SCENE III
DIANE, puis JULIETTE.
Diane, U ruinant des peur. Oui, le docteur a dit vrai; cet enfanl, c’est sa raison, c'est sa vie. (£'Ue se retourne et aperçoit Juliette qui entre de gauche.) Juliette!...
Juliette, l'embrassant. Ma chère Diane I
mark. As* tu bien dormi ?
Juliette.* Comme deui juges!
mari. Mais dis-moi donc, ( Elles s’asseyent à gauche sur une causeuse.) comment loi, la Parisienne par cicellence, lu as pu te décider à un pareil voyage?
juiiettk. Ah! mon Dieu! c’est bien simple:, D dernière fois que je suis allée à l'Opéra, je me suis assoupie... La première fois que je suis allée au bal, depuis... A propos, je suis veuve!... Oui, ma chère, monsieur d'Aubrée a été frappé d'un coup de sang, à la suite d'un bacaral qui durait depuis trois jours... Je reprends... La première lois que je suis allée au bal, depuis mon veuvage, je me suis endormie... d'où j'ai conclu que chaque chose a son temps et qne l'heure des toyages avait sonné... La seule chose qui me contrariait , c’était de voyager seule. Quand Oscar, qui partait pour l'Italie, vint me faire ses adieui.. . Voila mon affaire 1 me dis-je.... Oscar n'est pas compromettant, il croira me compromettre ; et «He apparence de bonne fortune suffira à son bonheur .. Là-dessus, j’ai fait mes malles, j'ai pris le bras de mon Oscar, et me voilà...
dianc. Mais lui, qu'est*il devenu ?...
Juliette. Tienst c'est vrai, où est-il donc?.,* Ah! je me rappelle! je l’ai laissé à Naples, à la douane, avec mes chapeaux. . ils arriveront tantôt... Mais parle-moi donc de toi, de ton mari... Sais-tu qu’il m’a paru très-bien, hier au soir; il va doue mieux?.,.
Wtts. Il est sauvé, Juliette!
* Diane, Juliette.
Juliette. Comment, il est guéri?... (Elle passe.)
niANK.* Tu sais qu'un événement tragique arrêta tout à coup l'intelligence de Raphaël, qui n'avait alors que six ans; malgré l'opinion du docteur, qui soutenait que cette intelligence n'éiait qu'endormie, je la croyais éteinte a jamais... mais grâce a Dieu, le docteur seul avait raison, et depuis trois ans, j'assiste, éperdue d’élonnemenl et de joie, à un phénomène inout... Dés ta naissance de son fil», Itapliaél munira pour lui la plus vive tendresse : mais, a cela prés, rien en lui n'était changé,. . Pourtant, a mesure qu'en . grandissant, l'enfant parlait et raisonnait. >un père devenait chaque jour moins silencieux, et fou voyait qu’il se livrait en lui de mystérieux 1 combats... Knlin, l’aul devint en âge d'avoir un maître; et Raphaël, qui ne quittait jamais son (ils, voulut assister a ses leçons... Sais-tu ce qu'il en advint?... Crst que tout ce qui se gravait dans celle tète d’enfant, se gravait également dum cette tête d'homuic: et ccilu intelligence si long temps engourdie, s'est remise à marcher du point où elle avait été foudroyée...
juliitte. Comment?
Diane. Oui... Juliette, la lumière de la pensée qui n'arrive à l'Ame des enfants que par des teintes douces, affaibli'*» cl insensiblement croissantes, cette lumière a pénétré peu à peu dans I à me de Kaph.vl et a dissipé un par un les nuage» amoncelés... Enfin, l'âme du perc s'est mise à l'unisson avec relie de l'enfant, et tous deux ont grandi ensemble. La seule différence, c'est que ce qui n'est pour Paul qu'une découverte, est comme uu souvenir pour Raphsél; pendant que son fils apprend, lui a l’air de repasser ; et, comme oq déchiffré plus vite uii air oublié qu'un air inconnu, l'un a marché dans la vie à pas comptés cl l’autre a pas de géant!
Juliette. Est-il possible!... Et comment ne m'as-tu pas écrit plus tût ?
DIANE. J’ai voulu attendre que ce beau rêve fût une robuste réalité... comme ces jeunes femmes qui cachent à leur mari leur espoir de maternité, jusqu'au jour où, tressaillant de douleur et de joie, elles peuvent dire à leur époux : Dieu a béni noire union!... Dieu a fait plus pour moi. Juliette, car U m'a donné à la fois et un tils et un maril...
Juliette. C’est merveilleux! ainsi, maintenant, U est comme tout le monde.
Diane. Oh ! non I il est bien meilleur ; on dirait même, tant il est bon pour moi, qu'il a deviné mon dévouement.
Juliette. Ah! il n’a pas conscience de son ancien état ?...
dune. Nullement; il se rappelle seulement les noms et les objets qui jadis ont frappé ses yeux ou ses oreilles.
Juliette. Alors, il se souvient de »s mère?
dune. Très-bien... il en parle souvent et toujours avec tendresse et respect... c’est à la mort de madame d'Alby que nous avons quitté la Suisse, pour vouir habiter re pays... Le docteur a choisi lui-même cette résidence, où l'imagination de Raphaël est toujours sollicitée... De ce côté, ce sont des montagnes, des torrents et de» précipices *, par ki, c’est le golfe de Naples, dont le» vague» s'avancent jusqu'au bas do cet escalier I..
Juliette. C'est admirable?...
oscar, à ta cantonade. Merci, Jéromiao; merci, Gaspardo...
Juliette. Ab! voilà mon sigisbé...