LA TENTATION
Peu de temps après le dépoirt d'Alfred Aiiricourt, Marberie quitta son lit, s'habilla à la hâte et se rendit à la rue Menilmontant, au pavillon qu'occupait Félix de Garderel. L'ancien concierge y était attendu ; il avait promis de faire connaître à son complice le résultat de la visite d'Alfred. Marberie trouva Félix inquiet. Les nouvelles qu'il apportait n'étaient pas propres à le rassurer. Le jeune médecin n'osa pas interroger Marberie dont le visage était sombre et le front chargé de soucis. S'étant jeté dans un large fauteuil, l'ancien concierge dit brusquement:
— Encoî 3 une semblable aventure et nous sommes perdus 1 Je ne sais vraiment quelle fatalité nous poursuit. Nos affaires prennent une mauvaise tournure.
an
Félix, alarmé parce début inattendu, écou- • lait dans un profond silence et presque sans respirer.
— Oui, Jeune homme, reprit Marberie ; nous jouons de malheur cette fois. Nous aurons besoin de mettre en œuvre toutes nos ressources pour parer aux dangers qui nous menacent.
Voyant que Félix ne saisissait pas le sens ûe ces paroles :
— Vous ne comprenez pas? ajouta-t-il. Eh bien, votre ami, Alfred Auricourt, a découvert qne la potion était empoisonnée.
— Gomment cela peut-il constituer un péril pour moi? demanda Félix, dont l'égoïsme égalait celui de Marberie ?
L'ancien concierge pinça ses lèvres minces. -et fit entendre un rire rauque et sa rcas tique,
— Vous pensez, Félix, dit-il, que je suis seul compromis en cette affaire ? Détrompezvous. Peut-être êtes-vous plus exposé que moi.
— Vous m'avez donc trahi ? interrogea le docteur en pâlissant.
— Pas le moins du mond'^ J'ai agi vis-àvis d'Alfred d'après le plan que je vous avais communiqué. Mais le défiant médecin, au Jieu de goûter an. breuvage, l'emporta chez lui pour l'analyser; il est revenu au bout de ^ quelques heures, pendant que vousétiez chez moi, et il m'a fait part de sa découverte.
^ — Je ne vois toujours pas en quoi je suis mêlé à cette affaire.
— Un peu de patience, s'il tous plaît, et vous serez au courant. Alfred m'a interrogé beaucoup; ensuite il m'a demandé si je vous connaissais : j'ai répondu que non. Alors il m'a déclaré qu'il vous avait entendu un ins« tant auparavant, et qu'il ne doutait pa? que le poison n'eût été fabriqué par vous ; bien plus: que seul à Paris vous aviez le secret de la combinaison des substances. Voilà comment il se fait que vous êtes compromis bien plus que moi qui, aux yeux d'Alfred, passe pour votre victime. En outre, il m'a reconnu pour l'ancien concierge de l'hôtel du comte de Garderel.
Cette communication accabla Félix.
— Vo'is avez raison, dil-il d'une voix altérée : nous sommes perdus.
— Dites seulement que vojs l'êtes, riposta l'ancien concierge avec une crrelle ironie. Mais, se hâta-t-il d'ajouter, je ma ?uis chargé d'écarter Alfred Auricourt de notre chemin ; je tiendrai parole. Il n'est pas sauvé lui, tant que je serai en liberté. Un premier moyen n'a pas réussi, je saurai en trouver un autre.
— Que voulez-vous donc faire? demanda Félix avec anxiété.
— Ce que je veux faire? Ecoutez-moi, je
vais vous le dire. Ce matin, nous avions dix
chances favorables contre une mauvaise: en
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ce moment, nous avons encore six chances bonnes contre une malheureuse ; cela vaut la peine d'essayer.
— Mais si la chance mauvaise l'emporte encore ?
— En ce cas, répondit Marberie avec un regard sinistre, je ne sais trop ce qu'il adviendra de nous. Mais ne nous arrêtons pas à de sombres pronostics. Concertons bien notre affaire, afin qu'elle ne manque pas. Voici le projet que j'ai formé : Le docteur Auricourt vient d'attacher un nouveau domestique à son service. Cet homme, je le sais, a une réputation douteuse. Il est jeune, il brûle de gagner de l'argent ; tous les moyens lui seront bons pour atteindre ce but. Donc, je verrai ce valet ; je le séduirai en lui donnant de l'or, et en lui promettant bien davantage ; vous devinez le reste ?
— 11 empoisonnera Alfred ?
— Précisément. De sorte que si, par hasard, les médecins découvraient des traces de poison en examinant le cadavre, le valet seul pourrait être inquiété. Comme il ne me connaît pas, et que, d'ailleurs, j'aurai déménagé, ni moi ni vous n'aurons rien à craindre.
Félix de Garderel trouva le plan fort simple et parfaitement conçu. Il crut devoir i-emercier avec chaleur Marberie de son dévoiiment à l'œuvre commune. Mais ce dernier se mettant à rire :
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— Jeune homme, dit-il, épargnez vous ces témoignages de reconnaissance. Vous savez bien que je n'agis ni ne m'expose pour vous; je travaille pour moi et vous en faites autant pour vous. Nos intérêts étant les mêmes, nous nous sommes associés. Qu'il y ait succès ou non, nous serons quittes l'un envers l'autre. Je vous laisse ici, le temps presse^ Seulement, je tiens à vous rappeler qu'aussitôt la mort du docteur Auricourc, votre tour sera venu de travailler. Vous aurez à remplir les conditions de notre pacte, en ce qui concerne votre dernière sœur. Nous conviendrons des mesures à prendre. Dans huit jours vous aurez de mes nouvelles. Tout, j'espère, sera terminé selon nos vœux.
Sur cette promesse, l'ancien concierge quitta Félix, et regagna sa maison de la rue Serpente. Le lendemain, il paya son loyer j et, quoiqu'il eût encore près de deux mois jusqu'au terme, il annonça qu'il allait déménager. De là, il passa chez un marchand de meubles d'occasion, et lui vendit ceux qui garniï^saient son logement. Ensuite il alla retenir une chambre dans un garni de l'une des rues les plus étroites et les plus obscures de la cité, et paya d'avance. Ces précautions prises, il s'occupa d'acosler le domestique; d'Alfred Auricourt. Il le guetta une journée tout entière, aux environs de la rue où son maître demeurait. Enfin, l'ayant vu sorlir,
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il le suivit à distance. Pviis, quand le valet fut arrivé dans un endro 'écarté, Marberie le joignit, comme pour lui demander un renseignement. Le domestique s'empressa de le donner, et se préparait à continuer sa route, ce qui ne faisait pas le tompte de Tancien concierge.
— Vous êtes pressé, mon garçon, dit-il au serviteur. Vous n'attendez pas môme que je vous aie remercié du petit service que voua venez de me rendre.
— Oli I cela, monsieur, n'en vaut pas la peine, répondit le valet qui s'appelait Rogatien. Quant à être pressé, non vraiment je ne le suis pas. Mon maître dine en ville aujourd'hui : je suis libre comme l'air, et j'en profite pour m'aller promener.
— Au moins avez-vous dîné? demanda Marberie, enchanté de l'occasion qui s'offrait à lui, belle et facile.
. — Je dînerai à son retour, répliqua Rogalien.
— Vous m'avez l'air d'un brave garçon, reprit Marberie, je ne serais pas fâché de causer avec vous. Je vais dîner tout à l'heure ; et, ma foi, puisque votre maître à reçu une invitation en ville, j'ai bien envie d'en adresser une à son serviteur.
Rogatien protesta qu'il ne saurait accepter et fit des façons. Marberie le pressa tant et si bien, qu'il se laissa persuader. L'ancien
concierge conduisit le jeune homme dans sa •chambre garnie, commanda au restaurant voisin un repas copieux, et ordonna surtout de monter du vin de premier choix. En attendant, il acheva de faire connaissance avec Rogatien, qui lui parut tel qu'il l'avait supposé, d'après les indications qu'il avait obtenues sur lui. Le dîner ayant été servi, les deux commensaux se mirent à table.
Rogat.en mangea fort bien et but de même. Pourtant Marberie veilla à ce qu'il conservât sa tôte et sa raison intactes. Le dîner terminé, il l'interrogea adroitement sur sa situation, et s'enquit s'il se trouvait bien dans son emploi actuel.
— Oui, et non, répondit Rogatien. Mon maître est facile h servir, c'est vrai, et je mentirais si je parlais autrement. Mais, tandis qu'il gagne de l'argent à faire peur, rien qu'en écrivant des ordonnances, moi je n'ai que de faibles gages. A ce train, je serai longtemps à faire fortune.
— Combien vous donne-t-ildonc par an ?
• — Cinq cents francs seulement et les étrennés.
— C'est bien pou pour un jeune homme intelligent et actif comme vous.
— Là, monsieur, s'écria le valet en se rengorgeant, je suis bien aise que vous soyez de mon avis. Bien des personnes, à qui j'ai fait part do mes désirs d'augmentatioa,
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m'ont ri au nez, en disant que mes gages étaient fort beaux.
— Je connais quelqu'un, reprit Marberie. qui, pour de moindres services, vous mettrait à même de gagner beaucoup plus en peu de temps.
— Oh ! monsieur, exclama Rogalion, soyez assez bon pour me mettre en rapport avec ce quelqu'un. Voyez-vous, j'ambitionne pour mes vieux jours une honnête aisance, et de n'être pas obligé de porter le bât ma vie durant.
— C'est très-bien, mon ami ; peut-être pourrcz-vous convenir? Seulement, je vous en préviens à l'avance, la personne dont il s'agit exige un dévoùment aveugle, absolu.
— Monsieur, je suis prêt à tout, pourvu que que les émoluments soient honnêtes.
— Prêta tout? répéta le concierge, en fixant sur le valet un regard pénétrant! c'est beaucoup dire, jeune homme. J'espère, toutefois, que vous excepterez certains actes contraires à la probilé ou à la foi.
— Eh 1 monsit3ur, répliqua Rogatien, échauffé par le vin, et qui avait lu beaucoup de hvres de moralité douteuse, bien des choses sont de pure convention. La société, à mon avis, e.st composée de joueurs; le p' is habile, et quelquefois le plus hardi, est le seul ^ui emporte l'enjeu.
— Certes, jeune homme, vous avez raison en grande partie.
Là-dessus, jugeant que c'en était atisez pour une première séance, Marberie changea de conversation. Mais Rogatien était devenu rêveur. Plusieurs fois, il tenta de ramener l'ancien concierge au sujet qui les avait d'abord occupés. Le rusé Marberie ne faisait pas semblant de s'en apercevoir, et parlait d'autre chose. La soirée s'avançant, Rogatien se leva pour prendre congé de son hôte, et rentrer au domicile d'Alfred Auricourt. Il ouvrait déjà la porte, quand Marberie lui dit :
— A propos, jeune homme, si vous êtes disposé à avancer l'heure où vous pourrez jouir de l'aisance désirée, venez me voir demain ; je ne sortirai pas d'ici ; à quelque heure que vous vous présentiez, vous êtes sûr de me rencontrer.
Rogatien, ravi, remercia chaudement Marberie qui le salua froidement. La nuit qui suivit, Rogatien fit des rêves d'or. Il se voyait déjà possesseur d'une maison de campagne, modeste, il est vrai, mais élégaute, entourée de champs, de pâturages et de bois. Un ruisseau arrosait la propriété. Il s'était marié, et à son fover étaient assis une femme aimée et de beaux enfants. Quand il s'éveilla, le soleil était déjà levé et versait dans sa chambre des Ilots do vive lumière. Ce jour-là, Rogatien
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fut d'une telle gaieté, que son maître s'en aperçut.
— Rogatien, avez-vous donc fait un héritage? lui demanda-t-il en riant.
— Non, monsieur, répondit le valet. Je ne me connais pas de parents dont je doive hériter.
— En ce cas, reprit le docteur sur le môme ton, vous avez découvert un sac aux écus, ou la poule aux œufs d'or ?
— Pas davantage, monsieur, répliqua le serviteur; mais ça pourra venir.
Alfred le laissa à sa bonne humeur, et pour qu'il pût Tentretenir, lui permit de s'aller promener le reste de la journée.
Cette faveur faisait admirablement l'affaire de Rogatien ; il en profila pour se rendre chez sa connaissance nouvelle. Marberie l'attendait. L'entretien fut assez froid, durant quelques instants. JJancien concierge ne se pressait pas de reprendre la question qui intéressait si vivement le domestique d'Alfred Auricourt. Enfin, Rogatien, n'y pouvant plus tenir, rappela à Marberie sa promesse.
— Oui, c/esl juste; vous avez raison, mon ami, répondit l'habile scélérat. Mais je crains que les moyens ne vous répugnent. A votre âge on est parfois scrupuleux.
— Il n'est rien, monsieur, je vous l'ai dil,^ •que je ne sois disposé à faire lorsqu'il s'agit <lo gagner de l'argent.
— Mais peut-être cela fâchera-t-il votre maître ?
— Qu'importe, si la somme qui me sera offerte me procure un dédommagement raisonnable ?
— Oh ! pour cela, il n'en faut pas douter. En achevant ces mots, Marberie ouvri ai
secrétaire, prit un porte-feuille, dont il Lira cinq billets de banque de mille francs chacun. A cette vue, les yeux de Rogatien brillèrent de tous les feux de la plus ardente convoitise.
— Ceci, reprit Marberie, en étalant les billets devant le jeune homme, forme le tiers de la somme promise à celui qui se chargera de l'œuvr j exigée. Elle sera versée entre ses mains à l'avauce. Le reste, les deux autres tiers, il les aura quand tout sera terminé.
— Monsieur, s'écria le valet hors de lui, je suis à vous de corps et d'âme : que faut-il que je fasse ?
— Un instant, mon garçon, repartit Marberie en replaçant les valeurs dans le portefeuille qu'il remit dans le secrétaire, tout en laissant la clef, donne-moi le temps de m'expliquer, il ne s'agit pas de moi, je ne suis ici qu'intermédiaire. Ton maître, que je connais, soigne depuis quelque temps un malade dont l'état est fort grave, bien que le danger ne soit pas immédiat. Un membre de la famille voudrait fane visiter ce malade par un autre médecin, dont la renommée est très-grande,
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mais les autres parents s'y opposent; ils tiennent à ne pas froisser le docteur Auricourt. Voici donc ce qui est proposé ; il faudrait empêcher ton maître pendant deux jours de se rendre chez le malade. On profilerait de ce temps pour introduire le nouveau médecin qui, probablement, guérirait la personne en question.
Cette communication déconcerta Rogatien, et lui ôla toute son assurance.
— Comment voulez-vous, monsieur, que je m'oppose à la sortie de mon maître ? Ce n'est pas moi, ni personne qui pourra jamais espérer de gagner la récompense promise.
— Vous êtes mieux que tout autre, mou garçon, en mesure de réaliser les vues de la personne dont je vous ai parlé.
^- Je ne vous comprends pas.
— Vous allez voir que cela est facile. Ecoutez moi attentivement. Votre maître ne prendil pas habituellement ses repas i>""z lui?
— Oui, mais qu'est ce que cela iJt? répondit avec volubililé Rogatien, qui crut i^aisir la pensée de Marberie. Mon maître est très-sobre, et ne boit guère que de l'eau rougie.
— Néanmoins, je persiste à soutenir que vous pouvez beaucoup. Il ne s'agit pas de griser votre maître, mais de l'endormir.
— Endormir mon maître! exclama le valet, au comble de l'étonnement.
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Puis il se mit à rire et voulqt plaisanter.
— Est-ce que vous croyez bonnement que mon maître s'endormira comme un enfant; ajouta-t-il.
— Est-ce vous qui montez le vin de la cave ?
— Oui, monsieur, toujours.
— Eh bien! voici comment vous vous y prendrez. Cela ne demande qu'un peu d'adresse. Entendez-moi bien. Vous débouchez une bouteille, n'est-il pas vrai ? Vous en ôtez la valeur d'un demi-verre, que vous boirez, si cela vous fait plaisir.
— Oh ! monsieur, cela m'arrive souvent.
— Laissez-moi donc parler, reprit Marberie avec impatience. Quand ce sera fait, vous verserez dans la bouteille le contenu de ce flacon.
En même temps, l'ancien concierge montra au valet un liquide noiriltre, celui-là môme qu'avait préparé Félix de Garderel, et que Marberie avait essayé déjà de faire prendre à Alfred Auricourt.
— Mais, ût observer le valet qui ne riait plus, mon maître s'en apercevra, le vin aura mauvais goût.
— Ne m'avez-vous pas dit que le docteur ne buvait que de l'eau rougie ?
— Sans doute.
— Alors vous n'avez rien à craindre. D'ailleurs, ce breuvage l'endormira sur-le-champ, avant qu'il n'ait le temps de réclamer.
Rogatien paraissait réfléchir. Marberi'î ne jugea pas à propos de le troubler dans sa méditation. Enfin le valet releva la tête et •demanda :
— Vous m'assurez, monsieur, que cela ne fera aucun mal à mon maître, et qu'il ne s'apercevra de rien f
— Je vous le promets, pourvu que vous fassiez les choses exactement comme je viens de vous l'indiquer. Il en sera quitte pour un long somme ; et, pendant que le docteur dormira, vous gagnerez quinze mille francs, juste trente ans de vos gages; n'est-ce pas joli cela?
Rogatien était ébranlé. Ce que voyant, Marberie ouvrit de nouveau le secrétaire, en tira le portefeuille, et prenant les billets :
— Est-ce accepté ? interrogea-t-il en les présentant au valet.
Celui ci, pour toute réponse, étendit la main. L'ancien concierge retira la sienne.
— Doucement, mon garçon, reprit-il; je vous l'ai dit : je ne suis qu'un intermédiaire. Il faut donc, avant tout, que vous me signiez un reçu de la somme. Cela vous va-t-il ?
— Parfaitement, répondit Rogatien d'une voix quelque peu altérée.
Aussitôt Marberie poussa devant le serviteur, sur la table, du papier, une plume, de l'encre, et lui dicta la formule suivante :
" Je soussigné, domestique au service de M. le docteur Alfred Auricourt, reconnais avoir reçu de M. Félix de Garderel la somme de cinq mille francs, pour ce dont nous sommes convenus.
" Signé : Rogatien Lheureux."
A peine cette pièce était-elle libellée, que Marberie s'en empara, et remit au jeune homme les billets de banque d'abord ; ensuite, la fiole qui contenait le liquide noirâtre, Rogatien considéra un instant le flacon d'un air pensif, mais la vue des billets fit disparaître toutes ses hésitations ; il les renferma précieuse nent dans sa poche la plus sûre» ainsi que la fiole. Il convint avec Marberie de tenter l'affaire le lendemain soir, au dîner du docteur, puis de revenir lui annoncer le résultat.