CHAPITRE XIV
Vincennes sous la Révolution. — Elections conununales. — La fête de la Fédération à Vincennes. — Rapport au conseil municipal de Paris sur ie donion. — L'affaire du 28 février 1791. — Les volontaires nationaux. Fêtes patriotiques.
Lorsque la Révolution éclata, le château servait de logement à des privilégiés ou à des familles ayant rendu des services à l'Etat ; il ne possédait alors comme garnison qu*une compagnie d'invalides. Quant au village de Vincennes, il venait seulement d'être érigé en commune (1788) et fit partie du district de Bourg-la-Reine (qui devint Bourg de V Egalité), mais, depuis un siècle déjà, il formait une paroisse distincte.
Auparavant, le village était composé de deux parties dont l'une, appelée Pissotte, dépendait de la paroisse de Montreuil et possédait une chapelle desservie par les prêtres de cette localité. L'autre partie, appelée Basse Cour, dépendait du château
royal de Vincennes dont elle était immédiatement voisine.
En 1666, ces deux parties forent réunies en paroisse et ne formèrent qu'on seul et même corps, mais pour le spirituel seulement» car les habitants de la Basse cour n'étaient pas encore taillables et ne forent portés sur des rôles qu'en 1678, tandis que les habitants de la Pissotte continuaient à être imposés sur les rôles de la paroisse de Montreuil. Le premier syndic de la nouvelle commune fot Gallimard» à qui succéda Hétru en 1789.
Le 3 février 1790, on procéda dans l'église, comme cela se faisait ordinairement, à l'élection de douze notables et d'one nouvelle municipalité. Le registre municipal de l'époque, que nous avons consulté, nous indique que les notables désignés forent : Bdme Foliot, curé, Gille Gérard, François Savard, André Thomas, Etienne Vitry, Nicolas Billaudel, Jacques Guillaume Laizier, Pierre Tonpillier, Jean-Louis Vienot, Louis Guigny et Jean- Claode Grimprel qoi obtinrent de 41 à 21 voix.
M. Jean-Spire Lemaitre fut élu maire et MM. Michel Hérault, Louis Gérard, Pierre Fosse, François-René Noisement et Mathieu Chauvin désignés comme membres de la Municipalité.
Voici comment le registre municipal relate Fins* tallation de la nouvelle municipalité et la ptesta-
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lidn du seiinetit eirlque dé($rété par rAtsêinblée natioiuile :
« Le dimanche ftept dudit mois de février sur les qQfttm heures de relevée^ issue des vêpres et du salut» ce joard*hni chanté en la Paroisse de Vincennes, les citoyens composant la commune y étant rassemblés en grand nombre. Les officiers et soldats de la galfde nationale, le Commandant à la tête, se sont rendus avec le drapeau à la salle de la Municipalité où étaient rassemblés les membres sortant d'exercice ; ils les ont accompagnés ohes Mé le Maire où s'étaient réunis les membres nouvellement élUs avec le procureur de la Commune et tous ensemble s'étant rMdus k TEglise.
« Messieurs les officiers de Taucienne munici* palité ont proclamé à haute voix d'après Télection des antres parts, scavoir pour Maire : M, Jean^pire Le Maître.
« Pour membres de la Municipalité : MM« Michel Bérault, Louis Girard, Pierre Fosse, Prauçois- René Noisement et Mathieu Chauvin et pour procureur de la commune M. Jean-Louis Hétru le jeune, tous lesquels membres de la Municipalité ont accepté leur nomination, prêté le sermeiit civique décrété par l'Assemblée nationale, d'être fidèles à la Nation^ à la loi et au Roy et de défendre et maintenir de tout leur pouvoir la Constitution du Royaume, i»
Le 14 juillet 1790» la fête de la Fédération fut célébrée à Vincennes avec une certaine pompe. La municipalité avait décidé Térection d'un autel patriotique en face du château près de la grande route . Le terrain devait être régalé par les citoyens de Vincennes qui étaient invités à se prêter à cette opération en se munissant de pelles et de pioches. Voici in extenso le procès*verbal de cette cérémonie; analysé ou commenté» il perdrait de sa saveur :
« Le mercredi quatorze juillet Mil sept cent quatre-vingt-dix» vers les une heure après-midi, ont monté à la salle municipale MM. Jean-Spire Le Maître» Maire ; Louis Girard ; François-René Noisement ; Mathieu Chauvin ; Foliot» curé et Gilles Girard» ofiQciers municipaux où étant M. Grimprel jeune» procureur de la Commune présent et à sa réquisition il a été rédigé le procèsverbal qui suit :
« Les citoyens enrôlés dans la garde nationale de Vincennes» désirant s*unir à leurs frères d*armes de la Capitale et aux députés gardes-nationaux de tous les départements et provinces du royaume pour célébrer la fête de la confédération générale indiquée à aujourd'hui et prêter le serment civique décrété par l'Assemblée nationale» se sont tous rendus en armes et la majeure partie en uniformes
au terrain derrière le cimetière ^ dans le parc de Vincennes pour y prendre leurs rangs sur la convocation à eux adressée par le Major de la garde.
« A neuf heures du matin, un détachement de grenadiers fusiliers et chasseurs se sont transportés chez M. Billaudel» Commandant pour y prendre le drapeau neuf dont il avait promis de se munir pour ladite fête suivant Tacte de délibération du onze juillet présent mois de l'autre part.
« Le dit détachement a accompagné le drapeau caché et non déployé, attendu qu'il n'était pas encore béni, jusqu'au terrain d'où toute la compagnie estpartie tambour battant, les officiers ordinaires à la tète et dans leurs rangs suivant leurs grades, accompagnée de MM. Drouin du Volinger et de la Croix, officiers-commandants /sic) la garnison du château de Vincennes avec un détachement de douze bas officiers de la garnison.
« La troupe, mise en ordre sur deux rangs de taille, a pris la grande route, a passé entre le château et Tautel patriotique qui avait été dressé la veille près de la grande route et faisant face au château et à la rue Royale, a pris la rue du Bois, la grande rue de la Pissotte, s'est rendue à la salle Municipale, y a pris M. le Maire etMM. les officiers municipaux qui se sont transportés à l'Eglise avec
^ Le cimetière était alors situé derrière l'église.
là troape poar faire bénir le drapeau. En y entrant» la couverture du drapeau a été enlevée et on s*est rendu au chœur. M. Drouin du Volinger a présenté le drapeau comme parain à M. Foliot, curé» qui en a fidt la bénédiction» le drapeau bénit et remis au sieur Dilliot» officier porte-drapeau de la garde, toute la troupe s'est rendue avec le clei^é et le corps municipal à Tautel patriotique par la rue Royale vers les onze heures et demie ; a été dit sur le champ une messe basse par M. l'abbé Martin aumônier de la garde et» au coupde'midi» après un petit discours relatif à la fête adressé à toute la garde par M. l'abbé Martin» celui-ci a» du consen* tement de M. le Maire, levé la main» prononcé le serment civique décrété par l'Assemblée nationale et, après l'énoncé de la formule» M. le Maire» M. le Procureur de la commune et MM. les officiers municipaux» M. le Commandant» tous les officiers» bas officiers et soldats composant la garde de Vincennes ont prononcé à haute voix : je le jure.
c Ce fait» toute la troupe» accompagnée comme dessus» a pris la rue du Levant et celle du Midi» a reconduit le clergé à l'Eglise où il a été chanté le Te Deum en actions de grâces et a ensuite reconduit le corps municipal à la salle ordinaire où a été procédé à la rédaction du présent procès»ver«bal. )>
La municipalité avait convié à un pepas f rater-
nel qui eut lieu aatour de Taatel après le serment, tous les citoyens de la garde nationale ainsi que lears épouses.
Lie 17 août 1790, le conseil général de la commune deVincennes,ayant«ppris que TAssemblée nationale devait mettre en vente des domaines nationaux jusqu'à concurrence de 400 milions de livres, demanda l'autorisation d'acquérir le château et le petit parc. La Sainie-Chapelle aurait été réservée et serait devenue l'église paroissiale, celle existant alors tombant de vétusté. Le conseil appela même un architecte de Paris, le sieur Gillet, pour faire Testimation des bâtiments et des terrains, mais le projet de l'Assemblée ne fut pas mis en exécution en ce qui concernait Vincen* nés.
Le 18 octobre de la même année eut lieu an château, dans les appartements du roi, la première tenue des assemblées primaires du canton de Vincennes duquel dépendaient les paroisses et municipalités de Saint-Mandé, de Fontenay-sous-Bois et de la branche du pont de Saint-Maur.
Plus tard ces assemblées se tinrent dans la Sainte-Chapelle. Le premier président élu fut le curé de Fontenay-sous-Bois.
Le 20 novembre, un décret de l'assemblée nationale mit le Donjon à la disposition de la commune de Paris pour y enfermer des détenus, les prisons
de la capitale étant insuffisantes. Plasiears com-^ missaires furent nommés pour le visiter et voir sll ne pourrait pas servir au soulagement des prisons du Châtelet où les prisonniers étaient amoncelés. M. Jallier, architecte et otficier municipal, fit au conseil, sur ce sujet» le rapport qui suit:
« Messieurs, chargés par le conseil municipal de vérifier si le Donjon de Vincennes pourrait servir au soulagement des prisons du Châtelet, où les prisonniers sont accumulés d'une manière effrayante, nous nous y sommes transportés hier, dimanche 14, et je vais avoir l'honneur de vous présenter le résultat de notre examen, précédé de quelques réflexions nécessaires au jugement du rapport.
Deux conditions sont essentielles à l'établisse-ment des prisons autorisées par la loi : sûreté et salubrité.
« L'épaisseur des murs, qui se présente à l'esprit comme le premier et le meilleur moyen de sûreté, n'est cependant pas le plus certain ; il en est un bien préférable : c'est l'isolement.
Ce procédé réunit beaucoup d'avantages, il économise des gardiens, rend la surveillance facile et les secours plus prompts ; deux sentinelles, dan coup d'œil, peuvent embrasser le contour d'une prison, quelle qu'en soit la forme ; enfin, les tentatives extérieures ne peuvent plus se hasarder et si
celles de Fintérieur ne sont pas toujours découvertes quand les prisonniers les commencent» elles le sont infailliblement lors de leur issue.
ce Une enceinte extérieure formée par un mur élevé est aussi de la plus haute nécessité ; ce rôle ô te aux prisonniers jusqu'à ridée de tenter l'évasion, puisque échappés du bâtiment qui les renferme, ils se trouveraient infailliblement repris dans cette enceinte continuellement fréquentée par les sentinelles.
(c Enfin un fossé large et profond qui enveloppe tout son extérieur parait aussi une précaution indispensable, quand le terrain le permet.
« Venons à la salubrité.
« L'air, le ^premier besoin et le principe de la vie des hommes, est leurdangereux ennemi quand ils sont amoncelés dans un lieu clos ; car, tel est l'amour de cet élément pour la liberté, que si on le renferme, il fermente, réagit et tue rapidement les êtres dont il entretient Texistence. Les conditions les plus indispensables pour rendre les prisons salutaires sont donc d'en isoler les édifices, de les percer sur tous les sensi, de les éloigner des bâtiments dont la hauteur intercepterait Tair, de faciliter le passage des courants qui peuvent le renouveler à tous les instants, et de profiter, selon le temps et les saisons, de ceux qui portent avec eux la salubrité et la santé.
« La réunion de tontes ces conditi<His ne s*est point encore tronvée dans les prisons élevées sons Fautoritédes lois, et il est à remarquer qne si dans celles construites par le pouvoir arbitraire, les précautions de salubrité y étaient souvent négligées an moins les combinaisons de sûreté y ont été poussées jusqu'à la recherche la plus scrapaleuse.
« C'est donc avec une satisfaction bien vive que nous annonçons à la municipalité que le Donjon de Vincennes, visité par ses ordres, réunit les doubles données de salubrité et de sûreté que Thumanité et la loi commandent ; qu'au mérite d'un isolement absolu se joignent ceux d'une position heureuse, d*un local considérable et d'un édifice solide ouvert de tous côtés aux influences bienfaisantes d'un air pur et salutaire, avantages que la description du Donjon va mettre sous les yeux du Conseil .
« Cet édifice a été construit par trois de nos rois pour leur servir de maison de champs; sa situation à l'entrée d'un bois dont toutes les allées y aboutissent et son élévation qui le rend suscep« tible de recevoir constamment un air pur en Cai* saient un séjour aussi agréable que salubre. Deux enceintes l'environnent ; la première consiste en un fossé large et profond qui l'isole de toutes parts ; on entre dans la seconde, fermée de hautes murail-
les, par an pont-levis ; sur les créneaux eonstmits des galeries dont les principales vues sont tournées vers la campagne. Cette seconde enceinte pourra servir de promenade aux prisonniers.
« Au milieu est la prison» autrefois habitation royale ; elle contient quatre étages formés chacun d*une grande salle en chauffoir de trente pieds en carré, voûtée en ogive, dont le centre est soutenu par un pilier et ayant dans ses angles quatre pièces octogones de treize pieds en tous sens» et toutes avec cheminées.
« Un cinquième étage est pratiqué dans le sommet de la pièce du centre, et tout ce bâtiment» incombustible par sa construction» est couvert en terrasse .avec beaucoup de solidité et de recherche.
< Nous estimons qu'avec un peu de dépenses on pourrait y loger deux cent cinquante à trois cents prisonniers.
« Le rez-de-chaussée servirait pour les cuisines ; dans la cour intérieure» logerait le concierge. Des pièces à l'entresol serviraient à loger des gardiens» et une chapelle» dont on pourra rendre Tutilité plus générale» est destinée aux actes de dévotion des prisonniers.
« Ces infortunés auront sous les yeux un exemple bien frappant de la différence du régime actuel d'avec Tancien ; k chaque étage, ils auront le sper-