‹ Le chateau en EspagneChapitre 3 sur 47 · SCÈNE III Les Mêmes, M. DE SAINVAL, CASIMIR · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les Mêmes, M. DE SAINVAL, CASIMIR

H. DE SAINVAL

As-tu fait quelquefois des châteaux en Espagne. Delphine?...

DELPHINE

Moi ? Souvent.

H. DE SAINVAL

Ce soir, dans la campagne, Là-bas, quand nous marchions, au hasard, l'œil ouvert, Pour distinguer un toit qui nous mît à couvert , De poussière, d'effroi, de chaleur étouffée, N'aurais-tu pas construit quelque château de fée, Comme on en trouvait tant aux siècles fabuleux, Et qui n'existent plus que dans les contes bleus?

DELPHINE

Oui, mon oncle. Tantôt, là, dans le vestibule, Je rêvais, en marchant, comme une somnambule.

11 me semblait qu'un sylphe, artiste complaisant, Bâtissait un château pour m'en faire présent,

Et m'apportait du ciel, sur ces terrestres rives, Un pâté froid, suivi d'un bon saJmis de grives : Deux mcis selon mes goûts ; car la main du bandit M'a tout ôté, ce soir, excepté l'appétit.

H. DE SAINVAL

mystère infernal 1... Eh bien!... ma chère nièce, Ton rêve s'est bâti ce soir tout d'une pièce 1 Les châteaux en Espagne existent quelquefois... J'en tiens un sous la main... c'est celui que tu vois.

DELPHINE

Ce château?...

Ce château 1 Dieux ! quels maîtres honnêtes!

J'ai cassé les cordons de toutes les sonnettes, Personne n'a paru dans les appartements.

(Désignant Cuûair.)

11 était avec moi... Demandez si je mens.

CASIMIR

Oh ! vous accusez vrai !...

M. DE SAINVAL

Ce château fantastique Ne nous a pas montré l'ombre d'un domestique, L'ombre d'un revenant, l'ombre d'une ombre enfin. Mais nous avons de quoi contenter notre faim. Ma nièce, rendons grâce à l'invisible maître ; 11 a compris ton rêve, et je puis te promettre Pâté freid et saluais...

DELPHINE

Tant mieux!... nous souperons !...

Les maîtres du château sont dans les environs!...

FERDINAND

Probablement.

CASIMIR

11 faut aller voir dans la plaine Si notre châtelain ou notre châtelaine Respire la fraîcheur avec nos cuisiniers; Car il fait beau, ce soir, sous les grands marronniers*

DELPHINE, i Ferdinand.

Où donc avez -vous pris ce valet?...

FERDINAND

Qu'il est grave l

M.' DE SAINVAL

Il vaut bien mieux chercher le chemin de la cave; J'y cours; nous allons tous faire un souper divin. Alicante et Xérès nous fourniront le vin.

Soupons d'abord, et puis viendront les commentaires Sur le château d'Udolphe et ses sombres mystères l

FERDINAND

Je suis de cet avis ; mon cousin a raison.

Pourquoi nous occuper du chef de la maison ?

Fantôme ou châtelain, il est peu redoutable S'il nous permet, ce soir, de manger à sa table.

DELPHINE

Ohl comme je suis faite! Avant souper, je veux Rajuster ma toilette et natter mes cheveux!

FERDINAND, «rirent U ports dn pefUton à gauche.

L'attention du sylphe est charmante et complète... Entrez ; voici, madame, un salon de toilette !

(Delphine prend la carton et entre.) H. DE BAINVAL.

Aux fourneaux souterrains, moi, je vais faire un tour. Nos cuisiniers, peut-être, v seront de retour.

(n tort par le fond.)

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