‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 20 sur 56 · M. Leroy ; Pour gouverner, p · texte numérisé non relu

M. Leroy ; Pour gouverner, p

« dats provisoires, la Constitution est d'accord « avec riiistoire de nos impatiences révolution- « naires ; l'instabilité ministérielle l'est avec toute « notre pratique quotidienne. A ceux qu'effraient « ces modifications, il faut dire qu'il n'existe pas « de moyens pour forcer un tel régime à cumu- « 1er, avec ses propres avantages, pour la liberté, « ceux des gouvernements despotiques pour l'or- « dre matériel ». En dépit de préjugés rétrogrades sur la liberté, l'auteur n'ignore pas le mal et qu'il est inguérissable ; il se contente de l'appeler : bien, et de passer. La contradiction avec les fayoliens est formelle, ceux-ci n'ont cure de (( la liberté », ils pourraient répondre qu'il s'agit de la France et que « nous allons à la ruine. »

Il n'en font pas moins tous une étrange identification de l'administration et du gouvernement. Or administrer, en l'occurence, c'est gérer les affaires publiques, et le gérant ne dirige pas pour lui, mais pour le compte et sous la direction d'une autre personne. Gouverner, c'est régir, conduire, diriger l'Etat, et en particulier, et avant tout, celui ou ceux qui administrent. Les gérants, dans leur administration, exécutent, mettent en pratique les décisions du régent. On voit très bien qu'au-dessus des hommes compétents et spécialisés, il faut des administrateurs, on oublie que ceux-ci doivent être gouvernés. L'Etat est

conçu comme une entreprise industrielle de proportion gigantesque, mais sans différence profonde, c'est un type amplifié, mais conforme au modèle. De fait, on ne trouve pas trace dans les livres de M. Fayol et de ses disciples de cette activité particulière d'un gouvernement, la plus importante de toutes, nous l'avons vu, qui constitue la politique extérieure. Ils semblent ignorer ce qui engage et dégage les destins d'une nation, domine son avenir moral, intellectuel et matériel, l'assure, le compromet ou le ruine. S'ils portaient leurs regards de ce côté, ils s'apercevraient bien : vite que la partie administrative y est réduite à ^ peu de chose et qu'il ne s'agit plus que de gou- ; verner et de conduire : le plus grand adminis- i trateur s'y briserait, et avec lui le pays. Pauvre ; réforme, qui oublie l'essentiel.

Elle ne répond pas mieux à ce qui vient second ; par l'importance, c'est-à-dire aux nécessités de la } politique intérieure. Cependant « il y a une i (( grande différence entre administrer un pays | <( et le gouverner, ou plutôt un pays ne de- | (( vrait jamais être administré, mais chacun de | « ses éléments devrait l'être par lui-même dans I « le cadre fourni par les lois. Or ce n'est pas a | (( priori que l'on peut déterminer où finit le rôle I (( autonome de la législation nationale et oii « « commence celui de l'administration. Cela dé- \

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« pend des mœurs et des circonstances... * » La I fonction de l'Etat c'est donc de gouverner bien et d'administrer le moins possible. Les néo-réformateurs prennent l'Etat tel qu'il est, dans son anarchie, avec ses vides et ses hypertrophies, et, sans idée juste de sa fonction, ils se contentent d'organiser, c'est-à-dire de développer et fortifier, ce qui s'est déjà accru à l'excès. Des vides, nul souci ! Administration d'abord, disent-ils, et la France étouffe sous le poids d'administrations inutiles et centralisées. Pour restaurer efficacement, c'est dans la direction exactement opposée qu'il faudra s'engager.

(( Nous avons un gouvernement républicain et « une administration royaliste : le bien public « exige que cet ordre paradoxal soit renversé. * » Beau moyen et moyen sûr de cumuler les avantages des libertés et ceux de l'ordre matériel. On veut au contraire renforcer le pouvoir de cette administration en laissant au gouvernement sa faiblesse : le résultat serait une tyrannie sans nom: des bureaux sur le pays. Imaginons un Loucheur, installé pour dix ans au ministère de Commerce et de l'Industrie, chef véritable, disposant d'une

1. — Marquis de la Tour dn Pin : Vers un ordre social chrétien, p. 25.

2. — Charles Maiirras : Enquête sur la monarchie, appendice III» I,). 532.

organisation parfaite : cinq ans ne passeraient pas qu'il ne soit maître de l'industrie et du commerce français ; ce qui aurait prétendu résister n'existerait plus.

Restaurer la liberté : grand mot et grande chose, qui implique quelques conditions politiques. Nous y viendrons. Concluons pour l'instant que la réforme de l'Etat ne peut être administrative d'abord. Le rôle premier du gouvernement n'est pas d'administrer, mais de gouverner. Eh oui ! le mot tout seul le dit.

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