REMONTRANCES
De la communauté des clercs du palais, dite la JBosoc^ie, au roi ^.
Slre^ nous ne pouvons pas ignorer que Votre Majesté doit avoir un furieux dégoût pour les remontrances. L'imprimeur Simon et toute l'Europe savent bien pourquoi. Nous osons toutefois nous flatter. Sire, que vous aurez encore la patience de supporter. les nôtres, qui probablement seront les dernières, à moins que les poissardes ne prennent aussi la liberté de porter leurs gémissements au pied du trône.
Quoiqu'il en soit, nos remontrances, Sire, sont d*autant moins déplacées, que nous tenons au parlement aussi essentiellement que le parlement tient à la monarchie. Le parlement fut établi en 1302 par Philippe le Bel : nous le fûmes en 1303 , sous Philippe le Bel ; en sorte que la corn*
1. Arrêt de Paudience du mardy quatorzième jour de juillet 1528. Extrait des Mémoires de Pierre de Miraulmont, escuyer, conseiller du roy, lieuteuant-géDéral en la prévostô de Thostel et grande prévosté de France, sur VOrigine et institution des cours souveraines et justices royalles estant dans l'enclos du Palais-Royal de Paris, pages 664 et suivantes. Paris, 1612, in-8». Bibliothèque Mazarine, 33151 A.
2. Recueil de pièces fugitives sur les parlements de France. (1771.)
LA BASOCHE. 40t
munaaté de la basoche n'est que d'un an, tout au plus, la cadette du parlement. Nul n'était ci -devant reçu conseiller au parlement, qu'il n'eût obtenu de Votre Majesté des provisions dont le prix était de 40,000 livres, et autrefois nul n'étoit reçu clerc ou praticien, qu'il n'eût pris des lettres du roi de la basoche, dont la taxe était d'un écu. Nous n'avons d'autre qualité que celle de clercs; mais il y a plus de trois cents ans que le parlement a reconnu que les magistrats ne sont eux-mêmes que gens clercs et lettrés, pour vaquer et entendre au fait de la justice ^ Si ces traits de ressemblance ne suffisaient pas pour nous autoriser à vous remontrer, nous ajouterions. Sire, que dans ces jours de disgrâce et d'angoisse^ tout ce qui tient à la robe, de près ou de loin, doit la secourir de tout son pouvoir et devenir cour des aides. Peut-être nos représentations ne paraîtront pas assez respectueuses; mais elles sont calquées sur celle de nos maîtres, qui doivent encore être nos modèles. Nous aurions bien voulu, Sire, ne pas nous en tenir là et pouvoir exciter quelque sédition. Nous avions déjà commencé par insulter, au Palais, les membres de votre Conseil, que vous y avez envoyés pour rendre la justice à vos peuples. Ces premiers essais de courage auroient pu être grièvement punis sous un règne seulement monarchique, mais sous un gouvernement despotique tel que le vôtre, nos confrères les plus entreprenans en ont été quittes pour un petit voyage à Bicêtre. C'en étoit assez pour nous enhardir, si la réflexion ne fût venue à notre secours. La connoissance, quoique superficielle, que nous avons de l'histoire de France, nous a fait comprendre que c'est temps perdu que de se révolter en France. Nous nous sommes souvenus que lors des plus grands troubles de l'Etat l'autorité monarchique a toujours repris le dessus, et que les petits qui ont fait la sottise de servir l'ambition de quelques grands en'ont toujours payé les pots cassés.