‹ Le châtiment de Dieu [microforme]Chapitre 14 sur 20 · LA VICTIME · texte numérisé non relu

LA VICTIME

Par une nuit froide et obscure de novembre 1817, on sonnait à la porte de la maison d'un prêtre de la ville de Mélisy. Le prêtre lui* même vint ouvrir. Dans la rue était une voiture, d'où un homme venait de descendre. Cet homme portait une longue barbe ; il était vêtu d'une ample redingote, que recouvrait un épais manteau.

— Monsieur l'abbé, dit-il au prêtre, je viens vous chercher pour assister une malade qui va mourir : il n'y a pas un instant à perdre : elle demeure dans l'un des hameaux qui dé- [-endent de la ville; c'est pourquoi vous mo voyez dans cette voiture.

Le prêtre, sans défiance, n'hésita pas. Il pria l'inconnu de l'attendre quelques minutes, tandis qu'il se munissait de tout ce qu'il lui était nécessaire. Il acheva de s'habiller, car

il était accouru à. la hâte, sans avoir pris la peine de se vêtir complètement. Il ne tarda pas à revenir, monta dans la petite voiture ouverte par devant et attelée d'un seul cheval que conduisait l'étranger. Dès qu'elle fut arrivée hors de la ville, dans un endroit solitaire ; l'inconnu dit au prêtre :

— Monsieur Fabbé, il s'agit d'une visite qui doit rester secrète. Celui qui m'envoie m'a ordonné de vous bander les yeux, car, vous ne devez connaître ni la maison où demeure la malade, ni les habitants qui l'occupent avec elle.

Le prêtre étonné et se croyant victime d'un guetapens, voulut résister. Mais l'inconnu doué d'une force herculéenne, et armé d'un pistolet, dont il fit jouer la batterie, signifia à son malheureux compagnon que le plus sûr pour lui était de se résigner et de le suivre. Celui-ci se laissa donc bander les yeux, et demeura immobile et tremblant de crainte à côté de l'étranger. La voiture roula quelque temps avec rapidité, puis elle monta une côte, fit de nombreux détours, autant que le prêtre put en juger, et s'arrêta enfin î\ la porte d'une maison isolée. Le conducteur descendit le premier, et do»ma la main au prêtre, qui grelottait de froid et do terreur, il le guida par un sentier étroit, dnns lequel il était obligé de le précéder, tout en lui don-

nant la main. L'inconnu s'arrêta, et glissa à voix basse ces mots à Toreille du prêtre : — Nous'allons descendre quelques marches- En effet, le prêtre fut entraîné par un escalier de pierre. Il traversa, toujours conduit par son guide, une salle qui n'avait pour plancher que le sol. L'inconnu s'arrêta de nouveau, abandonna la main de son compagnon : un craquement se fit entendre, une porte sembla rouler sur elle-même, et le prêtre dut avancer de quelques pas. Là le bandeau fut arraché de ses yeux. Il était dans un souterrain voûté en pierres et étroit : une vive lumière le remplissait, qui éblouissait les yeux. Le prêtre parcourut la salle du regard, et tout d'un coup recula saisi d'horreur. Il venait d'apercevoir altac»:-- à un pil. lier de pierre, une jeune fem :r'. dont les longs cheveux noirs pendaient déroulés sur ses épaules ; elle était à demi vêtue et paraissait avoir été traînée là récemment. Des chaînes de fer retenaient ses membres délicats ; un masque de velours noir couvrait son visage ; mais à la vue du prêtre, un rayon de joie brilla dans ses yeux. Un homme, masqué aussi, était près d'elle. II fit un mouvement brusque, se rapprocha du prêtre, et, après avoir un instant fixé sur lui deux yeux fauves dont les prunelles scintillaient à travers son masque, il lui dit d'une voix sourde et gutturale :

LE CHATIxMENT DE DIEU.

— Monsieur l'abbé, cette femme va mourir. Vous n'avez pas à vous informer des motifs qui ont fait prononcer contre elle une terrible sentence : ils sont graves. Nous avons consenti à lui accorder une dernière grâce : celle qui lui procure les secours de votre ministère. Elle ne vous parlera pas ; elle est bâillonnée. Hâtez-vous donc, le temps presse : nous ne pouvons attendre davantage.

Le prêtre restait muet de stupeur à cet horrible spectacle. Enfin il put parler : il essaya d'attendrir rhomme qui paraissait agir en maitre dans le souterrain et disposer de la vie de la jeune femme. Mais celui-ci lui réitéra l'injonction d'exercer son ministère, menaçant de le congédier sur l'heure, s'il insistait de nouveau.

Le prêtre, alors, s'adressant à la malheureuse victime, l'exhorta à recourir à Dieu, à demander pardon de ses fautes, à lui offrir le sacrifice de sa vie ; puis, il leva la main, et prononça les paroles sacrées de la réconciliation. La jeune femme inclina la tête ; et, quand le prêtre eut terminé, il crut voir briller dans ses yeux l'expression d'une reconnaissance ineffable.

Revenu de sa terreur, le digne ministre de Dieu, maintenant qu'il pouvait le faire sans s'exposor à priver la victime de la faveur qu'elle attendait, voulut encore tenter de fléchir les deux hommes présents avec lui dans

le souterrain ; il implora leur pitié, les menaça de la justice du ciel. Mais celui qui l'avait amené lui ferma rudement la bouche, lui banda rapidement les yeux et le fit sortir précipitamment du souterrain. Le prêtre remonta dans la voiture avec son guide: la route fut longue, sans doute à cause de détours multipliés que lui fit faire le conducteur. Deux heures avant le jour, le prêtre rentrait chez lui, le corps et fâme brisés de ce qu'il avait vu. Son saisissement avait été si grand qu'il fut malade pendant plusieurs jours. Dès qu'il le put, il se hâta de faire sa déclaration à la justice ; mais les renseignements qu'il donna étaient si vagues, que les recherches faites avec peu d'activité n'aboutirent à aucun résultat. D'ailleurs, on n'avait pas entendu dire que personne eût disparu dans le pays. Les choses en restèrent là, et beaucoup crurent que le prêtre avait été dupe d'une mvstification.

Pour nous, notre rôle d'historien nous impose l'obligation de raconter tout de suite les faits qui devaient être dévoilés plus tard ; ce que nous avons dit dans l'un des chapitres précédents à diJ laisser soupçonner au lecteur, que le théâtre du crime était ce môme souterrain du château de Chainpton que nous leur avons fait visiter.

En elîet, la femme pour laquelle le prêtre avait été appelé d'une si étrange façon, était

l'épouse infortunée du comte de GardereL Sur le point de devenir mère, peu de mois après la scène où son mari l'avait si brutalement traitée, elle ne vit pas sa situation s'améliorer; loin de là, elle s'aggrava plutôt. M. I de Garderel multipliait chaque jour les sé-

I vices ; on eût dit qu'il avait juré de tuer sa

femme à force de mauvais traitements. La seule ressource comme la seule consolation de Félicie était la prière. Son père, qu'il lui était permis encore de voir quelquefois, vint à mourir, et ce fut pour elle un surcroît à ses maux. La haine de M. de Garderel n'avait plus rien à ménager ; le vieux vicomte de Gilbard n'était plus là pour imposer un dernier frein à ses redoutables passions. Raoul de Gilbard, marié depuis peu, avait passé au Brésil où sa jeune femme possédait de grands biens ; de sorte que la comtesse se trouvait dans un complet isolement, en face d'un, homme qui la traitait avec la dernière rigueur, et qui se faisait son bourreau. La pensée de l'enfant qui allait lui naître faisait souvent trêve à ses peines; elle espérait que l'amour de cet être, qu'elle sentait tressaillir dans son sein, la distraierait de ses cruels chagrins. Un soir de septembre, que son mari était absent, Félicie se promenait dans le; jardin qui s'étendait devant la façade méridionale de l'hôtel. Elle rôvait à ses maux, à

l'avenir qui lui était réservé, et la prière de

temps en temps s'échappait de son cœur et de ses lèvres.

La nuit était belle et sereine ; le ciel, chargé d'étoiles, étincelait de mille feux ; l'air était doux, la soirée délicieuse. Félicie prolongeait sa promenade, et errait autour d'un bâtiment inhabité, qu'elle n'avait jamais visité. Plusieurs fois, elle avait interrogé son mari sur la destination de cet édifice ; il avait toujours vaguement répondu et avec une indifférence plus apparente que réelle. C'était une construction étrange, adossée à l'hôtel môme, et sans aucune ouverture extérieure. Depuis quelques instants, Félicie longeait ce bâtiment singulier ; elle se demandait où était la porte, et comment il pouvait être éclairé. Supposant que l'entrée devait être à l'intérieur de l'hôtel, elle se mit à examiner à quelle partie de la maison il pouvait correspondre ; elle comprit bientôt qu'il était vis-àvis le cabinet de son mari. Cependant, ce cabinet qu'elle avait vu souvent, et qu'elle connaissait parfaitement, n'avait ni portes, ni fenêtres de ce côté. La comtesse s'était arrêtée devant le mystérieux édifice, et ses yeux étaient fixés sur ses murailles, tapissées en partie par des chèvrefeuilles. Pendant qu'elle réfiéchissait à tout cela, il lui sembla voir filtrer un rayon de lumière à travers une fissure de la muraille. Elle y appliqua l'œil aussitôt, et aperçut un homme qui sou-

leva une trappe et descendit dans une espèce^ de cave. Cet homme remonta un instant après, et Félicie, qui n'avait pas encore quitté son poste d'observation, reconnut en luiMarberie, le concierge de l'hôtel. La comtesse, de plus en plus étonnée, ne douta pas qu'il n'y eût là-dessous un mystère redoutable, qu'on avait intérêt à lui cacher. Alors, elle se rappela les longs entretiens de M. de Garderel avec le concierge, l'insolence de ce dernier, que le comte ne réprimait jamais, malgré son extrême susceptibilité ; au contraire, Paul de Garderel était rempli d'égards pour Marberie, et le traitait presque comme unégal. Les soupçons de Félicie une fois éveillés, elle résolut de pénétrer cette affaire ténébreuse. File pensait que, peut-être, lui seraitil possible d'empêcher ou de réparer un crime. Et puis, le secret de la conduite sauvage du comte était peut-être là, enfoui dan 9= ce souterrain. Il ne s'agissait que de trouvée une occasion favorable.

Elle s'offrit à la comtesse quelques jours plus tard. Son mari partit, annonçant qu'il ne rentrerait que le lendemain. Félicie se décida à mettre à profit cette absence pour tenter de découvrir ce qui l'intéressait si fort. Le soir, quand les domestiques se furent retirés, et que tout reposa dans l'hôtel, elle se^ rendit sans bruit et avec précaution au cabiinet du comte. Elle commença par le ar-

courir attentivement et plus eurs fois des yeux ; aucune trace d'cuvertL ':*e ne se voyait sur les parois contiguës ou adossées à l'édiflee inhabité. Félicie frappa sur les murs, sur les boiseries, sonda tout minutieusement î mais rien ne lui indiquait l'entrée du bâtiment qui faisait saillie en dehors. Elle reprit plusieurs fois son examen, mais toujours avec le môme insuccès. N'espérant plus découvrir le secret désiré, elle allait sortir, lorsqu'on longeant le mur de droite, elle glissa sur le plancher, et n'évita de tomber qu'en se retenant à la par^î. Sa main qui, sans doute, avait exercé une forte pression, fit jouer un mécanisme caché, et une porte étroite s'ouvrit, qui donnait dans le sombre bâtiment dont nous avons parlé. La jeune femme s'engagea résolument dans le passage, armé d'un flambeau. Parvenue au milieu de l'édifice, elle l'examina en détail et à loisir. Elle s'aperçut avec surprise qu'un ccnduit souterrain s'ouvrait à l'un des angles, et qu'il devait aboutir à la lo^e du concierge. Elle s'expliqua comment cet homme avait pu venir, sans passer par le cabinet du comte.

Il y avait quelque chose de fait ; mais celq ne sulFisait pas ; il fallait soulever la pierre qui fermait l'excavatici. Félicie ladécouvrit sans peine ; et, jugeant qu'elle devait obéir au mémo mécanisme que la porte du cabinet, elle retourna sur ses pas, et examina

le jeu de celle-'"', dont elle se rerid ■■ . i - ^3 facilement.

Ayant trouvé le secret de la trappe, cil. . fit jouer, et la pierre roula sur elle-même, laissant béante une ouverture étroite, humide. La comtesse, hors d'elle-même, écouta, et crut entendre quelques soupirs. Elle se pencha, et aperçut au fond, couché sur la Daille fétide, un être décharné, couverts de misérables vêtements. Touchée de t^mpassion, la jeune femme se préparait à descendre, quand elle se sentit saisie par sa robe. En levant les yeux, elle vit l'odieuse et sinistre figure de Marberie.

— Vous ici, madame, fit-il, d'une voix rude. Arrière ; vous n'auriez jamais dû connaître ces mystères. C'est votre mauvais «^énie t^ ' vous a inspirée et guidée en ces lieux ; car votre mari ne vous pardonnera pas d'avoir épié et surpris son secret.

En môme temps, le concierge, dont les triats oxprimaient une rage concentrée, referma violemment la trappe.

La jeune femme, muette d'étonnement et de frayeur, put enfin articuler c -s mots :

— Je n'avais pas l'intention de mal faire, ni d'oifenser mon mari. Le hasard seul m'a donné la peiisée de pénétrer dan cet édifice.

Un sourire infernal etileura les lèvres minces et pales de Marberie.

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— M. le comte appréciera votre conduite, dit-il. Maintenant retirez-vous à votre appartement, et ne sortez pas d'ici avant le retour de M. de Garderel. Vous m'entendez ?

Félicie, blessée à juste titre de se voir traitée ainsi par un homme qu'elle regardait comme son serviteur, se redressa sous le regard venimeux du concierge, et répondit :

— De quel droit m'intimez-vous des ordres ? D'où vous vient cette audace d'insulter à ce point votre maitresse ?

— De grâce, belle dame, ne vous facliez pas, Tsprit-il avec un rire strident et sarcastique. J'agis de la sorte par le commandement de votre mari. Il pourra vous le dire lui-môme ; en son absence et d'après sa volonté formelle, j'ai tout pouvoir ici, et sur les serviteurs et sur la maîtresse.

Félicie ne répliqua pas; elle avait trop le sentiment de sa dignité pour discuter davantage avec un valet. Elle sortit par la porte secrète du cabinet, demeurée entr'ouverte, rentra dans sa oliambre où elle se jeta à genoux, épuisée d'émotion et de douleur.

Le lendemain, dès (lu'il fut de retour, )e comte monta chez elle. La malheureuse femme s'attendait à une scène violente et tremblait de tous ses membres. M. do Garderel entra brusquement sans frapper. Arrivé au milieu de la chambre, il prit une cbaiso

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^X s'assit en silence. Son visage était sombre -comme d'habitude ; son œil farouche lançait des éclairs de haine et de colère, ses traits étaient affreusement contractés. Mais quand il parla, sa voix était moins rude que Félicie ne s'y attendait.

— Madame, dit-il, je devrais me plaindre vivement de ce qui s'est passé hier. J'aurais le droit de vous traiter sévèrement. Mais, ^jouta-t-il après une pause, tandis qu'un sourire singulier errait sur ses lèvres, je serai indulgent pour cette fois, à condition que vous me promettiez un secret absolu sur ce que vous avez découvert.

— Je vous promets tout, Paul, répondit Félicie, plus morte que vive.

— C'est bien. Je vous demanderai encore, autant à cause de votre position'que pour d'autres motifs, de ne point sortir do riiôtel sans être accompagnée.

— Je m'y engage, dit l'infortunée avec un soupir.

Cela fait, le comte descendit. Il avait été si modéré, parce qu'il désirait ardemment que la délivrance de la jeune femme fût heureuse, et il ne voulait pas provoquer d'accident.

Félicie sortit le jour suivant avec nno femme de chambre choisie, il est vrai, par lo comte, mais dont lo dévoCiment était acquis à la malheureuse comtesse. Cette femme

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n'avait pu résister à tant de douceur, de patience, de vertu ; et elle était devenue, en secret, la confidente de sa pieuse maîtresse. Félicie se rendit à l'église qu'elle avait coutume de fréquenter ; elle y pria longuement, se confessa, et communia avec une ferveur angélique. Le soir, elle éprouva les douleurs de l'enfantement, et donna le jour à un fils, 'qui reçut le nom de Félix. Son mari ne le lui laissa pas longtemps; il le lui enleva pour le confier à une nourrice ; quelques jours après, la jeune femme était guérie. Le comte de Garderel, quoique l'hiver approchât, annonça à sa fpmme qu'il avait l'intention de se rendre au château de Champion ; elle ne fit aucune objection, car elle était constamment soumise aux moindres désirs de son mari.

Le soir môme de l'arrivée à Champion, Félicie venait de se mettre au lit quand le comte entra, suivie de Marberie. Son œil étincelait de fureur et de haine ; il se jeta -sur l'inforlunée, la bâillonna pour qu'elle ne pût crier, l'enveloppa do quelques vêtements et l'entraîna dans le souterrain que nous avons décrif. Là, il lui ôta le bâillon, et l'interrogea sur ce qu'elle avait vu dans l'hôtel de la rue du Bac. Il voulait la forcer d*avouer qu'elle y était descendue plusieurs fois et qu'elle connaissait celui qui s'y trouvait reniermé. Mais la malheureuse femme alTirma

qu'elle n'avait pénétré qu'une fois dans l'édifice extérieur, et qu'elle n'avait qu'entrevu, au fond du souterrain humide, une forme décharnée, à qui elle n'avait pas même parlé. Cela ne satisfit pas M. de Garderel ; il était convaincu, d'après les rapports de Marberie, que sa femme avait eu de longues entrevues avec le reclus de l'hôtel du Bac.

— Puisque vous refusez de confesser la vérité, cria-t-il, vous allez mourir.

Félicie, brisée par les émotions qu'elle avait subies, pencha la tète sur sa poitrine, et murmura facilement :

— Grâce, Paul, je vous en supplie. Je suis innocente I

Mais, le misérable, au paroxysme de la rage, lui signifia qu'elle était condamnée, et ne sortirait pas vivante du souterrain.

A. ces mots cruels, la comtesse retrouva subitement son énergie ; une lumière divine éclaira son âme ; elle comprit que Dieu voulait le sacrifice, et elle se résigna. Seulement elle demanda une faveur, celle de voir un prêtre, et de recevoir la dernière bénédiction d'un ministre de Dieu.

— Je mourrai contente, en priant le Seigneur de vous pardonner, dit-elle à son mari.

Contre toute attente, et au grand étonnement de Marberie, le monstre consentit à sa prière.

— Vous ne lui parlerez pas, dit il ; un bail-

Ion nous garantira votre silence ; et un masque vous empêchera d'être reconnue.

'Puis, s'adressant à Marberie :

— Prenez une voiture, ajouta-t-il; allez à Aa. ville ; amenez un prêtre, mais qu'il ait les yeux bandés, afin qu'il ignore à jamais dans -quelle maison il a rempli son ministère.

Marberie, n'osant répliquer, prit le parti d'obéir, ue prêtre vint, comme nous l'avons raconté. Aussitôt après son départ, le comte de Garderel ôta à la malheureuse jeune ierame son bâillon, et lui fit avaler de force im breuvage contenu dans un petit flacon de -cristal. Félicie se tordit un instant dans d'affreuses convulsions. Enfin tout mouvement cessa : elle était morte.

Le scélérat, qui venait d'accomplir cet horrible forfait, s'étant assuré que la jeune •femme ne donnait plus signe de vie, sortit de la salle souterraine, referma la cloison mojDile, et rentra dans son appartement. Trois semaines plus lard, la nouvelle se répandit que M™e la comtesse de Garderel venait de ■mourir, consumée par une maladie de lan gueur qui s'était déclarée à la suite de ses couches. Dans les provinces, la constatation des décès ne se faisait pas alors avec le soin ^^ la régularili d'aujourd'hui. Aucun soupçon ne transpira.

De pompeuses funérailles eurent lieu à J'é^Use de Mélisy, et l'inhumation se fit dans

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un caveau que le comte de Garderel avait fait préparer avec soin. Le cercueil renfermait un cadavre que Marberie avait secrètement exhumé, joignant ainsi un nouveau crime cà l'exécrable assassinat dont il s'était rendu coupable.

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