‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 3 sur 56 · Le Producteur, janvier · texte numérisé non relu

Le Producteur, janvier

avec Rousseau philosophiquement, et, juridiquement, avec Waldâck-Rousseau. Pour fonder la politique en raison, un moyen sûr, selon M. Guy Grand, est, en de telles conditions, « de la faire <( entrer dans une philosophie générale de la pro- « duclion. » Allendons cette philosophie qui conciliera sans doute l'individualisme métaphysique et le contr un juridique.

Mais un autre point de vue s'était fait jour depuis quelques mois avec M. Maxime Leroy qui prétend que, dans une démocratie, le gouvernement n'est plus... au gouvernement, mais « par- <( tout où il y a un groupe d'hommes qui pensent (( et agissent autour d'une grande idée technique, (( morale ou politique. » M. Leroy' croit, en effet, que nous devons être moins gouvernés qu'administrés, et qu'en tous cas, nous voulons comprendre avant d'obéir, ce qui, paraît-il, est nouveau. De là vient que « la notion de gouverne- <( ment ne convient pas à la gestion d'une usine » et que l'heure est proche où elle ne s'appliquera plus à l'Etat. M. Leroy attend une ère nouvelle, celle des industriels et des savants, dont il aperçoit les premières lueurs. Au reste, pour tout ce qui touche à « l'administration de la production » ,

1. — M. Leroy : Pour gmiuerner. Le techniques nouvelles du syndicalisme.

il est presque complètement en accord avec les chefs de la C. G. T.

Les trois témoins que nous venons de citer donnent la base d'un classement assez exact des opinants : la démocratie est bien faite, disent les opportunistes. Nous en jouissons. N'allons donc pas la gâter et l'introduire dans l'usine oii elle ne donnerait rien de bon, où elle serait d'ailleurs anti-démocratique . C ar l'organe orthodoxe de la démocratie, c'est le Parlement : les représentants des travailleurs sont là, ils ne peuvent être ailleurs.

— Philosophiquement, nous sommes d'accord avec vous, répliquaient les avisés, mais pratiquement, juridiquement quelque chose est périmé. L'individu est roi, ainsi que le prouve la métaphysique démocratique, mais cette royauté théoriquement vraie ne doit pas être insérée dans les faits, ni dans les lois qui les régissent. Il est bien vrai que la démocratie industrielle prolonge la démocratie politique et ainsi les principes sont sauvés, mais entendez les conditions de leur application. Production et administration exigent des compétences définies, qui ne sauraient être nommées, élues comme les représentants politiques, dont chacun sait que l'incompétence est une nécessité.

— Tout cela est bel et bon, avaient fait remarquer les excités, mais la démocratie n'étant pas

faile, il convient premièrement de la réaliser. Entre le plat empirisme des uns et les abstractions politiciennes des autres, la juste formule doit être trouvée. Nous voici au commencement des grandes choses si longtemps attendues : il s'agit de spiritualiser le pouvoir, d'instaurer la liberté et d'établir l'ordre, mais celui-ci naîtra du désordre si profitable à la liberté, comme la vérité scientifique naît de l'erreur, comme la vie renaît de la pourriture qu'elle a engendrée. Démocratisons d'abord et partout : Machiavel nous domine, les survivances régaliennes s'observent en tout lieu où agit un chef qui fait usage de son autorité. Ayons des chefs sans pouvoir !

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