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Le préjugé scientifique

Nous n'entendons pas dégager ici les erreurs de fait, mais seulement celles qui touchent aux idées.

La prétention avouée est d'instaurer une méthode purement expérimentale de gouvernement, de faire dt^s expériences d'administration et d'en dégager les lois. La religion de la science, on pourrait dire la superstition, n'est pas morte. Elle se contente de peu : dénommer science tout ensemble de connaissances relatives à un objet plus ou moins déterminé et venues de l'expérience ou de l'intuilion, du raisonnement ou du préjugé, de l'éducation ou du parti-pris ; donner à la présentation une forme théorique, comme d'une suite de théorèmes, de corollaires et de scolies, voilà une nouvelle science qui naît. Entendons bien, une science, non au sens général de savoir,

iriais selon l'acception moderne de connaissance d'un déterminisme et de ses lois. La mode veut qu'on cite abondamment Claude Bernard et (ju'on s'inspire de son analyse de la méthode ( xpérimentale en médecine : il excellait en effet à la dégager autant qu'à errer lorsqu'il faisait des incursions au pays des philosophes. Mais, dans son domaine, ce génie pénétrant n'ignorait pas ({ue chaque science a sa méthode propre, adaplie à son objet, tellement qu'il est indifférent Je dire que la méthode a été conçue pour cet objet ou que c'est lui qui l'a imposée. On sait assez de quelles extraordinaires divagations se rendent coupables les savants, qui ne sont que tels, lorsqu'ils préîentent appliquer à toutes choses la méthode qu'ils connaissent parce qu'elle est de leur science particulière. La science allemande fut sur ce point d'une fécondité particulière, et décemment cette leçon ne devrait pas être I perdue.

L'expérience n'est pas la seule puissance déterminante de la certitude, encore moins de l'assentiment. Elle n'a valeur scientifique — au sens restreint — que si elle peut se renouveler à volonté, identique à elle-même, chose impossible dès que l'homme est en jeu. De là vient qu'il n'y a pas de science de l'administration, mais un art de bon administrateur, lequel comporte

un certain nombre de règles pratiquement fixes, que M. Fayol a très bien su dégager, en ce qui concerne les entreprises industrielles, mais qui ne suffiraient pas à faire du premier venu un bon administrateur. Un grand bon sens, de iintuition, l'art déjuger les hommes, de les utiliser au mieux et de les faire obéir et je ne sais quoi enfin qui f;iit qu'on est apte à commander, par nature et non par enseignement : toat cela est nécessaire autant que les règles et leur échappe. Nous sommes bien i loin du scientisme.

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