CHAPITRE V
La Sainte-Chapelle du château. — Sa construction. — Description des vitraux é — La chapelle du XVII* siècle à nos Jours.
Lorsqu'en 1239, saint Louis reçut de Beaudonin, empereur de Constantinople, la couronne d'épines de Jésus-Christ qu'il avait rachetée aux Vénitiens, il fit construire à Vincennes et à Paris, pour y loger des reliques, deux des cinq Saiutes-Chapelles qu'il avait fait vœu d'élever en France. Â sa mort, quatre de ces Saintes-Chapelles étaient achevées : celles de Paris, de Vincennes, de Saint-Germainen-Laye et de Riom, en Auvergne ; la cinquième ne fut commencée, à Champigny, en Touraine, qu'en 1508 par Louis P' de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon et achevée de 1520 à 1538 par son fils. C'est la seule qui soit du style renaissance.
Sur ces cinq chapelles, les quatre premières sont entretenues, comme monuments historiques, par le ministère des Beaux-Ârts. Celle de Champigny,
en Tonraine, fait partie d'une propriété particulière et a été remise en bon état par ses propriétaires. Elle est ornée de vitraux magnifiques qui représentent toute la vie de saint Louis.
La Sainte-Chapelle de Vincennes fut construite contre le vieux château de Louis VII et de Philippe- Auguste et servit de modèle à la seconde commencée par Charles V, terminée par Henri II et qui existe encore aujourd'hui.
En 1379» soit que la chapelle ait vu sa solidité compromise par la démolition du vieux château contre lequel elle était appuyée, soit par une raison de piété, pour l'éloigner des bas-services du donjon dont on la jugeait trop voisine, Charles V rendit une ordonnance qui décidait son remplacement par une autre. Il ordonna en même temps à ses architectes de copier fidèlement la chapelle de saint Louis. C'est ce qui explique pourquoi cette chapelle, quoique commencée à la fin du quatorzième siècle et terminée sous la Renaissance, est du style du treizième siècle sauf quelques modifications dans le goût de l'époque, apportées par ses derniers constructeurs.
L'ancien monument resta, du reste, debout, jusqu'à l'achèvement du nouveau.
En 1378, on commença les fondations et. Tannée suivante, Charles V rendit à Montargis une nouvelle ordonnance constituant la fondation de la
Sainte-Chapelle et du chapitre ou collège des chanoines de Vincennes.
Le nouveau Chapitre, ainsi fondé, fut installé dans l'ancienne Sainte-Chapelle de saint Louis, en attendant Tachévement de la nouvelle, c'est-à-dire îusqu*en 1552.
La mort de Charles V, survenue en 1380, interrompit les travauxqui furent repris par Charles VI, son fils et successeur; celui-ci, par plusieurs lettres patentes, en confirma la fondation et la dotation mais les guerres continuelles et la folie du roi firent de nouveau suspendre la construction de l'édifice, qui ne fut reprise qu'en 1400, sous la direction de Jean Annot, entrepreneur des œuvres du roi, qui éleva les murailles à la hauteur des fenêtres. Cinquante ans plus tard, Louis XI continua l'œuvre de ses prédécesseurs ; Charles VIII porta la chapelle à la hauteur des travées et, sous Louis XII, on continua lentement les travaux.
François l^ fit prendre à l'œuvre un nouvel essor. Ce fut surtout la publication du rondeau suivant qui l'y décida :
Puis huit vingt ans, cinq rois passant ce cours
M'ont délaissée au trépas sans secours
Et sans avoir, par nul moyen tendu
Qu'ung seul ouvrier est à moi entendu
Pour me parfaire ainsi j'ai attendu
Puis huit vingt ans.
Remède quel ? suivant mon erre cours.
Au triomphant roi François ai recours Espère y prendre à bonne heure et temps du Son franc vouloir magnanime entend a Rendra croissant ce qui tombe en décours Puis huit vingt ans. '
Ce rondeau, dû à la plume d'un nommé Dubois, dit Crétin, trésorier de la chapelle, fit exécuter quelques travaux qui furent bientôt arrêtés. Neuf ans après, Dubois se fit de nouveau l'interprète des vœux de la Sainte-Chapelle :
La suppliante à la pluie et au vent Sans nul tandis, couvertur en auvent Voire en péril éminent de morfondre. . .
Vous plaise donc rendre icelle accomplie Afin que Dieu, à Messe et à Compile, Y soit servi, et puissiez mériter Loy éternel qui peut l'âme hériter.
Ainsi aurez, pour bien petites sommes Grâces de Dieu et louanges des hommes Mieux que pis.
François I«^ y fit alors travailler jusqu'en 1531, et elle en avait grand besoin car, depuis cent soixante ans qu'elle était commencée, elle n'avait encore atteint que la hauteur des vitraux. Les travaux faits sous François P*" se reconnaissent facilement par la présence de salamandres sculptées sur l'édifice ; on sait que ce prince avait pris la salamandre pour emblème.
Henri II fit construire, de 1547 à 1552, la sacristie
surmontée du trésor destiné à conserver les reliques; il fit terminer les magnifiques boiseries sculptées du sanctuaire et poser les stalles de chaque côté du chœur; entre les stalles, le trône du roi faisait face à l'autel. Le chapitre royal célébra pour la première fois son office dans la nouvelle chapelle» le 15 août 1552, en présence de Henri II et de toute sa cour.
Ainsi, deux époques très distinctes ont concouru à l'édification de la Sainte-Chapelle ; malgré cela, ce monument présente, au premier abord, une grande unité. Les architectes de la Renaissance chargés de l'achever ont, autant que cela était possible à cette époque, cherché à conserver l'ordonnance de l'ensemble, le caractère des détails. Il faut examiner la sculpture, reconnaître les dégradations causées par les pluies et la gelée aux parties supérieures des constructions laissées inachevées pendant un siècle, pour trouver les points de soudure des deux époques^
Ce fut également Heuri II qui fit établir les vitraux de l'abside et des côtés; les premiers seuls ont été conservés. Autant remarquables par leur composition que par leur belle exécution, ils peuvent être rangés parmi les plus beaux de la Renaissance. Ils sont dus au talent de Jean Cousin, qui
* VioUet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de V Architecture,
tut à la tois peintre sur toile, peintre sur verre, sculpteur et qui excella dans tous ces genres. Il fut inspiré dans ses compositions par les symboles mystérieux décrits dans V Apocalypse, qui est une histoire prophétique de l'Eglise révélée à saint Jean.
Les vitraux des trois grandes fenêtres de chaque côté de la nef représentaient les portraits en pied de tous les chevaliers des ordres de St-Michel et du St-Esprit,en grand costume; ils ont été détruits quelque temps avant 1793. Quant à ceux du sanotuaire, qui ne furent que mutilés, ils furent enlevéSy par un dernier sentiment instinctif pour le beau, transportés à Tancien musée des Augustins d'Alexandre Lenoir, et réinstallés en 1816 ; mais les débris furent mal replacés. Ce ne fut qu'en 1878 qu'un peintre verrier de grand talent, M. Ôudinot, a su les rétablir dans leur état primitif.
Les sujets traités dans les vitraux du sanctuaire sont au nombre de douze et représentent douze visions décrites dans l'Apocalypse. Au-dessous de chacun d'eux, une tablette porte l'extrait correspondant de l'Apocalypse écrit par le peintre dans le style de son temps.
Voici quelles sont ces inscriptions, avec l'indication de l'endroit où sont placés les vitraux qui les surmontent.
l""" Vision : Ce tableau occupe le haut de la per-
mière fenêtre du cintre à droite du spectateur. En voici l'inscription :
Veit quatre anges tenantz les quatre vents afin qu'ils ne soufflassent sur la terre et leur estait donné puissance de nuyre â la terre et mer et incontinent leur estre deffédu de ne faire aucun mal jusques à ce que les serviteurs de Dieu fussent signés au fronc.
Dans ce tableau se trouvent des têtes fort remarquables dans le groupe des serviteurs de Dieu que l'ange marque du sceau; dans le lointain, une belle perspective de paysages fuyant sur le flanc d'une montagne.
2* Vision : Ce sujet est placé au-dessous du précédent, dans la même fenêtre. Il porte rinscription suivante :
Veit fut donné sept Trompettes à sept anges,
« Je vis qu'il fut donné sept trompettes à sept
On voit dans ce tableau une Sainte-Mère de V Enfant-Jésus assise dans un fauteuil d or et un Saint- François d'Assise en extase.
3® Vision : Ce tableau est placé, à droite du spectateur, dans le haut de la seconde fenêtre du cintre.
Au-dessous se trouve cette inscription :
Veit le premier ange et après avoir sôné sa trompette fut faicte gresle et feu avec sang et fut arse la tierce partie de la terre et la tierce partie des arbres et toute Vherbe de la terre fut bruslée.
Ce tableau est surtout remarquable par la beauté de son coloris.
4® Vision : Ce tableau, placé au-dessous du précédent, porte cette inscription :
Veit après le second son une montagne tombée en la mer et la tierce partie dicelle devenir sang. La tierce partie des poissons mourir et la tierce partie des navires périr.
Cette verrière porte, dans le soubassement figuré de son encadrement, Técu fleurdelysé de France soutenu par deux anges; à côté, des trophées où Ton remarque Temblème de François !•' : une salamandre couronnée avec la devise : Nutrisco et evtinguo.
5^ Vision : Ce tableau est situé dans la partie supérieure de la quatrième fenêtre, en commençant toujours par celle qui contient les deux premières visions. La tablette porte l'inscription suivante :
Le tiers ange ayant donné sa trompette veit tomber du ciel une grande estoile ardente côme ung flambeau et la tierce partie des fleuves et des fontaines devinrent amères comme alogne ^ par laquelle amertume moururent plusieurs hommes.
^ Vieux mot pour absinthe.
Le tableau de cette vision, dit M. de Laval, offre des effets de couleur et de perspective très remarquables. Aisément Foeil se rend compte des effets de couleur; mais nous signalons au spectateur un effet de perspective qu'il faut observer à l'aide d'une bonne jumelle. Au-dessous des nuages, du côté où sonne la trompette, mais au-dessus du groupe d'hommes qui reçoivent dans une amphore rouge et boivent l'eau changée en absinthe, que leur verse un rocher ; dans l'entre-deux, avec un bon instrument d'optique, on voit, sur le penchant et au pied de la montagne, une ville, d'où débouche un fleuve qui circule dans la plaine et se dérobe à la vue sous un pont. Il est merveilleux qu'un pinceau puisse produire sur verre de tels eflets de perspective. *
6® Vision : La tablette de cette verrière, placée au-dessous du précédent, porte une inscription ainsi conçue :
La quarte trompette sonnée fut frappée la tierce partie et de la lune ensemble des estoiles, en sorte que le Jour ne lugsoit plus ouyt la voix d'un aigle volant et cryant :
Malheur, malheur, aux habitants de la terre.
Au-dessous de la tête de l'aigle, on peut admirer une magnifique vue d'une ville s'étendant vers la montagne.
^De Laval, Esquisse historique.
La partie inférieure de l'encadrement est semblable à celle de la deuxième fenêtre.
7** Vision : La septième et la huitième visions ont été placées par le peintre sur la fenêtre du milieu du sanctuaire, sans doute à cause du grand effet que devait produire le tableau de la huitième vision.
Voici l'inscription située au bas de ce tableau :
Ayant sonné la cinquième tropét cheust une grande estoile ayant la clef de Vdbisme et Vouurit et la fumée du puits monta mêlée de sauUeraulx^ courônés ayant puissance de nuyre comme scorpions à ceux qui n'avoient le signe de Dieu sur leurs frontz.
A droite et à gauche des flammes de l'étoile on remarque encore deux paysages; dans la partie sombre du tableau, on voit, à l'aide de la jumelle, les visages diaboliques donnés par l'artiste aux sauterelles.
8^ Vision : Dans ce tableau, situé au-dessous du précédent, la tablette nous dit :
Veit aussi les quatre anges déliez afin d'occire, suivis de grande multitude d'anges d'armes, môtez sur chevaux, ayant teste de lions et par iceux fut tué la tierce partie des hommes.
Le tableau qui représente cette vision, dit M. de Laval est très mouvementé. Sur un signe de Dieu,
^ Sauterelles.
une armée d'anges exterminateurs, portée sur des chevaui^ à têtes de lions, s'élancent du sein des nues.
Au-dessous, les quatre anges de l'Euphrate, rangés en ligne terrible, exécutent les justices divines. L'ange, à gauche du spectateur, qui a les deux bras levés au-dessus de sa tête, pour asséner plus vigoureusement le coup de son glaive, est surtout remarquable.
Dans le soubassement figuré de cette verrière, est représenté, à genoux devant son prie-Dieu, le roi Henri II, revêtu du manteau et du collier de Tordre religieux et militaire de Saint-Michel qu'il avait fait transférer du mont Saint-Michel à Vincennes.
9^ Vision : Le tableau représentant la neuvième vision est placé dans la partie supérieure de la dernière fenêtre du cintre à gauche du spectateur. Il porte l'inscription suivante :
Lors je vei un ange descendant du ciel envirôné d'une nué au chef du quel estait Varc du ciel et ses pieds estaient côme une colône de feu et met son pied dextre sur la mer et le senextre sur la terre.
Ce tableau et celui de la dixième vision placé au-dessous étaient plus dégradés que les autres. M. Oudinot, qui fut chargé de leur restauration, a su les rétablir dans leur état primitif, de telle
façon qu'on est dans l'impossibilité de reconnaître quelles sont les parties qui ont été ajoutées.
10® Vision : Cette verrière, placée dans la partie inférieure de la même fenêtre que la précédente, porte comme inscription :
Et quand mes deux témoins auront achevé leur tesmoignage, la beste qui monte de Vahisme fera guerre cont eux et les veinera et les tuera, et a cette heure la a esté fait grand tréblement de terre.
On peut remarquer, dans ce tableau, au-dessous du temple, les têtes des juifs qui tiennent conseil entre les deux prophètes. C'est sur ce tableau qu'était inscrite la date 1558, qui n'a pas été replacée lors de la restauration.
11* Vision : Voici l'inscription de ce tableau qui est placé dans la grande fenêtre latérale du sanctuaire à droite du spectateur :
Lors eelui qui estoit assis sur la nuée, jeta sa faucille sur la terre qui fut moissonnée, et vendangée, et les raisins remplirent le pressoir de Vire de Dieu, et du pressoir sortit du sang.^ Ap^ XVI, XIX, XX.
Ce tableau, que beaucoup d'auteurs ont intitulé à tort Les quatre saisons, représente, comme les autres, une vision de l'Apocalypse.
12« Vision : Ce tableau, qui est un des plus remarquables de la chapelle, porte dans sa tablette :
Et quand il eat ouvert le cinquième seau. Je dû sous l'autel les âmes de ceux qui avoient esté tuez pour la parole de Dieu et pour le tesmoignage qu'ils main^ tenaient.
Comme le précédent, ce tableau a été mal dénommé par nombre d'auteurs, même par VioUetle-Duc, qui Tintitulent Le jugement dernier, ou encore Le Purgatoire. Ce qui a donné lieu à cette dernière dénomination est la présence» dans cette scène, de la fameuse Diane de Poitiers, maîtresse de Henri II, qui y est représentée nue, avec un ruban bleu qui sert de bandeau à ses cheveux. Cette présence est assez bizarre dans un tableau que Ton pourrait intituler le tableau des saints martyrs; et ceux-ci doivent se trouver offusqués de cette promiscuité avec la célèbre courtisane. Peut-être, dit M. de Laval, le peintre a-t-il voulu signifier complaisamment que, lorsque Diane aurait fini son temps en purgatoire, elle se glisserait dans un coin du ciel. A la bonne heure !
Il n'y a pas que cette verrière qui rappelle, dans la chapelle, le souvenir de la belle Diane de Poitiers : les bordures des vitraux portent partout ses emblèmes et ses chiffres; partout Ton voit des H et des croissants, ses chiffres et ceux du roi sont entrelacés dans les vitraux et voûtes avec des cors de chasse, des chiens, des croissants et des cornes d'abondance; le tout avait été ainsi
placé sans respect pour les yeux même de la reine qui ne devait être que médiocrement flatté à la vue de cette profusion des attributs de sa rivale et du portrait de celle-ci.
Un auteur du XVII* siècle nous donne de la chapelle la description suivante qui ne perd pas de son intérêt, bien que les boiseries, les stalles et l'autel aient été détruits pendant la Révolution et remplacés depuis par des ouvrages modernes :
a Elle est d'un assez beau dessin gothique avec quantité d'ornements. Les voûtes sont d'une har« diesse surprenante et ont plus 3 pouces (9 centimètres) d'épaisseur ; elles sont construites avec de très petites pierres artistement taillées que l'on voit à nu dans les charpentes sans aucune charge. La charpente, tout en bois de châtaignier, est un chef-d'œuvre de légèreté et de hardiesse. La flèche a été détruite mais jamais réparée.
« L'autel de cette Sainte-Chapelle est bien peu analogue à l'élégance du bâtiment, il ne serait tout au plus supportable que pour un mauvais village. Le sanctuaire est superbe et il en est peu en France de plus majestueux. Le trône du roi occupe le centre et les trésoriers, chantres et chanoines, sont dans de majestueuses stalles situées des deux côtés; les sacristies» grande et petite, sont fort bien voûtées et les archives bien entretenues.
« La nef renferme trois chapelles : celle de Saint-Martin, qui sert de paroisse, est à droite, celle de Saint-Jean à gauche et, dans le milieu, la Sainte-Famille. Elle est très mal pavée et sans lambris. Dans le fond de la Sainte-Chapelle est une galerie destinée à l'emplacement d'un orgue, mais il n'y en a pas. Cette chapelle a d'assez beaux ornements et un trésor peu considérable, dans lequel cependant on distingue une croix d'or ornée de pierreries, qui renferme un morceau assez considérable du bois de la vraie croix, et un bassin en cuivre rouge des Indes en forme de cuvette, qui a cinq pieds de circonférence, où sont des figures représentant des Persans et des Chinois. On y voit, sur une espèce d'estrade, avec des gardes à côté, ce qui est répété deux fois ; beaucoup de chases des tigres, lions et léopards, en deux endroits quelques mots arabes qui regardent quelque famille de cette nation. Ce bassin représente aussi plusieurs hommes en carquois et bouclier ; ces figures sont ciselées dans le cuivre, et tout ce qui a été ciselé est rempli d'argent. Il est vraisemblable que ce bassin a servi aux purifications qui étaient fréquentes chez les Orientaux et qu'il a été apporté au retour des Croisades, il a servi en France au baptême des enfants du roi et de quelques princes du sang. »
Le bassin dont il est question dans cette des-
cription a disparu au moment de la Révolution, en 1791, puis il est entré au Louvre le 26 juillet 1793, où il se trouve encore aujourd'hui.
 cette époque, la Sainte-Chapelle était desservie par un chapitre composé d'abord d*un trésorier , chef de chapitre, d'un chantre, de sept chanoines, quatre vicaires et deux clercs.
Les assemblées des chevaliers de Tordre militaire et religieux de Saint-Michel furent transférées du Mont-Saint-Michel à la Sainle-Chapelle de Vincennes, en septembre 1557 ; elles ont continué à s'y tenir jusqu'au mois d'avril 1728.
En 1791, les chanoines de la Sainte-Chapelle, ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, furent expulsés par ordre de la municipalité de Vincennes, le 15 avril, à cinq heures du matin, au moment même où ils chantaient l'office. La chapelle fut fermée jusqu'au 16 juin, date à laquelle les assemblées primaires commencèrent à s'y réunir. A cette époque les fenêtres étaient en bien mauvais état, car, en 1788, un ouragan avait détruit les vitraux de la rosace placée au-dessus du portail et endommagé les verrières du côté méridional de l'édifice .
En 1889, on a placé dans la chapelle un tableau peint par Beauquesne et offert par l'auteur. Ce tableau, qui représente la translation par Henri II, en 1555, de l'Ordre de Saint-Michel, du Mont-
Saint-Michel dans la Sainte-Chapelle de Vincennes et la réception dans cet Ordre d'un nouveau chevalier, offre une particularité remarquable : le roi Henri II est le seul personnage représenté sous ses traits véritables ; tous les autres personnages figurent sous les traits d'officiers alors en garnison à Vincennes, tels que le général Nismes, les colonels Peigné et Decharme, le commandant de Bâtisse, les capitaines Chatonnet, Muntz-Berger, etc.
Le cardinal de Lorraine, qui présente le livre des Evangiles au récipiendaire, est peint sous les traits du cardinal Richard, archevêque de Paris et, au premier plan, le chevalier, avec sa barbe blanche et la calotte canoniale, n'est autre que Tabbé de Laval, ancien aumônier de la place de Vincennes.
Avant de quitter la chapelle, n'oublions pas de signaler le tombeau du duc d'Enghien placé dans la petite sacristie du côté nord, au-dessous du Trésor. Ce monument allégorique, élevé dans le sanctuaire par ordre de Louis XVIII en 1817, a été transféré à son emplacement actuel en 1852 par Napoléon III qui, probablement, le trouvait trop en vue. Le prince y est représenté soutenu par la Religion ; au-dessous la France enchaînée pleure devant le Crime. Cette œuvre du sculpteur Dessène faisait peut-être un effet passable lorsqu'elle
était placée dans le sanctuaire de la chapelle; mais, dans cette salle très exiguë» les quatre statues ne sont ni à Taise ni en bon point de vue. Nous reparlerons du reste de ce monument, lorsque nous raconterons la tragique histoire du prince de la maison de Condé.