‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 17 sur 56 · Claude Saint-André : Louis XV, page ITo · texte numérisé non relu

Claude Saint-André : Louis XV, page ITo

Peut-être n'a-t-il pas assez médité sur la durée du long terme pour l'Etat. S'il avait vu qu'il s'étend sur les siècles et que la stabilité doit se hausser à cette mesure, sans doute eût-il compris que les moyens industriels, efRcaces pour l'administration des postes, sont bien pauvres pour l'Etat. Courts déjà en ce qui concerne l'agriculture, le commerce et l'industrie, ils sont une pure dérision si on les met en regard des grands desseins, qui s'imposent à tout gouvernement prévoyant, pour tout ce qui touche à la politique sociale et surtout aux rapports avec les autres Etats. Là surtout les fautes sont redoutables par leurs conséquences ; nulle part la vigilance, la prévoyance, la continuité et la compétence ne sont plus nécessaires. Et même est-il nécessaire de dire que, dans l'Europe contemporaine, la situation de la France est devenue telle que cette fonction de l'Etat prime de loin toutes les autres : le chef stable et prévoyant de l Etat pourra trouver de bons administrateurs de la force armée, des finances, de l'économie nationale, des colonies, un restaurateur de notre marine, mais tous ces hommes verront leurs efforts entravés si à côté d'eux une bonne politique française ne commence à rétablir la situation de la France et l'équilibre de l'Europe. Cette condition réalisée, il faupra dix à quinze ans pour donner une forme

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honnête à nos finances, à notre marine, moins encore pour réorganiser la production nationale et notre domaine colonial. Mais pour réparer, autant qu'il se pourra, la succession de fautes et de crimes accumulés au détriment de la France, sur le plan européen, par nos gouvernementaveugles, combien de chefs prévoyants engagés successivement dans la même voie sûre ?

La prévoyance est de l'homme. La continuité ne lui appartient pas, qui est incompatible avec sa brièveté. La vie d 'une nation se compose de successions, l'oublier c'est bâtir pour une génération. Et, pour la nation, il y a pratiquement quatre générations par siècle, moins qu'il ne lui en faut pour naître ou mourir. Restaurer l'Etat pour un siècle serait peu, les fayoliens veulent le réformer pour dix ans. Ils oublient que le chef, comme les autres hommes, a une postérité et qu'un gouvernement ne construit ou ne détruit pas seulement pour ses contemporains, mais aussi pour leurs fils et les fils de leurs fils : puisqu'il y faut désigner quelqu'un, un administrateur ne suffit pas, une famille est nécessaire. On doit même la choisir bien.

Evidences grossières, sur lesquelles on s'obstine à fermer les yeux. La démocratie doit être bannie de l'usine : on le voit, on le dit et poui quoi ; à plus forte raison, pour des raisons ana-

Uogues, mais plus fortes et plus impérieuses, elle doit être chassée de l'Etat. Avec une solide organisation, on conçoit qu'une entreprise industrielle puisse prospérer quelque temps en régime de contrôle démocratique ; tant que l'intérêt commun, puissant et immédiat resterait visible it vu, quelque chance subsisterait de maintenir 'équilibre incertain. Il est impossible d'imagiler avec un esprit réaliste un gouvernement d'Eat digne de ce nom en régime démocratique. Ile que nous perdons chaque jour, en ce temps )ù les pertes sont si considérables qu'elles sont •essenties par tous et éclairent les fautes du )assé, le démontre à l'excès.

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