‹ Le château royal de VincennesChapitre 9 sur 31 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le chAteau sous Louis XIII. Le pavillon du Roi Louis XIV À Vincennes. Mademoiselle de La Valliëre.

Depuis Louis XI, qui transforme le donjon en prison, jusqu'à ravènement de Louis XIII, il ne se passe au château qu'un petit nombre de faits importants. François I«% en même temps qu'il continue la Sainte-Chapelle, fait élever dans l'enceinte du château un bâtiment longeant le fossé occidental, avoisinant au nord le donjon et au sud la Tour-du-Roi. Ce bâtiment fera face, sous Louis XIII au Pavillon-du-Roi qui existe encore aujourd'hui . Henri II, nous l'avons vu, y fait achever la Sainte- Chapelle commencée par ses prédécesseurs.

Charles IX y vient mourir en 1574, rongé par la fièvre et par les remords que lui cause le massacre de la Saint-Barthélémy; puis les querelles entre catholiques et protestants s'étant envenimées, le donjon n'est plus considéré que comme une forteresse par les deux partis opposés ; dans un chapitre

spécial, noas verrons que de nombreux prisonniers de guerre y furent enfermés à cette époque. En 1590, le duc de Mayenne, commandant l'armée des Ligueurs, s'en empara ; Henri IV voulut le reprendre et vint en personne en faire le siège ; mais le chevalier d*Aumale accourut de Paris au secours de la forteresse avec mille arquebusiers et quatre cents chevaux. Le combat fut rude, et, pris entre la place qui le canonnait vigoureusement et Tarmée de la Ligue, toute fraîche et pleine d'enthousiasme, Henri IV fut obligé de faire une retraite fort difficile et fort sanglante. Ce ne fut que lorsque Paris, décimé par la famine, se rendit Tannée suivante, que le donjon appartint à Henri IV le 27 mars 1591. Il en fit alors une résidence royale; ce fut là que sa maîtresse, Gabrielle d'Estrées, donna le jour à un fils qui fut plus tard le grand prieur de France, sous le nom de César de Vendôme et qui mourut dans ces murs qui l'avaient vu naître.

Henri IV avait trouvé insuffisantes les constructions élevées par François P' et, vers la fin de son règne, il avait conçu le projet de construire les deux grands bâtiments dont l'un, le pavillon du Roi, fut commencé trois mois après son assassinat, le 17 août 1610, sous la régence de Marie de Médicis, et l'autre, le Pavillon de la Reine, seulement en 1654, sous la régence d'Anne d'Autriche.

La pose de la première pierre da Pavillon du Roi fat faite par le jeune Louis XIII en grande cérémonie : le duc de Sully présenta au roi la truelle d'argent; un des seigneurs qui raccompagnaient offrit le marteau et un autre présenta Tauge d*ar-» gent contenant le mortier. Sur cette pierre, qui se trouve sous l'angle du côté du parc, on avait gravé auHdessus des armes du roi et de la reine, sa mère, l'inscription suivante : En ran premier du règne de Louis XIII, roi de France et de Navarre^ âgé de neuf ansy et de la régence de Marie de Midicis^ sa ntére, en i6i0.

Aux quatre coins on plaça quatre médailles»

deux d'or et deux d'argent doré, portant la même inscription . Cette construction fiit achevée et ha* bitée par le jeune roi en 1615.

L'autre bâtiment, situé du côté de l'est et destiné à la reine, ne fut élevé qu'une quarantaine d'années après, en 1646, sous Louis XIV, pendant la régence d'Anne d'Autriche. On adopta pour style de façade des deux ps^villons l'ordre toscan, orné de pilastres doriques surmontés de vases étrusques. L'espace compris entre les deux bâtiments formait une sorte de cour d'honneur qui demandait un encadrement complet. L'architecte Le Vau le lui donna en cons* truisant deux galeries destinées à relier les deux pavillons» l'une au sud en suivant le fossé de la grande enceinte» Tautre au nord en traversant la

grande cour intérieure entre la Sainte-Chapelle et le Donjon. Ces galeries avaient leur toiture soutenue de distance en distance par des colonnes et des arcades doriques ; entre les colonnes, les ouvertures cintrées au sommet étaient garnies de pièces d'artillerie dans la galerie du côté du parc» et dans la galerie de l'intérieur du château, de grilles qui laissaient libre passage aux regards sans le permet^ tre aux personnes.

La grosse tour centrale du midi de la forteresse avait été remplacée par une porte monumentale couronnée de statues et servant pour l'entrée et la sortie des équipages de la cour. Au centre du portique septentrional et faisant vis-à-vis avec cette dernière porte» Le Vaa avait édifié un arc de triomphe mettant en communication le nouveau château royal avec l'ancienne place.

La cour d'honneur était ainsi limitée au nord par le portique et l'arc de triomphe qui la séparaient de l'ancienne place ; au sud» par le portique et la porte royale du château donnant sur le parc: à Test» par le Pavillon-de-la*Reine et à l'ouest par le Pavillon-du-Roi« Elle était ornée de pelouses divisées par deux grandes allées formant croix.

L'intérieur des deux pavillons répondait, par sa richesse, à la décoration extérieure ; malheureusement ces bâtiments ont eu, depuis, des destinations si diverses que tout a été changé et» pour en don-

ner une description, nous sommes obligés de citer Poncet de la Grave qui, en 1788, s'exprime ainsi :

« L'aile gauche, en entrant par l'arc de triomphe, est un bâtiment double orné d'un ordre dorique en pilastre : les dedans ont de la grandeur et de la beauté. Uappartement du roi est sur le petit parc ; sur la cour royale est celui de la reine Marie- Thérèse d'Autriche, femme du roi Louis XIV ; à droite du même corps de logis sont ceux du Dauphin et de la Dauphine... — L'appartement du roi, composé de cinq pièces, a été peint par Champagne (Philippe de Champaigne), aidé de son neveu,

Louis XIV indiqua à cet artiste, pour les sujets à peindre, la paix des Pyrénées et son mariage avec Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne. Après la salle des gardes, qui est la première pièce, vient la salle à manger, ornée de quatre frises des batailles d'Alexandre, peintes par Le Mancholle. Dans la salle du trône, le roi parait sous la figure de Jupiter, ordonnant à la France d'embrasser la Paix. Tous les actes personnifiés embellissent cette composition : plusieurs de leurs altribuis sont placés dans la frise, et désignés par des figures de grandeur naturelle, qui tiennent les chiffres du roi et de la reine.

De la salle des gardes, on entre dans l'appartement de la reine. La première pièce, nommée la

salle du foyer» est ornée de quatre paysages et d*ane marine de Borzon ; ensuite est la salle des dames de la reine. Le même peintre y a peint douze petits paysages avec des marines dans la frise.

Le plafond de la salle du concert est magnifique . Le milieu représente la reine, sous la figure de Vénus, qui donne ses ordre à Mercure ; les Grâces la suivent et Iris l'accompagne. Au-dessous est le groupe des Zéphirs et de Flore. Les quatre morceaux qui Tenvironnent ont été peints d'après les pièces de tapisserie qui semblent avoir été attachées au plafond ; leurs sujets sont l'enlèvement d'Europe, Mars et Vénus, Apollon et Daphné, Hercule et Omphale. A côté de ces tableaux, diverses figures jouent des instruments : quatre camaïeux en encoignure terminent cette belle composition.

Dans la salle on voit la reine soutenue par Mercure, qui lui montre Jupiter ; un Génie ailé semble aller au-devant d'elle et lui tendre ses bras : différentes divinités sont peintes sur ce plafond ; les chiffres du roi et de la reine occupent les encoignures, des figures ailées leur servent de support, d'autres prennent des fleurs dans des corbeilles peintes par Baptiste.

Au plafond de la chambre à coucher, sont Vénus et r Amour endormis. Le petit oratoire de la reine offre la vie de Sainte-Thérèse, représentée par de

Séné, sur les lambris dans des cartoaehes de fleurs.

Lesdeuxgaleriesdécoavertes.etrarede triomphe dans le massif duquel on passe, servent de communication à l'appartement de la reine-mère, dont la chambre à coucher a une entrée sur cette galerie. — La salle des gardes est peinte en fleurs et dorures ; dans la salle à manger parait le Temps, qui soutient un jeune prince et le remet entre les mains de Tlnnocence ; des enfiints sculptés accompagnent ce tableau, et quatre bas-reliefs achèvent de remplir le plafond de la salle du Conseil, qui est très bien dorée ; on remarque aux encoignures les quatre Parties du Monde avec deux petits tableaux d'enfants qui tiennent des fleurs, et au milieu la Prudence et la Paix.

On voit dans le cabinet d'assemblées un prince soutenu par des Génies, dont le plus grand s'avance vers lui pour le couronner. Les lambris présentent treize morceaux de Borzon .

Au plafond de la chambre à coucher sont les vertus théologales, peintes pttT Dorigny, et huit petits tableaux de fiorzon dans les lambris. L'oratoire de la reine, qui a vue sur le parc, est tout doré» ainsi que le cabinet de toilette donnant sur la cour de derrière.

L'appartement de Monsieur et de Madame est dans l'autre corps de logis, et l'escalier est commun

à celni de la reine-mère. La salle des gardes est belle et spacieuse, peinte par compartiments et à fleurs. Le plafond de la salle à manger représente plusieurs sujets d'histoire» avec les chiflGres de Monsieur couronnés.

Le salon est superbement doré, et le plafond» fait à compartiments, est orné de plusieurs Nymphes qui folâtrent. On voit dans la chambre à coucher le portrait de Monsieur» dans un médaillon soutenu par la Renommée» avec la légende : Non nisi grandia canto. (Je ne célèbre que ce qui est grand.)

Enfin le cabinet» qui est très vaste» est peint par Champagne et représente Mars et Bellone.

Les appartements de la reine-mère» du Dauphin et de la Dauphine» de Monsieur et de Madame sont séparés par des retranchements et coupés par des entresols qui les déshonorent et dégradent les superbes peintures que le public ne peut voir.

Le grand escalier du roi est un morceau d'une architecture rare et hardie; il est digne de la curiosité du public» surtout par sa voussure, par la hauteur de sa cage et la longueur des marches. »

Entre les fossés du côté ouest de Tenceinte et la commune de Saint-Mandé s'étendait le Petit Parc qui avait reçu une clôture particulière sous Philippe- Auguste.

On transforma sous Louis XIV ce Petit Pare en jardins de plaisance dessinés à la française ; ces

nouveaux jardins royaux renfermaient une orangerie, une glacière, des parterres, des kiosques et des bocages. Ce fut dans ce parc que commencèrent les amours de Louis XIV et de W^ de La Vallière qui devint et mourut carmélite. Elle se promenait un soir avec plusieurs de ses compagnes dans un des bocages du parc et parlait d'un ballet qui venait d'avoir lieu. Ses camarades vantaient beaucoup et louaient plusieurs de ceux qui y avaient dansé. « Peut-on voir de tels hommes, s'écria La Vallière, quand ils sont auprès du roi. » Louis XIV, qui se trouvait seul dans le parc, l'entendit et, ravi d'être ainsi aimé pour lui-même, l'amour s'empara de lui à son tour. «Mais, dit l'historien des Maisons royales, le roi, timide encore, cacha avec soin une passion qui pouvait être traversée ; mais il fallait du moins en instruire celle qui l'avait fait naître et cela n'était pas facile : un heureux hasard servit son amour. Toute la cour était revenue à Vincennes et se promenait dans le parc : la pluie sembla ménager un tête à tête à Louis: tout se dispersa ; chacun courut chercher un abri ; les deux amants restèrent les derniers, La Vallière, parce qu'elle était boiteuse; Louis, parce qu'on ne va jamais plus vite que ce qu on aime.

« Le roi offrit la main à M^^® de la Vallière, d'abord interdit par la timidité d'une véritable passion ; ensuite enhardi par la certitude dêtre

aimé : il exprima tout Tamoar dont il était pénétré ; il lui avait promis de la conduire par le chemin le plus court; mais il s'oublia si bien qu'il resta une heure avec elle, le chapeau à la main, la pluie sur la tête.

« 11 lui en avait trop dit pour n'être pas en droit de lui écrire K »

Arsène Houssaye place dans le parc de Fontaine* bleau la scène des bosquets que la plupart des historiens affirment pourtant s'être passée dans le petit parc du château de Vincennes. Il est d'accord avec eux, cependant, pour placer en ce dernier endroit la suite de l'aventure qu'il raconte en ces termes <: « Il fallait pourtant bien que le roi se déclarât. Le ciel sembla se mettre de son parti. Un jour qu'on se promenait dans le parc de Vincennes, un orage éclate soudainement et disperse toute la cour. C'est à qui trouvera plus vite un abri sons les ramées, dans les grottes, au château même; mais on était loin du château. Deux personnes furent mouillées et virent de près les éclairs. C'étaient W^ de La Vallière, qui boitait, et Louis XIV, qui voulait boiter du même pas. Il s'approcha d'elle, le chapeau à la main, et lui offrit galamment le bras. M^*de La Vallière posa sa main

* Poucet de la Grave, Mémoires êur le$ MaÎMont royales.

* Arsène Houssaye, Mademoiselle de La Vallière.

nae sur le velours et se laissa conduire. Le roi Ini dit : « Nous allons au château ». Mais presque aa même instant il prit un chemin qui s'éloignait encore du château. La pluie ne tombait plus guère» mais le vent venait par secousses secouer sur leurs fronts les ondées recueillies par les branches. « Mon cœur attendait cet orage» dit le roi en pâlissant. Ne savez-vous donc pas que je vous aime, madame ? — ChutI je pourrais vous entendre », dit M^de La Vallière en rougissant.

Le roi, heureux de cette première attaque, voulut continuer la campagne ; par un mouvement rapide du bras, il fit tomber sur sa main la main de M''^ de I^a Vallière. Le tonnerre les eût frappés tous les deux sans les émouvoir davantage. M^ de La Vallière retira sa main, mais le regard du roi fut si suppliant qu'elle la replaça sur le velours. Comment ne pas obéir à Louis XIV, quand Louis XIV a son chapeau à la main 7 Le roi osa confier à la jeune fille tous ses battements de cœur, tous ses rêves de roi et de berger, toutes ses pâleurs subites depuis ce soir où il avait surpris le secret de Diane ^ . a Sire, dit tout à coup M^^* de La Vallière» nous nous sommes trompés de chemin. — Non»

dit le roi, je vais où je veux aller. — Mais Votre

. * On a longtemps dit à la cour le secret de Diane» pour parler du secret de M>i« de La Vallière, rappelant ainsi qu'elle avait parlé devant la statue de Diane (Â. Houssaye).

Majesté ne voit donc pas que je sois toute mouillée? — Comptez les gouttes de pluie» dit le roi* je jure de Yous donner autant de perles. »

Nous n'avons pas Tintention de suivre tout au long l'histoire de ces royales amours, qui» abandonnant notre cadre local» se continueront à Versailles. Nous avons seulement voulu fixer le lieu et l'époque où eurent lieu les commencements de cette célèbre aventure qui» pour M^ de LaVallière» devenue sœur Louise de la Miséricorde» se termina si tristement au couvent des Carmélites de la me Saint-Jacques.

Après le siège de La Rochelle» on fit visiter à Cromwell le donjon et les cachots qu'il renfermait ; on lui apprit que plusieurs princes y avaient été enfermés : « Quel coup pour des princes I disait-on au futur protecteur des trois royaumes. — Mauvais coup» répondii-il» on ne doit frapper les princes qu'à la tête. »

Dans la nuit du 30 décembre 1654» la tour du Gouvernement, située au-dessus de la porte donnant communication du côté de l'est avec le bois, et qui menaçait ruine depuis longtemps déjà»

s'écroula avec fracas» la voûte supérieure entraîna par sa chute les trois autres» écrasant un des concierges» sa femme et ses trois enfants logés dans cette tour. Le jeune roi Louis XIV» alors dans sa seizième année» apprenant ce malheur^ vint le

même {our à Vincennes» pour voir le désastre et faire secourir, 8*il était possible, ces malheureux» mais ce fut inutilementt aucune des victimes ne put être sauvée.

Richelieu et Mazarin eurent, comme la famille royale, leur logement au château de Vincennes. C'est même là que mourut Mazarin, le 9 mars 1661, au rez-de-chaussée de l'extrémité nord du Pavillon du Roi où est actuellement installée l'Ecole d'administration. Mazarin, qui affectionnait beaucoup la résidence de Vincennes, avait conçu pour son embellissement de grandioses projets dont nous parlerons dans le chapitre suivant. C'est à l'issue du service solennel célébré le 11 mars 1661, dans la Sainte-Chapelle de Vincennes, pour le défunt cardinal, que Louis XIV prononça une parole si souvent citée : lorsque le Conseil du Roilui demanda à qui, désormais, on devrait s'adresser pour les affaires de l'Etat, il répondit simplement : « A moi ]» . Et, en effet, à partir de ce moment, il gouverna par lui-même.

Bien qu'à cette époque il y eût des prisonniers à gémir dans les cachots du donfon, Louis XIV habita ordinairement le château pendant la régence de sa mère. Quand il eut atteint sa majorité, en 1651, il avait sa résidence habituelle à Paris» mais venait plusieurs fois par semaine à Vincennes. Du jour où il gouverna personnellement»

on ne sait plus s'il est à Paris ou à Vincennes» telle ment ses allées et venues sont fréquentes d'un lien à un antre; il disait» d'ailleurs, à ses courtisans qu'il ne respirait nulle part un air plus salubre et qui le fortifiât davantage ; il ajoutait : « Quand je me sens pesant ou que j'ai mal à la tète, je suis assuré de recouvrer la santé à Vincennes »• Il y donne de nombreuses fêtes, des représentations théâtrales, des concerts : c'est là que l'opéra commença à s'introduire en France. Il y passe en revue, en 1660, entre Montreuil et le village de la Pissotte, toute la milice bourgeoise de Paris, puis les régiments des gardes françaises et suisses, les grands et les petits mousquetaires, les gardes-du-corps, les chevaulégers, les gendarmes et les compagnies de M^ le Dauphin. Ces dernières revues ont lieu sur l'esplanade du bois, en présence d'ambassadeurs et de ministres étrangers ; elles sont précédées et suivies de festins, de divertissements et de feux d'artifice, souvent tirés sur le donjon.

En 1680, le roi va habiter Versailles et délaisse un peu Vincennes. C'est cependant dans cette der* nière place qu'il signe la création de la Compagnie des Indes, la ratification du traité des Pyrénées et, le 22 octobre 1685, cet acte qui porta un coup si funeste à notre commerce en forçant une partie de l'élite de la nation à s'exiler : nous voulons parler de la révocation de l'Edit de Nantes .

Lors du mariage de Louis XIV avec Marie- Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne» les jeunes époux vinrent séjourner à Vincennes pendant les préparatifs de leur entrée solennelle à Paris. A cette occasion» on avait dressé à la porte de Paris, du côté de Vincennes» un trône ou haut-dais, sous un arc-de-triomphe» ouvrage de Perrault, flanqué de deux colonnes. C'est là que les jeunes souverains reçurent Thommage de tous les corps de l'Etat. Ce monument, que l'on dit avoir été un des plus beaux modèles d'architecture de ce genre» fut démoli dans Tannée qui suivit la mort de Louis XIV. Les deux colonnes subsistent seules sur la place appelée aujourd'hui place de la Nation.

En 1686» le roi de Siam, qui commençait à sentir l'influence de l'Europe» envoya au roi des ambas. sadéurs qui arrivèrent le 29 juin. Ils furent logés au château» où des fêtes furent données en leur honneur. Le peuple de Paris qui, à cette époque déjà, était avide de spectacles nouveaux, vint en foule à Vincennes pour les voir ; cette visite des ambassadeurs donna lieu à un incident qui nous prouve que, si les courtisans de Louis XIV étaient flatteurs et bas, ceux du souverain asiatique ne le leur cédaient en rien : un des envoyés refusa de coucher dans la chambre qu'on lui avait préparée» parce qu'elle était au-dessus de celle du premier ambassadeur porteur de la lettre du roi de Siam

au roi de France, et qae son devoir Ini imposait^ disait-il, de se trouver toujours au-dessous de cette lettre.

Le lendemain, on les conduisit visiter la ménagerie à Saint-Mandé et on leur fit fSûre une promenade dans le parc. En rentrajit, ils parcoururent le château et visitèrent les tours. Pendant leur séjour à Vincennes, qui dura quelques jours, ils furent gardés par les gardes suisses du roi.

Outre la construction du Pavillon de la Reine, dont nous avons déjà parlé, de nombreux travaux flirent exécutés à Vincennes sous Louis XIV. Voici, par ordre de date, les plus importants :

1667-68. — Clôture du Parc sur le plateau de Saint-Maurice, depuis la porte de Saint-Maur jusqu'à Charenton, et, en retour d'équerre, jusqu'à la Demi-Lune sur Saint-Mandé.

Mêmes années et suivantes. — Continuation des murs de soutènement de la chaussée commencée en 1660 entre l'Arc-de-Triomphe du Trône de Vincennes. Transports réitérés des terres pour la chaussée de la grande avenue. Achèvement de cette chaussée, en 1671 , par Robert Anglard, maçon. L'année précédente, les sieurs Bollard et Chaussée avaient planté les arbres servant de bordure à l'avenue.

Le pavage de cette route royale n'eut lieu que sous Louis XV.

Une pépinière d*onnes avait été créée à Vincennes en 1668.

Des recherches d'eau vive pour le chftteau de Vincennes furent faites à Montreuil ia même année, et, à plusieurs reprises, les années suivantes dans les coteaux du voisinage.

En 1670, Louis XIV racheta du sieur Palaiseau 7 arpents, 75 perches de terrain qui avaient été enclavés dans la nouvelle clôture du Parc ; prix : 2.253 livres 7 sols 6 deniers.

En outre, le roi ajouta au Parc plusieurs terres qu'il acheta aux sieurs Charles de Lamarre et consorts, 12 arpents, pour la somme de 4.671 livres 9 sols ; aux dames religieuses de la congrégation de Notre-Dame, établies à Charonne, 17 arpents, 47 perches, pour 16.771 livres ; à Etienne Chevreau et consorts un terrain appelé la Butte des Vignes, situé dans la grande avenue de Vincennes, entre la Tourelle et^le bailliage, sans indication de prix.

En 1676, Louis XIV publia l'édit suivant portant érection de Vincennes en capitainerie royale :

« Nous avons créé et érigé une Capitainerie de nos chasses et plaisirs en notre château de Vincennes, qui sera composée d'un capitaine dont nous unissons et incorporons la charge à perpétuité à celle de Gouverneur, dont nous avons pourvu notre dit Cousin le duc de Mazarin, sans que, pour quelque cause que ce puisse être, elle puisse être par nous désunie.

cTun lieutenant, un procureur pour nous, un exempt^ un greffier, quatre gardes à cheval, deux à pied, un renardier et un faiwandier, dont la juridie^ tion en première instance, sauf Tappel en notre Conseil, aura son ressort et étendue dcms le parc dudit château de Vincennes et sur les villages et territoires de Montreuil, la Pissotte, Confions, Charenton, Nogent, Fontenai, Rôni, fioisi, Romainville, Charonne et Bagnolet, lesquels composent la dépendance du dit Gouvernement de Vincennes ; toute laquelle étendue et territoire et let dits onze villages situés en icelle, nous avons à cette fin désunis et démembrés de toute autre capitainerie ; auxquels capitaine, lieutenant et autres officiers, nous avons attribué et attribuons les mêmes pouvoirs dont jouissent les commensaux de notre Maison . Signé : Louis, et par le Roi, Colbert ; visa, d*Aligrb.

En 1684, le corps de Mazarin» qui était demeuré jasque-là dans le compartiment de la Chapelle, adossé au côté méridional du sanctuaire, fut, en exécution du testament laissé par le cardinal, transféré au collège des Quatre-Nations récemment achevé, à Paris, dans les conditions testamentaires.

En 1706, on transporta à Versailles la ménagerie située près de la porte de Bel- Air et qui servait d'entrée au Parc.

Dans les dernières années du règne, la Cour

ayant déflnitiTement abandonné Vincennes pour Versailles, le château et le parc furent momentanément délaissés pour ne servir de résidence royale que pendant quelques mois au commencement du règne de Louis XV.

Adieu les brillants équipages qui, naguère, sillonnaient la route de Paris ; adieu les élégants seigneurs et les dames aux riches atours. Plus de divertissements luxueux, plus de revues éclatantes, plus de vibrantes fanfares de chasse... Le temps des splendeurs est passé pour Vincennes.

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