Idem : p. 319, Mémoires de Louis XVIII
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à leur tour, entre les paroisses, selon les informations qu'ils recueillaient auprès des notables. La perception était assurée par deux habitants de la paroisse, désignés par les hommes et qui passaient, de porte en porte, réclamer l'argent ou enregistrer les contestations, après avoir fixé la contribution de chacun. Dans les cinq autres généralités, dites pays d'Etat, l'acceptation des impôts demandés et leur répartition étaient confiées aux Etats élus de la province. Les dépenses de l'Etat dans la province se payaient directement sur place. Ce qui revenait au Roi variait suivant les recettes ; il ne pouvait consacrer à ses dépenses personnelles ce qui n'était pas à sa disposition sans se heurter aux protestations des Chambres des comptes, des Cours souveraines refusant de régulariser, des officiers même de l'administration qui opposaient une résistance passive par crainte d'être rendus responsables.
Quant aux lois, dans un régime sain, elles deviennent plus rares. Les libertés rendues au pays font que les associations de tous ordres, intellectuel, professionnel, communal, devenues autonomes, se donnent à eux-mêmes leurs lois respectives. Par action, réaction et influence réciproques, il en résulte pour toute chose une sorte de statut moyen général, qu'on appelait autrefois la coutume, qui a force de loi et contre lequel le
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pouvoir central n'a plus de recours. Ce n'est qi lorsqu'un groupement cherche à entreprendre suH les droits des voisins et à forcer la coutume, quel l'Etat peut intervenir, avec l'appui certain dee groupements lésés, et contraindre les fauteurs dej désordre. La caractéristique de la coutume étant d'être librement acceptée par tous, il en résulte une législation spontanée, souple et vivante, qui permet au pouvoir royal de ne légiférer que pour] les grands intérêts régionaux ou nationaux ; si une loi tend à modifier quelques coutumes ce ne i peut être, en conséquence, qu'avec l'appui et l'assentiment des intéressés.
Nous n'échappons pas à l'empire de la coutume qui est inséparable de toute société humaine^ Le fonctionnement réel des sociétés par action est une coutume en marge de la loi qui tend à l'étouffer. La vraie constitution républicaine est faite, nous l'avons vu, des violations de la constitution écrite, devenues coutumières.
Sous le régime de la Liberté, nous subsistons ainsi, tant bien que mal, par des lois innombrables et tyranniques, dont le jeu tend à comprimer des coutumes inavouées et frauduleuses — sauf au sommet de l'Etat, bien entendu, ovi toute licence est permise. — Sous le régime des libertés, les lois très rares qui seront promulguées laisseront libre champ aux coutumes librement nées.
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2, — L'organisation du pays
I. La diffusion des initiativiîs vigoureuses DOIT ÊTRE ASSURÉK. — L'initiative suppose la liberté. Or la guerre a manifesté hautement que, SOUS le rapport de l'initiative intelligente, hardie et féconde, la race n'avait rien perdu. Les Français gardent intactes, malgré l'état d'abêtissement oij les maintient ce régime, toutes leurs qualités de rapidité extrême dans la décision et l'exécution. S'ils ne sont pas au premier rang, c'est que leurs initiatives sont sans cesse entravées : mille tracasseries quotidiennes les en dégoûtent, leurs divisions intestines habilement entretenues les en détournent.
On en re verra les fruits, lorsque leurs chaînes seront tombées, dans leur activité professionnelle avant tout, qui fait toujours le principal de l'action d'un peuple. Les associations professionnelles ayant liberté de s'administrer et de se diriger, seront débarrassées, non seulement des entraves de la loi ou de l'empoisonnement des ferments politiques, mais encore, mais surtout, de la corruption ploutocratique qui la détourne régulièrement de leur droit chemin. La suzeraineté de la ploutocratie, juive ou non, sur la production nationale et sur les associations formées en son sein
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sera brisée, car celles-ci trouveront dans le pouvoir royal un point d'appui libre et résistant] permettant leur libération. D'ailleurs, la justice! délivrée aussi, ne pourra pas ne pas poursuivre les exactions de la fortune anonyme et vagabonda qui perdra par là becs et griffes.
Mais une autre cause d'équilibre doit encorô être assurée. L'organisation générale des corps professionnels, si on s'y limitait, serait insuffisante et même néfaste. Cette organisation constitue le principal fondement des résistances que rencontrera le pouvoir royal et qui le limiteront ; seule, elle deviendrait tyrannique et le pouvoir royal n'y pourrait trouver le point d'appui qui lui est nécessaire. C'est le sens de cette analyse de Charles Maurras, qui sonde les réalités françaises jusqu'au tréfonds : « La vraie France, la France réelle, celle dont les rhéteurs et les astrologues n'auront jamais le sentiment, forme un lexus riche et subtil d'organisations locales et d'organisations professionnelles. Le groupe local (province, commune) demeurera bien faible s'il n'est composé de groupes professionnels (corporations, syndicats, etc.) ; là est sa vigueur, là sa résistance, sa fermeté. Mais, s'il ne s'appuie sur quelques vigoureuses et précieuses réalités géographiques, s'il manque de profondes racines urbaines et rurales, le groupe professionnel dé-
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termine un terrible péril pour la patrie ; il constitue une menace permanente de révolution internationale et d'anarchie cosmopolite. Ces deux formes se complètent donc l'une l'autre. Elles offrent le même degré de nécessité. Ces deux décentralisations, l'économique et la géographique, s'impliquent et s'appellent ».
Telles sont les conditions nationales de l'ordre et de la prospérité. La restauration du pays devra s'y plier pour réussir.
VII. La prospérité du pays exige une décentralisation RÉGIONALE. — Oii lie le discute plus : il faut reconstituer les provinces — n'ayons plus peur du mot : elles vivent sans souci des appellations nouvelles et craintives, — ce qui ne signifie pas que nous devrons les prendre telles qu'elles, furent, sans y rien modifier. Le problème doit être abordé avec un libre esprit : on verra alors que les vieilles provinces se sont conservées, vigoureuses, et que les changements utiles n'affecteroiit que le secondaire ; le principal consistera à former certains groupes d'anciennes provinces de faible superficie. Mais il y a gros à parier que leur dislocation se fera dans un délai que la rapidité de reprise d'une vie locale déterminera.
Que seront le gouvernement et l'administration des provinces ? — Dans le détail, l'expérience seule jugera. En gros, voici la leçon du passé :
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sous la souveraineté du roi, les provinces s'administrent elles-mêmes le plus souvent, les habitants ont « le droit d'être gouvernés par des « hommes du pays, d'être jugés dans le pays et « par des magistrats du pays '. » Les provinces ont ainsi toutes leurs libertés et franchises. Pour tout ce qui concerne leurs affaires particulières, chacune désignera les membres de son grand conseil d'administration, agissant sous le contrôle du gouverneur chargé de veiller au respect des intérêts généraux. Le conseil provincial sera l'émanation des groupements locaux, intellectuels, professionnels, confessionnels, formés dans la province ; les réalités économiques ne sont pas les seules et la représentation doit tenir compte de l'ensemble. Au congrès de la Fédération régionaliste de 1901, M. de JMarans définissait le moyen pratique d'inaugurer : réunir les présidents ou délégués de tous les groupes existants (sociétés intellectuelles, groupements économiques ou professionnels, syndicats, coopératives, chambres de commerce, etc.) afin qu'ils discutent en commun, sous la présidence du représentant du roi, les limites qu'il convient de donner à la province et les moyens de fonder