‹ Le chateau des trois toursChapitre 10 sur 43 · LES PTRAMTDSS ET LE GRAND SPHINX · texte numérisé non relu

LES PTRAMTDSS ET LE GRAND SPHINX

Le jeune et glorieux vainqueur des pyramides invita le lendemain ses généraux à une promenade du côté de Gbizèh. Ces compagnons se nommaient Murât, Lannes, Eugène Beauharnais, Desaix^ Bon, Rampon et Dufifalga. L'excursion se fit à cheval, par une ahaleur trës-forté. On mit pied à terre devant la première pyramide, et Bonaparte manifesta le désir de monter, d'assise en assise, jusqu'au sommet.

Cette proposition fut acceptée avec enthousiasme, comme on le pense bien.

Le jeune et alerte vainqueur des pyramides donna rexfimple, et monta le premier à Tassant des quarante siècles.

Les généraux le suivirent, mais d un pas inégaU ftioique tous ces républicians ne brillassent pas par l'embonpoint, en 1799.

Arrivés à mi-côte de la montagne artificielle, les généraux étaient humides de sueur, et cela se conçoit aisé* Mni : les uniformes républicains étaient fort lourds; le fin drap de Sedan et d'EIbeuf n'entrait pas dans le budget du Directoire, et de plus, les larges ceintures, les cravates massives, les chevelures poudrées, et tout l'attirail du journal des modes miUtaires de l'époque étaient doués d'une pesanteur qui n'avait pas prévu une campagne sur le Nil. : ..;.

162 LE CHÀTKAU DES TftOÎS-<*TOrE8.

D'assise en assise, les généraux laissaient tomber «ne pièce de leur costume accablant, et, parvenus an som-* met, ils n'avaient conservé qne la dernière pièce de rigneur. Bonaparte seul se montra sur la cime, . dans tout . l'éclat de son uniforme complet de bataille ou de (ète; il ne lui manquait rien, pas même le ceinturon tricolore, pesant douze livres, malgré l'absence spartiate de For massif. Il fallut voir la stupéfaction des généraux. Quel* ques-uns d'entre eux n'avaient pas pour lui, au fond de l'âme, cette admiration méritée par la première cam« pagne d'Italie et la victoû^ des Pyramides ; mais ils le reconnurent supérieur à tous les généraux, quand ils le virent sous son uniforAie de gros drap bleu, aussi ealme, aussi maître de la transpiration qu'il l'eût été, sous un marronnier de Saint-CIoud, au mois de novembre. Le sceptre de l'Orient ne pouvait appartenir qu'à Bonaparte ; il avait vaincu le drap d'Auvergne et le soldil de Sésostrisf

A ce propos, on vint à parler d'Alexandre de Mac6doine. Ce roi conquérant commit une grande faute qui eut une certaine influence sur ses soldate : arrivé sur les rives fratches du Cydnus, il quitta la lourde cuirasse et le casque écrasant, et, tout couvert de sueur, il se ploi^ gea dans les eaux du fleuve. Une pleuréi^e des plua graves faillit tuer le héros. Un remède, composé par le

LES FTftAïaSSS BT LE GEÀHB SPHINX. 163

docteur Philippe^ le sauva ; mais la maladie fat longue, et les soldats eurent le temps de raisonner sur ce roi, qui se disait fils de Jupiter, et gagnait des fluxions de poitrine en prenant un bain. Ajoutons que ces mêmes soldats raisonneurs, qui n'étaient pas fils de Jupiter, s'étaient presque tous baignés dans le Cydnus et se portaient tous fort bien. Donc, après cet incident, le roi macédonien, malgré sa bravoure et l'héroïsme sarbu* ' main déployé au siège d'Oxydraka, descendit depla* sieurs degrés dans l'estime de ces gnerriers superstitieux, ^ ii fat lâchement abandonné devant Lahore, au mo^ ment où il «'iipprétait à marcher sur Delhi. Les soldats murmurèrent, et ne le suivirent pas« Il fallut donc renoncer au phis beau des rêves, à la conquête de l'Inde, et le malheureux Alexandre vint mourir à Babylone, dans une orgie de désespoir. Sur la même route, deux mille cent trente ans après, soldats,, généraux et savants même auraient suivi Bonaparte partout. Le jeune héros avait escaladé les pyramides et s'éteit baigné ensuite, à Boulacq, sans prendre la moindre courbature : il était de la race bronzée des héros et des demi-dieux, et aa payait jamais son tribut à la faiblesse physique de Thn» manité.

16i LK CHATEAU BES TROIS^TOURS,

Page 1