‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 25 sur 56 · Les causes profondes de l'échec · texte numérisé non relu

Les causes profondes de l'échec

La science économique est atteinte de faiblesse congénitale : elle naquit au xviii® siècle. C'était i heure où la philosophie se déréglait. Encore (ioit-on absoudre partiellement les physiocrates fiançais, trop près du Grand siècle pour méconnaître l'importance de l'action humaine. Quesnay fonde sa théorie sur l'idée et le sentiment du droit. Mercier de la Rivière faisait naître le bonheur commun de la réunion des intérêts et des volontés. Pour eux, les lois économiques étaient l'œuvre de la Providence. Avec la Révolution, le crépuscule commence : après Hume, de Rousseau, véritable fondateur du socialisme, à Kant, de Kant à Fichte, Schelling et Hegel, en l'absence d'une solide réaction latine que Maine de Biran et Comte ne purent susciter, en l'absence surtout du thomisme éclipsé, la pensée humaine, ■derrière la philosophie première, descend aux bas-fonds.

réaction marxiste. Qu'on se rappelle le temps, le papier et l'encre gâchés à établir la supériorité du libre échangisme sur le protectionnisme, ou réciproquement, fiou pour telle nation, soumise à telles conditions et à une époque donnée, mais more géomélrico, pour tous les temps, tous les Etats, toutes les planètes. Qui nous donnera, pour avertir les gouvernements futurs, une histoire, non des doctrines, mais de l'influence des systèmes économiques ?

Dures conditions pour une science naissante^ qui rencontre l'homme à toutes ses démarches, échappe à la rude discipline des faits déterminés et ne saurait prospérer sans une connaissance réaliste du composé humain. Les économistes ont été ainsi mis à la remorque de toutes les fausses philosophies, qui se succédaient, sans répit parce qu'elles naissaient fragiles comme l'erreur. Il fallait se contenter d'observer longuement, patiemment et s'interdire de légiférer : c'est ce qu'on fit le moins et dans les pires conditions.

Il n'y a pas eu plus grands fabricateurs de lois que les économistes libéraux. Vit-on jamais esprits moins scientifiques ? Ils recherchaient les lois pour apprendre aux hommes à ne pas les utiliser, tout était si naturellement bien construit qu'il n'y avait qu'à laisser faire et laisser passer : l'économie éAoluait dans le meilleur des mondespossibles ; mais ce caractère se déduisant d'un jugement à priori et non de la connaissance deslois, leur recherche devenait complètement inutile. Physiciens, les économistes libéraux eussent laissé faire les lois de la pesanteur en attendant qu'elles permissent aux hommes de voler.

Une seule école, dont la voix fut étouffée, non sans qu'une partie ne soit affaiblie par le libéralisme, sut échapper au scientisme économique ; c'est l'école catholique, qui disposait de la.

, sagesse de l'Eglise et d'un corps de doctrines philosophiques, produit des deux plus vastes esprits ' que le monde ait vus, et des siècles. Plus sociale i à vrai dire qu'économique, elle ne pouvait I méconnaître l'action des esprits, des âmes dans la société.

Pour qui suit l'Eglise, la société est avant tout la cité des esprits, les économistes n'y ont vu qu'une cité des ventres,

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