‹ Le chateau: le parc; et les grandes laux de VersaillesChapitre 7 sur 13 · VERSAILLES. — LE CHÂTEAU · texte numérisé non relu

VERSAILLES. — LE CHÂTEAU

rante années, sous l'Empire, sous la Restauration. Mais Louis-Philippe préparait à Versailles une résurrection glorieuse : la vie allait renaître dans ce palais si longtemps inanimé. Les rois l'avaient quitté en 1789; Louis-Philippe en rouvre les portes au peuple , et dans ces vastes galeries , ornées des plus belles scènes de notre histoire, la France nouvelle va retrouver les faits glorieux de son passé.

Le 12 juin 1837, à l'occasion des fêtes célébrées en l'honneur du mariage du duc d'Orléans avec la princesse Hélène, fêtes consacrées par une amnistie générale , le vieux palais de Louis XIV fut livré au public.

Nous n'avons pas à décrire successivement les tableaux dont se compose ce vaste panorama patriotique, et ce serait grossir inutilement ce volume que d'en donner ici la longue énumération , chaque tableau portant inscrit au bas du cadre l'indication et la date de l'événement qu'il représente, avec le nom du peintre. Il suffira d'indiquer au visiteur la marche qu'il doit suivre pour examiner complètement les difEérentes parties de cet immense édifice. Peut-être n'est-il pas inutile, au milieu de tant d'objets qui peuvent embarrasser sa curiosité, de lui signaler les œuvres qui, par le mérite du peintre ou l'intérêt du sujet, se recommandent plus particulièrement à son attention.

Cour du ChâteAu*

Les seize statues qui ornent à droite et à gauche la cour du château étaient, pour la plupart, placées autrefois sur le pont de la Concorde, à Paris; mais on trouva qu'elles surchargeaient les piles du pont, et on les transporta à Versailles. Ces statues sont, à droite : celles de Bayard (par M.Martin); de Co/6er^ (par. M. Milhomme); de Richelieu (par M. Ramey); de Jourdan (par M. David d'Angers); de Masséna; de Tourville {i^B.? M. Marin); de Duguay-Trouin (par M. Dupasquier); de Turenne (par M. Gois); à gauche,

celles de DuguescVn (par M. Bridan ) ; de Sully (par M. Espercieux); de Suger (par M. Stouf); de Lannes (par M. Collamard); de Mortier {^ar M. Deseine); de Suffren fpar M. Lesueur) ; de Duquesne (par M. Roguier) ; de Condé (par M.David d*Angers). Quand celte dernière statue était à Çaris,elle était placée à l'extrémité du pont de la Concorde, regardant la chambre des Députés , et l'on remarqua que , dans cette fière attitude , Condé semblait menacer le palais de son bâton de commandant.

Au milieu de la cour se trouve la statue équestre, en bronze , de Louis XIV, ouvrage de Petitot.

Des deux côtés s'élèvent deux pavillons ornés de colonnes corinthiennes ; sur leur fronton triangulaire est placée cette inscription , qui indique la destination actuelle du palais : A toutes les gloires de la France.

En passant entre celui de ces deux pavillons qui est à la droite du spectateur et la chapelle, on arrive au vestibule de la chapelle , et on entre dans une galerie composée de onze galles, placées au rez-de-chaussée sur le jardin, et portant les n"* 5 à 1 5. Elle renferme les tableaux qui représentent les principaux faits de notre histoire, depuis Clovis jusqu'à la Révolution , et porte le nom de :

«alerte de mutolre de Vranee (ft à tft).

Charlemagne et saint Louis, Duguesclin, Jeanne d'Arc et Bayard , les rois et les grands hommes , les sanglantes batailles et les fondations pacifiques , les événements les plus éclatants de nos annales , sont représentés dans cette galerie. On remarquera , dans les dernières salles, les tableaux des conquêtes de Louis XIV, par Vandermeulen. Outre la valeur artistique de l'œuvre , ils offrent un mérite trop souvent négligé par les peintres de batailles , c'est de ne point se borner à décrire tel ou tel épisode d'un grand événement militaire, mais de nous en donner une représentation complète et éten-

due, de mettre sous nos yeux et le terrain sur lequel se passe Faction, et Tensemble même de cette action.

Le tableau placé sous le n"* 430 , et qui représente Dangeau reçu par Louis XIV grand maître de Tordre de Saint- Lazare, événement très-peu important en lui-même, offre cependant un intérêt particulier. On y trouve la représentation fidèle de l'ancienne chapelle , telle qu'elle existait en 1695; cette chapelle fut remplacée, en 1710; par celle qui existe actuellement.

0alle de l'Opéra (!•).

En sortant de la galerie de l'histoire de France , on débouche sur le palier de l'escalier de l'Opéra*.

La salle de l'Opéra a été construite sous Louis XV.

Louis XIV , malgré son goût pour les représentations dramatiques, n'avait pas élevé de théâtre dans son palais. La princesse d'Élide , de Molière , et VIphi génie ^ de Racine , par exemple , furent représentés sur des théâtres improvisés , dans les bosquets du parc. Plus tard, ce fut dans les appartements, souvent même sans décors et sans costumes, que furent représentés les chefs-d'œuvre de notre scène. VAthalie de Racine fut jouée pour la première fois par les demoiselles de Saint-Cyr dans l'appartement de Mme de Maintenon. Sa nièce, Mme de Caylus, nous apprend cette particularité à^Lua ses Souvenirs : « Mme de Maintenon fit venir à Versailles, une fois ou deux, les actrices pour jouer dans sa chambre, devant le roi, avec leurs habits ordinaires. Cette pièce est si belle que l'action n'en parut pas refroidie; il me semble même qu'elle produisit alors plus d'effet qu'elle n'en a produit sur le théâtre de Paris. »

La salle fut commencée, en 1753, par Louis XV, pour

4. Il faut s'adresser, pour visilcr la sulle, au gardien qui stationne au bcut. de la galerie.

complaire à Mme de Pompadour, passionnée pour le spectacle; mais la favorite était morte et remplacée par Mme du Barry quand la salle fut terminée, en 1770.

Salle de l'Opéra.

Ce théâtre, inauguré le 15 mai de cette année pour le mariage du Dauphin (depuis Louis XVI) avec Marie- Antoinette, devait, dix-neuf ans plus tard, être témoin d'une fêle dont les conséquences furent désastreuses et pour la monarchie elle-même et pour le château de Versailles.

Le 2 octobre 1789 , pendant que la révolution grondait aux portes du château, que l'Assemblée nationale siégeait à quelques pas de là , les gardes du corps se réunissent dans un banquet aux officiers du régiment de Flandre; le repas est servi dans la salle de l'Opéra. « Les loges sont remplies de spectateurs de la cour. Les officiers de la garde nationale sont au nombre des convives ; une gaieté très-vive règne

pendant le festin , et bientôt les vins la changent en exaltation. On introduit alors les soldats des régiments. Les convives , répée nue, portent la santé de la famille royale; celle de la nation est refusée ou du moins omise; les trompettes sonnent la charge , on escalade les loges en poussant des cris ; on entonne ce chant si expressif et si connu : Richard ! 6 mon roi! l'univers t'abandonne! On se promet de mourir pour le roi, comme s'il eût été dans le plus grand danger...^ >'

Pour comble d'imprudence , le roi , la reine , portant dans ses bras le dauphin, paraissent , et leur présence vient augmenter encore ce délire que l'infortunée princesse devait si cruellement expier. La cocarde nationale est arrachée , foulée aux pieds, remplacée par la cocarde blanche, ou par la cocarde noire, couleur de la maison d'Autriche, en l'honneur de Marie- Antoinette. Les gardes nationaux se retirent stupéfaits ou indignés. Le bruit de cette fête se répand. Trois jours après, le peuple de Paris se met en marche pour Versailles; quelques gardes du corps sont massacrés; le roi, la reine sont contraints de quitter ce palais qu'ils ne devaient plus revoir. C'est depuis cette date du 6 octobre que le château de Versailles est reslé inhabité.

Première galerie de Beulpture (19 ]•

En redescendant de la salle de spectacle , on se trouve dans la galerie de sculpture : cette galerie renferme les tombeaux et les statues des rois de France et des personnages célèbres, depuis la fondation de la monarchie jusqu'à Louis XL Au milieu de cette galerie se trouve l'entrée du rez-de-chaussée du Pavillon du roi lequel est composé de cinq pièces , et renferme les tableaux consacrés à l'histoire des croisades.

]. Thiera, Révolution française.

salle* ûem CroiMMies [19, !•, !• bis, 99, 91 )•

C'est l'histoire de ces guerres héroïques , où la France joua le principal rôle, qu'elle commença avec Godefroy de Bouillon et Pierre l'Ermite , qu'elle termina avec saint Louis. Les vastes tableaux qui racontent cette épopée grandiose sont dus au pinceau des peintres contemporains. C'est dans la salle 19 que se trouve l'une des peintures les plus remarquées de M. Eugène Delacroix , /'^w^reie des Français à Constantinople.

Après avoir visité les salles des croisades , on revient dans la galerie des statues, au bout de laquelle se trouve l'escalier de la chapelle , conduisant au premier étage.

Page 1