‹ Le château royal de VincennesChapitre 3 sur 31 · ET. MAGNUS. CRYPT · texte numérisé non relu

ET. MAGNUS. CRYPT

TÂRIUS. CURATORES.

Montfaucon a lu ainsi cette inscription : Collegium Silvani restituerant Marcus-Aurelius Augusti libertas Hilaraset Magnas- Crgptarias curatores. Ce qui veut dire que Marcus-Aurelius, affranchi d'Auguste, surnommé Hilarus et Magnus-Cryptarius ont rétabli le collège de Silvain. »

Dom Bernard ajoute dans sa communication à l'Académie :

« Le nom de Marcus-Aarelias, que portait Taffranchi d'Auguste, marque qu'il était affranchi de Marc-Âurèle, qui régna depuis l'an 161 de Jésus- Christ jusqu'en Tan 180 et que ce rétablissement du collège de Silvain a été fait sous cet empereur. C'est une règle infaillible et autorisée par un grand nombre d'exemples, que les affranchis des Augustes portaient le nom de l'empereur régnant. Le secoad curateur appelé Magnus est surnommé Cryptarius. Cela paraît être un nom d'office dont je n'ai point encore trouvé d'exemples. Crypta se lit assez souvent dans les anciens auteurs. CoUegium se prend là pour une société ou une confrérie qu'on appelait aussi sodalitas ou sodalitium. De ces collèges ou confréries il y en avait de sacrés, comme coUegium fratrum Arvalium, le collège des frères Arvales, qui sacrifiaient pour la fertilité des champs. Le collège de 5z7z;ain, à /{ome, était aussi du nombre des sacrés et était appelé le Grand Collège. Les corps de métiers avaient aussi leurs collèges et leurs assemblées qui s'y faisaient en certains temps.

« Ce collège de Silvain de Paris fut ainsi rétabli du temps de Marc-Aurèle, empereur. Il fallait donc qu'il eût été fondé longtemps auparavant et qu'il fût tombé en décadence, ce qui porta les curateurs à le remettre en son premier état. Ce fut apparemment peu de temps après que les Gaules furent réduites sous la puissance des Romains que ce col-

lège de Silvain fut établi dans le bois de Vincennés, à rimitation da Grand collège de Silvain de Rome ; car, comme nous l'ayons dit, les principales villes des Gaules se conformaient à cette capitale du monde dans leurs établissements, leurs édifices, leurs temples, leurs collèges, et, si les précieux restes de l'antiquité n'étaient pas comme abîmés dans les grands décombres qui ont si fort haussé le terrain de Paris, nous y verrions bien des choses imitées de l'ancienne Rome.

« Les temples et autres lieux consacrés à Silvain étaient ordinairement dans les bois et dans les forêts

« Ces collèges assistaient aussi à la pompe ou procession qui se faisait tous les ans, et où l'on portait les images des dieux et des empereurs. .

a Le lieu où s'assemblaient ceux qui composaient le collège de Silvain de Paris était apparemment le bois de Vincennes, où a été trouvé ce monument * »

Après le règne de Constantin, lorsque le chris* tianisme se répandit, les édifices dédiés à des divinités païennes disparurent ou furent mal entretenus et, lorsque les Francs envahirent à leur tour la Gaule, ils s'emparèrent de ces temples devenus

^ Mémoires de littérature tirés des registres de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, T. XIII. — Extrait p. 429, S2 Juin 1734.

déserts ; Clovis, après la conquête de Paris, les considéra comme biens du domaine de la couronne.

Le culte du dieu Silvain dut alors cesser dans la forêt, surtout lorsque nos premiers rois eurent choisi cet endroit comme rendez-vous de chasse, puis comme résidence. Ce fut alors que le nom de Silvanus devint probablement Vilcena par une interversion de lettre assez fréquente; c'est, en effet, sous ce nom que le bois environnant est mentionné en 847 dans un titre de Tabbaye de Saint-Maur-des-Fossés comme faisant partie de la terre ou paroisse de Fontenay. Une bulle du pape Benoît VII donnée en Tan 980 nomme le bois Vilcenna. Un acte de Henri 1", en 1037, permet aux religieux de prendre pour leur cuisine du bois dans )a forêt de Vilcena. Philippe V^, en 1075, accorde àTabbaye de Saint-Magloire deux charges d'âne de bois à prendre annuellement dans la forêt quœ dicitur Vilcena. Philippe-Auguste, en 1190, fait un arrangement avec les moines de Saint-Martin pour le bois qu'ils auront droit de prendre in nemore nostro de Vilcena.

Ce nom s'appliqua plus tard au manoir que Louis VII fit construire dans le voisinage ; il se transforma peu à peu, devint successivement Vicena, Vicenae, Vincene et enfin Vincennes.

L'exactitude de cette solution paraît assez pro-

bable ; on pourrait dire cependant, comme le faisait le chevalier de Cailly à propos d'une étymologie douteuse :

Alfana vient d'equrn, sans doute Mais il faut avouer aussi Qu'en venant de là jusqu'ici Il a bien changé sur la route.

Quelle que soit, du reste, l'origine de sa dénomination, il est certain que, dès le ix« siècle, le bois fut connu sous le nom de Vilcenas longtemps avant que nos rois y vinssent établir une sorte de manoir qui a pris dans l'histoire le nom de domaine de Beauté.

Cette résidence était située dans une charmante position d'où Ton domine la belle vallée de la Marne . Son emplacement est encore appelé aujourd'hui le fond ou le val de Beauté et se trouve au pied de Nogent-sur-Marne, à deux ou trois kilomètres à l'Est du château de Vincennes. Ce domaine ne fut pas, à proprement parler, une résidence royale ; il ne servit jamais que comme rendezvous de chasse. Bertrade, femme du comte d'Anjou, l'habita sous Philippe 1^' ainsi qu'Agnès Sorel sous Charles VIL Les derniers vestiges de la clôture du parc de Beauté tombèrent sous la pioche en 173L

Sous Louis VII, dit le Jeune, un autre parc fut

établi eatourant le château commencé par ce roi et terminé 90us son successeur, Philippe-^Âuguste.

C'est cette résidence que beaucoup de chroniqueurs ont confondue avec le domaine de Beauté. Elle était située à peu près à l'emplacement dn château actuel et, par conséquent, à quelque distance du premier parc. Entre les murs les plus rapprochés de ces deux propriétés s'étendaient de vastes terrains où fut établie Tabbaye de Grammont qui devint plus tard un couvent de Minimes* Louis VII fit construire, pour y loger un garde, la tourelle que l'on voit encore à Saint- Mandé sur la route de Paris au coin de la place à laquelle elle donne son nom.

Par ses dimensions et son architecture, cette construction n'est pas très intéressante ; c'est un bâtiment d'une bien minime importance qui n'est précieux aux yeux de l'archéologue et de l'histo^ rien que par son antiquité et par les événements dont il a dû être témoin depuis les huit siècles qu'il est placé, tel qu'une vedette, sur la route de la capitale,

A quels sombres drames ont été mêlés quelques-uns des gardes qui l'habitèrent ? Quels cortèges différents ont dû défiler devant lui pendant une si longue période de temps l Funérailles pompeuses, brillants retours de chasse, cortèges royaux» parades militaires, allées et veuues des rois, des

princes ou des seigneurs qui séjournèrent au chAteau de Vincennes: tous ces souvenirs sont évoqués par l'imagination lorsqu'on réfléchit devant la mode^te tourelle de Saint^Mandé.

I/e nouveau parc n'était guère clos que du côté de Paris et les religieux de Saint^-Maur^des-Fossés le mettaient souvent à contribution pour leurs fournitures de combustible. Louis VU leur acheta ce droit et fit clore une partie du bois qui ne contenait alors qu'environ cinquante arpents ; puis» comme il était pieux et particulièrement pénétré de vénération pour l'ordre de Grammont dont les religieux étaient connus à cette époque sous le nom à^Hermites Grandmontains ou Bonshommes, il forma le projet de les établir dans le bois sur les restes de l'ancien collège romain.

Cet ordre de Grammont ou de Grandmont avait été fondé en 1076 par saint Etienne de Muret sur la montagne de Muret, près de Limoges ; après sa mort^rassociation alla s'établir au désert de Grand* mont situé également dans le Limousin. Les mem*bres de cet ordre portaient une robe de bure noire et un scapulaire avec un capuce pointu de même étoffe et de même couleur.

Louis VII demanda au général de l'ordre un cer* tain nombre de ces religieux ; celui-ci les envoya dans la même année. Le roi les reçut avec beau* coup d'égards» les logea chez lui et fit travailler

sans relâche à leur habitation. Il voulut, de plus, pourvoir à leur dotation : il leur donna, par une charte avec leur couvent, le bois, le fonds de terre pour en jouir à perpétuité et leur assigna une rente annuelle de deux muids et demi de froment sur la grange de Gonesse.

Plus tard, ces religieux reçurent une nouvelle rente d'un muid de froment à prendre sur la ferme royale de Villeneuve-Saint-Georges, qui dépendait de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés.

De ce jour, la prospérité des Bonshommes alla croissant. M. Grandvaux, dans sa très intéressante étude sur les Minimes du bois de Vincennes, nous donne Ténumération des dons et legs qui leur sont faits : dès 1178, Thibaud-le-Riche leur donne une pièce de terre située à Fontenay, dans laquelle est une source qui pourra être conduite au monastère; déjà, le 22 juin 1177, Hugues Aubriot, garde de la Prévôté de Paris, leur avait concédé la fontaine Emery, située également à Fontenay-sous- Bois.

Le 10 janvier 1208, dame Pétronille de Brie donnait à perpétuité aux Bonshommes le droit de prendre, en échange de messes, un muid de vin sur deux arpents de vigne sis aux Pressoirs, à réclamer chaque année au temps des vendanges. Les héritiers de la défunte essayèrent bien de se refuser à l'exécution de ce legs, mais en 1251, une sentence

les condamna à payer cette rente et les arrérages échus depuis dix ans.

En 1212, Robert-des-Forets et Alix, sa femme, cédèrent aux religieux la troisième partie qui leur appartenait sur les dîmes, tant vin que blé, sur le territoire de Montreuil, et un bien pour y construire une grange destinée à recevoir les dites dîmes et tous les fourrages provenant de ces dîmes.

Logés et dotés d'une façon aussi large, ils restèrent ainsi dans le bois, menant une existence pleine d'une douce quiétude jusque sous Henri III qui les remplaça par des Minimes, dont nous parlerons plus loin et qui occupèrent le couvent jusqu'à l'époque de la Révolution.

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