VISITE A L'EXPOSITION
A l'heure exacte, une élégante calèche, enlevée par deux chevaux gris, traversa au vol King-Williamstreety et s'arrêta bruyamment devant la "porte de M. Ghenevier. M. Dodges arrivait.
LejeuneAiiglais offrit son bras à madame Chenevier.
Adrienne prit le bras de son père; la voiture se rendit au palais de la Grande-Exhibition.
M. Dodges, qui avait des intelligences dans la place, se fit ouvrir une porte dérobée, et introduisit clande;3tinement la famille Ghenevier dans le Palais de Cristal.
Après une visite assez longue et dans laquelle M. Dodges montra une rare complaisance, Adrienne eut la fantaisie de se placer sur une estrade de velours nacarat, pour admirer, dans son ensemble, la grande galerie.
Ainsi posée, avec l'attitu le immobile de la curio-
site, Adrienne ressemblait à une merveilleuse statue ajoutée aux chefs-d'œuvre de l'Exhibition.
Ce fut M. Dodges qui trouva cette comparaison, et en fit un hommage flatteur à madame Chenevier.
A neuf heures, M. Dodges offrit à la famille de la reconduire à Agar-street, et, chemin faisant, M. Dogges, qui paraissait fort soucieux, dérida son front tout-à-coup, comme un homme qui a trouvé une idée sereine, et dit à M. Chenevier :
— M. de Chenevier, la visite que nous venons de faire m'a inspiré des réflexions nouvelles, et bien différentes de mes idées d'hier... avez-vous fixé votre départ pour Paris?
— Oui, monsieur Dodges, répondit Chenevier, nous quitterons Londres ce soir.
— Après avoir séjourné à Londres?
— A fortnight, interrompit Adrienne.
— Ah! dit M. Dogdes, mademoiselle Adrienne vient de se servir d'une expression qui annonce une grande habitude de la langue anglaise.
Adrienne baissa les yeux et une rougeur charmante couvrit ses joues d'Hébé.
— Oh ! celle-là, dit M. Chenevier, elle apprend tout ce qu'elle veut... demain, en rentrant à Paris, je veux qu'elle reprenne tout de suite ses leçons d'anglais.
— Demain ! demain ! dit M. Dodges, il vous tarde donc bien d'être à Pans?
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— Eh! mon Dieu! dit M. Clienevier, qu avonsnous à faire à Londres?
— Vous avez donc renoncé, monsieur de Ghenevier, à exposer votre aérostat?
— Mais, dit M. Chenevier, avec un mouvement convulsif, il me semble que c'est vous, monsieur Dodges, qui...
— Eh bien, oui, interrompit l'Anglais; mais j'ai changé mes idées depuis hier ; votre aérostat mérite les honneurs de l'Exhibition ; et je vous affirme qu'il sera exposé, et je ferai un rapport très-favorable sur votre admirable découverte.
La bouche de M. Chenevier s'ouvrit démesurément et ne se ferma pas; ses yeux fixes regardaient M. Dodges, lequel continua ainsi :
— J'ai causé longuement hier soir avec M. Warburton, le premier mécanicien de Londres, et cet homme de génie n'a pas peu contribué à me rallier à votre système de direction aérienne. Oui je sais qu'on a trouvé quelque chose dans ce genre chez les Chinois et même chez nous; mais votre perfectionnement vaut une invention. L'opinion publique se prononcera en votre faveur, monsieur de Chenevier, j'ose vous le prédire, et vous aurez la prime d'un million, et peut-être quelque chose de mieux : un million est toujours bon à manger, même par un millionnaire comme vous.
Sur cette dernière phrase, la voiture s'arrêta devant
SA LE CHATEAC VEl'.T.
la maison de M. Chêne vier, el M. Dodges, serrant la main de Finventeur ébahi, lui dit :
— Permettez-moi, mon cher monsieur de Cbenevier, de vous rendre quelques visites et nous mènerons cette affaire à bien.
A tout hasard, M. Ghenevier rendit affectueusement ces serrements de main à l'anglaise, et, après le départ de M. Dodges, il regarda fixement sa femme, et, croisant les bras sur sa poitrine, il exhala son chagrin en apostrophant Adrienne :
— Pourquoi, aussi, ma chère fille, ne me donnestu pas un conseil?
— Mais je vous en donnerai un très-bon, puisque vous me le demandez.
— Voyons, donne.
— Mon pèr«, il faut rester à Londres.
— Avec neufs cents francs de rente! Y songes-tu?
— Je donnerai des leçons de français quand je saurai bien l'anglais.
— Oh ! c'est ce que je ne souffrirai jamais, ma fille 1 Une enfant de dix-sept ans maîtresse de langues ! Allons donc !
— Mon père, vous m'avez demandé un conseil, je vous l'ai donné.
— Tu n'en as pas d'autre dans ton imagination?
— Non, mon père.
— Il paraît que tu as du goût pour l'Angleterre.
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— Mais, oui, bon père; j'aime Londres!
— Tais-toi, petite I Londres! une ville qui n'a pas de boulevards 1
— C'est vrai.
— Pas de place des Vosges !
— C'est encore vrai.
— Pas de Romainville !
— Oui, mais il y a Londres; c'est assez.
— Mais, ma fille, comment t'est-il arrivé subitement cet enthousiasme pour Londres?
— Ce matin, mon père, en me promenant en calèche découverte, comme une grande dame. Paris ne m'a jamais donné ce bonheur, avec sa places des Vosges et ses boulevards.
— Ah ! les hommes ne devinent jamais rien, murmura madame Chenevier à voix basse.
M. Chenevier se promenait avec une agitation fébrile, et ne songeait point à deviner les énigmes de sa fille Adrienne.
Se ravisant tout-à-coup, il fendit l'air avec son poing, et dit :
— Eh bien, je me donnerai à moi-même le meilleur des conseils. Oui, je vais me remettre à Toeuvre, je travaillerai nuit et jour, et je rebâtirai mon aérostat, dans les, délais.
Commençons.
La résolution prise, M. Chenevier sortit pour ache-
ter les matériaux du nouvel aérostat, et le jour même Use remit courageusement au travail.
Adrienne, de son côté, continua ses études de langue anglaise, avec une obstination énergique, à la fenêtre qui s'ouvrait sur Agar-streety espérant toujours voir apparaître les chevaux gris d'une calèche à l'angle de King-Williaiyt.
Il eut deux grands jours d'attente.
M. Chenevier ne quittait pas son alelier d'aérostat; Adrienne n'avait pas quitté la grammaire et la vitre, une volée de coups de marteau retentit à la porte : ce fracas de cuivre annonçait une visite de distinction.
En effet, on annonça M. Dodges, mais sans calèche.
M. Chenevier quitta ses outils pour recevoir M. Dodge au salon, et Adrienne abandonna sa grammaire et la vitre, pour compléter une étude de coiffure devant son miroir.
M. Dodges fit une visite fort courte, une visite de simple politesse.
Il fut charmant auprès de madame Chenevier, ne donna qu'un seul regard à la belle Adrienne, et n'adressa qu'une seule question à M. Chenevier, celleci :
— Eh bien ! monsieur de Chenevier, quand nous envoyez-vous votre chef-d'œuvre? Il n'y a pas de temps à perdre.
— J'ai tous les jours, répondit l'inventeur, quel-
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qucs petites améliorations à donner à iijon travail pour le rendre plus digne d'une exhibition aussi solennelle.
M. Dodges s'entretint ensuite avec madame Chenevier sur les agréments relatifs de Paris et de Londres, et prit congé de la famille en y laissant une excellente opinion de lui-même.
Madame Chenevier surtout ne parla qu'avec enthousiasme du jeune Anglais.
Le mari courut se remettre au travail avec un zèle nouveau, en disant à sa femme.
— Si j'avais la fortune de M. Dodges et ses équipages, je me promènerais tout le jour dans Londres, et je briserais tous mes outils de mécanicien. Ah I mon Dieu! j'ai le frisson en songant qu'il ne me reste plus en portefeuille que deux billets de quatre livres I il faudra tout mettre en gage un de ces matins. Ce pays est ruineux !
M. Dodges rendit le lendemain une nouvelle visite qui parut très-significative à l'intelligence de madame Chenevier.
Cependant le jeune Anglais ne sortit pas des banalités de la conversation ordinaire, et ne fit rien soupçonner des projets qu'il pouvait avoir.
Le lendemain, un homme de l'extérieur le plus respectable fut présenté à la famille par M. Dodges, avec ces trois mots :
— C'est mon père.
Celte fois il s'agissait d'un entretien particulier, auquel mademoiselle Adrienne ne devait prendre aucune part.
Madame Chenevier devina tout de suite le mystère ; mais le mari ouvrit de grands yeux et ne devina rien.
M. Dodges père ne prit aucun détour ; il attaqua résolument la grande question objet spécial de sa visite, et demanda en mariage la belle Adrienne pour son fils.
M. Chenevier bondit de joie et consentit avec une précipitation fort naturelle et fort excusable; mais sa femme, qui était préparée à la demande, modéra l'explosion d'allégresse de son mari, en faisant observer qu'il était du devoir de bons parents de consulter la principale intéressée avant toute conclusion.
Elle se leva et demanda un quart d'heure pour négocier sans témoins.
L'intelligente Adrienne avait préparé sa réponse depuis longtemps; une réponse muette, mais pleine de sourires très-expressifs et entremêlée de caresses filiales.
— Viens donc, lui dit madame Chenevier en l'embrassant, je vais te présentera ton beau-père futur.
La scène qui suivit fut très-touchante, comme
toutes les scènes de famille, au lever des lunes de miel.
Adrienne était encore plus belle que de coutume;
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son visage resplendissait de la céleste irradiation du bonheur.
Il fui convenu que la nouvelle semaine serait consacrée aux préparatifs de ce maringc improvisé.
Après le départ de MM. Dodges, Clienevier se livra aux démonstrations d'une joie folle; il embrassa son Adrienne, sa libératrice; il réhabilita Nemrod, et s'écria :
— Maintenant, je puis briser mes outils de mécanicien ; je redeviens oisif comme un gentilhomme anglais.
Et dans son délire il mit en pièces une seconde fois son aérostat, en fît balayer les débris pour changer son atelier en grande salle de noce et de réception.
Ce jour même il vendit à la bourse de Londres les bons du trésor qui lui restaient, et composaient le solde modique de sa petite fortune; il acheta une calèche, deux chevaux, une parure de diamants pour sa femme, et les plus belles étoffes du magasin d'Everington, à Ludgaie-Hill.
— Puisque nous devons lous vivre en famille avec notre gendre, disait Chenevier à sa femme, je n'ai plus besoin de rien, et nous devons lui faire voir que nous ne sommes pas des aventuriers français comiDe on en voit tant à Londres.
Ln corbeille de noces arriva le lendemain, et futre-
eue par M. Chenevier, qui s'empressa de l'ouvrir pour jouir, le premier, des merveilles qu'elle contenait.
Sa stupéfaction fut grande : c'était une corbeille effrayante de modestie, et remarquable seulement par l'absence de tout ce qu'elle devait offrir à l'œil avide d'une jeune mariée.
M. Chenevier eut beau chercher dans les coins les plus mystérieux , il n'y découvrit que quelques étoffes vulgaires, un petit rouleau de broderies et un châle boiteux de la manufacture de Dingle à Dublin.
Au bruit que firent les mains de Chenevier en se heurtant par-dessus le front , la mère et la fille arrivèrent, et un sourire ironique désigna l'indigente corbeille aux deux femmes.
— Comment trouvez-vous ce cadeau anglais? demanda piteusement M. Chenevier.
Madame Chenevier regarda sa fille, et Adrienne, rayonnante de joie, s'empara du châle , et en le déployant, elle fit tomber une lettre que le père ramassa tout de suite :
— Ah I elle m'est adressée I dit-il en regardant l'adresse.
Adrienne faisait devant un miroir les exercices du châle, comme s'il fût arrivé de Cachemire par Vïndîamail.
-— Écoutez, écoutez, s'écria Chenevier d'une voix lamentable , voici le dernier coup I décidément, il y a
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un démon acharné contre moi! Olil si je pouvais tenir Nemrod , là, une minute entre mes mains, je le mettrais en pièces 1... Écoutez, ma femme et ma fille, écoutez.
Madame Clienevier et Adienne, pétrifiées par ce terrible début, tendirent leurs oreilles inquiètes à la lecture de la missive, et leurs cœurs battaient violemment.
— Voici, dit Chenevicr; et il lut :
« Monsieur, — en présentant celte corbeille de « noces à votre adorable fille, veuillez bien fermer « ses beaux yeux sur l'indigence du don, et lui dire « que la main est toujours pauvre quand le cœur est « trop riche. Heureusement, mademoiselle Adrien ne, « habituée à vivre au sein de l'opulence , doit plus « tenir aux dons venus du cœur, qu'aux dons toni- « bés de la main. Que lui importent les diamants et « les châles de l'Inde !
— Oh I il a bien raison ! interrompit Adrienne.
— Que dis-tu-làl il a bien raison! s'écria le père, attends la fin ; tu vas voir.
«... les châles de l'Inde... Mon vieux père, ruiné « par de fatales spéculations, et resté honnête « homme, m'a toujours conseillé de m'allier à une « famille opulente, pour me donner , à Londres, un « nouveau crédit, qui, grâce à une merveilleuse direc- « tion et à l'expérience acquise, nous rendra bientôt
« notre fortune perdue dans la crise industrielle de
« 1847. Vous voyez, monsieur de Chenevier, que je
« vous parle avec franchise, et que je vais vous faire
« connaître ma position véritable avant d'entrer, avec
« mon père, dans votre opulente maison. Vous aurez
« auprès de vous deux nouveaux parents, deux vrais
« amis, deux frères, qui vous entoureront de leur re-
« connaissance, et vous béniront à chaque instant du
« jour.
« Votre dévoué gendre,
« J. DODGES. »
« P. S. — Demain, quatre commissionnaires de <c l'Exhibition viendront prendre aux frais de la ville, « votre magnifique aérostat que vous devriez nommer « le Nemrod ; c'est une idée que je vous soumets. »
M. Chenevier déchira la lettre en vingt morceaux, les foula aux pieds, et, croisant les bras sur sa poitrine, il dit en serrant les lèvres :
— Là, maintenant, je voudrais savoir si le dernier homme qu'on a enfermé àCharenton avait plus de raison que moi de devenir fou I A-t-on idée d'une fatalité pareille I
— Mais, mon bon père, dit Adrien ne , entre deux tendres caresses, vous allez vous rendre malade 1 tout cela peut s'arranger.
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— Et comment! et comment! cria Chencvier en déchirant le collet de son habit.
— Si M. Dodges est un honnête homme, il m'épousera toujours malgré ma pauvreté; si c'est un aventurier, il se retirera, et alors je me trouverai fori heureuse de ne l'avoir pas eu pour mari.
— Mais, enfant que tu es, dit Ghenevier, ne nous annonce-t-il pas dans sa lettre, qu'il compte venir s'établir avec son père chez moi?
— Eh bien ! dit madame Ghenevier, nous lui exposerons franchement notre position, et après nous verrons ce qu'il fera.
— Et mon aérostat que j'ai encore mis en pièces ! Et nos bons du trésor que j'ai vendus 1 s'écria Ghenevier... Oh! si j'avais la Tamise, là, dans ce salon I
— Au nom du ciel! dit Adrienne, ne parlez pas ainsi ! vous allez me faire pleurer.
— Mais, poursuivit le père, puis-je vivre un quart d'heure seulement avec le dôme de Saint-Paul qui m'écrase le front I je suis fou 1
— Écrivons tout de suite a M. Dodges, dit madame Ghenevier.
— Oui, écrivons écrivez Moi, je ne pourrai
pas conduire une plume Il faut que j'ouvre la fenêtre pour prendre l'air
M. Ghenevier ouvrit la fenêtre pour respirer librement, et vit au coin de Kifuj-William^street un jeune
homme arrêté, qui avait quelque resssemblance avec M. Dodges.
— Il me semble bien que c'est le monsieur! dit- il en le désignant à sa fille.
— Oui, c'est bien lui! dit Adrienne au premier coup d'œil.
— Tiens ! il nous salue! dit Chenevier.
— Et il s'approche ! ajouta sa femme.
— Bon! dit Chenevier, il vient voir l'effet qu'a produit sa corbeille de noces ; en voilà un qui est effronté 1
La porte retentit d'une volée de coups de marteau ; et bientôt après M. Dodges parut dans le salon, et, sans autre préambule, il dit :
— Je suivais mon cadeau de noces, car il me tarde de connaître la manière dont il a été reçu.
— Monsieur, dit madame Chenevier, si votre don eût été trop riche, il aurait déplu à ma fille.
— Ah 1 dit Dodges, ceci mérite explication.
— La voici, monsieur, continua la mère, franchise pour franchise. Nous ne sommes pas ce que nous paraissons être ; nous sommes pauvres et très-pauvres. Vous voilà éclairé en deux mots.
Adrienne se laissa tomber sur un fauteuil, et on entendit un bruit de sanglots étouffés.
— Très-pauvres! très-pauvres! dit Chenevier comme l'écho de sa femme.
— En vérité ! dit M. Dodgcs, que in'apprenez-vous là! Comment 1 tout le luxe qui vous entoure est un luxe menteur !
— Oui, menteur, dit madame Chencvier. Nous avons fait le trafic de nos dernières ressources pour le voyage de Londres, et il ne reste plus rien.
— Mais il me semble, dit Dodges, que ce n'est pas une raison pour me refuser votre fille; vous me l'avez accordée, elle est à moi.
— Si cette pauvreté, que nous vous dévoilons trop lard, ne vous éloigne pas, dit madame Chenevier, notre parole donnée sera maintenue.
— Ainsi, ajouta M. Dodges, mademoiselle Adrienne accepte toujours ma corbeille de noces?
— Oui, monsieur, dit une voix retenue par ui> mouchoir de batiste.
— Malgré ma pauvreté?
Adrienne se leva iîèrement, prit le châle boiteux de Dublin, le mit sur ses épaules et embrassa sa mère.
— Madame Dodges, dit le futur mari à Adrienne, vous ne porterez ce châle qu'aujourd'hui, l'Inde frappe à votre porte.
Deux commis de la maison d'Everington entraient en ce moment, et déposaient sur une table la plus belle des corbeilles qui aient réjoui le cœur d'une ladij du W est-End.
Des cris de joie frappèrent le plafond, et M. Chcne-
CG LE CuATEAi: VEUT.
vier ouvriL une bouche qui ne pouvait plus se fermer.
— Monsieur Chenevier, dit Dodges, je savais que vous étiez pauvre , mais une idée toute anglaise m'a conseillé la supercherie innocente qui vous a tous attristés un moment. Je voulais que mademoiselle Adrienne m'acceptât aiaigré ma pauvreté. Il est trop peu flatteur d'être accepté quand on se présente avec un cortège de millions : maintenant, je puis vous dire, eu bon français, que j'ai six cent mille francs de rente, et que je les mets aux pieds de ma femme Adrienne.
M. Chenevier, remonté de l'enfer au paradis, embrassa son gendre; ce fut le signal d'une explosion de tendresse générale. Le délire de la joie éclatait dans tous les yeux.
Alors M. Chenevier crut convenable de faire à son gendre l'histoire de son aérostat ; et lorsqu'il eut terminé, M. Dodges lui dit :
— Bénissez Nemrod comme je le bénis. Grâce à lui, j'ai vu au palais de l'Exhibition le plus beau produit de l'industrie française, et ie l'épouse dans huit jours.