DE J
Ce billet écrit, de Jonzac regarda les quatre mnrs de
sa chambre, qui étaient tout couverts de vieilles gra* vures et de mauvais tableaux ; il décrocha un RtUh et
Baoz, ëpiDgla le billet derrière la toile et le remit à sa plaee. Quand on a foi dans l'intelligence des femmes^on ne se trompe pas.
Il griffonna ensuite nne antre lettre d'nn plus grand format, celle destinée à la petite poste ostensiblement.
Le yent son£Qait du sud, comme Tayait prédit M. Honorât, et un plus long séjour était impossible ; la neige fondait à yiie d'œil, et on yoyait déjà pousser des tiges de bruyères dans les éclaircies de glaçons liquéfiés. Il n'y ayait donc plus de motif d'alarmer la sordide ayarice du châtelain; il fallait sur-le-champ le déliyrer d'un hôte ruineux.
De Jonzac fit ses préparatifs de départ, et descendit à la salle basse pour annoncer sa détermination. M. Honorât opposa une résistance très-froide à ce projet de départ subit, et dit au domestique :
— Appelez Antonio... Antonio, poursuiyit-il en s'adressant à Jonzac, est le garde ; il ira mettre yotre lettre à la poste et commander les cheyaux.
Le garde Antonio arriya. C'était un homme de trentecinq ans, dont la figure, enyahie par une épaisse barbe poire, ne laissait yoir qu'un front étroit, un nez à bec de yautour, et des yeux escarbouclés. Il prit les ordres du mattre et sortit.
— En yoilà un, dit M. Honorât, qui, sous une appa-
S2 LB tMXTMkV DJB8 TE0lS*TOUft&
rence rude, est bien le mmlleor en&nt du meiMie. €'est un pauvre garçon que j'ai recueUIi ad Sicile, i la porte d'un couvent. Il se contente de peu; il est sobre; il boit de Teau, et je ne le paye pas. Un enCami de ce pays me demanderait mille francs de gages pour les services qœ ma rend ce pauvre Antonio.
M. Honorât disait cela d'un ton négligent et comme s'il se fdt parlé i lui-même, et se souciant fort peu qu'on l'entendit.
Tout étant prêt pom-le départ, et de Jonsac ayant fait ses adieux et ses remerciements à M« Honorât, il prit l'air d'un homme qui se ravise et s'effraye d'une impolitesse au moment où elle va être conuuiâe, et il dit : . — Bon, j'oubliais de faire mes adieux à ces dames. Veuillez bien m'indiquer leur escalier.
Ces mots s'adressaient au d<»iestique| qui montra le corridor, et dit :
— Au fond, la dernière porte à droite.
De Jonzac courut pour ne pas être suivi, se fit annoncer par un léger coup donné à la porte, et ii entra sui un : Entrez I prononcé d'une vobc douce.
— Vous partez? dit la plus Agée des deux femmes. Gomment, vous n^attendes pas demain?
La jeune fille garda un silence qui en disait davau^ tage.
LS CHlTBàU DES TBOIS-TOVRS, 23
— Oui, Madame, répondit de Jonzac, je regrette de ne p^s faire un plus long séjour dans votre château.
— Un château bien triste, dit la femme à voix basse.
— Mais ma chambre était fort gaie, reprit le jeune homme. J'adore les vieilles gravures et les vieux tableaux ; c'est un petit musée fort curieux. Tenez, Madame, voyez la fantaisie d'un artiste... à présent, k la minute même de mon départ, je m'amusais encore à regarder un Jtuth et Booz qui a poussé au noir* Il m'est arrivé vingt fois en voyage de faire arrêter ma chaise de poste pour courir à travers champs à la découverte d'un tableau dans une église d'un village d'Italie; c'est une manie... Madame, je vous remercie de toutes les bontés que vous avez eues pour moi.
U salua profondément et lança un coup d'œil rapide et significatif à Louise.
La jeune fille se leva lentement, marcha vers la porte comme pour faire les honneurs de la sortie^ et elle en* tendit ces derniers mots prononcés tout bas dans le cor* ridor : Ruth et Booz^
C'était un luxe de précaution, Louise avait déjà compris.
24 LE GnATBAU DXS TROIS-TOUBS.
De Jonzac attendit le lundi, dans un petit village deux lieues de Saint-Amand.
Un horrible froid désolait la campagne ; l'amour sei pouvait lancer un être humain sur la route du châte^ de Louise : un pareil voyage, entrepris dans une pareil nuit, était la plus brûlante et la plus vëridique des dëcl rations.
Le jeune homme ne tremblait pourtant qu*à l'idée ( voir dans les ténèbres la vitre de la petite tour. Il éU encore fort éloigné du but, et déjà ij cherchait le pha d'Héro, sur le département du Cher. Il n'avait aucu illusion à redouter; pas une étoile ne brillait au ciel, p une lampe de veillée ne pouvait briller aux environs, rigueur du froid avait partout fait sonner le couvre-fei neuf heures, et conseillé aux campagnards les doucei du grabat ou de Tédredon.
Aussi la première lueur qui brilla vaporeusement da l'air fit tressaillir de Jonzac. Gomme elle était suave a yeux cette éclatante réponse de la jeune fille ! quel bij virginal pouvait valoir cette modeste flamme qui sembl
LE CHATEAU BEST TROIS-TaUBS. 25
rëchaaffer l'atmosphère glacée, et donner à cette nuit polaire le charme d'une naît d'été i
Une pensée, née de la circonstance, modifia le plan du jeune homme ; il crut ne devoir pas se contenter de la réponse, et pensa qu'avec un peu d'audace il pourrait peut-être apercevoir un visage céleste à la même vitre de la tour.
Cela lui paraissait fort vraisemblable. Il franchit donc les limites des terres de M. Honorât, reconnut bientôt la grande avenue de marronniers, et s'y hasarda pour se servir des arbres comme d'un voile et arriver jusqu'au glacis.
Gomme il approchait du château, il entendit ou crut entendre un bruit de voix à très-peu de distance, et il s'arrêta pour mieux écouter.
Des massifs d'arbustes lui dérobaient une chaumière ) dont il ne voyait que le toit, et c'était de là que partaient ces bruits, qui ne laissaient plus de doute à l'oreille en se renouvelant.
Cette chaumière était une dépendance du château, et au milieu du bruit des voix, elle envoyait à l'écho des arbres quelques légers éclats de rire, inconnus des chaumières ordinaires, surtout en pareille nuit. Rassuré du côté de la réponse au billet, Charles de
Jonzac éprouva un vif mouvement de curiosité, en re-
St6 IiS GHA.TBâfr 3%S T&OSShTOUM.
cueillant ces BUiimares étranges et si rapprochés de loi. Il marcha sur la pointe des {neds arec «ne précaati(Hi minatieuse, comme il eût fait en automne lorsque les feuilles sèches trahissent les psfô ées curieux, ^ arriva au pied d'un mur décrépit, percé d'usée ou?eriure en guise de fenêtre : au même instauf , Tceil du euneux indiscret se ferma d'étonnement ; l'incroyable venait d'être vu.
Au milieu d'un petit salon assez proprement meid>lé pour une chaumière,, et chauffé par un feu de riche cMtelain fôodsd^ on voyait une taUe couverte d'un Mnge blanc, et chargée de plats exquis et de flacons de erkital; deux hommes assis à ce bklinium mangeaient gloutonnement, buvaient à chaque moree»!, et riaient à chaque parole : Tun était te garde Antonio, l'autre M. Honorât Karlavan.
Il fallut que de Jonzac donnât encore deux longs re* gards à celte scène d'intârieur pour arriver à la conyietion.
La vitre, hermétiquement fermée, ne permettait pas d'entendre ce que disaient les deux hommes, mais leurs gestes et leurs %ures prouvaient que Tentretien roulait sur des sujets d'une foUe gaieté.
Si le froid eût été moins excessif, notre jeune homme aurait prolongé ses observations jusqu'à la fin du repas
Qoctoroe, mais ses pîeés, apfmyâs sur un monceaii de neige ghcée,aepoayaieoft plus le soutenir; il éprouya le besoin ^ marcher Tigcmpensement, pour reiaeitre ea cifCBbtion le sangle ses orteils^ Il n*aTait d'ailleurs riea à voir de plus extraordinaire dans celle naît. Ce qu'il avait m était suffisant pour exercer ses conjectures et lai faire cherch^^ peut-êrtre inutilfuuent, le mot de Ténigme jusqu'au lendemain.
Il était évident que ce souper somptueux ne coûtait rien au garde Antonio, et cpi'il se rëpélait toutes les nuits aux frais de Tarare «Mtekin* Ensaiiie^ la familiarité établie entre les deux conviTes annonçait une con* ditioB égale, et un mystère ténébreux dans ceUe préten* due fendion de garde qu'Antonio remplissait sur les terres de M. Honorât.
Telles étaient les pensées qui to«u:m6ntaient l'esprit de Charles de Jonzac ; il avait repris le chemin de son aubeiige de village, après avoir jeté un dernier regard à la fenêtre toujours éclairée comme un phare, au milieu des ténèbres massives d'une nuit d'hiver.
Pour donner un peu de repos à l'agitation fiévreuse de son espiit, Charles de ionzac trouva un remède ^ui lui parut fort naturel et infaillible. U était riche, mattre de sa vie et fils unique d'une mère complaisante ; qu6 lai importait la vie équivoque et mystérieuse du père i
Il aimait la fille, et en se présentant avec tous les av; tages d'un jeune mari, il ne pouvait manquer d'être cepté. Quel père pouvait refuser sa fille à un gen homme de vingt-quatre ans, maître d'une grande forlui et ne redoutant aucun rival préféré?
Cette détermination calma la fièvre de Charles Jonzac. Il dormit d'un sommeil tranquille, après av fait le plan d'une lettre qui devait subjuguer M. Hono et lui enlever légalement sa fille.
Mais la lettre décisive ne pouvait être écrite que Paris; Charles de Jonzac rentra donc chez sa mère, u de ces nombreuses mères qui approuvent toujours '. mariages de leur fils, à l'inverse des pères, et rédigea demande en style d'humble supplique. Madame Jonzac apostilla.
La lettre étant partie sur les ailes de la poste, Charl de Jonzac se livra aux doux rêves de son âge ; il se cr un paradis terrestre à Ville-d'Avray, au bord d'un 1 vert, sous les lilas d'avril et les roses de mai ; défà il i gardait marcher sa fournie sur la pelouse, avec une ro blanche, une ceinture d'azur flottante, un chapeau fl rentin couronné de mai^erites, et donnant le chari et l'extase à cette nature toujours morte, quoique bel! quand la grâce d'une jeune femme ne l'anime pas.
Charles de Jonzac compta d'abord les jours, puis
LB CHATEAU DSS TBOIS-TOURS. 29
compta les heures et les minâtes. Il fallait accorder un délai raisonnable; les pères, sollicités en un sujet si grave, ne se décident pas spontanément; ils demandent à réfléchir même avant d'accorder. Toutefois, le retard prit des proportions alarmantes : la huitaine se fit quinzaine, la quinzaine se fit mois. Restait toujours l'éternelle ressource de croire que la poste avait commis une erreur, ressource à laquelle on ne croit jamais sérieusement, mais qui donne un peu de sommeil à défaut
d'autre adoucissement.
Il fallut pourtant en venir au duplicata, et la seconde
épttre obtint le même résultat : un silence inexplicable,
ni consentement, ni refus.
L'hiver était mort au premier souffle du 20 mars ; la nature ressuscitait, la rivière coulait joyeuse sous les ponts. Madame de Jonzac proposa à son fils d'aller ellemême, au château des Trois-Tours, demander Louise en mariage.
— Le père, ditrelle, est peut-être un austère gentilhomme, toujours à cheval sur le vieux chapitre des convenances; il attend une demande des parents; il ne regarde pas coomie sérieuse celle du fils.
De Jonzac ne demandait pas mieux que de trouver une bonne raison pour échapper au désespoir; il donna de grands éloges au bon sens de sa mère, et lui dit :
— le parfiraÎHvec tous; mais je iteae montr pats an diâteaH ; je tous ^tteiMkai à Sahft- Arnaud.
Une cliaise fle peisie, payée à doijMes giMes, empi bicHlôt fa mère et le ffls s«r la veuxXe éa château Trois-Tours. Madame de Imzac se prâsecfta seale porte an manoir et demanda M. Honorât K^riarao. domestwjw répondît d'un ton froid :
— Monsîe«r n'y est pas î
— Eh \mÉ\ tijouta nmdame de lensac, je parlen Madame; annoncez-moi.
— En Tabsence de Monsieur, Madame ne reçoit p* sonne, réponditle domestique sur le même ton.
— Mais, ajouta madame de Jonzac, j'ai feît exprès voyage de Paris au château des Trois-Tours, pour par à M. Honorât d'une affaire très-importante.
Le domestique garda le silence et remua fa porte s ses gonds roufflés.
— Ainsi, je n'ai qu'à me retirer? dit madame Jonzac d'une toIx émue.
Le domestique fredonna un aîr: il paraissait heurei d*însuUer une nohle femme sans se compromettre ; c' tait une bonne fortune pour luî.
La mère deCSiafles n'insista ptas; elle remonta en vo ture et rejoignit bientôt son fils, qui M saisi d'un violei accès de colère en apprenant le résultat de la démarche
Après la colère^ il failHt iÀem deisceadre an raisomiement.
On raisonna. L'abseiKse 4e M. Honorât se pouvait êlre admise, le domestique avait menti par ordre. Quel moyen devait-M adopter pour .connattre le fond d'iu mjrstère qui s'avait au^un afitôeédent cojBfiu dans Thisteire des familles? Faire parvenir une lettre à Louise... Mais comment?
Ciiaries de Jotmae diercha plusieurs }ours et trouva enfin un expédient. L'amour est ingénieux et ingénieur; il sait envoyer un mineur, même sur le glacis d'an château fort.
Notre jeuue homme avisa dans une rue déserte un colporteur au visage stupide, qui marchait lentement sons le poids d'un étalage de grawes d'Ëpinal et de livres d'Avignon. Il tei fit un signe, lui offirit dandestioement tme pièce d'i»*, et se fit montrer sa boutique ambulante. L'afgent docnë a« phis sot lui donne îine intelligence relative.
-* Si tu me sers Me», dit Charles de lemzac au colporteur, tu aen» oroteut de moi.
Un rayoQ d'esprit éehm le visage uiaâs de TéUdagiste wrant,
— Montre^Boî tes tableaux d'abord-
C'était une collection de saints et de maintes, tableaux
économiques destinés à décorer de leurs vires coi rouges la chambre des paysans.
Charles de Jonzac chercha sainte Louise dans h lection; ne la trouvant pas, il prit sainte Lucie, et quant son domicile au colporteur il lui dit :
— Dans deux heures tu viendras me trouver, ent tu ? et tu gagneras plus d'argent aujourd'hui que une course d'un mois.
Le colporteur sourit ingénieusement, et dit av( signe expressif :
— Je reviendrai, comptez sur moi.
Charles rentra dans sa chambre d'auberge, ôta la du tableau de sainte Lucie, et parvint à lui subsl heureusement le nom de Louise. L'innocente frau( pouvait être remarquée. Cela fait, il écrivit une 1g lettre à la jeune fille, lui raconta tout et la supplia è donner un rendez-vous. Il irait chercher la répoi lendemain à minuit au pied de la tour, et il si c Votre mari Charles de Jonzac. >
La lettre fut placée entre la gravure et le carton, cadre remis en ordre dissimula les ruses de l'amoi
Le colporteur reçut les instructions détaillées un soin minutieux. Charles de Jonzac ne négligea pour donner à son manège quelque chose de la fii d'Ulysse à la cour de Scyros.
Le colporteur, ainsi dressé comme im chien sarant, se rendit an château des Trois-Toars à l'heure de la partie de piqaet. M. Yënard et M. Honorât écrivaient des marqués an crayon et poursuivaient des quatorze et des quintes. Le garde Antonio était absent pour cause de service extérieur et lointain. Le seul domestique, profitant des heures du jeu, donnait dans le manteau de la cheminée. Quand le hasard veut se donner la peine d'être favorable, il fait tout réussir. Le colporteur, encore tout pénétré de la leçon reçue, entra nonchalamment, traversa le vestibule, suivit le corridor de la lingerie, et frappa un léger coup sur la porte de la salle où les deux femmes travaillaient.
D*où vient Tinfaillible inspiration qui éclaire l'esprit des jeunes filles dans les moments décisifs? Les hommes sont si souvent stupides en pareil cas ! En voyant paraître le colporteur avec son musée et sa librairie ambulante, Louise devina subitement que ce personnage était un messager d'amour.
Le colporteur fit un salut à la savoyarde, prit sans ef * fort un air hébété, donna à sa physionomie un sourire fade et dit :
— Bonjour la compagnie 1 j'ai de jolis tableaux à bon marché, approuvés par monseigneur l'évèque.
-— Ah! voyons cela, dit Louise; approchez, mon
31 U iMkTMAm DBS rftOJC^TMîAft.
bniebemmâ.»^. Je reairais acheter un MtUh et 1 esifiez-<^oas?
Le coiporCemr a'awaitpaseetle t^pieslion èans êi graorne, il bégaya en IneaiUant i Fidëe de pen banorairos promis, et répandit an faasaid :
— Je fi'ai pas ssâftia Booz... mais j'ea ^ d' Vous pcmyex roir, Itea'selki, la Yue n'en coàte i
liOiiiseprit ime donzaÎDe 4e tablcsaizx et les pi r&yiie très-attratir^iiiefit. En apercevant sainte I d^t le fiom avait «n caractère <éQiiiFoi{<ie, elle ne cssï jQcmTement de sorprise, la prudence nota le sa ¥^x :
— Tiens, dit-elle avec un accent Bstiucel^ vo patronne; elle a le visage trës*roage, mais c'est é Tadbète... Combien sainte Louise?
— Mam'seUe, dit le colporteur, je ne voudra vous surfaire d'un sou «Je viens de ven^e la parei famnae de Taobergiste du Soi&l-^Or.^» C'est di? le juste prix... Il commence à faire bien .chaud et yailestdur.
•-* Pauvre hâflune ! dit Louise^ attendez-duoi instant, je n'ai pas ma bourse sur moi...
La jeune fiUe, munie du précieux tableau^ dans sa chambre^ brisa le eadre et la vitre, lut la de Cbades, ^ écrivit au crayon ces mots ;
c QoaDfl VMS smfca t<n^ Toas m'âxemerai... Ne me jugez pas aujourd'hui. Puisfae TOtre mëro est «rec Y0QS, je me confe à votre mère. Dites-kit èe vemi m'embrasser et me bémrà flûfiott, tsrh fMrte de
Deux minutes suffirent pour faire ces choses ; Looîse se r^»Bit de son émotioB^ réparât devamt Ie> eelporteur ctlat paya le inrix de sra taUdau.
Et comme le marclHiod Fepmait le eovrîdor^ Louise se leva, courut après lui, et lui dit à haute voix. :
— QiÊamà i^us awez un saint Lous, a{>port62-lemoi...
Et à voix baftfte :
— Remettez-lui ce billets
Après quoi h jeoue file lerinfl s'asseok* et reprit son trayait avec un calme parfait, quoique appareal.
Le résultai faroraMe était encore ph» prompt que de Jonzac ne Testerait. Il fallut e&smfee beaucoup d'éloquence pour vaincre tes honorables scrupules den^dame de Jonzac, qui, malgré son dévouement à h (^mse de son fils, se refusait à devenir complice d'uu eirièvement, chose inouïe dafls Thistoire des mères. Enfin, de Joazac, livré au phis violent désespoir, donna des raisons si victorieuses, que la bonne mère pleura et fut désarmée. Son fil» avait prononcé le mot de suicide, menace
36 U GHATXA1! AXS TmOiS^TOOES.
terrible qui manqne laremmt son effet, qvaid eUe sort d'un cœur recooim co«rageiix.
— Je ne stis si c'est un enlèYement, dit-il, mais je sais que tous tûtes, i coup sAr, «ne bonne action.
Les circonstances donnent anx choses des noms non- ▼eanx.
Les tendres mères sont toujours disposées à aimer les jeunes filles que leurs enfants aûment. Madame de Jonauic reçut Louise dans ses bras, et mfiia ses larmes aux siennes.
U n*y eut aucune autre explication* Les larmes disent tout. Charles de Jonzac poussa la délicatesse jusqu'à Textréme limite; il s'était placé sur le »ége de la chaise de poste, et il ne descendit pas«
La voiture repartit à grande vitesse et ne s'arrêta qu'à l'extrémité de la rue Yaugirard^ à Paris, devant la maison patrimoniale de madame de lonzac.
Charles embrassa sa mère^ salua Louise sans lui dire une seule parole, et s'établit dans ime chambre garnie près du Luxembourg.
Louise, pendant le voyage, n'avait prononcé qu'une seule phrase, n'avait fait qu'une seule réponse aux questions et aux alarmes de madame de Jonzac, celle-ci :
— N'ayez aucune crainte, vous avea fait une bonne
LE GHÂT2ÂU DXS TROIS TOURS. 37
action, M. Honorât Karlavan n'intentera ancane poursuite contre tous et votre fils, je vous le jare à la face du ciel; je ne pois vous en dire davantage.
L'accent qui toujours accompagnait ces paroles avait fini par rassurer madame de Jonzac, et son fils, qui connaissait, lai, un côté mystérieux de l'existence équivoque de M. Honorât, avait achevé l'œuvre de Louise à l'endroit des alarmes maternelles , sans entrer toutefois dans aucune confidence relative à la scène nocturne de la chaumière du château des Trois-Tours.
Si M. Honorât, pensait Charles avec raison, tient à l'honneur de sa famille, il s'empressera de m'écrire, ou d'écrire à ma mère, puisqu'il connaît mon adresse, et, an bout d'un certain temps, s'il persiste dans son silence étrange, je lui écrirai, moi, et je lui demanderai sa fille en mariage une dernière fois.
Quinze jours s'écoulèrent. Aucune lettre^ aucune plainte n'arriva du château des Trois-Tours. Rien n'était changé dans la vie de la famille de Jonzac. Le fils n'entrait jamais chez sa mère, par respect pour l'hospitalité accordée à une jeune fille ; la mère venait tous les jours i Thôtel de Charles, et apportait la même nouvelle aux ardentes interrogations de son fils.
— Elle ne parle pas; elle pleure, elle prie, mais elle
Qu'exprime sa reconnaissance par des caresses continuel-
3d IX GHltBâlF DS9 T&OlâMr^UBS.
les qui me font croire qa^elle est heareuse et qu'elle ne regrette pas sa famille et son châtean.
— Il faut tout attendre du temps, ce grand réf^ëlateor, disait Charles.
Et les jours passaient sans amener auctme rëyëlstion. Charles s'abstenait de tonte promenade en plrâi jour du côté de l'habitation de sa mère ; mais le soir, il prenait nne espèce de déguisement, et se dirigeait yers cet horizon de Paris où respirait la femme de son avenir. Il étak heureux de vonr sa fenêtre, quoique toujours obstinément close, et il se contentait de cette ombre de bon-
heur.
Un soir, comme il passait devant une boutique illuminée avec une grande profusion de gaz, il vit se détacher, sur un fond éblouissant, une figure étrange qu'A reconnu! du premier coup : c'était la figure du faux garde . Antonio.
Aussitôt notte jeune homme changea Tallure de sa démarche, et, laissant un assez long intervalle entre Antonio et lui, il le suivît à la piste, avec la résolution de ne pas le quitter.
Le faux garde gagna les quartiers solitaires qui avoisinent les boulevards du Montparnasse, et s'arrêta devant la petite porte d'une cour, dans une rue projetée et qui n'avait alors qu'une seule maison.
i»K cnjLTnkn dbs taois^tovus* 38
Charles remereia le hasard^ ou, pour mieux dire, la ProTidence, qui seoiMait Youloir lever un coin du Yoiie des mystères dn chftteaa des Trots-Toors, et il se promit bien de ne laisser échapper aucun des incidents que le premier indice semblait promettre à Tayenir.
U ne raconta rien à sa mère, ne voulant réserver ses confidences que pour les résultats décisifs, et continua sa vie d'isolement. Pendant plusieurs soirs, à la même heure, il vint se mettre en embuscade dans la rue sans maisons pour voir entrer ou sortir Antonio, mais bien inutilement; le faux garde ne reps\rut pas. La petite habitation au fond de la cour paraissait déserte. Aucune fenêtre ne s'ouvrait le jour, aucune lumière ne brillait la nuit.
En ce temps-là, un crime horrible jeta l'épouvante dans le quartier du Montparnasse; les journaux le publièrent avec tous ses détails ; il est oublié après trente ans.
Le 30 avril, jour d'échéance, un garçon de caisse, chargé d'une lourde besace et d'un énorme portefeuille, vint présenter un billet de cinq cents francs à la porte d'une maison isolée, au quartier du Montparnasse. La porte s'ouvrit au second coup de sonnette ; le commis de recette traversa le jardin, entra dans la maison, et n'en sortit plus.
40 ht CHÂTEAU DIS TROIS-TOU&S.
Trois jours après, la police, mise en émoi par la disparition du garçon de caisse^ suivit, d'après des indications minutieuses, la trace des recouvrements de l'échéance du 30 avril, et découvrit le lieu du crime sans trouver le criminel.
Voici comment l'horrible assassinat avait eu lieu : un homme avait loué, sous un faux nom, cette petite maison isolée; il y avait établi à la hâte un simulacre de comptoir et de caisse. Le billet de cinq cents francs, muni de fausses signatures, avait circulé comme d'usage, et le commis, s'étant présenté à l'adresse du premier souscripteur, avait été égorgé et volé.
Charles de Jonzac, en lisant dans les papiers publics les détails du crime, courut à la petite maison isolée et la trouva envahie par la police. Quelle épouvantable révélation pour ce noble jeune homme 1 II n'était pas possible d'admettre le plus léger doute rassurant : le crime partait de la chaumière du château des Trois-Tours, et le complice était le père de Louise, cet hypocrite d'avarice qui passait ses jours dans la frugalité et ses nuits dans la dissipation.
LS GHATBAU DKS TRQIS-TOURS. 44
Le coup de foudre qui frappait de Jonzac le laissa bien des heures privé du sentiment de la réflexion. Quand il reprit ses sens, il fit des efforts surhumains pour rassembler quelques idées éparses et se résoudre à une détermination. La loyauté lui commandait de se rendre chez le préfet de police et de dénoncer l'assassin , il ne pouvait pas transiger avec son devoir ; son amour et l'innocence de Louise lui imposaient des obligations contraires. L'indécision était déjà une faute; la délation punissait le crime, mais tuait du même coup une pauvre fille; cependant il fallait prendre un parti.
Un moyen terme se présenta subitement à la pensée du jeune homme, et fut adopté, non comme planche de salât, mais comme prétexte d'ajournement.
De Jonzac fit facilement comprendre à sa mère qu'un petit voyage lui était indispensable, comme distraction, et, après avoir terminé quelques préparatifs, il partit pour le domaine du château des Trois-Tours.
Par une nuit orageuse du printemps, il entra dans une allée bien connue, et bientôt il entendit les murmures
42 LE CHÀTEAO Dfe» TAOllMT^tas.
de voix et les rires contenus qui rayaient frappé dans une première exploration : on soupait encore à la chaumière. Charles se remit à son poste, regarda, et revit ce qu'il avait vu; seulement, il lui sembla reconnaître, aux gestes du faux garde Antonio et à la gaieté du châtelain, que le premier racontait son exploit de la barrière du Montparnasse. L'indignation allait l'emporter sur la prudence, mais la prudence retint le bras et la voix du vengeur.
€haries résolut de suivre jusqu'au bout le plan qu'il avait arrêté à Paris, dans le cahue de la réflexion.
Après quelques heures d'attente fièvireuse, lechâtetoin se leva, serra les mains d'Antonio, but un dernier coup et sortit de la chaumière. De Jonzac, qui suivait de l'œil tous ses mouvements, te blottit derrière le mur opposé, en serrant dans chaque main un pistolet de combat dont le doigt touchait la détente»
La poterne du château fit un grincement ménagé, ce qui annonçait le retour du maître. Charles sortit de sa retraite et donna deux légers coups à la porte de la chaumière, en murmurant quelques paroles confuses, comme pour faire supposer que M. Honorât Karlavan revenait sur ses pas pour réparer un oubli.
Antonio ne conçut aucun soupçcm, la chose étant trop naturelle; il ouvrit en fredonnant un air de chanson
i boire, et reoah d'effroi en i^rcevafit m jeuiie homme pâle, armé de deux pistolets, et tout p^ét à laire feu»
Cbaries referioa la porte arec le pied, et dit d'un ton calme :
— Si tu ponsâes m cri, et ei ta ne réponds pas sincèrement à mes questions, je te tae comme nn chîeo emragé que tu es.
. ÂntoBio se laissa tomber de peur i»ar une chaise à bras, et fit signe qu'il obéirait.
— Écoute-moi bien, poursuivit de Jonzac, je sv^s en ce moment, moi, toa tribunal, ton juge, ton exécuteur... Tu es l'assassin et le Toleur du boulevard da Monipar* nasse... Avoue donc, misérable... je t'ai vu! c'est Dieu qui m'avait envoyé là pour te voir, et tu te croyais .$eul ! Le criminel n'est jamais seul. Le soleil est l'oeil de Dieu; cet œil voit tout.
Antonio tomba sur ses genoux, joi^it ses mains et pleura, en bégayant des syllabes confuses qui semblaient vouloir solliciter un pardon.
— C'est toi! c'est toi 1 dit Charles en dirigeant ses armes sur la poitrine d'Antonio.
— Oui , dit l'assassin à demi mort d'effroi ; oui, mais je ne suis pas le plus coupable.. «
— Tais-toi, interrompit Charles, j'en sais trop... Où as-tu caché ton vol ?
— Je n'ai rien ici, dit Antonio en tremblant; tout est là-bas; il enterre tout dans ses caves, loi.
— A combien se monte la somme volée dans la petite maison?
— A cent vingt-huit mille francs ; je ne vous mens pas d'an centime.
— Ce n'est pas ton coup d'essai, sans doute? Voyons, accnse tout... Depuis quand es-tu l'ami de M. Kar-lavan ?
— Depuis douze ans, je crois,
— Et qu'as-tu fait pendant ces douze ans ?. . . Parle. . . ne m'irrite pas ! Mes doigts tremblent sur ces détentes ; la mort peut partir sans ma volonté !
— Croyez bien. Monsieur, dit Antonio d'un ton suppliant, croyez bien que c'est la première fois que le sang s'est mêlé au vol... et c'est à mon grand regret... La fortune de M. Karlavan a commencé une nuit de bal, ^hez M. Urbain Daboy , banquier à... Nous étions incités; nous connaissions parfaitement toute la maison, et nous avons enlevé cinq cent quarante mille francs en billets de banque, en or et en pierreries. Ce vol n'a jamais été découvert, malheureusement ; si on nous eût arrêtés alors, je ne serais pas si coupable aujourd'hui.
Et Antonio se mit à pleurer comme un criminel dévoré par ses remords.
— Je ne veux pas connaître vos autres exploits ; mais je veux que tu me dises exactement à quelle somme se meute votre fortune, car je suppose que vous partagez en bons amis.
Antonio réfléchit quelques instants, et dit :
— Nous avons, dans les caves du château, environ huit cent soixante mille francs en numéraire. M. Karla* van est trës-délicat envers moi, il ne me ferait pas dommage d'un écu. ~
Un sourire triste contracta le visage de Charles de Jonzac.
— Maintenant, dit-il, lève-toi, et sois obéissant si tu aimes à prolonger ta vie... Marche devant, et conduismm au château; tu dois avoir quelque signal de convention pour te faire reconnaître à toute heure chez ton ami... Je veux parler à ton complice à l'instant même.
Antonio fit un mouvement d'hésitation, mais un regard terrible et un mouvement d'armes le déterminèrent, il obéit.
Charles de Jonzac marchait avec précaution et se faisait toujours voiler par un arbre de l'avenue en s'approchant du château.
Quand ils furent arrivés sur le glacis, Antonio siffla trois fois, et, peu d'instants après, une fenêtre s'ouvrit avec précaution et une voix prudente dit :