‹ Le château vertChapitre 7 sur 31 · ADRIENNE CH RN Ï-. VI F.H · texte numérisé non relu

ADRIENNE CH RN Ï-. VI F.H

— Mes bonnes amies, dit-il ensuite, c'est ainsi que toutes les grandes découvertes arrivent au monde. Il n'y a qu'à chercher au hasard. Je viens de résoudre Je grand problème de la direclion des aérnslats, dont on s'occupe tant aujourd'hui. Maintenant, je veux conduire un aérostat aux Indes, au Brésil, à Pékin, comme on conduit un cabriolet; pas plus dilTicile que cela! J'exposerai mon aérostat à Londres, en avril prochain, et je gagnerai le prix d'un million. C'est comme si je le tenais!

Adrienne et sa mère avaient, contre les usages domestiques, une grande confiance dans le mérite de M. Chenevier, qui avait exercé la profession de mécanicien, rue Mandar.

Elles ne doutèrent pas un instant de la réussite et du million, et pour la première fois l'indigente mansarde vit ses trois locataires se livrer aux épanchements les plus joyeux.

— Vraiment, dit M. Chenevier, nous ne saurion:^ trop remercier Nemrodl Sans lui nous aurions vécu dans la misère jusqu'à la mort.

— Et je n'aurais jamais porté de robe de soie, interrompit A-drienne; mais, cher père, nous vous dirons, maman et moi, que nous ne comprenons pa; bien encore comment Nemrod vient de nous donner un million et des robes ds soie.

— C'est la chose la plus simple du monde, ditChe-

nevier; la plus simple, comme la découverte de l'Amérique, de la vaccine, de la poudre, du télescope, de la boussole, de tout ce qui a été découvert. Enfin ! voici ! mes bonnes amies, vous allez tout de suite comprendre cela, comme bonjour. On prend un aérostat d'abord... bienl.. puis on lie à la nacelle une certaine quantité d'oiseaux voyageurs, des grues, par exemple, et devant elles, à l'extrémité d'une perche ou d'un timon léger, on suspend des viandes fraîches, d'après le procédé de Nemrod. Ce timon fonctionne sur pivot, l'aéronaute le dirige à sa volonté, et leê oiseaux voyageurs volent toujours vers le point ok flotte leur nourriture , et entraînent l'aérostat tou* jours dans la bonne direction.

— C'est superbe, dit Adrienne; mais il faut tou<^ jours que les oiseaux de l'aérostat soient affamés.

— Rien de plus simple encore, mon enfant, on nt leur donne rien à manger.

— C'est facile, dit la mère.

— Oh ! poursuivit M. Chenevier, j'ai le génie des inventions, moi, et quand une découverte éclate dans mon cerveau, je vois tout d'un coup d'œil, j'embrasse tout. Il est impossible de faire la moindre objectioQ à mon aérostat. Gela marche comme sur des roulettes.

La nuit qui suivit cet entretien fut la mille et deuxième nuit des contas arabes pour l'imagination et les beaux rêves d'Adrienne.

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Enfin, la fortune se présentait à la porte de cette mansarde en descendant du ciel, avec les ailes d'un aérostat.

M. Ctienevier était infaillible ; et quelle jeune fille, d'ailleurs, doute de la parole de son père, quand il lui promet les richesses et le bonheur?

M. Chenevier également ne doutait pas de lui, et cette confiance personnelle lui fit commettre une faute très-grave; il aliéna la moitié de son modique revenu pour avoir de l'argent comptant.

— Cet argent m'est indispensable, disait-il aux deux femmes. Je sème pour recueillir; vous allez m'approuver tout de suite, mes bonnes amies. J'ai d'abord de fortes dépenses à faire pour établir le modèle de mon aérostat, et pour notre voyage à Londres, Ensuite, je connais les Anglais; si nous paraissons chez eux, vêtus et logés trop modestement ; si nous menons, enfin, en Angleterre notre vie indigente de la rue Nazareth , nous compromettons cette grande affaire de l'aérostat : elle est perdue à tout jamais. Les Anglais n'ont aucune confiance dans les étrangers pauvres, et ils n'ont pas tort. Un étranger doit toujours être riche, sous peine d'être suspect. Il faut dont éblouir pour réussir; nous éblouirons.

Tout fut prêta l'époque du 20 mars.

La famille Chenevier quitta sa mansarde, sans faire aucun éclat aux yeux des voisins; mai:^ à Calais les

malles secrètes furent ouvertes, et les robes de soie s'étalèrent au grand jour.

M. Chenevier ressemblait à un ricbe industriel en costume de bal; sa femme et sa fille étaient méconnaissables; Adrienne surtout, avec son joli chapeau de velours bleu, garni intérieurement de petites fleurs printanières, et avec sa première robe de soie, pudiquement indiscrète srr le corsage, Adrienne ressemblait à la fille d'un banquier de la Chausséed'Antin.

La toilette métamorphose les femmes. 11 y avait en ce moment deux Adrienne : la première était assez convenablement placée dans une mansarde; la seconde était digne d'embellir un palais.

11 est vrai de dire aussi que la joie, cette fête de l'âme, et la bonne chère, cette fête du corps, avaient également contribué à la métamorphose.

Les plats aristocratiques et les vins exquis paraissaient enfin sur la table particulière de l'hôtel de Quillac, où M. Chenevier était descendu à Calais, où il passa quatre jours pour régler quelques diiricultés de douane, et faire arrêter d'avance, par un domestique sérieux, un appartement confortable à Londres, dans le voisinage du Strand.

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