‹ Le chateau des trois toursChapitre 6 sur 43 · LE DRAME · texte numérisé non relu

LE DRAME

La nuit, toujoars précoce dans ces climats, était tombée depuis longtemps, et cette fois, infidèles à lears habitudes de promenade, Paola et Àmata n'avaient pas encore para chez leur père Luiz Rivarès, à leur retour de rhabitation de John Windbam. Le jeune docteur Hébert commençait à ressentir quelque inquiétude, bien qu'il affectât beaucoup de gaieté devant le père, en ne lui parlant jamais de ses filles, mais en lui racontant les heureuses épreuves pharmaceutiques qu'il venait de faire dans son laboratoire avec deux nouvelles plantes découvertes le matin.

Par intervalles, Luiz Rivarès laissait échapper la phrase ordinaire des attentes longues et inquiétantes :

— ^Je ne comprends rien à ce retard, elles devraient être ici depuis une heure au moins.

Ils étaient assis tous deux sur l'escalier d'un chattiram, à la clarté de ces splendides constellations qui donnent autant de jour aux nuits de l'Inde que le soleil aux jours du Nord. Quand l'entretien s'interrompait, ils prêtaient

106 LS fiHATBÀU DSS TftOIS-TOURS,

r.oreîIle à tous les bruits de la campagne, et le docteur Hébert redisait cette phrase :

— Il n'y a pas l'ombre du danger sur le chemin. Huit porteurs et deux cipayes ; avec cette escorte, deux femmes traverseraient Tlnde aujourd'hui. Le tigre est rare et poltron, et d'ailleurs il n'est pas encore levé.

Une plainte sourde et presque humaine se fit entendre, et Luiz Rivarès tressaillit en r^rdant Hébert. Le jardinier passa devant Thabitation, et dit : -^ Baby se plaint et refuse d'entrer dans son enclos : sa maîtresse ne lui a pas souhaité une bonne nuit.

— Pauvre Baby, dit Hébert, je vais le consoler, et Gylon aussi.

Baby et Gylon, les deux éléphants favoris de Paula et d'Amata, s'obstinaient à ne pas franchir la porte de leur vaste rotonde et restaient sourds aux prises des jeunes Indiennes, Leïla et Naddya.

Hébert avait saisi cette occasion pour se séparer de Luiz Rivarès et se délivrer d'une contrainte intolérable, car ce relard dans l'arrivée changeait déjà ses craintes en désespoir. Yolsy, d'ailleurs, lut paraissait suspect, et ne sachant plus à quelle cause raisonnable attribuer l'absence des deux sœurs, il soupçonnait même un crime et toutes les extrémités alarmantes qu'on peut admettre dans un désert où la loi ne protège que les criminels.

ToQtefoi», comme il s'étarit engagé à consoler les éiéphants, il marcha vers Tenctos^ et, s'adressant 2m. denx colosses, il leur dit tout ee qae la tangue anglais a de plis doux en superlatifs en est^ pour calmer leur impatience.

— Prenez garde^ lui dit Leïia, n'approchez pas trop deCyloù^ il est furieux; regardez ses oreilles comme elles s'aplatissent^

— - Il est trop raisonnable pour être furieux contre moi, dit Hébert; que lui ai-je fait?

•— Vous êtes du pays et vous avez Taccent du domestique de son ancien maître, le marchand de Meerut.

— Gylon n'aime pas les Français? dit Hébert en riant,

— U e» a tué un à Meerot,

Hébert fit deux pas en arrière. Le plus brare redoute m coup de Urompe appliqué sur le front*

CylonaYait Fair de comprendre le sens de ce dialogue, et il prit une attitude calme pour ne pas effrayer un hoaune qui^ au fond, était un an», quoique Français.

Hébert fauessa un éclat de rire, et, reprenant sa pre-mière place, il dit :

— Gylon devait avoir de graves raisons pour tuer un Français, et. . .

— Oh ! le Français avait tort, interrompit vivement Lefla.

— Je m'en doutais bien, et si nous avions le temps...

— Ohl rhistoire n'est pas longue, reprit la jeune fille... Écoutez... Tous les jours, Gylon était conduit par son maître à Tabreuvoir des éléphants, à la porte de Delhi. Ce mattre tomba malade, et le domestique, qui était un marin déserteur français, monta sur le cou de Cylon pour aller à la fontaine. Chemin faisant, il acheta un coco et il essaya de le casser à droite ou à gauche sur les pierres des maisons. Les rues de Meenit sont fort étroites, mais la grosseur de Cylon empêchait toujours le coco d'arriver aux murs. Alors cet affreux domestique eut l'abominable idée de casser le fruit sur la tète de Téléphant ; il traitait ce noble anhnal comme un caillou de chemin. Cylon comprit la gravité de l'insulte ; mais, selon l'usage de ceux de sa race, il ne se laissa point emporter au premier mouvement d'une colère juste, il voulut réfléchir pour s'assm*er que le domestique ne méritait aucun pardon. Le lendemain, sur la même route de l'abreuvoir et dans la môme ruelle, le domestique allait à pied en conduisant Gylon, et, quand ils furent arrivés devant le marchand de cocos, l'éléphant cueillit un de ces fruits avec sa trompe et le cassa sur la tête de son conducteur.

— Et la tête? demanda Hébert avec effroi.

— La trompe était furieuse ; elle cassa tout, et la tète

. ELKPHASTTS ST XOXSTRES. 100

bien mieax qae le coco* Après i^ela, notre beau Gylon se rendit seul à Tabreuvoir et rentra chez lai, saiyi de témoins qai avaient vu l'insulte et la vengeance, et le JQslifiërent devant son maître. Tous les habitants de Meemt ont donné tort au domestique, et personne ne Ta plaint.

Pendant ce récit, les deux éléphants donnaient des signes d'inquiétude; ils ouvraient démesurément leurs oreilles caverneuses, comme pour mieux écouter des bniits lointains qui ne pouvaient arriver aux faibles oreilles humaines; ils élevaient verticalement leurs trompes comme pour recueillir, dans les brises du soir, des émanations de bêtes fauves sur la route que devaient suivre leurs deux jeunes mattresses, à leur retour en palanquin. Du moins, c'était ainsi que Leïla et Naddya essayaient d^expliquer les mouvements mystérieux des deux colosses.

— Un grand péril est dans l'air, dit Leïla en regardant du côté de Meerut. Les hommes se trompent souvent ;v ceux-là ne se trompent jamais.

— Oh ! s'écria Hébert, ceci est extraordinaire ; il faut courir à l'habitation de John Windham. Leïla, faites agenouiller Cylon ; Naddya, courez me chercher une carabine ; je veux voir, je veux secourir.

Au premier signe de Leïla et comme s'il eût compris

Ifonfirev Cyloft se prépamt à diomuir s» bMbnar fa?ir«ri$«r FeseaMeâ'B^berl^ tofsifa'oii ril s^'éfiia»?^ ta dmm- de FllkaèitaiCïOiif yeps^ t» foMb d^ Meerat.

— ^Leseftiens ff'à&oieffi pts, iKfefit 1^ J€fiBi«si JBIa en sautsint da jpte > ee^ s@Q4r les paiàiupiâuii

En effet, les deux filles de Luiz Rivarès, éclairée^p» tes^t(ndte»d& rfokie, painirasl bieiiiM soasifes peemîers dscbres de l^aimime et Hoiabëreiil; diaiis tes bras de Isor pèrer^ es dbniiaixt des signes^ dTâse terreor »»4essa$ ctes féfSs cofum?.

Me^ maoSèreol^ fapidenfô»^ l'escalier cb^ t'babîlsxliift, efftFèfliaili dans k grande salle et s^'a^sîiiefit ov, pQor nsieux direy temibèrenÊ: sur te: pveaà&r ditait^ Cekii fê se tes atH*ai)tirues qu'à teor d^iact n'aurs^itt pja le?, i»' eonaitre k leur letosr. A teur pâiear liTÎdev à teur déseilaéoa. iBsiette^ oel ne; sarak queUes ffisnfectuires estrftOMs il fallait atteindre pour deviner les angoisses §ae leâ fiileB de* RltacSs. i^nakiit èet subir.

On feirm^ lia porte* i& b sdile». et k è)Gli»i]r Hébeirt resta seul avec Lmz tàr^ttès suprè» de Pasda^ et i'kr malla^ Le jemser homme amil yoisbi se retireiv mais, un ftiga£s impérieus: io» cbef de. fanaille Fai^t reteniiu. Un médecin n'est jamais, d'ailleurs^ à& trop dto^oea- eriees mortelles ; c'est ce (p'avaMfc peasèRpvarèa.

.1^ éjozt&Boc frauçâ& a^ait m pins han^ degré uae fa-

f LfpffAims nv ironsTftsiL 111

aâté instmelire qm ii%f sduvent ebez las autres que le frak d'une neUle expéneace et d'ane Icmgae obsarra* tioQ; il savait lire sur un visage la pensée iotime, à cause sartoQtdes efforts tentés pour la cacher. Ainsi, en ce moment rapide comme l'éclair, il comprit (pie la dooleiir, TëmotioD, le désespoir des deux sœurs prenaient leur source dans [des causes différentes, et que l'épouvantaèle révélation qui allait se £iire ne dirait pas tout, et garderait un secret important.

Voici donc ce qui fot révélé par Amata»

La garnison cipaje de Moradabad s*étant révoltée, elle avait massacré les officiers anglais et toutes les fa> milles anglaises. On disait qu'à Delhi et i Agra la rébellion indigène s'était livrée aux excès les plus atroces, à des actes de brutalité inouïe* Une sourde agitation régnait dans le régiment de Meerut. On s'attendait à une explosion, et le jeune Yolsy, n'écoutant que son devoir, s'était arraché des bras de sa famille et venait de montar à cheval pour rejoindre son cantonnement.

A cette phrase du récit d'Amata, sa soeur Paula cornprima ses san^ots et laissa tomber sa tété sur sa poitrine dans une convukion nerveuse.

Hébert avait tout écouté vaguement, il ne regardait que Paula. Dés ce moment, le drate ne fut plus permis : Paub était la fiancée de.VoIsy Windbim.

— Le secret avait été bien gardé, pensa Hébert^ mais il y a des circonstances décisives qui trahissent les plus intimes secrets du cœur.

Luiz Rivarës embrassa tendrement ses filles, et, après un long silence, troublé seulement par des pleurs, il dit :

— C'est sans doute un très-grand malheur ce qui arrive autour de nous, mais enfin la rébellion ne menace que les Anglais ; nous sommes des colons étrangers, nous, et les Indiens n'ont aucun motif pour nous faire

• du mal. Ainsi il n'y a pas de quoi nous désespérer, mes chères filles. Notre habitation est un asile sur; le pavillon portugais la protège,.. N'est-ce pas, docteur Hébert?

Le jeune homme se promenait à grands pas dans la salle et ne donnait aucune attention aux paroles de Luiz Rivarès; mais, en entendant prononcer son nom', il s'arrêta, et, ne sachant que répondre à une demande qu'il n'avait pas entendue, il se lança brusquement dans un accès de colère et s'écria :

— Mais je l'avais prédit cent fois et tous les sages de l'Inde l'ont prédit !. La vieille folle (la Compagnie des Indes) perdi^a ce pays ! Les méthodistes ne savent que décoloniser ! Les semeurs de fausses Bibles ne doivent

récolter que l'insurrection ! Tant pis pour les fous et les

- £l£phants et monstres. ; 113

aveugles ! Je le disais ce matin encore à Yolsy et il riait ! Ce soir, nous ne rions plus. Ofa ! les; maladroits 1 ils n'avaient qn'un homme, lord Ellenborongh, et ils l'ont destiUië comme païen i Old Company, yoilà de tes conpsl

•— C'est très-juste, dit Luiz Rivarès ; mais que pense^Yous de ce que je vous disais tout à l'heure?

— Je pense tout ce que vous voudrez, répondit Hébert avec la brusquerie d'un fou furieux.

Le silence retomba dans la salle, et Amata l'interrompit bient6t en appelant par la fenêtre Leïla et Naddya pour leur recommander de donner des rafraîchissements aux pauvres porteurs et aux deux cipayes qui les avaient ramenées au pas de course à leur habitation.

— * Cette nuit, dit alors Rivarès, il n'y a aucun risque pour nous; ainsi, mes chères filles, allez prendre un peu de repos dont vous avez tant besoin.. Demain, je ferai arborer le drapeau du Portugal sur le toit de Qotre maison.

^mata se rapprocha de son père pour lui dire quelque chose de plus confidentiel sans doute, et le jeune docteur voulut profiter de cette favorable occasion pour ^sser directement la parole à Panla ; mais celle-ci se leva comme une pythonisse sur son trépied^ et dit d'une ▼oix sourde :

H4 lE mATIAV BSS TEOia^TAVlS.

«- Toidex-VDils sxToir^ Bionsieiir^ la envie de notit retard? la foid; Ma sœwetjnoi^deHKfsiiimeai aois Tcmlioiis paitîrpiMir Heernt; bm»| TbnliùDt «Gcoai* pagner œ brave soldat q&î iaisait liAfoî(pKJneBt ém devoir. Et vous. Monsieur, vous, âon ami, vous dépmiaa TOtre cMrage contire la Coas^agnie de» làdes^ les méthodistes et les semeurs cte fausses Bibles 1 Yossafes ouUiè que la France a élé TaUâie de TÀsgl^rF^ dans la guerre derniers, et vous n'avez pas en la généreoBe inspiration de courir à Meerutpour remplir votre double devoir d'ami et de médecin t

Et, sans attendre une réponse. on une jnstificatîan, Paula eourîit rcfoinâre sa sosur, en laîseuit Hébert: ish mobile et muet de sorpnseet de cenliûâQn«

XJn instant après, il était seal danis la grande salle; tMs adieux àa soir loi avaient été adressés et û n'avait pas répondu.

Vingt projets se croisaient dans sa ttte, tons admis et rejetés au même instant. Le sang brûlait ^n front et tout lui paraissait à la loâ fiM^ile et impofaiUe. Unebettre tenait dé Knversisr réchabodage de son avenir. U^'ér^ tak complu dans un doax t^e; il se voyait arriver à la. fortuné et à la céUirilâ par des tt^Roa Imnon^des iSt; des découvertes îàonies dons ce janttn de 1 -I&de, oe kf boratoire du soleil, cet herbier de Dieu, cette phaciaà*

copée du monde; fl iHftit ïwâ étijtm itnoKte, ei, le nneiit mim, â dffMt BéotBSMeinral âe^mnr «en pBdm« &D cn^emnBl .tôni, il neM iMait {»&» di» renfaît jMioft. Im fcenK-fils ^oonse te iecteiir ttéhsct CMnÉb oiUAKttleot fus ii rètatiG^pM da fianga, «at tnoB lesfBBte^nts âi UrnmçÊ^Dfii» ne senfeenaiit f a&» coBOM aàui ti'B&bmt, ^e sîgiiÉleaHnt arinsbigeiiK:: VSàff^^Gmf «m^ «fatnsifa; «MÏrs, «es ^fuiSu, frm^

del'JmHOie, ctar le moiimmtiiuè doit s^jpfiUçier ga-Â Il faomie r ic'«st m .iBi^iracissmnutttfèiAiiB&.

Cm jene éffieinr iSDgbia, Mmi, j'ione <et d«ax„ âlnÊt le fianei 4e £itâi, «t» f»nr n'èk» pas tdé^hoftanè ivk

anttft4ta!SDli»t«I^Énnf9se àa «médeoiÉ psnirdaDDflrie WQBB âe l'snnkiè ià tm irhral Imiiicbiiv» BémueBfiBBtaVftews éti connue Imimm*

fi y a dm» d^Êiss^ilBâeiK a&ots «diliiiies âoss tonr assoeMen:: c.fe»e3èwnii*tftpiait»^âBMrynnt;fi^att«^ c'est le cri des résolutions héroïques. Hébert le trouva dans son âme et il se leva pour partir sans faire aucun adieu ; son absence devait parler pour lui. .

Comme il se rendait au quartier des domestiques, il rencontra César Yerlacq chargé d'une gerbe de plantes, etniuidit:

116 LE CHATEAU DES TAOIS-TOUJIF,

— Veux-tu m'accompaguer i Heerut?

— Mais savez-vous ce qui se passe à Meerut, dit Verlacq; savez- vous les dernières nouvelles?... Non... Je vais vous les apprendre... Deux domestiques anglais arrivent à Tinstant et se sont réfugiés ici. Ils ont édiappé par miracle au massacre. Les habitations européennes sont incendiées aux environs. Tout ce qui est de couleur blanche est anglais. On n'épargne que l'Indien. Les cipayes conunettent des horreurs sans nom, ils égorgent, outragent, hachent à morceaux les femmes, les jeunes filles, les enfants. Jamais le soleil indien, qui a tout vu, n'a vu pareille chose. A présent, maître, voulez-vous voir cela de près? Marchons, je vous suis.

— Va seller deux chevaux tout de suite, mon brave Verlacq, et attends-moi à la petite porte de l'enclos de rhabitation. Je vais écrire une lettre à ma mère, et, ce devoir rempli, nous ferons l'autre. Va choisir nos meilleures arnaes de Paris^ charge les carabines et les pistolets comme pour une chasse au tigre, et hâte-toi.

. ftiPHANTS ET MONSTRBS» 117

La naît était avancée ; un silence de solitude régnait antour de Thabitation et donnait une. affreuse tristesse à ce paysage nocturne que le soleil fait si joyeux. Une seule fenêtre restait ouverte à la façade du nord et laissait échapper la clarté d'une lampe, reflétée sur un épais massif d'ébéniers. C'était le kiosque de la chambre des deux sœurs, Paula et Amata ; elles demandaient à l'air de la nuit un peu de fraîcheur pour adoucir la fièvre de

leurs émotions et attendre le bienfait du sommeil.

Deux hommes, — nous sommes obligés de leur donner ce nom, — sortirent du massif d'ébèniers comme deux bétes fauves, et se mirent à ramper comme des reptiles^à trarers les hautes herbes, selon l'usage des Tangs, quand ils vont se faire étrangleurs. Ces deux monstres de nuit avaient pour surnoms Tauly et Mendesour, les deux fidèles cipayes de Volsy. . Arrivés an pied du mur de l'habitation, sous le kiosque des deux sœurs, ils prêtèrent l'oreille pours'assurer que

lis LE CHATIAI! BXY nOI8-*TÔnÀS.

l'entretien des deux jeunes filles avait été interrompu par le sommeil ; et ensuite ils examinèrent le mur, pour l'escalader avec l'agilité merveilleuse des jongleurs indiens.

Un léger frôlement d'herbes leur fit détourner la tête, et ce qu'ils virent dans l'ombre glaça leur sang et arrêta le cri sur leurs lèvres. Ûeiix constables de la nature, les deux éléphants, touchaient du bout dé leurs troDipes Tauly et Mendesour, et les regardaient avec de pêtils yeux rouges comme des tisons.

Abandonnés à eux-mêmes, dans le désordre de cette soirée 06 maîtres et serviteurs avaient perdu U tête^ nos deux amis^ €yIon et Baby, profitaient de four lib^té nocturne et pâturaient à travers les cannes à suct^; mâa leur instinct, supérieur à notre raison, leur fatsaml près* sentir des dangers nouveaux dans cette confesion masi» tée, ils veillaient de loin sur l'habitation^ comme deux molosses de garde au fictif infaillible, et les deux Hia* raudeurs indiens venaient de s'apercevoir (fe tant do \igilance et de soins intelligents. Les éléphants avaient arrêté les co!q>ables sur le lieu du délit, mato leur devoii* se bornait là ; ils ne se regardaient ni CMioio des juges, ni comme des exécuteurs ; ils emprisonnaient tes deux cipayes dans le formidable cerclé àeleun trompes, et attendaient Te jour pour les lin^â lajusliee humabe.

Le 4ootmirJKhBnt iHMit itecmiaé^nBe lmigfà»éXjti^mm

~-&j6 iaasBi»âftU40âtlB jeiB>AditiâB« pe&ftaiUt j'vU-

tït résolument pour aller rejoint Gèmst Keïlaof •

Cm «Aàe ioffit «iRtBftBiie 4e ââtfittsa «m i^^ miaiSiWÉ ; al «aafail «éDOiifir «a (AePftÎAr «OKip Â'aA, coiame«BiaiîâB,\aaUûB|pêife fiants «AlHiith. l'abri* taft ««/lilâiaiisdii jmrém» me «mbce «âfiiiQ«, f^or lire M itariidMV 4|B»ddl flutlowiiè FMigl&^âavMur^ Hs'jffrAla tasupeiseiit, aame j&Aà»yétAe.'aw[|tt*is£^iaQiqpfin^ lont SB UaUa«a<âfi mmU ittCâBa» dans J'4Kffitain& et Ja fable JBâtâBoea^ 4fiK àoBMBas siaiâta^ inunhiies. 9Êiam^yà^aXiSÊBtm$ dr]pMkkinoî^i&tçgaidâB<&^ve|MHr deux éléphants. À la ^daoté idoAteiise jfpi tondiait :dii fciftiffne, frn 'TiiTiTTi^ nr wfiim de^ceaB^éBocmes J^as-d^elîefs Ab» Ifiigples sâutasëns <d'ÉlAiaB«, liu:s(iiikn xi^on de htftm àaàÊmAtie péiMMe dans Jes lènébceues thop» renrs de ces puits, creusés par des architectes .kh

J^ftfèsiaJogHnflC^iai^exifmw^ dâe*

190 LB CRÀTBAC DIS YROIS^^TOUâS.

teur devina tout en reeonnafôsant les deux cipayes. Maraudeurs nocturnes, ces bandits cuivrés étaient comme l'avant-garde de toute la bande de Meerut. Ua horrible danger menaçait donc les deux fiHes de Rivarès, et, pour le moment, il ne fallait songer qu'à veiller et a défendre, sans alarmer les jêuneé fenunes. Hébert renonça par devoir et par nécessité à son expédition de Meerut, et tint conseil avec César Yerlacq sur le parti décisif qu'il fallait prendre.

Yerlacq, qui vivait dans l'intimité avec les deux éléphants et leur servait souvent de cornac, dit à Hébert: * -— Laissez-moi faire ; je crois mon idée bonne.

Il se munit des choses nécessaires à l'opération méditèe, marcha aux cipayes, et, sous la protection des deux trompes amies, il garrotta étroitement Tauly et Mondesour, et enferma les coupables à triple tour dans une cave de l'habitation. Hébert accompagnait son dômes* tique avec deux pistolets armés, le doigt à la détente, et prêt i faire feu en cas de rébellion.

Après cette expédition, Hébert consulta Verlacq sur le nombre des serviteurs sur lesquels on pourrait compter pour défendre Thabitatioa dans un cas de surprise.

— Sur bien peu, dit Verlacq avec tristesse ; je connais tout le personnel et je vois à peine quatre honunes braves

f LftSBAKTS ET MOKSTBES. ISI

et sincèrement attachés i la maison : il y a le jardinier, le palefrenier , le domestique de M. Rivarës et un batteur de ris ; toat le reste ne nous ferait aacnn mal, je crois, mais ne nous défendrait pas.

*- Eh bien ! dit Hébert, il fant tout de soite, et sous mi prétexte qaelconqae, réyelUer ces qaatre hommes, les instruire da péril, et lem* dire de se tenir prêts avec des armes sous la main;.» Le plus grand secret surtout, mon brave Yerlacq : il faut que les femmes né sachent rien; éUes ont déjà souffert assez, et...

— Mais, interrompit Yerlacq, si nous sommes attaqués, ces deux belfes demoiselles entendront les coups de carabine, et il vaudrait peutétre mieux les avertir.

— Non, Yerlacq ; ce qu'il faut avant tout, c'est leur d<mner du repos et du sommeil le plus longtemps possjUe ; et puis, qui sait? notre devoir est de prendre toirtes nos précautions ; mais nous avons encore Theureuse chance de n'être pas attaqués.

— Yoùs avez raison ; mais lorsqu'on se met à prendre des piécautions, il faut les prendre toutes, dit Yerlacq; après avoir réfléchi, voici la meilleure. . .

— Yoyons, donne vite la meilleure, dépéche-toi I

— Yoici, maître ; je vais placer les howdahs (1), et

^ (I) Les hùwdohs sont des espèces de cabs ou cabriolets saos rouet porti» par lei éléi^buils:

lc« |te luCeB, me àê é» àd s» ifaK 1ll|iliaili / afiKp'fb ««BttfrfSU at fa'«B liytfias'^li far die::

première aterte, Gylon «t Babf «opisitoMl ok |eMB fUk» et lews mcAMte (i^énunl ^oecsMÎM Ama fte TJAeifM J6dbe«»lJe|>iiH3ûfile;mû||efliedD«|pâB la» ttvÉBMRe en liaB jajte.

iUbttti€A6d2Ktaft pBaetâit:

««-Je f4(|^mn«, ae ^indou pas ieHegi^ iteetehowdahs, et aprës.iéreîlieiet»naiesSl<dBs*ie1ijnà* 80B ; U teit .911e iaos iioe tos« t9«t .«Htfii^

clHBf ë 4a cple 4e senlmeie^ piAtsk c&iliimâBaMSBit â'4» riiHie mx loamiiros de ;bi cai^ii^ «(t>fi'^ait€»ifait «en gttî îmtiiÉt tes ciMiles ; aoianB âHwtabsmaafttne si'ibi/ait «Il mmmxiu La pettîte Impe des HâBfà&mR^ TèmÊÊt «MU le ctuÉtinmsu lésaÈ becmefnsie;; teHK éléphants attendaieiU à la ffic»Qle ie lau* mnàn^ ^ Ib pttOttMHisat |»}iieQJL» itsak T^eiiacq^ .0Mis«B «"as «Basent detMifc Ja igeaBâfiBr doLjeraoefm'Jis alUw»! imâ» i leurs jeunes maitodssesfflanis'eeite affirease mât

Oa 4rttettik k âa^er jssfu^av lever ^ "sdôL La dmé 4a ÎMR* Jtteûpales ^faii$aâfls«^l6«râ0Biia<idtee un caractère d'exagération presque rÎGUciile^ YeàaB^ hasarda quelques, plaisanteries en iMMMUit Offai A

. isJf HASTS BT xovmsk flB

Btbj^àaas kar '«dos, oà iknûiimmsk ie fattinil de voyage^ Les S8rvilear&» que le tnvatl j^ppelail, m«w nuffènsnt ceàtre Hébert^ en rie^reltoii hm niMt peithie. Toutes les hisloîn» de h T«iSe finrent trul^4e tisteiis uKeraies et de cont» cbniois ; Lm Rmr6s Imaèrne, nmaré pAf réciat da soleil t^hsérèmtèéeh^atapagoe, Boiitra oa TÔage s! cahM, que le trar»! roeommeoçt dans Fosiiie comme si lesalames de la veilte n'ensseiA pasexisti.

Panda desœndit fort tsrd et seale; die man^ta hd grand étonnement en voyant le docteur Hébert as^s awc însoQciance wr b temsse 3e rhabîtatioa, et s*anmça "vers fait atec rfntestioii de reoevoir son salât ^ de le reaKfDM ironiqnemeid duzâe avec lequel il avatt oonni an secours de Yolsy. Les promiers motsècha^^ês entre la jeune fille et le docteur furent froids et com^ laAIes ; mats Pnia itaît trop ▼ivemëot irritée pour s'en iBBff i cm piéUminaîites.

— Monsieur, di^elle 4e sa Yoix la m)MM douce, j'ai toujours eatendu Tauter là galanterie des Français, et je vois aujourd'hui qu'elle est à la hauteur de leur cou*

Hébert bon^osmme si cette phraoe eAt été u ooap es foignaid, et r^mifil surm ton cadme : ^ Ma^teoisdlB^ fl ne faittpàs j«ger d'au peuple par

iS4 LS CHATBAir DIS tHOIS^TOITllS.

QQ homme : je puis manquer de galanterie et de courage, moi ; mais cela ne prouve rien contre ma nation.

«— Ainsi, Monsieur, reprit la jenne et belle créole, TOUS ne vous justifiez qu'en vous accusant.

— Que pourrais-je vous dire. Mademoiselle ? les fate parlent contre moi ; les apparences ne me sont pas liyorâbles. Je devrais être à Meerut, et je suis ici. J'aima mieux la sécurité que le péril ; c*est trop évident.

— Et votre nuit a été assez bonne, sans doute?

— Oui, Mademoiselle, je suis assez montent de ma nuit.

— Et maintenant. Monsieur, le soleil, qui donne, du courage aux plus poltrons, ne vous conseille pas mieux que la nuit ? Vous irez herboriser le long des misseaux? Vous n'irez pas à Meeruf connaître le sort de votre ami?..

Le silence obstiné d'Hébert mit au comble l'irritation contenue de la vive créole ; elle lança au jeune homme un regard foudroyant, et lui dit :

— J'apprends aujourd'hui comment est faite la lâcheté.

Etellcdisparut sous les arbres, en murmurant d'autres paroles plus injurieuses encore pour Hébert.

Le jeune homme se montra héroïque pendant cet en* tretien intolérable; il n'avait qu'un mot à dii^ pour se

iliPHANTS ET XOKSTftSS* 1S(

jasiffier d'une si odieuse accusation devant une femme aimée ; il préféra se Uâre et rester fidèle à son premier plan de conduite : ne pas alarmer les femmes et les protégé à leur inm.

Paula ne s^ea tint pas aux paroles ; elle profita de Tascendant qu'elle avait sur son père pour tirer- une vengeanee complète du silence et de la conduite d'Hébert; elle exigea que, par ordre de Luiz Rivarès, ce lâche Français serait chassé de l'habitation, comme indigne de s'asseoir à la table d'une noble famille portugaise. Le père, dominé par Paula, s'inspira de l'aveugle indignatm ^ sa fiile^ et rencontrant Hébert dans la salle verte, il lui dit, sur le ton le plus injurieux :

<-» MMsteur, l'Inde est grande, on peut herboriser partout; honorez -nous de votre absence, on vous- saura gré de ce service chez les Rivarès.

El portant la main à son chapeau de Manille, Sans se découvrir, il fit une révérence ironique et s'éloigna.

Hébert courut à lui, et le prenant par le bras :

— Me permettrez-vous, lui dit-il, de vous faire, à vous seul, une petite confidence ?

Le ton naturellement amical qui accompagnait ces paroles frappa Luiz Rivarès ; il s'arrêta et parut disposé i écouta la confidence du docteur, v ' Alors Hébert révéla dan3 tous leurs détails les hor*

m LB çmAXMâm SIS

rate «BèMft ^ k aMt.cl AMta éaéD«iM piolteiœ oÉ fet dMx àaaiito éÉMoA cttfiBM^ parceijBOls:

— Maintenant, je puis accepter mon cmt/HstmhBÊtK

€b te alors Rimes ^ ittlfatygtoJwsltfliirtWir âéhrt. Le tenifate i^t jiri^ âb fiMtiMe et ieJDjtUtt d» llttUalifta ; â«^ dft jenMi iirauM «t toi 4ît :

•*-. iVwr ram ram^ier digaraiat^ |s v< T«Hr mm Mfgtiarmm fis.... le jov vi^aéca jiiiiiiliig,,»

fl «'fiiiiti jbi»N|Heakefttfel jt^m j^ du docteur Hébert; Faed» Éraiwait b djk i«le««i nÉBMBf ai cd éd svpi» éntt b p»nu^

Elle venait assister smt vm aorie èe yneà mm soèQie â'«3V^Mi éoHt h Mtmm» as^Êfakaà, jbt le lâche Uikert^ et fse m^àil^Me ? -san fàre psodienHll ce misènèfe ïe$ ttiiwigBages âe la ites TJMafinDteiaat da la fitts Moène ap&liB.

Luiz Rirarès essaya kaàamÊmàémxhmat^iuarmÊt' plaQR ftr «A «Mme» Jêtf'nmçvâ fw&JMbis

"— Cihire MiGui, M idit^^ .taémftMoir j^lene fiance en ton père^ ton jMttev et fMtil^ Im jOBiMN. Jib Ate 3 je le le JHB^ ie dflciBBr fltth^

itepas TaffinsiÀ aaQgbÉt ifa'jl dhît rdcaroir; (fiest m boBBiie plsiii i'tbixatnt ot do courais. ..

Uaédat dé mé stsià&A inlèmiiiipît cet ébge; Paih éCift anrhréé kiÊéOke de fai ooièref eCda la do«i»r.

«- ûm^ je jhMîs oi'MflÉâne i oda, dildlle ; ii fins a pttdé fflec son tes esprk de déoM» et il foiu a aàSmL Vms ^m ââp8 et il rit de votiB qréd&&4.«.

*-* Nw, iKm« iBa ebére âte, interroaipit Bitarës; non, crois-le bien, ce jeune homme...

— Il vous a indignement trompé, mon père, vous dis-je. Àh t si vous l'aviez vu tout à l'heure devant moi, pflle et muet comme le crimmel surpris dans son crime, TOUS ne le justifieriez pas comme vous faites.

— Je le justiâerai toujours, ma chère Paula ; et toi*

mifM ta Iflt reodraft j<£sli6e*.M et bimIâL

Cairia IredMiflit et fit jfe ég» impérteu qm fti|>piaaM la (WEoIe ; èon <»«eîBe «id^îto rmmi de ireeiiefflîrtfbftm^ ooiAis et le ifiài 'ggéck^ im gafop de cheval* fiUe pnt le bcasda Bùùfi^ M dît d'iiae rois étoufféa: ^~Âiloe$ Toir!

Un cavalier franchissait la première porte de Hialiîla* tiéa« an iifîlîeB de$ eanrîlMr$ et des ferafi^llda» de4'4i« aÎMs aeoMnia a» nAïQe brait ; ii tenait ime jeaae filiè de onze à douze ans avec sqa biaa gaitohe tufspSt ^r «a poUnae, ^et sa Maitt ^^lûite eelri^t 1^

donne le silence et le calme. Panla ponssa un cri de terreur ; mais son énergie yirile la sanva d'un ëvanontôsement ; elle avait reconnu de loin son fiancé Yolsy ; elle avait TU des traces de sang sur le pantalon blanc de Tu* niforme : tout annonçait un désastre inouï, le ravage de rhabitalion des Windham et le massacre de toute une famille, dont il ne restait plus que là petite Mary, sauvée miraculeusement par son frère et par la protection de Dieu.

Page 1