‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 29 sur 56 · S'il y a des remèdes · texte numérisé non relu

S'il y a des remèdes

— Vous en parlez à votre aise, objectera-t-on, la critique est aisée, mais qui ferait mieux ?. — L'homme qui remettra d'aplomb les finances de la France, sans doute. Car il en faudra un, tôt ou tard, financier avisé, de grand bon sens, administrateur de premier ordre et chef.

1. — Lorsque l'Etat démocratique se contente d'imposer le prix élevé de son mauvais fonctionnement, en temps normal, les capitaux disponibles ne vont pas à la production nationale, la ploutocratie internationale sait imposer leur détournement au profit ■de l'étranger. Voici le tableau du capital nominal des valeurs admises à la cote officielle de Paris et des émissions de titres en France :

Valeurs cotées Titres émis

V(d. françaises Val. étrangères Val. françaises Val. étrangères (en millions de francs) Î870 26.721 16.009

Nous empruntons ces chiffres à une étude de M. Maurice Denis {La Production française, du 10 septembre 1921). Ils donnent une mesure de drainage de notre épargne, contre lequel l'Ktat seul peut prendre des mesures efficaces. En 14 ans, de 1900 à 1914, près de 40 milliards de titres étrangers ont ainsi été émis en France; cela représente environ 100 millions de francs au cours actuel, contre 13 milliards seulement — environ 32 en franc-papier — de titres français émis dans les mêmes temps. En moins d'un siècle la fortune entière de la France y eût passé.

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Mais il ne fera « de bonnes finances » que si, autour de lui, on fait « de bonne politique » Or qu'en est-il de ce côté ?

Un spécialiste qualifié ' déclarait récemment^ en réunion quasi publique que nous allons à la catastrophe, mais qu'il est encore temps de] l'éviter. On pourrait équilibrer le budget, prétendait-il, — et il l'a administré quelques mois — -] mais il faudrait réduire les dépenses, en supprimant les ministères inutiles, en réduisant lenombre des fonctionnaires % en assainissant la comptabilité qui, dans sa forme actuelle, avec les multiples comptes spéciaux, permet et dissimule le gaspillage. Ajoutons qu'il conviendrait aussi d'assurer le rendement des impôts, par conséquent l'activité économique : c'est toute une politique. Encore faudrait-il mettre à charge de l'Allemagne le paiement des réparations ; nous avons tiré quatre-vingts milliards de notre propre fonds — au minimum, car on ne sait plus au juste — , malgré nos ruines, l'ennemi, peut faire autant et plus : autre problème politique.

1. — M. François Marsal. Un autre spécialiste, M. de Lastey^ rie a donné depuis sa confirmation.

2. — 11 atteint ToO.f'Od. rontre 308. 000 en Angleterre, qui 5 millions d'habitants de plus que nous et un empire colonit énorme.

Mais qui prendra la responsabilité de restaurer nos finances ? Voit-on un ministre fauchant les ministères, pâture des politiciens ? Voit-on un ministre réduisant le nombre des postes de fonctionnaires, dont les politiciens encore ont besoin pour récompenser leurs créatures, imposant une saine administration du budget administratif, et réformant les mœurs du parlement, qui augmente tels crédits, au gré des intérêts et des appétits qui s'y heurtent, et réduit tels autres par esprit de compensation ? Nous renvoyons à la description des écuries d'Augias, faite par M. Fayol, pour donner la mesure du travail à entreprendre. Pense-t-on qu'un homme s'y attellerait, dresserait contre soi tous les intérêts des politi ciens, unis pour la première fois. Quand il sait qu'il dispose à peine du temps nécessaire pour commencer et que dans dix mois il cédera la place ! Alors qu'il est si facile de recourir aux expédients, aux demi-mesures ou même à l'inertie, qui aggravent la situation, mais ont du moins l'avantage de réserver au successeur les soucis de l'échéance ou le soin de continuer dans ce cercle du pire !

Nous avons d'ailleurs une expérience acquise : le désordre financier date de la guerre, depuis longtemps il devrait être réduit. Qu'a-t-on fait ? Rien : les ministres des finances ont main-

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tenu. Nous avons eu aux finances un chrétien et un juif, un brave homme les remplace. Le juif a fabriqué des billets de banque ; le chrétien n'en a pu faire disparaître aucun, on ne lui en a pas laissé le temps ; le troisième se débat comme il peut. Dans un édifice en ruine ils passent comme des architectes n'ayant ni pierre, ni ciment, ni le temps, ni les moyens de rien réparer : au mur affaissé on met un échafaudage, on bouche les trous avec des papiers. Tant bien que mal on a consolidé nos changes pour quelque temps, comme on retiendrait une tour privée de trois piliers sur quatre.

Le problème déborde les finances dont le ministre, livré à ses seules forces, ne peut rien. Il a besoin d'une bonne politique extérieure, d'une bonne politique sociale et d'une bonne politique économique, conditions nécessaires de stabilité et de régularité dans le fonctionnement d'une œuvre si délicate. Or, en aucune de ces matières, nous n'avons de bonne politique. 11 n'y a même pas de politique du tout.

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