‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 13 sur 56 · L INDUSTRIALISATION DE LA DEMOCRATIE · texte numérisé non relu

L INDUSTRIALISATION DE LA DEMOCRATIE

ment de dignité professionnelle, de responsabilit toute morale, que M. Fayol a observé chez li plupart des fonctionnaires et contre lequel agissent encore les règles du recrutement.

Car le chef n'est pas libre, il est ligotté par ui fatras inextricable de lois et de décrets, de règle-^ ments ministériels antérieurs et par « l'intervention abusive des parlementaires ». Ces messieurs^ ont, en effet, des créatures à caser, fils, père, on-j cle, sœur ou fille d'électeurs influents. Les visites,] les démarches se succèdent, chacun voulant pla-i cer les siens. On ne peut les contenter tous. Les lettres pleuvent, il faut y répondre et l'administration envoie plus de 200 réponses par jour. Or on sait que les fonctionnaires ont pris l'habitude d'attendre la deuxième ou la troisième demande d'un parlementaire avant de se remuer. Sage correctif. Il n'en est pas moins nécessaire d'entretenir une trentaine de fonctionnaires nouveaux pour tenir tête à ce déluge. M. Fayol estime que la dépense annuelle est d'un million de francs, pour les seuls P. T. T,

Bien entendu, M. A. et M. B. doivent ménager le parlement, ils ont à y entretenir leurs appuis « en donnant personnellement satisfaction aux (( députés et sénateurs qui (eux) travaillent pour (( leur réélection ». Indiscipline et démoralisation, disparition de tout zèle, indifférence et découra-

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geincnt, du haut en bas de l'échelle, ce sont les fruits que relève M. Fayol : tout à vau l'eau, la maison à l'envers, on s'en f. .. et on ne peut pas faire autrement, remonter le courant est impossible. Qui, dans cette pétaudière, résisterait à l'envahissement des politiciens : ils sont chez eux, l'Etat est leur domaine, la terre qu'ils exploitent, pour vivre. Il faut leur céder '.

Pour faire avancer un agent qu'ils protègent, j on le changera de service, d'un emploi technique, il passera dans les services de comptabilité ou ailleurs, l'important est qu'il avance. L'habitude aidant, ces changements sont devenus une règle sur laquelle M. Fayol donne des détails invraisemblables. On annule une expérience acquise, on impose un apprentissage nouveau. L'intérêt du politicien, du parti est satisfait : nous payons.

Le régime reparaît encore quand il s'agit de prévoir le budget. L'évaluation des directeurs de services est, en effet, réduit par le ministre des Finances, « qui ignore absolument les besoins

1. — Défense nationale, défense sociale, écrivait récemment le directeur de Vllomme libre, vous les verrez toujours trahis par des gens de tous les partis, s'ils sont en proie à la fièvre de réélection. La nature de Tliomme, son égoïsme profond, son mépris .des intérêts généraux lorsque Tintérêt personnel est en jeu, rien de cela ne change parce que l'on siège sur un banc à droite ou sur un banc à gaviche.

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réels des P. T. T. », la Chambre réduit à nouveau, le Sénat une fois encore. Les crédits accordés ; la demande initiale à été réduite de 20 à 40 0/0, mais on le savait d'avance et les chiffres avaient été majorés en conséquence. Et si c'est trop, on dépensera inutilement pour que l'année suivante les Finances ou la Chambre ne puisse tirer argument d'un reliquat.

M. Fayol peut, après cela, préciser les droits du Parlement, qui ne doit contrôler qu'en tant que Parlement, qui ne peut permettre à ses membres de s'immiscer individuellement dans les services publics. Il n'énonce qu'une théorie inopérante. Un droit écrit, en pleine concordance avec la réalité, ne saurait subsister sans changement, son immutabilité signifierait sa mort : il doit évoluer avec la société vivante qui le porte. Or ce n'est même pas le cas, et les illusions de nos pères sur le régime parlementaire témoignent assez que, lorsqu'on écrivit, on était en plein rêve. M. Fayol a fait un voyage au pays des réalités.

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