Deux constantes m.us politiques
Nous n'avons pas de politique, mais l'étranger en a une par quoi il entreprend sur nous, gagnant partout où nous cédons, s'emparant de
tout ce que nous défendons mal, pire encore, utilisant pour s'en servir contre nous le prestige de l'unique armée puissante qui subsiste : lanôtre. Jamais, sans doute, le gouvernement de la France n'était descendu aussi bas dans l'abjection. Il cédait quelquefois sur l'essentiel avant 1914, mais il était alors sous le signe de la défaite dont les suites accablaient sa faiblesse ; il dispose aujourd'hui du prestige de la victoire, qui semble être devenue la cause même de son asservissement. Dressons-en le bilan.
A la fin de 1918, un des quatorze points du président Wilson est coulé en mer. C'était celui qui gênait l'Angleterre. Les treize autres furent pour nous. Notre « alliée n a eu la flotte allemande, ce qui nous revenait joignit le quatorzième point, au fond ; elle a eu les colonies, moins une écaille pour nous ; elle a eu la Palestine et le droit de s'installer à Gonstantinople ; elle a placé, en Allemagne, des sentinelles à la porte de chaque entreprise utile à ses desseins ; elle va garder Gonstantinople, reprendre l'île de Héligoland ; elle s'installe dans la mer Baltique, où sa flotte dispose de Memel, Riga, Liban, Revel ; l'attribution des îles Aland s'est faite selon son désir, car la Société des nations est un de ses bastions avancés, oîj nous la servons ; la Pologne est maintenue par elle dans sa faiblesse et la Haute-
Silésie industrielle restera allemande, car notri (( alliée » y a jeté son dévolu sur maintes entre-.] prises de compte à demi avec les Slinnes ; ses points d'appui sont établis en Hongrie, en Tchéquo-Slovaquie ; elle est tutrice de la Grèce et l'Italie seconde ses desseins ; elle nous a fait perdre en Belgique une partie du terrain gagné ; la moitié du premier milliard boche sera pour elle, qui tient, autant qu'il est possible, la clef de nos changes, et peut-être de nos songes, car il semble que nous en faisons un.
iSous n'avons pas eu nos anciennes frontières, ni la pleine possession du bassin de la Sarre, Il ni une installation durable sur la rive gauche du Rhin ; l'armée allemande est rentrée en bon ordre chez elle, l'épée allemande n'a pas été briséi comme le trident allemand ; pour nous arrache ces renoncements, une alliance nous a été promise, dont nous n'avions que faire et qui a et supprimée après que nous eûmes abandonné nos droits ; la Pologne ne sera pas pour nou l'appui oriental nécessaire ; nous serons chassé d'Orient, où une tradition séculaire, des amitiés sûres nous permettaient jadis de tenir tête à l'Anglais, même dans les mauvais moments ; la Syrie nous a été attribuée, faute de mieux, quelques agitateurs préparent alentour notre départ ; toutes les portes de la Russie occupée, le laissez-passe
anglais nous sera nécessaire pour y entrer plus tard, quand notre place sera prise ; les petits états de l'Europe centrale, faibles, vont à la force et s'éloignent de nous ; l'Italie nous boude et la Belgique redoute notre faiblesse ; la petite Grèce se rit de nous ; à chaque rencontre commune, nous donnons quelques plumes, milliards de marks, pétrole de Mossoul, etc.. ; il nous a été interdit d'occuper la Ruhr, c'est-à-dire d'enchaîner l'Allemagne ; mais notre menace a décidé l'ennemi à verser un premier milliard, nous n'aurons que les frais de mobilisation d'une classe (à payer) ; et le temps est proche où les Etats-Unis n'auront plus que mépris pour la faiblesse et la bêtise de la France, le reste du monde les imitera*.
N'accusons pas l'Angleterre, qui défend ses intérêts : la cause est chez nous.
Qui, ayant pouvoir, voit, comprend, subit laccumulaiion des hontes ?... Mais ce temps n'entend plus ce langage. 11 n'a d'écho que dans le peuple impuissant. Abaissons :
Qui paiera ?
1. — Ce livre écrit depuis plusieurs mois, nous avons Poincaré. Avec lui, un redressement de la politique française doit se faire. S'il échoue, ou si le temps ne lui est pas donné, si même il ne réussit qu'à demi, une nouvelle démonstration sera faite que ce régime désarme les meilleurs. Déjà le régime est à l'œuvre : il suffît de savoir lire les journaux, les financiers et les révolutionnaires, pour comprendre ce qui se trame dans l'ombre.
Messieurs les grands ploutocrates, messieurs les puissants brasseurs d'affaires qui rêvez d'être] l'Etat ou de l'assouplir à votre volonté, pen-j sez-vous être à la taille de vos projets ? Lorsque! l'Anglais aura pris pied sur tous les marchés] du monde, appuyé sur un Etat puissant, respecté de tous, fabriquant tout ce qu'il vous faudra vendre, lorsque l'Américain sera en mesure de reprendre son activité et d'inonder les nations de ses richesses surabondantes, espérez-vous trouver place pour vos aciers ou pour ce que vous en aurez fabriqué, pour vos produits chimiques ou vos tissus. Pleurerez-vous pas plutôt devant vos fours éteints, n'ayant plus ni houille pour fabriquer, ni navire pour transporter, ni même un homme pour acheter. Vous vous croyez Gaster, qui nourrit tout le corps, mais le corps est sans tête, qu'entretenez-vous donc ?
Vos têtes pour gouverner ? Voyez-en le chefd'œuvre : n'êtes-vous pas menés, vous qui croyez conduire.
N'ayant pu avoir Stinnes, vous avez pris Rathenau, plus faible et qui sera mis un jour en mesure de céder ou de disparaître, à moins que déjà n'existe secrètement l'accord. Qui sera sacrifié en tous cas, bonnes têtes françaises ? Qu'adviendra-t-il encore de vos entreprises de Bohême, de Hongrie, de Roumaine et d'ailleurs, défendues
LA LEÇON DES ÉVÉNEMENTS t4t
seulement par un Etat de coton. Vous traiterez alors avec l'étranger, en bon serviteur de ses volontés. Est-ce cela que vous aurez voulu ? Alors que vous trafiquez aujourd hui comptant bien imposer vos désirs.