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furent inutiles. A toutes les instances de sa femme, le comte répondait invariablement :
— Je sais ce que je fais. Je connais Félix ; ces beaux dehors qui vous séduisent recouvrent une nature perverse.
Le jeune homme, libre désormais de suivre sa carrière, se détermina pour la médecine. Il prit ses inscriptions, fréquenta exactement les cours, évita tout ce qui eût pu le distraire, étudia sérieusement les matières importantes qui concernent l'art de guérir. Après cinq ans de l'application la plus soutenue, d'un travail persévérant et obstiné, il obtint,' à la suite d'un examen brillant, le diplôme de docteur. Il lui revenait quelque fortune du côté de sa mère. Mais le contrat de mariage stipulait que son père en jouirait, sa vie durant, moyennant une pension de trois mille francs, payable à chacun des enfants issus de cette union. Heureusement Félix eut bientôt une assez belle clientèle, qui le mit dans une honnête aisance. Le comte de Garderel habitait f^aris six ou huit mois de l'année, et passait le reste du temps à sa terre de Ghampton.
Félix visitait de temps en temps son père, malgré le mauvais accueil qu'il en recevait. Tous les ans, il se rendait pour un mois au chûteau de Chami>lon.
La maison qu'habitaient le comte de GarJerel et sa famille était située sur un plateau
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LE CHATIMENT DE DIEU. tt
boisé, auquel on n'arrivait, des villes voisines et des hameaux les plus rapprochés, que par des sentiers escarpés. L'hiver, ces chemins étaient coupés à chaque pas, par les eaux qui descendaient dans la plaine. Champton était une véritable solitude. Les chênes séculaires, les bouleaux, les hêtres, les châtaigniers élevaient de toutes parts leurs tiges vigoureuses. Les broussailles s'enchevêtraient aux troncs des arbres, et rendaient certaines parties des bois impénétrables. Durant l'été, pour les âmes méditatives, ce séjour était délicieux. Les fenêtres du salon, nous l'avons dit, ouvraient sur une verte pelouse, parsemée de corbeilles de fleurs: c'était comme le vestibule du parc. Les allées "parcourant le parc dans toutes los directions, soigneusement entretenues, offraient la promenade la plus agréable. D'espace en espace, des bancs étaient établis où l'on pouvait, le jour, jouir sans fatigue de la pureté de l'air et des senteurs des arbres. Le bois s'étendait jusqu'à l'extrême limite du plateau. Là, il y avait une éclaircie, d'où l'œil plongeait sur la vallée dans laquelle la ville de Mélisy était bâtie, et qu'arrosait une large rivière, aux eaux limpides et bleuâtres. On aperceN'ait également les riches vignobles qui couvraient les coteaux voisins, les champs aux cultures variées, pâturages où* s'ébattaient les troi>peaux, cl los collines boisées qui boniaieut
l'horizon. Ce spectacle splendide était propre à passionner les âmes jeunes et poétiques. C'était là que Clémence aimait chaque jour à venir s'asseoir et rêver.
Quant à Félix, il partageait son temps entre la visite des malades des environs, qu'il soignait gratuitement, et la chasse, qu'il aimait , à l'excès. Les bois et les champs abondaient en gibier, tel que lièvres, perdrix, lapins, chevreuils môme. Le jeune homme revenait rarement les mains vides, car il était habile tireur. Mais le comte de Garderel poussait si loin l'antipathie qu'il nourrissait contre son fils, qu'il refusait de laisser servir les produits de sa chasse. Le jeune médecin les faisait distribuer aux paysans du voisinage, et aux pauvres de la ville. Aussi son nom était-il chéri dans la contrée. Autant les manières farouches et repoussantes du père inspiraient d'éloignement, autant les services, l'affabilité, la bienfaisance du fils, excitaient de reconnaissance. C'était là encore l'un des griefs du i comte de Gardert3l ; et il no s'en taisait pas toujours. Ordinairement, Félix sui'ortait en silence ces vexations et ces injustices continuelles. ^Llis, parfois aussi, comme anjour- « d'Iuii', la patience lui écha[>pail, et des paroles violentes, anicres, tombaient de ses lèvres. Un fait étrange remanîué do M"i" de Garderel et do ses filles, s'était «produit en diuix ou trois rencontres. Quelques mots prononcés
par le jeune homme avaient subitement apaisé la colère de son père. Mais ensuite, le comte était tombé dans une longue et inexplicable prosti-ation. Dans cet état, il refusait de répondre aux questions qni lui étaient adressées. Il ne paraissait soulagé qu'au départ de son fils.
Elisa, l'aînée des sœurs de Félix, avait vu sa santé s'altérer depuis deux ans, sans que la caiL^e de son mal pût être assignée d'une manière précise. Dans les commencements, sou frère la soigna avec tendresse et aussi avec succès, car, sous rinlluence du traitement qu'il lui prescrivit, elle se sentit beaucoup mieux; ses forces parurent revenir; ses joues étaient moins pâles, ses yeux moins abattus. Mais le comte de Garderel intervint avec luio bizarrerie et son injustice ordinaires, il interdit à la jeune fille de recevoir encore les soins de son frère. Depuis lors, le mal ne fit qu'empirer, le mieux disparut, et les plus alarmants symptômes se déclarèrent. Vainement M'"« de Garderel supplia son mari de permettre à Félix de donner ses avis, d'indiquer les remèdes ; il s'y refusa obstinément. Les instances de sa femme n'aboutirent qu'à provoquer sa redoutable colère, ii augmenter sa haine pour son fils.
La soirée, comme on doit bien le penser, s'écoula fort triste au cbàleau de Champion. A plusieurs reprises, Clémence tenta do rom-
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pre le silence qui régnait au salon ; elle ne put réussir. Enfin elle proposa de se mettre au piano, et d'accompagner une romance que Félix chantait admirablement. Personne ne répondit, ni son père ni son frère. Alors la pauvre enfant, découragée, cacha son visage dans ses mains, et on l'entendit sangloter. Ni sa sœur ni sa mère n'osèrent la consoler* Félix paraissait plongé dans sa lecture et ne leva pas môme les yeux. Bientôt Eliza se trouva si fatiguée qu'il fallut la conduire à sa chambre. Quelques instants après, le salon était vide.