‹ Le chateau des trois toursChapitre 8 sur 43 · LA SCIENCE ET LE VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE ET LE VAUDEVILLE

Qae ce titre ne tous effraye pas, chers lecteurs assis à Totre veillée de fimille; je ne vous parlerai pas sur le ton sérieux d'Hérodote, de Warbarton et de Tabbé TerrassoD, Fauteur de Séthos ; je suis résolu à manquer cette occasion de vous entretenir des mages,*des hiérophantes, des institutions et des mystères dlsis; je négli* gérai même Sésostris ou Osimandias, dans leur rapport civilisateur avec les institutions égyptiennes; je me garderai bien de me casser la tète sur i'ex-nez du spbynx pour découvrir dans les limbes noirs d'un passé de qua«

rante siècles, le véritable motif qui a fait construire Chéops et Chéphrem, ces deux montagnes artificielles, ces deux reliquaires du néant. On a écrit sur les pyramides assez d'ouvrages sérieux, et en si grand nombre môme, qu'ils s'élèveraient à la hauteur de ces monuments, si on pouvait les entasser par assises et par éditions. Les théories accumulées autour de ces deux illustres doyennes du monde ont servi à nous apprendre que nous n'avions rien appris. La philosophie de la chanson a été peut-être beaucoup plus sage, dans sa folie ; elle s'est permis de secouer ses grelots dans les cavernes des pyramides, et de traiter, avec un ton leste et badin, ces vénérables asiles de chauves-souris. La chanson française ne respecte rien ; le Français, né malin, entre en riant dans les mystères d'Isis, et badine avec les hiéropliantes, comme il fait avec des pierrots et des cassandres^ au bal de l'Opéra. On avait envisagé, jusqu'en 1799, les pyramides sur leurs quatre côtés; la chanson arriva et en découvrit un cinquième, malgré les mathématiciens de l'expédition républicaine, lesquels soutenaient que les angles n'ont que Urois côtés, et que deux et deux font quatre : deux énormes paradoxes au point de vue moral. Denon et ses confrères de Tlnstitut égyptien s'assirent un jour à l'ombre du grand sphynx, faute d'arbres, et s'entretinrent de la nature des choses, et de Torigiae des

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pyramides ; on aurait cra voir et entendre des gymnosophistes de Méroê. Une seule chose fut à peu près démontrée à nos savants, la hauteur des pyramides avant les dévastations de Gambyse; une hauteur de quatre cent trente pieds environ..

Deux jeunes Français, qui n'étaient pas savants, mais qui étaient malins, crurent devoir envisager la question de plus haut encore, et firent un vaudeville, à côté du grave Denon. Cette œuvre folle eut pour titre : le Vaudeville au Caire ! et elle fut jouée à Boulacq-sur-Nil, et au théâtre des Variétés sur Seine. On croyait encore aux mânes, à cette époque, et trois académiciens affirmèrent, en plein Institut, que les mânes de Sésostris et d'Osimandias avaient été indignées de ce vaudeville sacrilège, et le Directoire, qui croyait aux mânes aussi) en ordonna la suppression, par respect pour la liberté.

Dans ce vaudeville. Oscar et Arthur se rencontrent en Egypte, devant les pyramides^ et Arthur propose à Oscar de faire en collaboration Qn couplet sur ces graves mo«. numents:

OSCAR

Le sujet est fort bien trouvé :

Un couplet sur la pyramide î

ASTBUB.

C'est un sujet bien élevé !

• OSCAR

. U.n'estpfts neuf!

156 LI GHATSAU DBS. TEOIS^TOURS,

ARTfiUR.

Il est solide !

' ' OSCAR

A la pyramide» en effet.

D'un trait piquant l'idée est jointe; Ce monument prête au couplet.

Car il finit par une pointe.

Si nous ne connaissions pas les Français, il nous parattrait impossible que le même peuple produise des savants qui mesurent et expliquent les pyramides, des héros t[ui, devant elles, détruisent la cavalerie des Ma* melouks, et des farceurs qui saupoudrent tout cela de calembours.

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