‹ Le chateau des trois toursChapitre 21 sur 43 · UNE NUIT DE TEBREUR · texte numérisé non relu

UNE NUIT DE TEBREUR

— Oui, Monsieur, dit le commissaire, et j'ai bien d'autres plis en réserve, que vous connaîtrez, l'occasion échéant.

Il y avait une menace dans le ton de cette dernière phrase.

— Vous savez, ajouta Parker, que les amiraux reçoivent devant la Tour, en partant de Londres, des plis cachetés'qu'ils ne doivent ouvrir que sous telle ou telle latitude, ou dans une occasion convenue?

— Je sais cela, interrompit vivement le capitaine ; mais vous n'êtes pas un amiral, vous !

— Qu'importe le grade? dit Parker; j'ai une mission coloniale, et tout fonctionnaire, séparé par les océans de la métropole, doit toujours avoir en portefeuille ses instructions prévues pour toutes les circonstances.

— Mais alors, s'écria le capitaine, écrivez à la Compagnie de venir elle-même, en personne, exterminer les étrangleurs t II y a là cinq marchands d'indigo, cinq vicerois du bleu, qui tomberaient à genoux devant un tigre empaillé pour lui demander grâce, et qui veulent donner des leçons de courage à des soldats comme nous i Bien pluSy ils li'entendent rien à nos opérations de guerre, et ils ont la prétention de les diriger à mille lieues de distance ! Nous étions tout à l'heure cinquante dans la rizière, occupés à nous battre contre une phalange de

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démons d'enfer, et une lettre officielle, remise au lieu* tenant Murphy, nous empêche d'être secourus par vingtcinq soldats frais et dispos t Mais, monsieur le commissaire Parker, nos étrangleurs ne sont pas ici, ils sont à Calcutta, et vous êtes leur facteur, vous!

— Capitaine, dit M. Parker avec una dignité dramaticpie, songez que je représente la Compagnie,..

— Des acteurs siffles, interrompit Taylor.

Un éclat de rire général ébranla les voûtes de la casemate,

— Écoutez,' ajouta le capitaine, suivez mon conseil, brisons là ; je sors d'une mêlée affreuse, mon sang n'est pas refroidi, et je craindrais de vous manquer de respect.

Sur ces mots, il salua, et sortit pour faire son inspection, quoiqu'il n'eût à redouter aucune attaque.

Arrivé sur la plate*forme, il dirigea ses regards sur le champ de bataille; il était calme et silencieux comme un champ de mort.

L'ouragan avait fait son œuvre.

Aucun bruit ne montait dans l'air; aucune forme humaine ne se laissait voir à la clarté douteuse des étoiles et du croissant de la lune.

Ce devoir rempli, le jeune officier descendit à sou appartement, où la belle Katrina l'attendait, en versant

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des larmes qai prenaient leur source dans toutes les tendresses et toutes les angoisses du cœur.

Le bonheur n'est pas dans la monotonie des sensations agréables ; il est dans le choc violent des contrastes, dans Tagonie qui se fait convalescence, dans la mort qui se fait résurrection, dans la douleur qui se fait volupté.

Les élus du ciel connaissent seuls la joie d'extase qui divinisa ce jeune homme, lorsque, après les horreurs du combat, il se trouva seul avec une femme adorée dont la beauté changeait en paradis ce sauvage désert de la mort.

Les lunes de miel des deux jeunes époux de Richmond ootsouvent leurs éclipses; elles passent sous les brumes de Tennui.

L'amour nuptial, exilé par un mari à la campagne, se tourne bien des fois du côté de Londres : c'est que l'horizon est trop pur, la colline de Richmond trop verte, la source de la Tamise trop riante, l'hôtellerie du mariage trop douce.

Il n'y a pas de régime à ce bonheur.

Pour savourer toutes les délices des sens, du cœur, de r&me ; pour exprimer toute la somme d'extase que la nature a mise au fond de Tamour, il faut placer deux jeunes époux dans ces terribles épreuves dont cette histoire vraie nous raconte les émotions nocturnes; il faut

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vivre dans leurs cantonnements avec leurs femmes^ même légitimes, » Il résulterait de l'ancienne tolérance les inconvénients les plus graves. Cette nuit même, et en ma qualité d'inspecteur, cela ne m'est point échappé, cette nuit, si le capitaine Taylor n'avait pas été rappelé par sa femme, il n'aurait pas quitté si promptement le lieu du combat, et il n'aurait pas été vaincu par une poignée de fakirs et de mendiants, Mon rapport est déjà fait là-dessus.

— Mais votre rapport est un infâme mensonge. Monsieur ! dit le capitaine en contenant son irritation pour éviter le scandale ; on ne vous croira pas 1

— Ma signature au bas dU rapport est accompagnée de bien d'autres noms, ajouta Parker.

— Autant de faussaires! reprit le capitaine.

— Le brave lieutenant Murphy est un faussaire ? demanda Parker,

— Ah 1 il a signé le rapport, lui aussi ! Cette preuve me manquait. M. Parker, au lever du soleil, nous éclaircirons tout cela.

Et il fit un mouvement pour se retirer. Parker lui barra le chemin de la porte, en disant avec solennité :

— Au milieu des dangers de cette nuit, mon devoir est de faire exécuter, sans retard, les ordres sages du

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