‹ Le chateau des trois toursChapitre 23 sur 43 · UNE NUIT DE TEARËUB · texte numérisé non relu

UNE NUIT DE TEARËUB

d'enscTelir au désert les braves morts pour le pays. Nous Toas laisserons seul dans cette maison pour faire votre rapport.

Tout le monde était déjà sur pied ; le premier rayon da jour donnait le signal du réveil en brûlant les pan* pières*

La petite réserve et les survivants du désastre, quoi» qie blessés, arrivèrent à l'appel du capitaine ; la seule femme de la maiscui, mistriss Katrina, vint se mêler au

cortège, en ayant eu soin de coudre des rosaces de crêpe noir à son sari blanc.

Les clairons exécutèrent le God save the queen, et on se mit en marche pour la rizière voisine, où les morts attendaient les oiseaux de proie ou les funérailles.

M. Parker vit défiler ce cortège, et aperçut même son domestique dans les rangs.

Son isolement lui parut plus dangereux que le service fonëbre, et il se décida enfin à se placer au centre^ comme au poste le plus sûr.

Le soleil et le bleu du firmament ne pouvaient pas réjouir cette scène lugubre^ ce paysage de désolation*

La tristesse de la nuit couvrait encore la campagne.

Le cortège traversait un jardin sauvage planté par la Datare, et arrosé par une rivière perdue dans la sinuo* site d'un miorne vallon.

Les soldats tenaient leurs armes apprêtées, comme si

m LE GQÀTËAU DES TftOIS-TOURS.

r«nnemi allait sortir des herbes; le capitaine marchait en tête d'un pas iaot, mais résolu ; mistrisa Katpina ne voyait que son mari.

On arriva sur la ri^iëre et on fil .hàltô. . J4e terrain de Id bataille avait été parfaitement rBca&im.

C'était une rizière dont les épis avaient été bouleversa par une teïûpàte sur un saul point, et« airtour delà dévastation, les fleurs sauvages et les chalumeaux is paille s'élevaient de toute leur hauteur, saus montrer la teaçe d une souiihire.

On découvrait, par intervalles, . deg flaques de sang f (Kiis et des débris d'armes, mais, chose inouïe t pa$ tin cadavre : les Indous et les Anglais tombés dans le combat avaient disparu.

On ne pouvait admettre une invasion nocturne de botes fauves ou d'oiseaux .de proie, car ces hideux cofi- AHVes de la mort laissent toujours sur place les veatiges sanglants de leur festin .

La petite rivière n'avait .pas emporté les cadavres, car à chaque pas, en suivant les berges, on rencontre des arbustes épineux, des lies de verdure, des arbres penchés sur l'eau e^mm i^ édose» loalordte», ^l«i- «In de ca» ob^tafil^a s'attentait k pniitfe d'm leii) «adaf re, m gardait taeone trài^ dfi m^ i e'^tait paMMI

la pureté virginale et primitive d^ la ^réaliQRi W 4el Quatre fleuves de l'Édeo avant U f^Hta^

Les yeux se baigqaÎQnt da larmes at les figures se bouieyerçaientde surprise deranl; ea tableau mysténeai et sinistrNi, joyeusement éclairé par eet égoïste soleil qui a tout vu et sourit à tout.

Le moins étonné de la petite troupe était le capitaine Taylof : il connaissait la guerre des étrangleurs dans DUS ses secrets et ses plus horribles dàtoils, soit par ex« périeope personnelle, goit par les rapports de ses eamarades.

I^es assassins de la déesse Deera obéissaient à deux lois qu'ils s'étaient données, aux premiers jours de leur calme insurrection ; ils ne versaient pas le sang et fai^ saient disparaître les aadavres*

Cent fois déjà^ depuis Hyderabad jusqu a Joudpour, et depuis Âgra jusqu'à Delhi et aux pieds de THimalaya, les postes anglais avaient été surpris par les étrangleurs^ et toutes les recherches, faites avec la plus minutieuse investigation, n'avaient pu rendre à la lumière du jdur un seul des milliers de cadavres enlevés dans la nuit.

Jamais, aux environs d'un cbamp de meurtre, un terrain fratcbement remué, une fosse mal recouverte, UB carré de fleurs et d'herbes fauchées, n'avaient servi d'îudifif pour découvrir ]p secrpt de cea inhumations

téuébreu^$t

On avait sondé la profondeur des lacs, les massifs dea jnngleift les gouffres dea montagnes, les cavernes des

tigres, les entrailles des marécages, le creux des arbres séculaires, et l'énigme gardait toujours son mot.

On les brûle peut-être, avait dit le Bombay- Review.

Supposition inadmissible.

Devant Djemah, en 1838, deux cents Anglais, surpris dans leur sommeil imprudent, furent étranglés, et aucune recherche ne fit découvrir leurs cadavres.

Le bûcher qui les aurait consumés dans une nuit aurait aussi laissé des traces sur le terrain et répandu partout aux environs une odeur et une fumée qu'aucune précaution ne pouvait dérober aux postes, aux cantonnements et aux villages les plus lointains.

Le bûcher était donc inadmissible. ^

Il était réservé au capitaine Taylor de faire une découverte si importante, et il Ta consignée avec tous ses détails dans son livre publié à «Londres, en 1841, sous ce titre : Confessions of a Taug.

Ainsi la guerre des étrangleurs, commencée en 1812 sous le gouvernement de lord Gornwallis, et bien avant la venue de sir William Bentinck, a gardé vingt-huit ans le secret de ses inhumations.

En 1842, je fus présenté au capitaine Taylor, à Marseille, par sir Georges Grey, qui commandait la frégate Belvidere^ et un entretien de deux heures me fit connaître bien d'autres secrets de cette guerre fabuleuse dont l'insurrection d'hier est le résultat et le complément.

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