‹ Le château royal de VincennesChapitre 8 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Minimes du bois de Yincennes. — Henri III les installe dans le monastère de Grammont. — Rapports des Minimes avec les manants de Montreuil et de Fontenay.

L'abbaye qui avait été établie par Louis VII dans le bois de Vinceunes et dont nous avons parlé précédemment, fut occupée par des moines de l'ordre de Grammontjusque sous Henri III, époque où ce monarque essaya de les remplacer par des frères Mineurs ou Cordeliers de l'Observance. Par l'intermédiaire de Philippe Hurault et de Claude Marcel, surintendant des Finances, ses commissaires^ il fit avec François de Neuville, abbé général de Tordre de Grammont, un concordat par lequel ce dernier consentait, sous le bon plaisir du pape, à ce que le prieuré et le couvent du bois de Vincennes fussent désunis de l'ordre qu'il dirigeait et accordés à tel autre ordre qu'il plairait à Sa Majesté.

En échange, Henri III donnait aux religieux de Grammont le collège royal de Mignon avec ses dépendances. Le pape Grégoire XIII approuva cet accord et les Cordeliers de l'Observance vinrent occuper le prieuré des Bonshommes; mais, ne se plaisant pas dans leur nouvelle demeure, retournèrent bientôt dans leur couvent de Paris.

Henri III fit alors venir du couvent de Notre-Damede-toutes-Grâces-de-Nigeon, établi à Chaillot, dixhuit religieux Minimes qu'il établit dans l'abbaye du bois de Vincennes. Ces Minimes appartenaient à l'ordre fondé à Cozenza (Italie) par saint François de Paul qui leur avait donné le nom de frères minimes pour les rappeler à l'humilité. Vivant d'abord en ermites, ils s'étaient répandus dans la Calabre et la Sicile, puis en France où ils avaient suivi leur fondateur appelé en Touraine par Louis XI. Leur premier monastère proprement dit fut édifié à Plessis-lès-Tours, grâce aux libéralités de Charles VIII qui continua à saint François de Paul la protection que lui avait accordée son père. Plus tard ils fondèrent un couvent à Chaillot; le peuple de Paris les connaissait sous le nom de bonshommes du surnom que Louis XI se plaisait à donner à leur fondateur. Leurs constitutions étaient calquées sur la règle des frères mineurs; elles leur imposaient, en outre, un carême per-

pétnel. Rejetant la viande^ le laitage et les oerots, ils se nourrissaient exclasivement de poissons et de légumes qu*ils arrosaient abondamment d'huile. Us s'adonnaient à la contemplation et à l'étude. Leur costume consistait en une robe grossière de laine noire non teinte» avec un capuchon triaû^ gulaire et une ceinture de même étoffé; l'usage da lin leur était interdit. L'ordre avait pour devise le mot latin Caritaê (charité).

Les dix-huit religieux appelés à s'installer au bois de Vincennes dans l'ancien couvent de Grammont furent aussitôt comblés de présents par le roi : tableaux, ornements d'église» reliques» croix, chandeliers et vases d'or, bréviaires d'une magnificence inouïe, que Henri III avait fait imprimer à grands frais, enrichirent le vieux monastère. Leurs premières années de séjour dans le bois ne furent pas cependant exemptes d'inquiétudes : pendant ces époques troublées par les guerres de religion, leur couvent fut pillé et saccagé par les Seize et leurs compagnies de bourgeois qui firent main basse sur tous les cadeaux royaux qu'il ren-> fermait.

Le parc situé autour du couvent n'était, à cette époque, entouré que d'un fossé, ce qui permettait aux malfaiteurs de s'y introduire facilement; la nuit, les bêtes fauves qui pullulaient dans le bois pour les plaisirs du roi venaient dévaster le pota-

ger ; ausû Louis XIII donne-t-ili en 1614, aux Minimes, une somme de 6.000 livres sur l'adjudication des bois de la forêt de Caigne pour parachever les bâtiments, ouvrages et clôture de leur couvent dans le Parc* Cette somme fut, sans doute, insuffisante car, en 1617, le même roi leur fait un nouveau don de 4.000 livres pour les aider à terminer la construction de leur mur de clôture.

Ainsi installés et bien clos, les Minimes vont voir commencer leur ère de prospérité ; aux biens que possédaient les Bonshommes viennent s'ajouter de nouveaux dons : en 1631, par exemple, une dame Catherine Cothereau, femme de Jacques Parque, notaire au Châtelel de Paris, de lui autorisée, leur donne, par un acte daté du 23 janvier, une propriété sise au terroir de Fontenay et contenant six arpents, onze perches et un tiers de perche de terre.

La remarquable étude de M. Grandvaux sur les Minimes du bois de Vincennes, que nous avons déjà citée précédemment, va nous renseigner sur les rapports de ces moines avec leurs voisins les cultivateurs de Montreuil et de Fontenay. Nous utiliserons, pour cela, les documents mis au jour par les patientes recherches de M. Grandvaux qui a apporté à cette partie de l'histoire locale une contribution aussi intéressante qu'inédite dont lui

savent gré tous ceux que les choses du passé ne laissent pas indifférents.

Les Minimes n'avaient pas seulement hérité des biens de leurs prédécesseurs, ils jouissaient encore de tous les avantages que possédaient ces derniers; comme eux, ils percevaient une partie de la dime sur les récoltes faites par les habitants de Montreuil et de Fontenay. Pour recevoir ces impôts en nature ils firent bâtir, dans le bien qu'ils possédaient à Montreuil, rue du Prez, une grange appelée grange dixmeresse. C'est là qu'ils amoncelaient les sacs de grains et les fuis de ce vin aigrelet que les paysans avaient produit avec tant de peine sur les coteaux voisins et qu'ils apportaient bien à contre-cœur, quoique Vauban ait déclaré que la dime était le moins onéreux des impôts. Cette grange, ainsi que les bâtiments qui y furent annexés parla suite, fut louée en juillet 1769 par les Minimes à un nommé Etienne Paquet.

Le bail signé à cette époque va nous renseigner sur la valeur de cet immeuble.

Situé rue du Prez, il se composait de deux corps de logis séparés par la grande porte; celui de droite comportait cave, cuisine au fond, chambre au premier et grenier au-dessus, arrière-salle au rez-de-chaussée et grenier au-dessus; le corps de logis de gauche était composé d'une cuisine, d'un

cellier avec chambre au-dessus, grenier^ écurie dans le fond, l(^e à porcs e.t lavoir. La grange dite dixmeresse était située au fond de la cour et composée de trois travées en bon état. La maison était louée moyennant la somme de 116 livres et la chambre pour 40 livres, avec obligation, pour le preneur, de fournir aux Minimes les jours de de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Pierre, la quantité de fraises suffisante pour deux communautés de vingt religieux. Ce bail était fait pour une période de neuf ans.

Les moines étaient donc gros décimateurs et, par conséquent, devaient laisser au curé de Montreuil et à son vicaire une portion de Timpôt qu'ils percevaient. Cette portion était appelée portion congrue.

Les portions congrues des curés qui, au moyen âge, étaient souvent payées en nature, furent plus tard payées en espèces et fixées à 120 livres sous Charles IX, portées à 300 livres sous Louis XIII, élevées à 500 en 1768 et à 700 en 1786. Elles augmentèrent donc, comme on le voit, à mesure que la valeur de Targent diminuait.

Le curé de Montreuil, non satisfait de la portion congrue qui lui était payée en espèces par les Minimes, réclama en outre à ceux-ci le tiers de la dime sur les pailles feurres et hantons. Les moines s*étant refusés à accepter de pareilles prétentions,

le Parlement donna raison au curé par un arrêt du 20 décembre 1600; hàtons-noas de dire que les Minimes furent rétablis dans leur possession entière de la dime sur les pailles par deux autres sentences : Tune du 18 juillet 1602, l'autre du 20 janvier 1624.

Ce ne fut pas ie seul procès soutenu par les Minimes, jaloux de conserver intacts leurs prérogatives et leurs privilèges. Ils firent condamner par deux sentences du palais (1487) les religieux de Tabbaye Saint- Victor qui essayaient de se soustraire à la dime due aux moines du bois de Vincennes. Ils firent avec ces derniers une transaction par laquelle ils s'engageaient à payer, à l'avenir, le droit de dime pour les vignes et terres de la ferme dépendant de leur abbaye.

Les habitants de Montreuil cherchèrent aussi quelquefois à se dispenser de cet impôt onéreux, mais, chaque fois, les Minimes eurent facilement raison des récalcitrants : un arrêt du 10 juillet 1608 en condamne plusieurs, entre autres Jean Le Noir, à payer, pour le vin, la dime à raison de six pintes par muid.

D'autres fois, comme en témoigne une note trouvée dans les comptes des Minimes, les vignerons de Montreuil cherchèrent à se dérober à la dime sur le vin en vendant en grappes les fruits de leurs vignes ou en changeant le genre de culture

de leurs terres ; mais, noas le verrons plus loin, les Minimes parvinrent une fois de plus à sauve* garder leurs intérêts.

Si les bénéficiaires de la dtme, ou décimateurs, jouissaient d'un privilège avantageux, ils avaient, en revanche, quelques petites obligations à remplir, entre autres celle de l'entretien du chœur de l'église paroissiale. Les habitants, à leur tour, devaient en entretenir la nef ainsi que la clôture du cîmetiire et le logement du curé. (C'est l'ordonnance de 1695 qui avait réglé cet ordre de choses.

Ainsi, l'entretien de l'église incombait, dans une de ses parties, aux décimateurs et dans l'autre aux paroissiens; c'est ce qui explique pourquoi, dans certaines églises, le chœur et la nef ne sont pas en proportion et sont plus ou moins vastes et riches selonla fortune ou la piété des coopérateurs. Cet entretien de la nef par les habitants se comprend si l'on se souvient que celle*-ci était séparée du sanctuaire par une barrière, une grille ou un jubé et que les paroissiens ne s'y réunissaient pas seulement pour assister à la messe ou aux vêpres, mais encore pour procéder à Télection des syndics et des collecteurs ; les assemblées communales y tenaient leurs séances, on y faisait parfois Técole, on y vendait aux enchères et en bien des pays, on y déposait des grains, de la paille, du bois. Plus

tard, on y dansa, on y tint des marchés, on y donna des représentations théâtrales. Toutes ces coutumes ont été supprimées au xvi^ siècle.

Le 29 mars 1760, M. Bertin de Sauvigny, intendant à Paris, fixe à 235 livras 18 sois la quote-part des Minimes pour le paiement des réparations faites au chœur de l'église de Montreuil.

Quand on visite aujourd'hui l'emplacement du couvent des Minimes, que l'on parcourt les hords pleins de fraîcheur du lac qu'y a creusé M. Alphand, que l'on admire sa cascade ou les petits ruisseaux sinueux qui l'alimentent, on a peine à se figurer qu'autrefois cet endroit était complètement privé d'eau potable. Un tel état de choses devait considérablement gêner les Minimes : aussi Henri m les sortit-il d'embarras.

Par lettres patentes du 29 mars 1586^ le roi « donne et octroie aux habitants de Fontenay, pour six années consécutives, exemption de toutes tailles, subsides et autres impositions quelconques mises ou à mettre pour leur ayder à supporter les grandes dépenses qu'ils seraient contraints de faire pour faire aller l'eau des fontaines du village de Fontenay jusque dans la maison et oratoire Notre-Dame de Vincennes, dans le parc enclos du dit parc de Vincennes, suivant le commandement à ceux cy-devant fait par lui, encore qu'ils ne soient chargés de la faire aller jusqu'au regard seulement

qui est dans le parc où se vont abreuver les daims et autres bêtes fauves ».

« Les habitants de Fontenay seront tenus de fournir et faire ^ller à ladite maison et oratoire de Vincennes, la grosseur d'un pouce d'eau pour le moins, de faire faire à leurs dépens et coût propres pour raison de toutes les réparations nécessaires pour rendre les dits fontaines, regards et tuyaux en bon et suffisant état et faire les fondements de la profondeur requise pour chacun desdits tuyaux depuis le village de Fontenay jusqu'au dit oratoire de Vincennes, le tout en suivant les visitations et apports qui en ont été faits par MM. les plombiers et fontainiers de la ville de Paris.

« Défense expresse aux particuliers ayant jardin et autres héritages en lieux et endroits par où passent lesdits tuyaux d'y faire planter aucunes hayes ni arbres, du moins à six pieds près lesdits tuyaux.»

Les habitants de Fontenay obéirent bien, au début, à toutes les prescriptions du roi ; ils firent les travaux nécessaires pour conduire au couvent une partie de l'eau des petites sources qui jaillissent sur les hauteurs de Fontenay, particulièrement aux endroits appelés les Carreaux, les Rosettes, etc. Pendant longtemps, ils entretinrent en bon état les canalisations qu'ils avaient établies; mais, peu à peu, ils négligèrent cet entretien et, une fois de plus, les Minimes durent avoir recours à des poursuites judi-

ciaires. Le 21 ayril 1663, à l'issue de la messe paroissiale, ils firent donner un exploit d'assignation aux habitants de Fontenay par Lucas, sergent royal.

Claude Basanet, fontainier du château royal de Vincennes, Robert Ânglard, maçon, experts nommés d'office par Philippe Levasseur, docteur en droit, ancien avocat à la cour du Parlement, bailly pour le roi du bailliage et chàtelienie de Vincennes, après avoir prêté serment, procédèrent à la « visi* tation » des regards et canaux en présence des Minimes et des habitants de Fontenay quiy avaient été conviés. Quelques rares habitants de Fontenay se trouvèrent au rendez-vous, entre autres Pierre Héricourt, capitaine du dit lieu, et quelques mar* guilliers de la paroisse.

Au diredes experts, les tuyaux de conduite étaient en mauvais état : ils ne fournissaient qu'un demi* pouce d'eau au lieu d'un pouce d'eau exigible*. La conclusion fut qu'il y avait lieu de réparer les tuyaux et d établir un deuxième regard.

Ces expertiaes entraînèrent, en outre, des £rai# pour la commune: le bailly reçut 12 livres pour ses frais de vacations, le greffier 6 livres, le procureur des Minimes 8 livres, les deux experts 6 livres chacun et les frais de la nùnute se montèrent à S livres.

Les Minimes eurent également maille à partir avec les habitants de MontreuiU Ceux-ci, nous

Tavons vn plus hant, payaient la d!me sur leurs récoltes en vins ou en grains, dime que se parta* geaient les Minimes et le curé de Montreuil.

Voulant échapper à cet impôt qu'ils trouvaient trop onéreux ou trouvant plus avantageux de vendre des fruits, fraises et framboises» et des asperges que du vin qui était d*nne qualité médio* cre et qui payait la dime, ils changèrent, vers la moitié du xvii* siècle, leur genre de culture. Peu à peu, ils arrachèrent leurs vignes et cultivèrent à leur place des fraisiers, des framboisiers et des asperges.

Les Minimes et le curé de Montreuil s'émurent de cette modification de culture, d'autant plus que les cultivateurs prétendaient que les décimateurs avaient bien le droit de percevoir la dime sur les récoltes en grains on en vin, mais aucunement sur les récoltes en fraises, framboises ou asperges ; ils firent aux habitants de Montreuil un procès qui — comme beaucoup de procès à cette époque -* dura fort longtemps.

En août et septembre 1667, la cour rendit deux arrêts qui ne satisfirent pas les plaideurs. Pourtant la commune de Montreuil et les Minimes finirent par s'entendre. Pour cela les habitants se réunirent le 3 juin 1668, devant Téglise de la paroisse, pour se concerter sur la conduite à tenir. Us y avaient été conviés par une publication faite en chaire par

le caré — comme cela se faisait ordinairement — par laquelle Nicolas Vitry l'aîné, procarenr-syndic des habitants de Montreuil, faisait savoir aux dits habitants qu'ils auraient à s'assembler à l'issue de la messe ou des vêpres pour faire choix et élection entre eux de telles personnes qu'ils adviseront « pour, par eux, faire et passer tous actes nécessaires pour l'assoupissement du procès de la dîme, intenté pour raison des asperges et framboises. » La réunion eut lieu le même jour à l'issue des vêpres devant la principale porte d'entrée de l'église, en présence du greffier et tabellion, notaire de Montreuil. Y assistaient les paroissiens suivants : Nicolas Vitry, fils de Jean, capitaine, Pierre Pesnon l'aîné, Jean Maussion l'aîné, Nicolas Cornu l'aîné, Nicolas Perret, Nicolas-Etienne Vitry l'aîné, Nicolas Regnard, Gabriel Ânglard, Pierre Naudin, Jean Regnard, Pierre Vitry, Martin Savard, Robin Chevreau, Louis Naudin, IsaacSavard, Antoine Chevallier, Guillaume Petit, Nicolas Houdard, dit Sans- Souci, Jacques Vie, Pierre Houdard fils, de Ramond, Pierre Turin, Etienne Vitry fils, de Claude, tous habitants du dit Montreuil, « faisant et représentant la plus grande et saine partie d'iceux, lesquels après avoir conféré ensemble sur le fait de la dite publication ont tous d'une commune voix fait et constitué, font et constituent leurs procureurs généraux et spéciaux des personnes de Pierre Cou-

teux, Nicolas Lion, marguilliers de la dite église, et le dit Vitry, procureur syndic des dits habitants, auxquels ils donnent pouvoir et puissance de pouvoir en leur nom, et pour le corps et communauté des dits habitants de transiger avec le curé de Montreuil, les religieux Minimes du château de Vincennes et autres qull appartiendra pour raison de la dîme des asperges, fraises et framboises qui croissent sur le territoire de Montreuil, faire et passer tous actes nécessaires, faire tout ce qui appartiendra pour le soulagement des dits habitants requis et nécessaire. »

L'acte reçut ensuite les signatures des susdits habitants, sauf de Houdard, Vie, Guérin et Etienne Vitry, fils de Claude, qui déclarèrent ne savoir signer. Le tabellion Poire y joignit son paraphe.

Les représentants des habitants ainsi désignés se réunirent, munis de leur procuration, le 10 juillet 1668, par devant M. Lenoir le jeune, procureur en Parlement, rue Quincampoix, à Paris. Ils s'y rencontrèrent avec Jean Robin, religieux et correcteur du couvent des Minimes, Claude Desmazure, procureur général de l'Ordre, et Jean de Marimole, prêtre, curé de Montreuil. Les deux représentants des Minimes étaient porteurs d'un pouvoir auquel était attaché le sceau de Tordre. Les parties ci-dessus désirant terminer à Tamiable le procès pendant au sujet de la dîme ont transigé et com-

posé ainsi qu'il snit : a A sçavoîr que les dits Gon^ teux, Lyons» Vitry ont tant au nom des procureurs qu'en leurs propres et privés noms, ensemble pour tous les habitants en nom général et collectif et encore chacun d'eux en son particulier et privé nom seront tenus, promettent et s'obligent bailler et pa]rer à tous les codédmateurs sur le terroir de Montreuilchacunàproportiondeson droit, chacune année, 40 sols pour chaque arpent de terre qui se trouvera à l'advenir, et a toujours été planté en fraises et framboises sur le terroir de Montreuil sur lequel les religieux, curé et autres ont droit de dtme ; et à Tégard de ceux qui seront plantés en vignes et asperges conjointement il sera, an choix des Minimes et du curé et autres décimateurs, permis de prendre la dlme de vin ou de demander les dits 40 sols par arpent; et quant aux terres qui seront ensemencées en pois à fleurs, il a été convenu entre les parties qui les voudront cueillir et vendre en verd, seront tenus de payer les dits 40 sols aux codécimateurs ainsi qu'il est dit de ceux qui seront en asperges, fraises et framboises, ou seront tenus de laisser un canton desdits pois à fleurs pour satis^ faire à la dime et, moyennant ce, lesdits père Robin et Desmazure en leurs noms et en celui du curé de Montreuil ont quitté et déchargé, quittent et déchargent ladite communauté et habitants dudit Mon* treuil des arrérages des dîmes des années précé-

dente» Jusqueft et y compris Tan 1667 et ne sera fSût le payement de 1668, pour lesMftols ci-dessusaccor^ dés, qu'au jour de Saint-Michel prochain et sera continué d'annéeenannéeandit jourSaint-Michel. »

Les Minimes ne se contentèrent pas des avantages matériels dont ils jouissaient; ils allèrent jusqu'à prendre le titre de seigneur du fief du prez. M. de Berthémez» qui était le seigneur dominant de Montreuil, les attaqua et le 5 juin 1706, intervint un jugement qui disait: «Que le sieur de Berthémez est maintenu et gardé en la propriété et jouissance de la terre et seigneurie de Montreuil, et défense est faite aux religieux Minimes de prendre les qualités de seigneurs d'un fief appelé le fief da Prez, &ute par eux d'avoir justifié des titres concernant ledit fief et permis aux Minimes de continuer à re* cevoir et de foire payer les redevances foncières qu'ils ont droit de prendre sur les héritages situés dans le canton du Prez. »

Pendant de longues années, les Minimes avaient négligé de se faire payer les arrérages des rentes foncières qui leur étaient dues par des habitants de Montreuil et de Fontenay pour des terres sises sur le Passeleu, le Prez, la cour des Deux-Pressoirs, le Grand-Fossé, les Rosettes, les Angles, au Pucelot, aux Carreaux, aux Vieilles-Portes, à la Tombe et en d'autres endroits. Les titres de rente, faute d'avoir été renouvelés à temps, étaient pour la plu-

part, frappés de prescription. En 1763, les Minimes, par un travail qui ne demanda pas moins de trois ans, recherchèrent les possesseurs d'héritages dont les noms étaient inconnus et firent renouveler, par devant notaire, les titres qui n'étaient pas prescrits.

Voici quelques noms de ces débiteurs, dont le nombre s'élevait à 106, tous habitants de Montreuil et de Bagnolet: Antoine Mainguet, Antoinette Girard, André Savart, Claude Pesnon, Charles Houdard, Charles Charton, François Bataille, Guillaume Prud'homme, Jean Lahaye, Jean Pesnon, J.-J. Lahaye, Nicolas Vitry la Grenouille, Nicolas Chevreau, etc.

Ce fut le greffier tabellion de Fontenay, maître Mouscadet, qui fut chargé de la rédaction et de la confection des nouveaux titres que les Minimes enfermèrent dans un carton placé dans la Chambre des Titres. Le même tabellion fut chargé, moyennant des honoraires de 2 sols par livre, de procéder à la recette de ces rentes, et il reçut l'ordre de procéder à cette recette au moins tous les six ans pour éviter une nouvelle prescription de titres.

Les revenus des Minimes ne se bornaient pas à ceux que nous avons indiqués jusqu'ici. Une déclaration de 1760 au greffe de mainmorte nous en donne l'énumération suivante :

Revenus en terre : V Deux clos (clos Bardou,

clos Foulard) ceints de murailles, l'un de 14 arpents, Tautre de 7, sur Fontenay, loués 633 livres; 2^ 29 arpents et 10 perches de terre, la plus grande partie en vignes, sis à Fontenay, loués 735 livres 18 sols; 3' 30 arpents de terres labourables et 14 arpents de prés, au terrain de Neuilly et Nogent, loués 200 livres; 4« six arpents de terre au terrain de St-Maur et Champigny, avec droits de pêche sur 16 arpents de rivière loués 150 livres. Soit au total 1.718 livres 18 sols.

Des revenus en maisons formant un total de 10.327 livres.

Des revenus en dîmes et grains formant un total de 2.620 livres.

Des revenus en rentes et écus formant un total de 594 livres 9 sols.

Ce qui donne le chiffre respectable de 15.260 livres 7 sols.

 la suite de cette déclaration, les Minimes demandent une réduction de la taxe - qu'ils obtinrent du reste ~ prétendant que leurs charges s'élèvent à 7.759 livres 10 d. 10 sols.

Près du couvent, se trouvaient deux pavillons, un grand et un petit, que les Minimes louaient à gens de qualité désireux probablement de jouir du calme de la campagne. Parmi ces personnages ou trouve les noms suivants : Mme la présidente de Saint-Sauveur, Philippe Daner, conseiller du

Roy ; Tabbé de Grange-Trianon, licencié en théologie ; Nicolas de Vichy, docteur en théologie ; Louis-^Pierre Saunier, chevalier, conseiller du Roy; Bourret de Villeaumont, enfin, en 1776, Armand de Grammont, duc de Lespare, marquis deMouchy.

Dans le petit pavillon, les locataires furent successivement la comtesse de Saint- Yves : M* Brossard, avocat au Parlement ; M. Jacques, curé de Saint-Sauveur ; le comte de Guiche et César de la Luzerne, chevalier de Malte. Ce petit pavillon était loué à la condition que derrière la porte de communication avec le bois « qu'on a bien voulu permettre et tolérer » il y aura un verrou qu'on pourra fermer lorsqu'on le jugera à propos et que la susdite porte ne servira qu'aux messieurs et nullement aux personnes du sexe. Si le contraire arrive, le supérieur du couvent de Vincennes sera tenu, par ordre du père provincial des Minimes, de faire fermer cette porte et même de |a faire murer sans que le preneur y puisse trouver à redire.

Le voisinage du château de Vincennes fit que les moines furent toujours au mieux avec nos rois et nos reines dont ils reçurent parfois la visite. « En 1660, dit Poncet de la Grave, le 25 juillet, fête de Saint-Jacques, patron d'Espagne, la reine alla à l'église des Minimes, dans le parc où, ayant été

complimentée par le sapérieurdn oouTent, accompagné de ses religieux, Sa Majesté assista au Te Deum, ensuite à deux messes (1) à Tune desquelles elle communia avec une dévotion des plus exemplaires et reçut de la façon la plus obligeante le régal que les religieux lui offrirent des plus beaux fruits de leur maison. En 1660, également le roi LfOuis XIV vient chez les Minimes, y communie, y touche les malades dans la sacristie et leur fait l'honneur d'accepter un déjeuner préparé dans une de leurs chambres où l'accompagnèrent quantité de princes et de seigneurs. »

Cette époque fut celle où la prospérité du couvent fut la plus grande; l'héritage des bonshommes n'a cessé de s'accroître ; les granges, les celliers et les greniers sont abondamment garnis, comme le montre un relevé fait par le père Le Wailly, le 22 septembre 1706.

On trouve à la boulangerie : 5 septiers de farine ; à la détrempe : une tonne de saumon et un demîcent de morue de Terre-Neuve.

Au bûcher et grenier: 6 cordes de gros bois et 4.500 faguettes.

Au grenier à foin ; 600 de foin et 300 de gerbes, 4 septiers d'avoine.

Au grenier à bled : 10 septiers de bled, sauf erreur de déchet.

A la dépense : provision ample de chandelle.

vinaigre et verjus pour Tannée. Un millier d*huile d'olive pour la provision de Tannée prochaine. Du sel pour trois mois.

 la cave : 25 feuillettes de vin de Bourgogne et une en perce.

Deux demi-muids de vin de Fontenay pour nos garçons et trois-quarts de vin nouveau de notre clos.

Le couvent comptait à cette époque 24 religieux et 6 domestiques ; savoir :

2 jardiniers payés 100 livres

1 charretier — 120 ~

1 infirmier — 78 —

1 aide de cuisine — 35 -

Ce dernier est en même temps serviteur des messes et reçoit, outre ses gages, une paire de souliers.

Les Minimes augmentent encore leurs revenus en prenant de l'argent à viager. En voici un exemple : Le 7 juillet 1769 « il a été convenu de recevoir de Marie- Catherine Bonival, âgée de 54 ans, demeurant 50, rue du faubourg-Saint-Ântoine, par Paris, 2.000 livres pour lui en être fait une rente viagère de 180 livres par an, payables en deux termes, le 20 octobre et le 20 avril, nous engageant qu'après sa mort ce qui lui sera dû d'arrérages servira pour faire acquitter des messes pour le repos de son âme. »

On ne pouvait réellement prêter de l'argent à de meilleures conditions.

Le couvent renfermait aussi des œuvres d'art, entre autres dans la chapelle un tableau de Jean Cousin représentant le Jugement dernier. Un jour, le frère sacristain s'aperçut que le cadre était veuf de sa toile ; un amateur l'avait coupée, enroulée et emportée. On la retrouva et on la plaça cette fois dans la sacristie : mais cette précaution ne l'empêcha pas de disparaître au moment de la Révolu* tion.

Avec la fin de l'ancien régime, les mauvais temps vont venir pour les Minimes ; dès le commencement de la Révolution, plusieurs religieux quittent la communauté prévoyant Forage. En 1790, le père Balthazard-Leguay, correcteur du couvent, comparait devant le bureau de la municipalité de Fontenay-sous-Bois et remet, en exécution de l'article 2 du décret de l'Assemblée nationale du 9 septembre 1790, an état contenant les noms, les âges et professions des sept religieux qui habitaient le couvent à l'époque de la publication du décret du 29 octobre 1789.

Le 30 septembre suivant, le maire et les officiers municipaux de Fontenay se rendirent au siège conventuel pour recevoir des religieux la justification de leurs actes de baptême et la déclaration des meubles qui garnissent leurs cellules. Ils

firent Tinventaire de chaque cellule» donnèrent acte aux religieux de leurs déclarations et leur permirent d'enlever leurs elGTets.

Deux des religieux déclarèrent qu'ils avaient rintention de se séculariser et d'aller vivre où bon leur semblerait. Trois autres disent qu'ils enten^ dent vivre et mourir dans la vie commune des religieux. Enfin on décide que le frère Âuguet, qui est en démence» sera placé dans une maison de tranquillité (sic) que la municipalité choisira*

Le couvent n'étant plus habité que par trois reli* gieux très âgés, des voleurs tentent, dans la nuit du 31 décembre 1790 au l^' janvier 1791, d'y pénétrer et de faire main basse sur les objets précieux con« tenus dans la sacristie de la chapelle. Leurs pro-* jets sont déjoués, mais cette tentative émeut la municipalité de Fontenay qui écrit aux officiers municipaux de la commune de Paris pour leur signaler le danger que courent Targenterie et les objets d'art contenus dans ce couvent isolé au milieu du bois et presque abandonné.

A la réception de cette lettre, des délégués de la municipalité de Paris se rendirent au couvent des Minimes où, de concert avec les officiers municipaux de Fontenay, ils procédèrent à un inventaire et, le 7 janvier 1791^ firent déposer dans une salle de THôtel de Ville l'argenterie provenant de la sacristie et pesant 144 marcs» 6 onces» 3 gros. Ils inventorièrent également les œuvres d'art et la

bibliothèque contenant 2.829 volumes. On vendit le mobilier le 6 novembre 1791 et le reste, consistant en registres, titres et papiers, fut déménagé le 17. Une deuxième tentative de vol fit décider l'enlèvement complet de tout ce qui restait au couvent.

En 1857, Tancien parc des Minimes était encore clos de murs ; il formait une sorte de garenne réservée, plantée d'arbres verts et entourée d'une belle route circulaire.

Lorsque la ville de Paris eut acheté le bois de Vincennes, c*est par cet endroit que M. Alphand commença les travaux d'embellissement ; un lac, auquel on a donné le nom des anciens Moines, fut creusé sur remplacement du couvent, et là, où le silence n'était autrefois rompu que par le son de la cloche appelant les moines à matines, une foule de Parisiens, avides de respirer un air plus pur que celui de la grande ville, envahit, le dimanche, les pelouses voisines, emplissant l'air de ses bruyants ébats ; au printemps on y vient cueillir la fleur nouvelle ; la violette, la fausse narcisse et la firagile anémone.

Au lieu d'une austère abbaye, on trouve un lac plein de fraîcheur, sillonné tout l'été de gracieux canots de promenade ; quand vient l'hiver, de nombreux patineurs y viennent s'ébattre» traçant d'élégantes courbes sur sa surface congelée.

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