l'Ordre vr.\i des facteurs
L'Etat grande industrie, l'Etat administrateur, l'Etat étranger aux affaires étrangères, autant d'erreurs qui naissent d'une vue centrale fausse : le primat de l'économique sur le politique. Cette nuée obscurcit tout en ce moment. Elle a présidé à la confection du traité de paix, à l'élaboration des quatorze points fameux du président Wilson, et les conséquences en ont été manifestées sans délai. On s'y tient cependant faute de réflexions judicieuses ou par intérêt personnel. Toute la vanité des efforts pour trouver la vraie formule de l'Etat est engendrée là.
Ce qu'on cherche au fond, ce n'est pas un vrai gouvernement, ce n'est pas une décentralisation
i effective, ni la résurrection des libertés, mais siml plement un fédéralisme économique puissant de- , vant un Etat faible. On traduit ce programme en ( disant qu'il faut « élaborer l'intelligence écono- ' (( mique de la France. » De là le succès nouveau ! de Proudhon, qui écrivait : a la politique au- (( jourd hui est de l'économie politique » et de Saint-Simon, qui ne voit dans la politique que u la science de la production » — encore une ! — €es auteurs sont repris, commentés et démasqués à qui mieux mieux.
M. Leroy nous informe que « l'économie po- « litique tend de plus en plus à jouer dans l'Etat « le rôle que le droit y remplit depuis Rome. » Il est vrai que sa conception de l'Etat est au moins bizarre : à ses yeux, l'Etat régalien d'autrefois était « fait pour servir le prince », au lieu que lEtat d'aujourd'hui est « fait pour servir le public. ' » Comme si l'Etat n'était plus qu'une
I. — u faut avertir le lecteur des spectres que M. Leroy poursuit avec acharnement : avant tout les « survivances régaliennes », entendez monarchiques, qu'ils trouvent partout, grâce à une ignorance solide de ce qu'était la monarchie ; Machiavel ensuite, dont l'inspiration est vivante, croit-il, même chez les hommes d'Etat républicains. Cet auteur paraît ne ponser qu'en haine de quelque chose, il écrit par exemple : lorsqu'on prend connaissance du manifeste du « Parti de l'intelligence », on est amené presque malgré soi, à se dire que c'est par une voie providentielle que ses auteurs se sont servis du mot : parti. En effet, ce n'est pas à rinlelligence coordonnalrice de la science qu'ils se sont référés.
sorte de bureau de poste ou de tabac, où le public se présente pour être servi rapidement, convenablement et poliment. Les fayoliens évitent ces excès de langage, mais leur pensée en est informée : ils croient à la prééminence du point de vue économique, ou, au moins, tout se passe comme s'ils y croyaient.
Expression d'un profond mépris pour la politique, identifiée avec l'agitation oratoire et malsaine des politiciens. Mais aussi, illusions sur la valeur de la science économique, à laquelle on accorde une positivité, une efficacité qu'on refuse aux sciences politiques : l'incertitude de cellesci est telle, croit-on, que rien ne pourrait être établi sur leurs conclusions, si tant est qu'elles soient capables d'en fournir, au lieu que la science économique, science moderne, nous donne des certitudes solides, définitives, les seules qui ne soient pas trompeuses parce que scientifiques, expérimentales.
Ces assertions, qu'on exprime ou sous-entend, sont entièrement fausses. Il y a une politique, science comme l'entendait Aristote, qui en faisait justement le couronnement de la philosophie des
mais à une intelligence très limitée, à l'intelligence catholique. — Admirtz cette intelligence catholique très limitée, opposée à celle de la science : ces esprits, qui retardent d'un demi-siètle> prêchent les doctrines nouvelles pour les temps nouveaux.
DÉMOCRATIE ET INDUSTRIE 8t)
) actions humaines, c'est-à-dire sociales ; cette poi litique domine, commande absolument l'économie. Et il n'y a pas de science économique, selon l'acception restreinte et moderne du mot. Nous avons à le montrer.