CHAPITRE XV
Vlncennes sous le Ck>n8ulat, arrestation, lugement el exécution du duc d*Enghien.
Sous le Consulat, le château de Vincennes resta ce qu'il était à la fin du Directoire : une place de guerre d'une bien faible importance avec ses remparts et ses tours dont l'état lamentable de vétusté et de délabrement n'avait fait que croître depuis Louis XVI. Sa garnison se composait d'une centaine d'hommes du train d'artillerie de la garde des Consuls, de vingt-trois hommes du 18* régiment d'infanterie, de cinquante ouvriers, d'un adjudant de place, d'un sous-lieutenant secrétaire, d'un portier consigne et d'un concierge. Le commandant d'armes était un nommé Harel qui était arrivé à ce poste par un de ces services qu'on récompense par une place de geôlier : jacobin en 93» conspirateur sous le Directoire, il s'était fait délateur sous le Consulat. Il avait dénoncé à la
police Ceracchi, ÂrenaetDemervilIeaTec lesquels il avait comploté d'assassiner le premier ccmsnl. Sa délation lui avait valu les galons de cherde bataillon et le commandement du château de Vincennes; il habitait le pavillon de la porte da Bois, au-dessous de la voûte d'entrée du côté du parc, le seul endroit à peu près logeable de l'immense enceinte.
C'est à ce ^lomi^nt qw W V^%^%. k Vincennes ce sombre drame qui glaça d'effroi tous les cœurs, un de ces actes que Ton voudraitpouvoir retrancher de l'Histoire : l'exécution du duc d'Enghien . Presque tous les personnages qui opt été môles à cette triste araire en ont écrit le réolt et en ont donné des explications différentes, suivant le rôle quHlsy ont joué s c'est à l'aide de tous ees dcMsuments que Eons entreprenons d*écrire d'une fiiçon impartiale rhistmre du dernier des Gondé et de chercher la "vérit^ dans ce mélange dinterprétations diverses.
Ce tetà Chantilly, le 2 août 1772, que naquit le due d'Engbiende Louis-HenrUoseph, duo de Bourbon, et de Louisei-Thérèset^Mathilde, pripoesse d'Or«* léans. C'était le dixième prince de cette maison. Il eut ppur gouvernante la vicomtesse de Nesle ; à ffinq ans» on le m^nfia aux soin^ du eomte de Virien» gouverneur, et de M- Sarrobert, sousrgouvemeur. Il eut pour préeepteur l'abbé Millot, eonnu comme Ustorien, et passa la plus grande partie ëe son
eiifiiBCt au chftteati de Saint^Maur, à nue demi* heure de Vineennes» « dont Pair paraissait cqnvê* BÎr à sa constitution faible et maladive». Biensonyr nt, on lui fit prendre eomme but de ses promenades et de ses plaisirs ee château qui devait devenir son tombeau.
II grandit ainsi, répondant aus soins de son pré** oepteur et montrant les plus heureuses dispositions du eœur et de rintelligenoe, fusqu'au 17 juil* let 17SB, joiir auquel il quitta la France avee les dues de Berry et d'Angouléme, ses cousins, fils du eomte d'Artois. Il passa quelque temps à la cour du roi de ^^rdaigne en attendant la formation de Tannée de Condé dans laquelle sa naissance et son rang l'appelaient à prendre un commandement ipuporta^t et aveo laquelle il prit part aux campagnes de 17S2 et de 1796, en qualité de commandant de la cavalerie d'avant-garde. Il se distingua partlculièremeot au siège de Mayence» à l'attaque des lignes de Wissembourg et surtout à la journée de Berstheirn* le 2 décembre 1708.
IfOrsque Tarmée de Condé fut licenciée, il alla se fixer à Kttenheim, dans le grand-duché de Bade, à quatre lieues du Rhin. Il vivait là en compagnie de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, qu'il avait épousée clandestinement, du chevalier Jacques, son secrétaire, et de quelques serviteurs de confiance, partageant son temps entre l'intimité de
son épouse et la passion de la chasse qui remplaçait pour lui la vie animée des camps.
Bientôt, plusieurs conspirations ayant été ourdies contre la vie de Bonaparte, celui-ci ombrageux, et défiant, crut que le duc d'Enghien n'y était pas étranger et, le li mars 1804, il donna au général Ordener Tordre de se rendre rapidement à Strasbourg, puis à Ettenheim, de cerner le village et d*y enlever le duc. Le général obéit et exécuta dans la nuit du 14 au 15 les ordres reçus. Le duc, dans son journal, raconte ainsi son arrestation : «c Le jeudi 15 mars, à Ettenheim, ma maison cernée par un détachement de dragons et des piquets de gendarmerie, total deux cents hommes environ, deux généraux, le colonel des dragons, le colonel Chariot de la gendarmerie de Strasbourg, à cinq heures (du matin). A cinq heures et demie, les portes enfoncées, emmené au Moulin, près la Tuilerie. Mes papiers enlevés cachetés. Conduit dans une charrette, entre deuxhaies de fusiliers, jusqu'au Rhin. Embarqué pour Rhisnau. Débarqué et marché à pied jusqu'à Pforshein. Déjeuné à l'auberge. Monté en voiture avec le colonel Chariot, le maréchal des logis de la gendarmerie, un gendarme sur le siège et Grunstein. Arrivé à Strasbourg chez le colonel Chariot, vers cinq heures et demie. Transféré une demi-heure après dans un fiacre, à la citadelle.
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«( Dimanche 18, on Vient m'enlever à tinft heure et demie da matin. On ne me laisse que le temps dé m'habiller. J*einbrasse mes malheureux eompfl^ gnoiis, mes gens. Je pars seul avec deux officiers de gendarmerie et deux gendarmes. Le colonel Chariot m*a aiiiioticè que hous allons chez le gêné» ràl de divisioh, ^tii a reçu des ordres de Parisi Au liëU dé cela, je trOtlve uhe Voiture avec six chevaux dé poste sur la place de l'Eglise. Le lieutenant Pétel*mann y mohte à tôté de moi, lé maréchal des logis Blitei'sdôff sur le siège, deux gendarmes en dèdan§^ raUtre en dehors. »
En route, Pétermann apprend au prince qu'on se dirige sur Paris ; celui-ci s'en réjouit, car il pënSe qu'il pourra y voir le premier consul : « Un quart d'heure de conversation avec lui, répêtfe-t-»il avec cbtiflàtice, et tout sera arrangé. »
Arrivée le 20 mars, vers les trois heures du soir, à la barrière de la Villettè, la voiture suit les boule- Vurdji extérieurs, entre dahs Paris par la barrière dé l'Etëile et pa^^e à 1 hôtel du ministère des affaires étrangères, situé alors rue du Bac ; là, on feît attendre le prince une deml-héure sans lui t^ei-mettre dé deséendré de voiture; après quoi le postillon repart et prend la direction du château de Vlnceniies, où Toti arrive â cinq heures et demie.
Le prihee, descendu de la vbiture dans là CdUr
intérieure» est conduit au premier étage du Pavillon du Roi dans le logement qui lui était destiné ; il cause avec le commandant Harel en attendant le repas qu'on est allé chercher chez un traiteur du voisinage ; il lui dit qu'il se rappelle» qu'étant jeune» « il était venu» avec le prince de Condé» son grand-père» visiter le château et les bois de Vincennes; il avait séjourné au Pavillon du Roi» et croyait bien reconnaître la salle où il se trouvait en ce moment i». Il ne se montre nullement inquiet des suites de son arrestation et ajoute» qu'ayant un goût passionné pour la chasse, il donnerait sa parole d'honneur de ne point chercher à s'évader si on voulait lui permettre de chasser dans la forêt. Lorsque son repas tut fini, le feune prince» exténué» se coucha et s'endormit aussitôt profondément.
Pendant ce temps» Timmense cour du château se remplissait silencieusement de troupes venues de Paris» le personnel des forces qui était à Vincennes n'ayant pas paru suffisant au premier consul. Successivement» arrivaient deux régiments : le 4c d'infanterie légère et le 18» de ligne, puis la légion de gendarmerie d'élite et les grena* diers de la garde des consuls pendant que, sur l'esplanade, se massaient le V^ régiment de cuirassiers et le 2^ de la garde municipale. Le général Savary» aide-de-camp de Bonaparte, avait pris»
pour cette nuit, le commandement des troupes réunies au château.
Dans le pavillon de la porte du Bois se réunissaient les membres de la commission militaire convoquée par un ordre de Bonaparte du 29 ventôse an XII. Cette commission, composée de sept officiers désignés par le général gouverneur de Paris (Murât) comprenait : le général HuUin, président ; les colonels Guitton, Bezancourt, Ravier, Barrois, Rabbe et le major d'Âutancourt, qui devait remplir les fonctions de capitaine-rapporteur.
L*ordre portait que la commission se réunirait à Vincennes pour juger « le ci-devant duc d'Enghien, prévenu d'avoir porté les armes contre la république, d'avoir été et d'être encore à la solde de l'Angleterre, de faire partie des complots tramés par cette dernière puissance contre la sûreté intérieure et extérieure de la République. »
Le capitaine d'Autancourt, le chef d'escadron Jacquin de la légion d'élite, deux gendarmes à pied et le lieutenant Noirot se rendirent à la chambre du duc d'Enghien; ils le réveillèrent. Le prince parut étonné et demanda : « Mais que me veut-on ? — Vous juger. — Et sur quoi ? — Sur ce que vous avez voulu assassiner le Premier Consul. »
Il s'habilla alors docilement et suivit le lieute-