‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 11 sur 56 · La Production française du 10 avril · texte numérisé non relu

La Production française du 10 avril

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du montant a été souscrit, nous allons appeler lel second quart et s'il le faut un troisième. » C'était dire : Actionnaires, payez nos erreurs dont vous ignorez les causes. Il y eut des protestations. La réplique fut énergique, à peu près ceci : « Vous aurez beau vous révolter, en fait, c'est vous, actionnaires, qui êtes responsables. » Le pis est que, légalement, c'était parfaitement exact. On en peut conclure, à l'intention des fayoliens, que, dans les sociétés anonymes, l'autorité est au conseil d'administration qui agit, la responsabilité aux actionnaires qui subissent.

Autre enseignement, fourni par la Banque industrielle de Chine. Autant qu'on peut savoir, le déficit est supérieur à 700 millions, il atteint peut-être 900. Il y a eu trois tentatives successives de sauvetage par les banques. Au moment où la seconde était négociée, le règlement exigeait la convocation d'une assemblée générale ordinaire, qui eut lieu. Les actionnaires innocents et ignorants ne soupçonnaient rien. Cependant des bruits fâcheux avaient été répandus. Le Président du conseil d'administration, président de l'assemblée, les démentit catégoriquement et communiqua un bilan faussé, ce qui devient de plus en plus fréquent. Quelles que soient ses responsabilités, il ne pouvait agir autrement : avouer jetait l'affolement parmi les actionnaires et les

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déposants. Le lendemain, la banque s'effondrait. Conclusion pour les fayoliens : le contrôle public et efficace de la gestion est chose impossible et quelquefois ruineuse.

Citons encore la réponse d'un président d'Assemblée générale questionné par un actionnaire, au sujet d'une souscription suspecte de 140 millions, relative à une augmentation de capital de 190 millions : « Je ne connais que M. K..., souscripteur, qui a payé, et je n'ai pas le droit de lui demander autre chose. » Légalement, c'est encore exact. Cependant diverses précisions apportées par des actionnaires mettent en évidence un groupe germano-américain, devenu maître de l'affaire et donc de ses capitaux français. On vote cependant et on approuve, en sorte que l'on peut dire encore : dans une société anonyme, l'intérêt général de l'affaire et, éventuellement, sa répercussion sur l'intérêt national est à la merci d'une défaillance du conseil d administration, très petit nombre d'hommes, et même^ dans ce conseil, à la discrétion des membresprépondérants qui peuvent être un, deux ou trois. Le contrôle des actionnaires est impuissant. Il ne se produit d'ailleurs qu'après, c'est-à-dire trop tard.

Nous pourrions multiplier ces enseignements. Mais nous en avons assez pour conclure que pro-

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poser les sociétés anonymes en modèle à l'EUit est pure folie. Il n'y a pas tâche plus urgente qu'une réforme profonde de la législation qui les régit, dans l'intention de protéger la production française contre l'entreprise étrangère et de mettre la responsabilité là où est l'autorité, c'està-dire à charge du chef véritable dégagé et désigné. Nous entendons bien que M. Fayol pense surtout aux sociétés industrielles, saines et honnêtes, qui heureusement abondent en France, mais il ne saurait contester que par lintermédiaire d'une banque, d'un groupe, elles peuvent tomber sous la dépendance de n'importe qui et que la corruption de quelques administrateurs suffit à les vicier. Que l'un ou l'autre soit possible, montre la fragilité de ces organismes dont on fait des modèles et qui ne sont sûrs que s'ils reposent sur un petit nombre de gros actionnaires fidèles, parmi lesquels sont choisis les administrateurs : sécurité précaire que quelques décès bouleverseront tôt ou tard et qui constitue une heureuse réussite si elle dure seulement dix ans.

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