‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 19 sur 56 · QUI SE REMUE · texte numérisé non relu

QUI SE REMUE

Comme Montesquieu, les partisans de Tindus- j trialisation font une autre confusion, beaucoup | plus grave, en raison de l'objet de leurs désirs j de réforme. Indifféremment, ils parlent de ré- i forme gouvernementale et de réforme adminis- i trative, comme s'il s'agissait de la même trans- { formation. Ils confondent administration et gou- 8 vernement. Sans doute MM. Wilbois et Yanuxem nous disent bien que « politique et administration font deux, » mais ils s'empressent d'ajouter : administration d'abord ' !

1. — M. Vaiinxem, dans une brochure intitulée Indttstrialisi'r, fait assez netlcuicnt la distinclion entre le gouvernement et l'aJmiiiislration, mais il n'eu tire aucune conséquence exacte.

M. Fayol n'est pas plus précis. A.près nous avoir enseigné que le chef d'un service public ne j)eut choisir ses subordonnés, puisque les parlementaires lui imposent leurs clients, et qu'une singulière coutume fait passer un agent d'un -orvice dans un autre qu'il ignore, à l'occasion d'un avancement quelconque, il remarque qu'un grand chef soucieux de la bonne marche de l'en- { reprise pourrait modifier cela, encore que les règlements, les syndicats d'agents et les parlementaires le rendent chose difficile, mais il ajoute aussitôt qu'on n'y peut guère compter avec une direction éphémère. Cette direction éphémère, c'est celle des ministres que le parlement change CO fois en fiO ans, selon le régime des vents. Avant de permettre aux chefs de choisir leurs subordonnés il faut donc assurer le choix des chefs eux-mêmes, c'est à ce sujet que M. Fayol déclare :

la forme da gouvernement ne confère pas

la capacllé administrative aux dirigeants qui peuvent être bons ou mauvais administrateurs aussi bien enmonarchie qu'en république. Or l'expérience industrielle nous a appris que la marche des affaires dépend essentiellement des procédés administratifs ■employés. S'il en est de même pour l'État — et rien ne prouve le contraire — la capacité administrative des chefs aurait plus d'influence sur le fonc-

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tionnement des services publics que le régime gouvernemental ou constitutionnel *.

Ainsi, les ministres d'Etat doivent être de bons administrateurs, sans plus, et cela en régime démocratique, où ils sont les chefs suprêmes, contrôlés seulement par une assemblée, et non en régime monarchique où le roi pourrait se contenter d'un excellent administrateur à condition ; de le diriger. La fonction gouvernementale c'est < donc l'administration.

M. Leroy, que les fayoliens citent avec complaisance, encore qu'il poursuive des chimères j différentes, nous le dit crûment : Bien gouver- j ner, c'est bien administrer \ Il est vrai que M. Le- \ roy, dont l'inspiration est révolutionnaire, ne j parle jamais du chef comme M. Fayol ; il a d'ail- ; leurs, sous ce rapport, l'esprit plus réaliste que ï celui-ci et ses disciples, il voit la démocratie telle \ qu'elle est: «enn'investissantnosélusquedeman- i

1. — Nous ne saurions laisser passer sans le relever le sophisme lamentable — composé de nécessaire et de suffisant — par lequel on écarte la question primordiale. Il s'agit du choix des cliefs de service de la nation dont on affirme qu'il doit être fait par le chef suprême : chose difficile en tous régimes, mais possible en monarchie et radicalement impossible en démocratie. Ou embrouille la vraie question et on s'en tire par une pirouette : oui ou non, un bon ministre peut-il être choisi judicieusement et maintenu en fonction par une assemblée de 600 membres ? Puisque c'est non, pourquoi ne le dit-on pas ?

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