CHAPITRE XIX
Vinceimes depuis 1848. Barbés et Raspatl. Les représentants du peuple à Vlncennes (1851). Ecroulement de la porte principale (1857). Vincennes en 1870. Le général Trochu. La troisième République.
Peu après la chute de Louis-Philippe» le vieux donjon va, une fois de plus, servir de prison politique. L'Assemblée Nationale Constituante, à peine nommée, s'était vue menacée d'être dissoute. Les élections n'ayant pas répondu à l'attente du parti avancé, la foule, excitée par les clubs et les journaux, avait résolu de faire une nouvelle révolution.
Le 15 mai 1848, sous le prétexte d'une pétition à présenter à l'Assemblée en faveur des Polonais du duché de Posén révoltés contre la Prusse, une foule immense, mélangée d'ouvriers et de gardes nationaux, se porte au Palais>Bourbon en chantant et au cri de : Vive la Pologne ! La salle est envahie ; Blanqui et Barbés montent successive-
ment à la tribune; on déclare l'Assemblée dissoute et un gouvernement provisoire est proclamé. Hais bientôt le tambour bat, la garde nationale et la garde mobile chassent les envahisseurs ; les principaux meneurs sont arrêtés et particulièrement Barbés et Raspail qui furent envoyés au donjon de Vincennes. Ils y restèrent jusqu'au mois de mars 1849 et n*en sortirent que pour comparaître devant la Haute-Cour de Bourges qui les condamna à quelques années de détention.
En 1851, à la suite du coup d'Etat, le château reçut un certain nombre de représentants du peuple ; on leur donna pour logement les appartuments de M. de Montpensier, rouverts exprès pour eux et, en outre, un diner excellent et en commun, des bougies, du feu et les sourires et les génuflexions du commandant d'armes qui était alors le général Courtigis. Hâtons-nous de dire que ces représentants étaient ceux de la droite que l'on voulait ménager, car le coup d'Etat eut pour ceux de la gauche des procédés tout différents : il les fit bel et bien incarcérer à Mazas dans les cellules destinées aux malfaiteurs.
Si ce n'est à la suite des événements de la Commune, où quelques prisonniers furent enfermés au donjon, le château ne va plus servir de prison ; sous Napoléon III c'est une vaste caserne abritant un bataillon de chasseurs à pied — les chasseurs
de VinôentiM -« an6 compagnie d'otiTtiers d'artillerie et ^ dtftiA le fbrt tteuf ^ deuit régiisêtitft d*artillerie»
Ëfi 1864) le génie avait fait enlever de de^M» la tôttf dtt Village ôu poHé principale la toiture pointue dont le poidÉ éi^orme fatiguait les viëuiL lAuf A i il l'avait remplacée par une terrabs^ en béton d'un pôid» bien inférieur mais qui ne chargeait plus as6e2 la voàte nupérieure en briques. Le 30 novembre 18d7, à deux heures et demie du matln^ cette voûte sè souleva à la clef et b*écroula; ëU s'aflfkissant sur celle de l'étage inférieur^ elle l'entraîna dan^ sa chute i celle du deuxième étage, traversée par d'énormes poutres de chêne qui firent bélier, eut le même sort et le tout tomba sur le plan^ cher du premier étage qui s'effbndra complète^ ment.
Le corps de garde était au reiE-<le-chaasséé, le^ salles de police et les cachots au premier étage. Lèâ salles supérieureë ue renfermaient que de^ eaisses vides appartenant à l'artillerie.
Le sergent du po&te fût sauvé par les canonnlers de la 5« compagnie d'ouvriers d^artillerie Sôus la direction de leurs officiers et du chef du génie. Ils avaient d'abord essayé de sauver le sergent par une fenêtre grillée donnant sur lefbssé, à 18 mètres au-dessus du sol ; mais la grille sautée, ils ne puirent que donner un peu d*air âu pauvre diable
Ces bravds gens creusèrent un passage en galerie de mine, perçant les murs, coupant les boisi les pierres de décombres, étançonnant aVec précaution les parois du boyau, sous les quatre étages écroulés, brayant^ pendant cinq mortelles beili*es, une mOrt imminente, n'écoutant qUe leur Couragd. Ils sauvèrent aiiisi la yictimà qulls cherchaient.
Le maréchal Magnan et le général Saumain, Ootnmandant la place de Parisi Se transportèrent immédiatement sur les lieux ; le ministre dé la gtierre et le général Beuret, commandant Taftillerie, ne quittèrent ce triste théâtre que lorsque la dii*-htiitième victime fût retirée de dessous les décombres, vers neuf heures du soifé L'empereur, accompagné du général Niel, arriva à cinq heures, visita le corps de garde où les chasseurs à pied et les soldats d'infanterie travaillaient à retirer les cadavres des Victihies.
Napoléon III voulut mOnter dans la tour pour juger lui-^même de Tétat des murs du VieUs mànôir.
Dix^huit cadavres furent retirés de ces ruines ; leur mort dut être instantanée, s'il eu fâut juger par la mutilation des corps et les taches de Isàng dont étaieUt maculés les murs et les pierres» Le caporal, qui montait sa première garde» ayant entendu le bruit de l'écroulement, voulut s'enfuir, mais il ne put atteindre la porte ; iëS jàmbêS furent
broyées» sa poitrine défoncée ; on le retira le premier et il expira au bout de quelques minutes. Au moment où on le retirait, le malheureux souriait en disant : « Je n'ai rien du tout ; je l'ai échappé belle tout de même. y> Les quinze premiers appartenaient au 4* bataillon de chasseurs à pied.
Un soldat d'infanterie, qui se trouvait dans un petit cachot dont la voûte avait supporté victorieusement le choc, eut l'énergie de percer luimême un trou par lequel il put se sauver.
Les obsèques de ces pauvres soldats furent célébrées dans l'antique chapelle du château où leurs cercueils furent rangés en bataille. Le maréchal Magnan, le général Saumain, le général Beuret et leurs états-majors assistaient à cette lugubre cérémonie et accompagnèrent le convoi jusqu'au cimetière de Vincennes.
On remarqua, à la porte de la chapelle, le sergent si miraculeusement sauvé par ses camarades de l'artillerie ; il vit défiler, avec l'émotion que l'on doit comprendre, les dix-huit cercueils, celui du caporal en tête, portés à bras par les chasseurs du 4"" bataillon ^
L'empereur accorda une somme de six cents francs aux travailleurs, dont cent pour les ouvriers d'artillerie qui avaient commencé le sauvetage.
^ IlluMtration, 1857.
Ces braves gens se rendirent immédiatement chez le général Beuret et lui remirent cette somme en le priant de vouloir bien l'envoyer au é"* bataillon de chasseurs qui fit élever, près de la tombe de Daumesnil, un petit monument aux malheureuses victimes de la catastrophe.
En 1859, on fit camper dans le bois et dans le polygone, en attendant leur entrée triomphale à Paris, les troupes qui avaient fait la campagne dltalie. Plus tard, on construisit sur la lisière du bois des Minimes un camp composé de baraques de bois qui prit le nom de camp de Saint-Maur, bien qu'il n'eût pas été établi sur le territoire de cette commune. Ce camp existe encore actuellement et a conservé jusqu'à ce jour cette dénomition erronée.
Verscette époque, le bois subit d'heureuses transformations; de nombreux embellissements ont fait de cet endroit une promenade qui rivalise avec celle du bois de Boulogne ; des lacs ont été creusés au milieu de terrains où ne se voyait pas auparavant la moindre flaque d'eau ; on a dirigé le cours d'un grand nombre de ruisseaux sinueux qui donnent au bois un aspect de fraîcheur qui ne manque pas de charme ; les allées droites du bois ont été modifiées en méandres et de nouvelles avenues ont été percées ; enfin, malgré toutes ces transformations, on a su lui laisser suffisamment
la physionomie d*un bois pour qu'il puisse encore en conserver le nom. C'est ce dernier caractère qui différencie le bois de Vincennes decelbi de Botild'gne, lequel est devenu un véritable parc, avec des allées tirées au cordeau et de nombreux massif de plantes exotiques, tandis que celui de Vincennes a gardé, jusqu'à un certain point, Faspect pittoresque d'une forêt.
En même temps que l'on commençait tous ces travaux d'embellissements, on construisait^ d'autre part, le chemin de fer de Paris à Vincennes qui, commencé en 1856, fut inauguré l'année suivante. Il a été prolongé ensuite jusqu'à La Varehhe, puis jusqu'à Brie^Comte-Robert, et, enfin, jusqu'à Verneuil-l'Etang où il rejoint la ligne de Belfort.
En 1858, cinquante hectares du bois furent aliénés pour l'établissement de cette ligne et les premiers travaux d'embellissements furent exécutés près de Vincennes et dans i^le canton des Minimes par les soins de la liste civile impériale.
Le succès des premiers travaux et le désir de les compléter ont déterminé la cession du bois de Vin^ cennes à la ville de Paris, consentie par la loi dti 24 juillet 1860.
La ville de Paris s'est engagée à conserver et à entretenir à perpétuité le bois de Vincennes en promenade publique, et à étendre ses limites îuaqu'aux fortiflcatlonô entre les portes de Picpus et
de Ghflrenton» de manière à en faire véritablemen une promenade parisienne, attenant aux nouvelles limites de la cité agrandie par la loi du 16 jnin 1859.
Lés premiers travaux entrepris ont eti pour objet le creusement du lac des Minimes, du ruisseau qui raliMéUte et rétablissement des nouvelles routes qtti l'étltdurént ; 200.000;mêtrës cubés de terre furent enlevée et trani^portés par un chemin de fer provisoire entre Nogent et Joinville pour servir de remblais au chemin de fer de Paris à La Varenne que l'on CôUiitrûiftait alors. Troià îles boisées furent ménagée!^ au milieu du lac d'une superficie de huit hectaretfi.
D'un autre côté, oh annexa au bois la plaine située au nord de Charenton ; on la convertit en UU vaâtejàrdin auglaisau milieu duquel un lac de vingt hectares fut creusé. Prés de Saint-Mandé,on transforma en lac une dépression de terrain où croupissaient les éâûx provenant du rû de Montreuil. Ce lào, d'une l^uperfieie d'un hectare et demi environ, non éomprië la suf-face de Tlle conservée au centre, changea la physionomie de cette partie du bois qui, autrefois déserte, devînt en peu de temps une des plus fréquentées et des plus agréables.
Le troisième travail important exécuté par la listé Civile a été le creusement d'un lac d*une
superficie d'un hectare et quart sur le sommet du plateau de Gravelle.
Les principaux ruisseaux partent du lac de Gravelle qui forme le réservoir supérieur des eaux du bois et se dirigent vers les lacs Daumesnil, de Saint- Mandé et des Minimes.
Deux autres petites rivières, celle de Joinville et de Nogent, dirigées vers le lac des Minimes, prennent leur source dans des petits lacs secondaires situés à Tancien carrefour de Beauté et à la porte de Nogent et sont alimentés par les conduites de distribution des eaux d'arrosage du bois.
Enfin, un dernier ruisseau, souterrain dans son parcours à travers le polygone, conduit au lac de Saint-Mandé les eaux qui traversent le lac des Minimes.
En 1855, lorsque nos troupes rentrèrent de Crimée, le nombre de soldats malades était si grand que les deux hôpitaux du Val-de-Grâce et du Gros- Caillon ne les pouvaient contenir, Thôpital militaire du Roule venant d'être exproprié. L'empereur Napoléon III ordonna au ministre de la guerre^ qui était alors le maréchal Vaillant, de trouver dans le bois de Vincennes, entre le château et le mur des fortifications de Paris, un terrain suffisamment vaste pour y élever un hôpital. La partie du bois choisie par le maréchal se trouve sur le territoire de Saint-Mandé près de la limite
de Vincennes, elle occupe un vaste rectangle de 60.000 mètres carrés dont 4.500 environ furent couverts par des constructions élevées d'après les plans dressés par le commandant du génie Calot. Le 31 mai 1858 on inaugurait le nouvel hôpital qui passa, à cette époque, pour le modèle des constructions de ce genre.
« Il existe dans le jardin de l'hôpital, nous dit M. Ulysse Robert dans ses Notes historiques sur Saint'Mandé^ une petite chapelle édifiée par les soins de l'impératrice Eugénie, en souvenir de la naissance du prince impérial et à la suite d'un vœu qu'elle avait fait. La statue de la Vierge, qui est dans cette chapelle, était alors honorée à Saint- Mandé, à Vincennes et dans les environs, sous le vocable de Notre-Dame de Lorette: elle devint, depuis, de la part de l'impératrice, l'objet d'un culte tout spécial et elle y fut placée sur son ordre exprès. Cela attira même au maréchal Vaillant une aventure assez piquante. Le maréchal, ignorant la prédilection de la souveraine pour cette Vierge, ne pouvait se faire à l'idée que cette méchante statue, longtemps perdue dans les plâtras d'un mur tout lézardé, cette vieillerie pût déparer la coquette chapelle. Aussi fit-il acheter une belle statue en marbre blanc, qui, parait-il avait été primée au Salon et la fit mettre en place. Or, il arriva que l'impératrice voulut savoir comment ses
— aïo —
ordres avaient été exécutés. La sœur supériense do rhôpitai, M'^^ Gain, dut bien l'informer que la Vierge de prédilection était restée reléguée au milieu des ruines et qu'elle avait été remplacée par une toute neuve. Là*dessu9, colère de la souveraine et grand émoi à la cour. Le lendemain, le pauvre maréchal arrivait furieux à Thôpital pour faire la substitution des statues. Il adressa à la sœur Gain de violents reproches et l'accusa notamment de lui avoir « jeté Timpératrice dans les jambes (sic) ».
Non loin de l'hôpital militaire et sur le territoire de Vincennes, tout un nouveau quartier va se bâtir grâce à une société d'épargne, intitulée Sociiti de la Prévoyance, fondée en 1847 par des ouvriers et de petits commerçants. Ceux-ci, dans le but de devenir propriétaires chacun d-une petite somme de quatre mille francs, s'imposèrent une cotisation de 1 fr. 50 par semaine, cotisation qui ftit plus tard portée à 5 francs. Avec le fruit de ces épargnes, ils achetèrent, en 1856, des terrains au lieu dit la Sablière et ils y firent bâtir ; mais comme depuis la fondation de la société, plusieurs de ses membres avaient prospéré, ceux-ci ajoutèrent au capital qu'ils avaient amassé et quelques*uns dépensèrent de 60.000 à 60.000 francs dans la réalisation de leur rêve économique. Cette société fut entière*^ ment liquidée en 1865. Le quartier de la Pr^uoyanee ainsi formé a conservé son nom.
De son côté, la ville de Paris, qui venait d'ac* quérir le bois, mit en vente toute la partie longeant la voie du chemin de fer, ce qui favorisa la création d'une multitude de petites villas entourées de jardins et donna au bois un air de gaieté et de vie qu'il n'avait pas eu jusqu'alors. Il est vrai, en revanche, que cette opération aliéna une portion notable du bois et diminua ainsi la partie destinée au public. Cette partie fut encore diminuée, la même année, par l'établissement d'un tir national qui occupa un vaste terrain situé entre l'esplanade du château et la route des Sabotiers. L'ouverture de ce stand fut précédée d'un concours organisé par une société avec l'aide du gouvernement. Un grand nombre d'amateurs de divers pays prirent part aux épreuves qui eurent lieu du 7 au 18 octobre 1860. L'espace que Ton avait consacré à ce concours était entouré de grilles en bois à hauteur d'appui ; de distance en distance 9e dressaient des mâts portant des chiffres, des devises, des banderoUes, des drapeaux et des trophées. En dedans de la grille d'entrée, avaient été dessinées des allées sinueuses et parfaitement sablées; puis, avec huit ou neuf cents caisses de magnoliers, rhododendrons et d'orangers, on avait improvisé un jardin au fond duquel l'entrée du tir s'ouvrait à deux battants. Les cibles étaient au nombre de cinquante-sept, adossées à une butte; il y avait, en
outre, quatre cibles pour le tir à l'arc et un mât pour le tir à l'arbalête.
Lors de Tannée terrible, l'animation fut grande au chàteau-fort et dans ses environs, notamment au moment de la sortie de Champigny, le gouverneur de Paris avait installé le grand quartier généau cbateau ; les journées des 27 et 28 novembre turent employées à masser aux environs de Vincennes les régiments de la deuxième armée.
Le 28, au soir, le 1^' corps (général Blanchard), composé des divisions Faron et Malroy, et le 2^ corps (général Renault), composé des divisions de Susbielle, Berthaut et de Maussion, ainsi que leurs réserves d'artillerie, étaient campés dans le bois de Vincennes, près du champ de courses, du château et du lac des Minimes.
Le 3*" corps (général d'Exéa) avait la division de Bellemare sur le plateau de Tilmont, près de Montreuil-sous-Bois, la division Mattat dans la partie est du bois de Vincennes, le groupe de mobiles du colonel Reille en arrière de Joinville et sa réserve d'artillerie dans le champ de manœuvres au sud de l'obélisque.
L'équipage de marche était réuni sur l'avenue de Vincenhes, à l'entrée du bois.
Tous les soirs, pendant tout le temps que dura la terrible lutte, le gouverneur de Paris et le général Ducrot rentrèrent au château. Le 2 décembre,
le général Trochu, après avoir exploré le champ de bataille en compagnie du général Ducrot, laissa ce dernier continuer sa promenade, traversa la Marne et rentra tranquillement à Vincennes où il commença, devant son entourage, une interminable conférence sur l'art de la guerre <.
Le 3 décembre, Tarmée du général Ducrot repassait la Marne dans la journée et venait bivouaquer dans le bois de Vincennes, où Ton s'occupa d'améliorer la situation de nos malheureux soldats éprouvés par un froid excessif. Le soir, à neuf heures, le général rentrait au château où il trouvait le gouverneur, fort intrigué de cette retraite à laquelle il ne s'attendait pas. Après les premières explications le général Ducrot se mit à exposer les grandes lignes d'un nouveau projet de sortie.
Le lendemain, il adressa du château l'ordre du jour suivant aux troupes de la deuxième armée :
« Soldats,
« Après deux journées de glorieux combats, je vous ai fait repasser la Marne, parce que j'étais convaincu que de nouveaux efforts dans une direction où l'ennemi avait eu le temps de concentrer toutes ses forces et de préparer tous ses moyens d'action, seraient stériles.
< A. Duquet, Guerre de i870-Wi, Paris.
- suce En pous obstinant dan« cette voie. Je lacriflais inutilement <}e« milUerB <Je brayea et, loin de ser*vir l'c^uvre de la délivrance, je la compromettais sériauiiement; je pouvais même vous conduire h un dé^stre irréparable,
« Mais, vous l'avez compris» la lutte n'est sus^ pendue que pour un instant ; nous allons la reprendre avec résolution. Soye^ donc prêts, com*^ plétfiz en toute bftte vos munitions, vos vivres, et, surtout, élevez vos coeurs à la hauteur des sacri-f flces qu'exige la sainte cause pour laquelle nou» Ufi devons pas hésiter à donner notre vie.
% Au grand quartier généra^ à Vincennes, le 4 décembre 187Q K »
Le même jour, les généraux de la deuxième armée se réunissaient au château, à Tei^ception de ceux du !•' corps, <i l'officier d'état-^major, envoyé pendant la nuit, pour porter les ordres du général en chef, n'ayant pu trouver le général commandant le 1'^ corps, qui était rentré dans Paris *. »
Lp général Pucrot i^e contint, tout d'abord, il exposa son plan^ dit qu'on ne pouvait abandonner l'armée d^ la Loire, qu'il fallait recommçîncer le çomhat dans le pl^s court délait Un silencse gl^-
* Général Ducrot. La défense ^ê Pai^k, WQ^JÎ, Paris, Dentu, 1876.
* Général Ducrot, t. ((1, jp, }(K|,
oial, ppis dei objections de toutes sortes, suivirent son allocution. Alors, irrité déjà par l'absence du général Blanchard, il éclata et déclara qu'il n'admettrait ni observations ni hésitations.
« Quelle scène I écrit le docteur Sarazin.
« Quand ils furent tous sortis, Ducrot s'affaissa sur son fauteuil, et les coudes sur la table, la tôtf dans les mains, il ne m'entendit pas m'approcher de lui. Je crus devoir lui parler.
— Comme c'est triste mon général I
— Ah I vous étiez là, docteur ?
T~ Oui, mon général, j*ai tout entendu.
-^ Vous n'en parlerez jamais à personne, enten» dez-vous f Vous ne devriez pas être ioi.
— Je regrette d'être resté, mon général, c'est pe que j'ai vu de plus triste pour notre pauvre pays depuis le commencement de la guerre > ».
La séance levée, le général Ducrot envoya, de nouveau, à M. Blanchard, Tordre de se rendre au château de Vincennes. Cette fois, l'aide de camp trouva le commandant du 1*'' corps, qui était revenu de sa promenade en ville : à quatre heures, le général Blanchard et ses états-majors se présentèrent au général en chef.
^ Sarazin, médecin en chef de l'ambulance du grand quar* tier général de la 2« armée. Récits sur la dernière guerre franco-allemande.
Ne laissant voir la colère qai l'étooffait que par le tremblement de sa voix et la flamme de son regard» le général Ducrot répéta les inslructions adressées» le matin, aux chefs des 2* et 3* corps. Le général Blanchard ne cacha pas sa mauvaise volonté, soutint que ses troupes étaient épuisées, qu*il ne pouvait les remettre en état de combattre. Il ne prit pas la peine de dissimuler sa méchante humeur ; il suffisait que le général en chef dise oui pour qu*il dise non» dise non pour qu'il dise oui.
Alors» le général Ducrot donna un libre cours à sa colère : il reprocha au commandant du 1^ corps sa conduite le 30 novembre et ^le 2 décembre» il Taccusa d'avoir quitté son poste devant l'ennemi» reproche et accusation bien justifiés» car l'attitude du général Blanchard» pendant les batailles de la Marne» avait été bien répréhensible» car il s'y était montré découragé par avance» négligeant» incapable» car on n'abandonne pas ses troupes» dans une situation si critique, pour aller chercher du linge à Paris ^.
A ces sanglantes apostrophes» M. Blanchard repond d'un ton de plus en plus cassant. Lie générai en chef, hors de lui» « prononce des paroles incohérentes avec une grande volubilité. Il dit qu'il se soucie peu des défaillances» qu'il brisera
« Alfred Duqnet.
toutes les mauvaises voloutés et que, pour obtenir l'obéissance, il aura, au besoin, recours aux conseils de guerre. Indignés, les officiers du l*r corps se serrent autour de leur chef Celui-ci, mettant la main sur la poignée de son épée et regardant Ducrot entre les deux yeux, lui lance les mots suivants : ce Demain matin, je verrai, général Ducrot, si, répée à la main, vous aurez le verbe si haut ». Et il sort, suivi de son état-major.
« Dans la cour du fort, on rencontre Trochu venant conférer avec le chef de la 2- armée. On lui rend compte aussitôt de Tincident. Il en comprend la gravité et ramène Blanchard chez le commandant en chef.
« Trochu prêche l'union qui fait la force et, voyant parmi les officiers présents, un qui avait supporté le blocus de Milianah,il parle longuement de la situation désespérée de cette bicoque.
^ On en est sorti, cependant, s'écrie-t-il, nous en c( sortirons. ».
« Cela n'avait aucun rapport avec Taffaire, mais Trochu crut, un instant, Tavoir replâtrée. Il n'en était rien. Pour éviter une rencontre entre Ducrot et Blanchard, il dut remanier Tordre de bataille et faire passer le dernier sous les ordres de Vinoy * ».
^ Colonel Comte. Récit fait au rédacteur militaire du