jcliettk. Vos succès dans le monde, vos bonnes fortunes?...
oscar. Autres canards!
jclibtte. Vous êtes donc Gascon , monsieur Beaupertuis ?
oscar. Non. . . mais j’étais digne de l’être. juuetti. U est clair qu’il dort... Pourtant, vous dites quelquefois la vérité?
oscah. Oh ! bien rarement!
Juliette. A propos I quel âge avez-vous donc? oscar. Trente-deu» ans.
jcLiamr. Hier, vous disiez vingt-trois.
oscar. Je transposais les chiffres.
joubttb. A votre ftge, vou» n'étes pas sans avoir eu quelque aventure galante?
oscar. Une, madame, une seule.
iOLUTTR. Ab 1 oui, la petite marquise?
oscar. Non, madame; Adélaïde Savarin, Agée de quarante-deux ans et veuve d'un pâtissier du Maraii.
jumette. Bah?... Tantôt, vous lui donniez vingt-quatre ans?
oscar. J'avais encore transposé...
jcliettk. Et vous la disiez veuve d’un marquis I
oscar. C'était un conte I JCLirm, non/. Nous en apprenons de belles!
(Suzanne entre avec un plateau, suivie de Delàroche. M m< d’Alby et son fils rentrent par le fond à droite .]
diank. Ah! volcile thé, je vais verser...
delarocue, vite. Permettcz-moi de vous éviter cette peine, je vous en prie. (H verte.)
Juliette. U faut le réveiller, docteur.
ANDRÉ. C'est facile. (Il réveille Oscar, jeu de scène comique .)
oscar. Que s’est-U donc passé ?
Juliette. Une tasse da thé, monsieur Oscar.
oscar. Merci: le thé m'empêche de dormir.
Juliette. Prenez donc, monsieur Oscar. Si vous ne dormez pas, vous penserez à la marquise.
oscar, à part. Qu’est-ce qu'elle a donc a me parler de la pAt... de la marquise.
Diane.** Tiens, j'ai une tasse dépareillée. (A Raphaël.) Et vous aussi, monsieur le comte... Suzanne, à l’avenir faiies-y donc attention... delaroche. Cette fille est d'une gaucherie... Suzanne. Mais, monsieur...
* Madim* do Neuville, Juliette, Oscar, André,
Dieu*. •
** Madame d» Neuville, Juliette, Otcar, D+lareche, madame d’Alby, Diane, Raphaël, André.
delarocue. Sortez. (Diane et Raphaël boivent. , Delaroche qui les observe avec anxiété, à part.) \ Enfin ! (Il boit à son tour.) Ce thé est parfait-, Maintenant, mesdames, je vous demanderai la permission de me retirer. (Il salue Diane./ Madame, je vous souhaite une- bonne nuit.