L'expérience sociale est toujours un passé
De ce projet de réforme une vérité peut être retenue : à la tête des grands services publics, il faut, non des hommes compétents, comme on le dit souvent, mais des administrateurs, ce qui est tout différent et demande, outre des qualités natives, une formation, une culture supérieure et générale qui n'est pas nécessaire à la compétence ^
Pour le reste, ce n'est qu'un ensemble de bonnes intentions dont les réalités se jouent. M. Fayol a donné d'excellents principes d'administration
1. — Il serait facile de montrer quels désordres nouveaux et graves entraîneraient ces passerelles libérant les fonctionnaires du frein hiérarchique sans les dégager de la tutelle parlementaire. Mais cela nous entraînerait trop loin.
2. — L'auteur des Lettres sur la réforme gouvernementale, qui lui aussi veut réformer l'État démocratique, avait dès 1917 dégagé très clairement celte essentielle distinction.
Il L I.\UUSTUIALISA.riO.\ DE LA DEMOCRATIE
des entreprises, qui peuvent être repris et appliqués aux administrations d État, à condition d'éviter les graves confusions que nous signalerons dans un moment. Il a échoué dans son intention de codifier un traité d'administration « expérimentale » assurant la réforme de l'État.
On a prétendu réformer l'État démocratique de toutes les manières : politiquement, par la décentralisation, la réforme électorale ou autres vains remèdes ; artistiquement, par l'élévation de la démocratie, qu'on voulait athénienne. Voici la démocratie scientifique, de science pratique évidemment, sur le papier comme les autres. Elle passera de même façon. La vraie subsiste et. subsistera jusqu'à ce que les Français bien intentionnés aient compris que ce qui naît de l'élection « est plus attentif à plaire qu'à servir » et qu'il manque à ce pays d'être servi.
Il l'a été. Et dans les règles les plus caractéristiques de l'art administratif ' ; et les témoignages abondent, dont nous ne tirerons que deux ou trois faits, pour mettre en relief l'omission capitale des nouveaux informateurs.
Louis XIV mourant avait prévu nettement le danger qu'allait constituer, pour la France, la
I. — A dessein nous écartons le mot science dont on abuse inconsidérément, c'est d'un art qu'il s'agit, non d'une science.
.Prusse avide et grandissante, il jugea qu'il était temps de renverser les alliances et de faire cesser la lutte contre l'Autriche ; le a plan d'action » était fixé et, pendant près d'un siècle, ses successeurs Louis XV et Louis XVI s'y tiendrontcontre l'opposition grandissante d'une opinion publique aveuglée. Le danger d'une monarchie allemande avait été vue par une intelligence de chef et les moyens de l'écarter nettement conçus. Le « plan d'action » abandonné, oublié, perdu dans la tourmente révolutionnaire, cela nous coûta cinq invasions, la dernière deux cents ans après la prévision. De même encore le « plan d'action » conçu par Louis XV touchant la politique américaine, continué par Louis XVI, enlevait à l'Angleterre, un demi siècle plus tard, les Etats-Unis d'Amérique, mais ce n'est que 130 ans après que les conséquences, heureuses cette fois, étaient manifestées clairement. C'est à cette hauteur de vues que la prévoyance politique doit pouvoir s'élever. La lec ture des recueils d'intructions aux ambassadeurs peut seule montrer à quel point elle fut assurée pendant plusieurs siècles.
On savait aussi combien est lente la voie hiérarchique et que les liaisons directes que M. Fayol appelle passerelles font gagner un temps précieux. A preuve unique entre cent, l'instruction que Louis XV faisait passer le 24 juillet 1768 au baron
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de Breteuil qui, après un séjour en Suède et en Russie, différents voyages en Pologne et en Danemark, étaient envoyé en Hollande — la continuité était respectée :
Sa Majesté lai recommande une singulière attention sur tout ce qui se passera en Russie, et surtout en Suède : son intention est qu'il lie une correspondance très suivie avec le comte de Modène, dès qu'il sera arrivé à Stockholm, et qu'il lui Jasse passer par la voie secrète la copie des lettres qu'il écrira à ce ministre ou qu'il en recevra, afin de continuer à être instruit de tout ce qui se passe en Suède avec autant d'exactitude qu'il est possible de l'être \
Nous n'aurons pas la cruauté d'insister sur les conférences des chefs de service, oii les ministres se rencontraient devant un Chef gui les tenait pour responsables de leur gestion, jusqu'à la potence inclusivement.